Les questions

Rapport à soi· Bonheur et désirnoyaudifficulté

Souverain bien

Qu'est-ce qui rend une vie véritablement bonne : le plaisir, l'épanouissement ou la vertu ?

« Souverain bien » est le nom classique du bonheur au sens plein : non l'humeur d'un instant, mais ce qui fait qu'une vie entière est réussie, ce que les Grecs nommaient eudaimonia. Reste à savoir en quoi il consiste, et la question n'a rien d'anodin : ce qui remplit une vie de plaisir peut la vider de sens, ce qui la rend vertueuse peut la priver de bonheur. Selon la réponse qu'on lui donne, souvent sans se la formuler, on ne poursuit pas la même vie, et une époque ne se fait pas le même idéal de réussite.

HédonismeEudémonismeVertu / perfectionnisme moral
Les pôles, et qui les tient

Hédonisme

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Le plaisir est le bien suprême et la fin ultime de toute vie réussie. Qu'il s'agisse de jouissances immédiates ou de plaisirs sobres et durables, c'est toujours à l'aune du plaisir et de l'absence de douleur que se mesure une bonne vie.

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Figures associées: Aristippe · Épicure
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Benthamexplicite

Bentham part d'un constat qu'il tient pour un fait de nature : plaisir et douleur sont les deux seules choses que nous recherchons et fuyons effectivement comme fins. Le bien et le mal n'ont alors aucun contenu à part : nommer une chose « bonne » ne dit rien de plus que sa tendance à produire du plaisir ou à écarter de la douleur. D'où un à la fois psychologique et moral, qui soude le constat et la norme par les mêmes deux maîtres souverains et ne laisse aucune place à un épanouissement ou à une perfection distincts de l'agréable, contre les biens objectifs de la tradition aristotélicienne.

Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I, §1

Épicureexplicite

Le critère est tiré de la nature même du vivant : dès la naissance, tout être recherche le et fuit la douleur, sans qu'aucun raisonnement l'en persuade, ce qui prouve que le plaisir est le bien premier et connaturel. Mais Épicure redéfinit ce que vaut ce plaisir : son sommet n'est pas la jouissance en mouvement, qui ne fait que combler un manque, c'est l'état stable où, le manque une fois comblé, plus rien ne reste à ajouter, l' de l'âme et l'aponie du corps. Le plaisir a donc une limite, l'absence de toute douleur, ce qui le rend pleinement accessible et retourne l'objection que le plaisir serait insatiable. C'est là sa rupture avec le plaisir vulgaire et avec l'eudémonisme intellectualiste de et d'.

Lettre à Ménécée, 128-129 · Maximes capitales, III et XVIII (limites du plaisir)

Lucrèceexplicite

Le bien suprême est le plaisir entendu comme paix, non comme jouissance : la fin de toute la physique est l', l'état où, les peurs des dieux et de la mort dissipées, plus rien ne trouble l'âme. La nature, dit Lucrèce, ne réclame qu'une chose, un corps sans douleur et un esprit affranchi de souci et de crainte. Cette définition du souverain bien est reprise d' ; Lucrèce en fait le but avoué de son poème et l'image fameuse du sage qui, du rivage, contemple sans péril les naufragés.

De la nature des choses, II, 1-61 (le proème : suave mari magno ; la nature réclame peu)

Calliclèsexplicite

Sommé de dire le bien, il identifie sans détour l'agréable et le bon : vivre bien, c'est éprouver le plus de possible. Ce n'est pas l' mesurée d'Épicure mais un hédonisme de l'intensité. Serré par Socrate, qui lui fait admettre des plaisirs vils, il lâchera du terrain, mais la thèse de départ reste son affirmation propre.

Platon, Gorgias, 494e-495a (l'agréable et le bon sont un) · Platon, Gorgias, 495a-499b (la réfutation socratique)

Épicurismeexplicite

Le critère du bien se lit dans la nature avant tout raisonnement : dès la naissance, tout vivant recherche le et fuit la douleur, sans qu'on le lui apprenne. Ce que l'animal poursuit spontanément est donc le premier bien conforme à notre nature, et nul ne le démontre, pas plus qu'on ne démontre que le feu est chaud. Mais l'argument se retourne contre la jouissance débridée : le plaisir n'a pas de degré au-delà de la suppression de la douleur, si bien que son comble est un état stable, l'absence de souffrance du corps et de trouble de l'âme (l'), non l'accumulation de sensations vives. Contre les stoïciens, qui ravalent le plaisir au rang d' et réservent à la seule vertu le titre de bien, l'épicurisme tient le plaisir pour la fin elle-même, la n'étant que l'art de le calculer.

Épicure, Lettre à Ménécée, 128-129 · Épicure, Maximes capitales, III

Utilitarismeexplicite

Pour fixer ce que les conséquences doivent maximiser, l'utilitarisme cherche la seule chose désirée pour elle-même et jamais comme moyen : c'est, répond le courant, le bonheur, soit le plaisir et l'absence de douleur. L'argument de est psychologique, la seule preuve qu'une chose est désirable étant qu'on la désire effectivement, et tout désir se ramenant en dernière instance au bonheur. Cette thèse et welfariste fonde le bien sur un fait de l'expérience vécue, non sur une perfection abstraite ; y ajoute une hiérarchie qualitative des plaisirs, supérieurs et inférieurs, qui en rapproche le cadre d'un sans en sortir.

