Les questions

Rapport à soi· Présencedifficulté

Intériorité

Faut-il examiner sa vie intérieure ou se réaliser d'abord dans l'action ?

Se tourner vers le dedans éclaire qui l'on est, mais peut tourner à la rumination loin du monde ; se jeter dans l'action accomplit beaucoup, mais risque d'esquiver la question de qui agit et pour quoi. Se positionner, c'est dire où le moi se trouve vraiment : dans le retour sur soi, ou dans ce qu'on fait.

Vie examinéePrimat del'action
Les pôles, et qui les tient

Vie examinée

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Une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue : il faut régulièrement se retirer en soi-même, interroger ses opinions, ses désirs et ses actes. La connaissance de soi est la condition d'une existence lucide et véritablement libre.

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Figures associées: Socrate · Montaigne
Qui se tient ici
Socrateexplicite

Lors de son procès, Socrate refuse d'abandonner la philosophie même pour sauver sa vie : l'enjeu n'est pas de vivre, mais de bien vivre, et l'on ne peut bien vivre sans s'interroger sur soi. L'examen, conduit par l', arrache l'interlocuteur à ses opinions héritées et fait de la connaissance de soi, l'injonction inscrite au fronton du temple de Delphes, la condition d'une vie libre ; une existence non examinée se vit dans l'emprunt et l'illusion.

Platon, Apologie, 38a (une vie sans examen ne vaut pas d'être vécue) · Platon, Apologie, 29d-30a (le philosophe ne cessera pas d'interroger)

Plotinexplicite

Le chemin vers le principe ne passe pas par le dehors mais par un retournement de l'âme sur elle-même : « rentre en toi-même et regarde ». Puisque l' est présent au plus intime de nous, plus proche de l'âme qu'elle-même, c'est en se recueillant, en sculptant sa propre statue intérieure, que l'on s'élève à lui. Cette primauté absolue de l'intériorité contemplative sur l'agir extérieur fait de la vie examinée le tout de la philosophie, et anticipe l'intériorité augustinienne.

Ennéades, I, 6 (Du beau) · Ennéades, VI, 9, 7

Michel de Montaigneexplicite

Là où la philosophie cherchait des vérités universelles, Montaigne prend un objet inédit : lui-même. L' sceptique, en suspendant les grandes certitudes, dégage paradoxalement le seul terrain qui reste à explorer, l'expérience intérieure d'un homme particulier. Se peindre, non