Mill, L'Utilitarisme, chapitre 2 · Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation

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Millexplicite

Contre l'objection ancienne qui ravale l' au rang d'une morale de pourceaux, Mill répond qu'elle se trompe non sur le plaisir mais sur l'homme : nos facultés supérieures réclament un bonheur d'une autre nature. D'où sa rupture avec le calcul purement quantitatif de : les plaisirs diffèrent aussi en qualité, et ceux de l'intelligence, des sentiments et de l'imagination l'emportent intrinsèquement, parce que celui qui connaît les deux ne consentirait pour rien à descendre. Au cœur de l'argument, un sentiment de dignité que blesserait une existence bornée aux satisfactions du corps, ce qui infléchit l'hédonisme millien vers un épanouissement proche de l'.

L'Utilitarisme, ch. 2 (qualité contre quantité des plaisirs) · L'Utilitarisme, ch. 4 (le bonheur, seule chose désirable comme fin)

Lockeinférable

Locke tient que le bien est ce qui produit du plaisir et le mal ce qui produit de la peine ; le bonheur, somme des plaisirs, est ce que tous recherchent. Mais l'homme prudent, capable de suspendre ses désirs, vise un bonheur durable et bien examiné plutôt que les plaisirs immédiats, ce qui tempère l'hédonisme d'un souci d'épanouissement raisonnable.

Essai sur l'entendement humain, II, ch. 20 (plaisir et peine) et ch. 21, §§51-60 (la poursuite du vrai bonheur)

Camusinférable

Camus cultive un rapport sensuel et charnel au monde, le bonheur de la chair, du soleil et de la mer, proche d'un païen affirmé dans . Mais ce bonheur s'accompagne d'une exigence de lucidité et de dignité, d'où une part de perfectionnisme moral qui empêche de le réduire au seul plaisir.

Noces (1939) · L'Été (1954)

Arguments et objections (4)
ArgumentL'argument du berceauLà où la nature parle avant l'éducation, chez l'enfant et l'animal, elle recherche le plaisir et fuit la douleur ; ce que tout être poursuit ainsi pour lui-même est la fin dernière que la nature désigne comme le bien. Voir la page
ObjectionAttaque le raisonnementDu désiré au désirableL'argument du berceau conclut du fait au droit ; mais entre « c'est ce que nous désirons » et « c'est ce qui mérite de l'être », il y a un pas que la seule pente de la nature ne franchit pas. Voir la page
ObjectionAttaque la positionLe grand divertissementLe plaisir pris au sport, l'ivresse de l'effort, le frisson du supporter, remplit le vide sans le combler. C'est le divertissement de Pascal : nous nous étourdissons pour ne pas affronter notre condition. Une vie faite de ces plaisirs fuit les questions qui comptent au lieu d'y répondre. Voir la page
ObjectionAttaque la position Expérience de penséeLa machine à expériencesSi nous refusons de nous brancher à vie, c'est que nous voulons plus que du plaisir : agir vraiment, toucher le réel, être quelqu'un. Voir la page

Eudémonisme

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Le souverain bien est l'épanouissement de l'être humain dans toutes ses dimensions : exercer ses capacités, accomplir sa fonction propre, mener une vie pleinement réalisée. Le plaisir accompagne cette vie réussie, mais il n'en est pas le but.

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Figures associées: Aristote
Qui se tient ici
Sextus Empiricusexplicite

La fin que vise le sceptique est , l'absence de trouble dans les opinions, accompagnée de la , la modération des affections inévitables. Mais le trait remarquable est qu'elle n'est pas poursuivie comme un bien par nature, ce qui serait déjà une thèse dogmatique : Sextus rapporte que la tranquillité survient à qui suspend son jugement, comme l'ombre suit le corps, par une chance que le sceptique constate après coup. Ce n'est ni l'hédonisme du plaisir ni le perfectionnisme de la vertu, mais une forme de vie heureuse obtenue par soustraction, en cessant de tenir les choses pour bonnes ou mauvaises en elles-mêmes.

Esquisses pyrrhoniennes, I, 25-30 (le but du scepticisme)

Aristotélismeexplicite

L'argument procède de la fonction propre : comme le bien du flûtiste tient à bien remplir sa fonction, le bien de l'homme tient à l'activité qui lui est spécifique, l'exercice de la raison, que ne partagent ni la plante ni l'animal. Le souverain bien ne peut donc être le plaisir, que poursuit toute bête, contre l' ; ni un bien extérieur comme l'honneur, qui dépend d'autrui. C'est l', activité de l'âme conforme à la vertu : un accomplissement actif, et non un état possédé, qui se déploie sur toute une vie et requiert aussi des biens du corps et de la fortune.

Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 7 · Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 1-5

Aristoteexplicite

Si toute action vise une fin, et que les fins s'enchaînent comme moyens, il faut, sous peine de régression à l'infini, une fin dernière voulue pour elle-même et jamais en vue d'autre chose : ce bien suffisant, c'est . Reste à savoir en quoi elle consiste, et c'est l'argument de la fonction propre (ergon) qui tranche : comme le flûtiste a son excellence, l'homme a la sienne, l'activité de la part rationnelle de l'âme accomplie selon la vertu. Le bonheur n'est donc ni le plaisir, ni l'honneur, ni la richesse, mais une activité excellente déployée sur une vie entière, dont la forme la plus haute est la contemplation.

Éthique à Nicomaque, I, 7 (1097b) · Éthique à Nicomaque, X, 7

Pyrrhonexplicite

La troisième question du témoignage donne la fin visée : à qui tient les choses pour indéterminées et renonce à se prononcer, il advient d'abord (ne rien dire), puis , l'absence de trouble. Le bien suprême n'est donc ni le plaisir ni la vertu, mais une paix obtenue par soustraction : c'est en cessant de croire les choses bonnes ou mauvaises par nature qu'on cesse de les poursuivre ou de les fuir, et que le trouble tombe. aurait comparé cette imperturbabilité à la quiétude du sage que rien n'atteint. La part eudémoniste demeure, car la tranquillité est bien l'épanouissement recherché, mais sans la fonction propre ni l'excellence de la vie réussie aristotélicienne.

Aristoclès (d'après Timon), cité par Eusèbe, Préparation évangélique, XIV, 18 · Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 107-108

Nietzscheexplicite

Nietzsche raille aussi bien le bonheur-plaisir des utilitaristes que la morale du devoir : le bien n'est ni la jouissance ni la vertu désintéressée. Il est l'élévation de la vie, l'épanouissement de la puissance et le dépassement de soi, la grande santé de qui ose se créer et dire oui à l'existence. Un eudémonisme transvalué, où la réussite se mesure à la force et à la grandeur, non au confort.

Crépuscule des idoles, Maximes et traits · Le Gai Savoir, IV-V · Ainsi parlait Zarathoustra

Śaṅkaraexplicite

Le bien suprême est la (mokṣa), comprise comme reconnaissance de l'identité du soi et de l'absolu : non un plaisir, non même une vertu pour elle-même, mais l'accomplissement de ce que l'on est déjà. Cette délivrance est décrite comme félicité (ānanda), béatitude qui est la nature même du : on est tout près d'un eudémonisme, le souverain bien étant la plénitude réalisée de l'être. La part de perfectionnement subsiste, car la voie exige discipline, renoncement et purification du mental, mais ces moyens ne créent pas la délivrance : ils écartent ce qui la voilait.

Commentaire sur la Taittirīya Upaniṣad (sur l'ānanda) · Upadeśasāhasrī

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Spinozaexplicite

Le sommet de la connaissance, le troisième genre, saisit les choses en Dieu ; cette engendre nécessairement une joie rapportée à sa cause, l'. D'où le renversement propre à Spinoza : la béatitude n'est pas le prix de la vertu, mais la vertu même, car connaître adéquatement, c'est déjà être puissant et libre.

Éthique, V, prop. 32-36 (amour intellectuel de Dieu, béatitude) · Éthique, V, prop. 42 (la béatitude n'est pas le prix de la vertu mais la vertu même)

Scepticismeexplicite

Ce qui tourmente l'homme, soutient le sceptique, n'est pas l'événement mais l'opinion qu'il porte sur lui, le jugeant bon ou mauvais par nature : qui poursuit ce qu'il croit un bien et fuit ce qu'il croit un mal ne connaît plus le repos. Dès lors, suspendre cette opinion, c'est désamorcer le trouble à sa source. L' n'est donc pas un but que le sceptique vise directement, ce qui le rendrait à nouveau dépendant : elle survient par surcroît, comme le fruit inattendu de l'. C'est là le paradoxe de l'école : on atteint la sérénité en renonçant à la chercher dans un savoir du bien.

Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, I, 25-30 · Diogène Laërce, Vies, IX, 107-108

Marxinférable

Pour Marx, la vie bonne n'est ni la quête du plaisir ni l'observance d'une vertu, mais le plein épanouissement de l'homme : le libre déploiement de ses puissances et de ses besoins, l'activité créatrice non aliénée. La richesse véritable est celle d'individus développés de façon universelle, ce que seule une société débarrassée de l'exploitation rend possible.

Manuscrits de 1844 · Grundrisse

Marxismeinférable

Le marxisme situe le bien dans l'épanouissement humain : non le plaisir ni la vertu privée, mais le libre développement des facultés et des besoins de chacun, rendu possible par l'abolition de l'aliénation et de l'exploitation. La société visée est celle où le libre épanouissement de chacun est la condition du libre épanouissement de tous.

Marx, Manuscrits de 1844 · Marx et Engels, Manifeste du parti communiste

Pragmatismeinférable

Pour le pragmatisme, le bien n'est pas une fin fixe à contempler mais la croissance elle-même : l'enrichissement continu de l'expérience, le développement des capacités, la résolution intelligente des problèmes qui rend la vie plus pleine. Dewey récuse l'idée d'un souverain bien immuable au profit d'un épanouissement ouvert et révisable.

Dewey, Reconstruction en philosophie · Dewey, Démocratie et éducation

Ulysseinférable

Pour Ulysse, le bien d'une vie n'est ni le plaisir ni l'oubli bienheureux qu'offre Calypso, mais l'accomplissement de sa propre vie : redevenir pleinement qui il est, roi, époux et père, dans sa maison retrouvée. Il quitte la volupté immortelle pour cette tâche d'une existence menée à son terme et à sa forme, plus proche d'un concret, l'épanouissement d'une vie entière, que d'une simple recherche du plaisir.

Odyssée, V, 203-224 (le refus de Calypso) · Odyssée, XIII-XXIII (la reconquête de son foyer)

Descartesinférable

Descartes ne développe pas d'éthique systématique, mais la morale par provision et l'analyse de la dans font tenir le souverain bien dans le bon usage du et la fermeté du jugement, source d'une satisfaction intérieure stable proche d'un de la maîtrise de soi.

Discours de la méthode, III · Les passions de l'âme, art. 153-156 et 212

Taoïsmeinférable

Le bien taoïste est l'épanouissement par l'accord avec le Tao : suivre sa nature spontanée (ziran), agir sans forcer (wu-wei), goûter la simplicité et le contentement. Ce n'est ni la vertu confucéenne ni la poursuite des plaisirs, mais une vie aisée et accordée, où la santé, la longévité et la paix intérieure naissent de l'harmonie avec le cours des choses.

Laozi, Dao De Jing · Zhuangzi

Beauvoirinférable

Le bien, pour Beauvoir, n'est ni le plaisir ni une nature à accomplir, mais l'existence authentique qui assume sa liberté et se réalise dans des projets ouverts. Cette réalisation de soi est inséparable d'une exigence morale : vouloir sa propre liberté, c'est vouloir aussi celle d'autrui. Auto-réalisation et valeur de la liberté s'y nouent, contre la démission du sérieux.

Pour une morale de l'ambiguïté

Humeinférable

Hume dessine une vie bonne sociable et tempérée : un mélange de plaisirs délicats, d'activité, d'amitié et de bienveillance. La vertu elle-même n'a de prix que par ce qu'elle a d'utile et d'agréable, à soi et aux autres ; les vertus monacales, jeûne et mortification, sont rejetées comme inutiles et donc vicieuses. Ni rigorisme ni pur hédonisme, mais un épanouissement humain naturel.

Enquête sur les principes de la morale, IX · Traité de la nature humaine, III

Leibnizinférable

Le bonheur consiste dans un progrès continuel vers de nouveaux plaisirs et de nouvelles perfections : la félicité n'est pas un état mais un chemin () où l'esprit s'accroît en connaissance et en puissance (perfectionnisme). Le plaisir y est intégré, mais comme sentiment d'une perfection, non comme fin sensible, d'où un poids hédoniste mineur.

Principes de la nature et de la grâce, §18 (le bonheur, progrès perpétuel vers de nouveaux plaisirs) · Nouveaux essais, II, 21 (la félicité, route plutôt que demeure)

Sartreinférable

Faute de valeurs données, le bien ne se reçoit pas, il se fait : c'est l'existence authentique qui assume sa liberté et son projet sans se réfugier dans la mauvaise foi ni dans une essence rassurante. La vie réussie est celle qui se réalise lucidement dans l'action et l'engagement, plus qu'une vertu codifiée ou un plaisir poursuivi.

L'existentialisme est un humanisme · L'Être et le Néant, IV

Zhuangziinférable

Le souverain bien de Zhuangzi est la (xiaoyao you) : une vie déprise des honneurs, des charges et des classements, qui se réjouit de ce qui vient et joue avec les métamorphoses du monde. Refusant la cour qui lui offre un ministère pour rester « tortue qui traîne sa queue dans la boue », il ne vise ni le plaisir accumulé ni l'accomplissement d'une fonction, mais une joie sans objet, l'aisance de qui ne s'agrippe à rien. Cette félicité n'est pas l' grec d'une vie réussie selon une nature à parfaire, mais elle en partage l'idée d'un épanouissement, teinté d'un goût très vif pour la jubilation de l'instant.

Zhuangzi, ch. 1 (Libre errance) · Zhuangzi, ch. 17 (la tortue dans la boue)

Empirismeinférable

L'empirisme moral, de Hume aux utilitaristes, mesure la vie bonne à l'expérience : un mélange équilibré de plaisirs, d'activité utile et de relations agréables. La vertu y vaut par ses effets, son utilité et son agrément, non pour elle-même ; l'ascétisme qui sacrifie le bonheur sensible est récusé comme contraire à la nature.

Hume, Enquête sur les principes de la morale · Mill, L'Utilitarisme

Existentialismeinférable

L'existentialisme ne reçoit pas le bien d'une nature ou d'un ciel des valeurs : la vie réussie est l'existence authentique qui assume sa liberté et se réalise dans des projets choisis. Cette auto-réalisation porte une exigence quasi morale, l'authenticité et la responsabilité contre la mauvaise foi, sans se confondre avec un plaisir ni une vertu codifiée.

Sartre, L'existentialisme est un humanisme · Beauvoir, Pour une morale de l'ambiguïté

Rationalismeinférable

Les rationalistes convergent vers un souverain bien intellectuel : la perfection et la joie de l'âme qui connaît. Le contentement ferme de Descartes, la béatitude de Spinoza comme amour intellectuel de Dieu, la perfection croissante chez Leibniz placent la vie bonne dans l'exercice accompli de la raison, où s'unissent épanouissement et vertu, plus que dans le plaisir.

Spinoza, Éthique, V · Descartes, Les passions de l'âme · Leibniz, Monadologie

Arguments et objections (4)
ArgumentL'argument de la fonction (ergon)Le bien de chaque chose tient à l'accomplissement excellent de sa fonction propre ; celle de l'homme est l'activité de l'âme selon la raison, si bien que son bien est de mener excellemment, toute une vie, cette activité rationnelle. Voir la page
ObjectionAttaque la positionSe réaliser contre les autresL'accomplissement de soi, mesuré à la réussite et au rang, devient un tapis roulant : le but atteint recule aussitôt, et l'on ne s'éprouve qu'en se comparant. C'est l'amour-propre décrit par Rousseau, une réalisation suspendue au regard et à la défaite d'autrui, qui ne connaît pas de repos. Voir la page
ObjectionAttaque le raisonnementL'existence sans essenceL'argument de la fonction suppose que l'homme a une œuvre propre, comme un outil a un usage ; mais si aucune nature n'est fixée avant l'existence, il n'y a pas de fonction d'où déduire le bien, et l'épanouissement devient une œuvre à inventer. Voir la page
ObjectionAttaque la position Expérience de penséeLe juste frappé par l'infortuneSi l'épanouissement réclame des biens extérieurs, le souverain bien reste otage de la fortune : la maladie, l'exil, la mort des proches peuvent le briser. Voir la page

Vertu / perfectionnisme moral

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Seule la vertu, ou la bonne volonté, a une valeur inconditionnelle : la vie bonne est la vie moralement droite, même au prix du plaisir ou du confort. Le bonheur ne vaut que s'il est mérité par l'excellence morale.

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Figures associées: les stoïciens · Kant
Qui se tient ici
Marc Aurèleexplicite

Le seul bien réside dans la vertu, c'est-à-dire dans la rectitude du ; santé, honneurs et plaisirs ne sont que des dont nul bon usage ne fait des biens. Rien, répète-t-il, n'égale la justice, la vérité et la tempérance d'une âme.

Pensées pour moi-même, II, 5 · Pensées pour moi-même, III, 6 · Pensées pour moi-même, VI, 41

Stoïcismeexplicite

Le bien, soutiennent les stoïciens, doit être ce qui profite toujours et ne nuit jamais ; or santé, richesse ou plaisir peuvent être mal employés : ce ne sont pas des biens mais des , tout au plus « préférables ». Seule la vertu, droit usage de la raison, satisfait le critère, d'où la thèse la plus disputée de l'école, contre : elle , et le sage demeure heureux jusque dans les tourments.

Sénèque, Lettres à Lucilius · Cicéron, Des fins des biens et des maux, livre III

Diogène de Sinopeexplicite

Tout ce qui peut être mal employé, ou perdu par un coup du sort, ne saurait être un vrai bien : ni la santé, ni la richesse, ni le plaisir ne passent l'épreuve. Seule la vertu mérite ce nom, parce qu'elle seule profite toujours et ne peut être ôtée ; une fois acquise elle suffit au bonheur. Mais Diogène durcit l'héritage socratique sur un point décisif : la vertu n'est pas un savoir mais une force, qui s'acquiert par l' et se prouve par les actes, non par la définition, contre l'intellectualisme qui ferait du bien une science enseignable en paroles. Une mince part eudémoniste demeure, car cette vie selon la nature est aussi présentée comme la plus heureuse.

Diogène Laërce, Vies, VI, 11 et 104-105

Épictèteexplicite

Le bien réside exclusivement dans la vertu, c'est-à-dire dans le bon usage des et de la volonté : c'est le perfectionnisme moral stoïcien. La dimension demeure, car cette vertu est aussi la voie de la sérénité (), mais le plaisir n'est jamais le critère.

Entretiens, I, 29 · Manuel, §8

Cynismeexplicite

Tout ce qui peut être mal employé, ou perdu par un coup du sort, ne saurait être un vrai bien : ni la santé, ni la richesse, ni le plaisir ne passent l'épreuve. Antisthène, élève de Socrate, en conclut que seule la vertu mérite ce nom, parce qu'elle seule profite toujours et ne peut être ôtée ; une fois acquise elle ne se perd pas, et elle suffit dès lors au bonheur. Mais les cyniques durcissent l'héritage socratique sur un point décisif : la vertu n'est pas un savoir mais une force, qui s'acquiert par l' et se prouve par les actes, non par la définition, contre l'intellectualisme qui ferait du bien une science enseignable en paroles.

Diogène Laërce, Vies, VI, 11 · Diogène Laërce, Vies, VI, 104-105

Plotinexplicite

Le bonheur ne tient ni au plaisir ni même à la seule vie vertueuse : la vertu n'est qu'un premier degré, une purification qui détache l'âme du sensible et la rend semblable au divin. Le souverain bien véritable est au-delà, dans la contemplation de l'Intellect puis dans l'union avec l', où l'âme rejoint sa source. Plotin reprend l'eudémonisme grec, la vie heureuse comme activité de la meilleure part de nous, mais en déplace le sommet : la félicité n'est plus l'excellence de l'agir mais une remontée contemplative qui passe la vertu morale elle-même. Le sage parfait, déjà uni à l'intelligible, demeure heureux jusque dans l'infortune, car son vrai moi n'y est pas atteint.

Ennéades, I, 4 (Du bonheur) · Ennéades, I, 2 (Des vertus)

Voir plus (12)
Socrateexplicite

Socrate exhorte les Athéniens à ne pas se soucier de leur corps, de leurs biens ni de leur réputation autant que de la perfection de leur âme. Le seul bien véritable est l'excellence de l'âme, la vertu : tout le reste n'a de prix que par elle, la richesse même procédant de la vertu et non l'inverse. Le souverain bien n'est donc ni le plaisir ni la simple réussite d'une vie, mais l'état d'une âme rendue bonne.

Platon, Apologie, 29d-30b (le soin de l'âme)

Sénèqueexplicite

Le souverain bien est la vertu, seule véritablement bonne ; le bonheur () en découle, jamais l'inverse. Les biens extérieurs sont des : ni la richesse, ni la santé, ni le plaisir n'entrent dans le bien. Le perfectionnement moral prime donc nettement sur tout épanouissement reçu de la fortune.

De la vie heureuse, IV-VII (la vertu seule est bonne) · Lettres à Lucilius, LXXVI (le seul bien est l'honnête)

Thomas d'Aquinexplicite

Reprenant l' d', Thomas accorde que toute action vise une fin dernière, le bonheur ; mais il montre qu'aucun bien fini, ni richesse, ni honneur, ni plaisir, ni même la contemplation philosophique, ne peut combler le désir naturel de l'homme, qui ne s'apaise que dans le bien universel. Or seul Dieu est ce bien sans limite : la béatitude parfaite ne peut donc consister qu'en la , la contemplation de l'essence divine, inaccessible en cette vie et reçue par grâce. L'eudémonisme grec est ainsi conservé mais dépassé, le souverain bien étant rapporté à un perfectionnement que la nature appelle sans pouvoir l'atteindre seule.

Somme théologique, Ia-IIae, q. 1-5

Platonismeexplicite

Le souverain bien platonicien est l'assimilation au divin par l'ascension de l'âme vers le Bien, qui suppose l'ordre des vertus et la justice de l'âme. La félicité, l', en découle, mais elle se subordonne à une perfection morale et contemplative qui passe par la conversion du regard hors du sensible.

Platon, République, livre IV, sur la justice de l'âme · Platon, Théétète, 176a-b, l'assimilation au dieu

Kantexplicite

Rien n'est bon sans restriction qu'une volonté bonne : la moralité, et non le bonheur, est le bien suprême et la condition de toute valeur. Le souverain bien complet inclut cependant le bonheur, mais seulement proportionné à la vertu et comme la couronnant, d'où un poids minoritaire et l'exclusion de l'.

Fondements de la métaphysique des mœurs, section I · Critique de la raison pratique, Dialectique, II

Platoninférable

Le souverain bien est l'assimilation au divin par la contemplation du Bien et la justice de l'âme, un perfectionnisme moral où l'existence ordonnée selon la vertu vaut par elle-même. La dimension subsiste, car cette vie de l'âme juste est présentée comme la plus heureuse, le plaisir restant subordonné et trompeur.

République, IX, 580a-588a · Théétète, 176a-b

Confuciusinférable

Le bien suprême est l'excellence morale de la personne accomplie, le junzi 君子 (l'homme de noble caractère) parvenu à la pleine vertu d'humanité : un . Une part d'épanouissement subsiste, car la pratique de la vertu procure une joie sereine, mais le plaisir sensible n'est jamais le critère.

Entretiens, VII, 15 (la joie au sein d'une vie frugale, l'injuste richesse comme nuage flottant) · Entretiens, IV, 5 (le junzi ne quitte jamais l'humanité, fût-ce le temps d'un repas)

Nāgārjunainférable

Le souverain bien reste, pour Nagarjuna, la libération (nirvana), mais comprise à la lumière de la vacuité : voir que le samsara et le nirvana sont également vides, c'est cesser de saisir et se libérer. La voie du bodhisattva y joint la compassion pour tous les êtres. Une perfection spirituelle par la sagesse, au-delà du plaisir comme de la simple vertu mondaine.

Stances du milieu (Mūlamadhyamakakārikā), XXV · Précieuse Guirlande (Ratnāvalī)

Vedānta (Advaita)explicite

Le souverain bien du védânta est la libération (moksha) : l'affranchissement du cycle des renaissances par la connaissance que le Soi (atman) est identique au Brahman. Ce n'est ni un plaisir ni une vertu mondaine, mais la réalisation suprême, félicité (ananda) au-delà de toute satisfaction sensible, qui suppose détachement et discipline spirituelle.

Upanishads (Chandogya, Mundaka) · Shankara, Le Joyau de la discrimination

Le Bouddhaexplicite

Le souverain bien du Bouddha est le nirvana, l'extinction de la soif et la cessation de la souffrance, présenté comme la paix et la félicité les plus hautes, mais au-delà du plaisir des sens comme de la douleur. Il se conquiert par la voie, qui unit la sagesse, la discipline éthique (sila) et la méditation : une perfection libératrice, non un bonheur de jouissance.

Dhammapada, XV et XXIII · Sermon de Bénarès (les quatre nobles vérités)

Bouddhismeexplicite

Le bouddhisme place le souverain bien dans le nirvana, la cessation de la soif et de la souffrance, paix suprême au-delà du plaisir et de la douleur. Il se conquiert par la voie aux huit branches, qui unit sagesse, conduite éthique et méditation : une perfection libératrice, et non un bonheur de jouissance ni une simple droiture morale.

Sermon de Bénarès (les quatre nobles vérités) · Dhammapada, XXV

Confucianismeexplicite

Le souverain bien confucéen est moral : devenir pleinement humain (ren), homme de bien (junzi) accompli par une longue culture de soi, les rites et l'étude. Cette excellence morale est aussi un épanouissement, l'homme réalisant sa vocation propre dans la société et les relations justes, mais le plaisir n'y est jamais la fin.

Entretiens (Lunyu) · Mencius

Arguments et objections (4)
ArgumentLe seul bien sans réserveTous les biens que l'on cite peuvent être retournés en mal par une mauvaise volonté ; seule la bonne volonté reste bonne sous tous ses usages, car elle est la droiture même de l'usage. Si le souverain bien est ce qui vaut sans condition, c'est la vertu. Voir la page
ObjectionAttaque la positionLe culte du dépassementTenir le dépassement pour le bien même installe en soi un juge qui ne désarme jamais : toujours plus fort, meilleur qu'hier, on s'épuise à n'être jamais assez. Loin de libérer, le culte de la performance condamne à l'insatisfaction, et son envers est l'épuisement, le dégoût de soi. Voir la page
ObjectionAttaque le raisonnementInconditionnel n'est pas totalL'argument établit que la vertu est le seul bien inconditionnel ; mais de « seul bien sans condition » à « seul bien », il y a un saut. La droiture peut commander les autres biens sans les abolir. Voir la page
ObjectionAttaque la position Expérience de penséeLe juste frappé par l'infortuneTenir la vertu pour le seul bien oblige à déclarer heureux le juste accablé de malheurs : rendre le bien invulnérable, c'est nier que la perte et la douleur soient de vrais maux. Voir la page
Vousvous n'avez pas encore pris position sur cet axe.Situez-vous49 figures · 16 courants cartographiés
Parcours qui traversent cet axe
Problèmes

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  • PrescriptifVitale Expérience de pensée
    Le bonheur sans la réalité

    Une vie de plaisir parfait mais entièrement simulée serait-elle le souverain bien, ou la vie la plus haute exige-t-elle le contact avec le réel, et non le seul sentiment du bonheur ?

    une vie
  • PrescriptifMorale Expérience de pensée
    La vertu face au malheur

    Sa vie fut-elle, malgré tout, une vie bonne ? Autrement dit : le bonheur est-il à l'abri de l'infortune, ou peut-il nous être arraché ?

    une vie
  • PrescriptifMorale Question
    Réussir sans la droiture

    Imaginez quelqu'un d'habile et sans scrupule : il a menti, trahi, écrasé ses rivaux, sans jamais être inquiété. Riche, admiré, entouré, il meurt vieux et content, sans le moindre remords.

    une vie
Aller plus loin

Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe

  • PrescriptifVitale
    Désirer ou ressentir

    Le bien-être, est-ce ce que l'on ressent, ou l'accomplissement de ce que l'on veut vraiment, même quand on n'en éprouve jamais la satisfaction, comme un enfant qui prospère après notre mort ?

    une vie
  • PrescriptifExistentielle
    L'instant ou la vie entière

    Une vie vaut-elle par la somme de ses bons moments, ou par sa forme d'ensemble, de sorte qu'une vie qui s'élève vaudrait mieux qu'une vie qui décline, à plaisir total égal ?

    le cours d'une vie
  • PrescriptifVitale
    Ce qu'on veut ou ce qui est bon

    Le bien-être dépend-il entièrement de ce que chacun désire ou ressent, ou certaines choses, comme la santé, l'amitié ou la connaissance, sont-elles bonnes pour nous que nous les voulions ou non ?

    le bien-être
  • DescriptifVitale
    Peut-on mesurer le bonheur ?

    Plaisirs et peines se laissent-ils additionner et comparer, comme le voulait le calcul des plaisirs, ou y a-t-il dans le bien-être quelque chose qui échappe à toute mesure commune ?

    le bien-être
  • PrescriptifVitale
    Quantité ou qualité des plaisirs

    Une vie bonne se mesure-t-elle à la somme des plaisirs, ou certains plaisirs valent-ils plus que d'autres, indépendamment de leur intensité ?

    une vie
  • PrescriptifVitale
    Jouissance ou tranquillité

    Le souverain bien est-il de jouir le plus possible, ou de se libérer du trouble et de la douleur, quitte à ne désirer que le nécessaire ?

    une vie
  • Prescriptif
    Un bien ou plusieurs ?

    Existe-t-il un bien suprême qui ordonne tous les autres, ou des biens pluriels et incommensurables qui peuvent entrer en conflit sans mesure commune ?

    une vie
  • Prescriptif
    Les trois vies

    Entre la vie de plaisir, la vie active tournée vers la cité et la vie contemplative, laquelle mérite le nom de vie la plus haute ?

    une vie
  • Prescriptif
    Agir ou être comblé

    Le bonheur est-il une activité, une manière de déployer son âme jour après jour, ou l'état de qui possède tout pour être heureux, quoi qu'il fasse ?

    l'activité de l'âme, la satisfaction des désirs
  • PrescriptifSacrée
    Un bien hors de ce monde ?

    Le bien suprême est-il accessible ici-bas, ou réside-t-il ailleurs : l'union à Dieu, le salut, une béatitude que ni le plaisir ni la vertu terrestres ne donnent ?

    une vie

Problèmes liés élargir vers d'autres axes

  • PrescriptifExistentielle
    L'imbécile heureux

    Un bonheur bâti sur l'ignorance compte-t-il encore comme une vie réussie, ou manque-t-il au bien un de ses ingrédients ?

    une vie
  • PrescriptifExistentielle
    Vocation ou invention de soi

    La vie bonne est-elle d'accomplir une nature ou une fonction qui nous est donnée, ou n'y a-t-il aucune nature fixe, chacun ayant à inventer ce qui, pour lui, fait une vie bonne ?

    une vie
  • PrescriptifExistentielle
    Bonheur et sens

    Une vie bonne est-elle forcément heureuse, ou peut-elle être pleine de sens tout en étant difficile, exigeante, parfois malheureuse ?

    une vie
  • Prescriptif
    Seul ou avec les autres

    L'épanouissement se suffit-il à lui-même, ou réclame-t-il des amis et une cité, au point qu'on ne saurait être pleinement heureux à l'écart des autres ?

    la cité, les liens
  • Descriptif
    Connaître ou imaginer le bonheur

    Savons-nous vraiment ce qui nous rendrait heureux, ou le bonheur est-il un idéal mouvant de l'imagination, si indéterminé qu'on ne peut en faire une règle sûre ?

    une vie
  • PrescriptifEsthétique
    Le beau comme bien suprême

    Et si le bien suprême était le beau : faire de sa vie une œuvre, viser l'intensité des belles formes plutôt que le plaisir, la vertu ou la sérénité ?

    une vie
  • PrescriptifEsthétique Expérience de pensée
    La vie comme œuvre

    Faire de sa vie une œuvre, viser l'intensité des belles sensations : une telle vie se suffit-elle, ou finit-elle par se vider, indifférente au bien comme au mal et guettée par l'ennui ?

    une vie tout entièreLe beau dans la vie
  • PrescriptifExistentielle
    Sérénité, ou accomplissement ?

    Le bien d'une vie est-il la paix de l'âme que rien ne trouble, ou l'accomplissement actif de qui transforme le monde et y laisse sa marque ?

    une vie bonnePérimètre d'action
  • PrescriptifPolitique et droit
    L'égalité de quoi ?

    Pour répartir équitablement, faut-il égaliser les revenus, les ressources, le bien-être ou les capacités réelles d'agir ? On ne peut être juste sans dire d'abord de quel avantage on parle.

    l'avantage à répartirJustice distributive
  • Descriptif
    Bonheur ou sens

    Une vie réussie est-elle forcément heureuse, ou peut-elle valoir par son sens tout en étant difficile, exigeante, parfois malheureuse ?

    une vieLe sens de la vie
  • PrescriptifExistentielle
    Discours ou manière de vivre

    La philosophie est-elle un corps de doctrines, ou d'abord une manière de vivre faite d'exercices qui transforment celui qui les pratique, et qu'on aurait réduite à de la théorie ?

    la philosophie elle-mêmeLe but de la philosophie
  • PrescriptifExistentielle
    L'imbécile heureux

    Vaut-il mieux une vie lucide, même troublée par ce qu'elle découvre, qu'une vie heureuse dans l'ignorance ? La vérité est-elle une composante du bien-vivre, ou un instrument qui ne vaut que ce qu'il apporte ?

    une vieValeur de la vérité

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Citations
Ce n'est pas des richesses que naît la vertu, mais c'est de la vertu que viennent aux hommes les richesses et tous les autres biens.
Socrate · Platon, Apologie, 30b

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Il n'est rien, nulle part dans le monde et même hors du monde, qu'il soit possible de penser comme bon sans restriction, si ce n'est seulement une volonté bonne.
Kant · Fondements de la métaphysique des mœurs, section I

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Il vaut mieux être un être humain insatisfait qu'un porc satisfait ; il vaut mieux être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait.
Mill · L'Utilitarisme, ch. 2

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L'homme ne tend pas au bonheur : seul l'Anglais le fait.
Nietzsche · Crépuscule des idoles, Maximes et traits, 12

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La béatitude n'est pas le prix de la vertu, mais la vertu même.
Spinoza · Éthique, V, proposition 42, scolie

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La béatitude ultime et parfaite ne peut être que dans la vision de l'essence divine.
Thomas d'Aquin · Somme théologique, Ia-IIae, q. 3, a. 8

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La nature a placé l'humanité sous l'empire de deux maîtres souverains, la douleur et le plaisir. C'est à eux seuls qu'il appartient de montrer ce que nous devons faire comme de déterminer ce que nous ferons.
Bentham · Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I, §1

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La nature ne réclame pour elle rien d'autre que ceci : que la douleur soit écartée du corps, et que l'esprit jouisse d'un sentiment agréable, libre de soin et de crainte.
Lucrèce · De la nature des choses, II, 16-19

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La tranquillité suivit la suspension du jugement comme l'ombre suit le corps.
Sextus Empiricus · Esquisses pyrrhoniennes, I, 29

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Le bien de l'homme est une activité de l'âme en accord avec la vertu, et s'il y a plusieurs vertus, en accord avec la meilleure et la plus parfaite.
Aristote · Éthique à Nicomaque, I, 7 (1098a)

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Le plaisir est le commencement et la fin de la vie bienheureuse.
Épicure · Lettre à Ménécée, 128

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Le souverain bien est une âme qui méprise les choses du hasard et se réjouit de la vertu.
Sénèque · De la vie heureuse, IV

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Telle est la vie des dieux et des hommes divins et bienheureux : un détachement de tout ce qui est ici-bas, la fuite du seul vers le Seul.
Plotin · Ennéades, VI, 9, 11

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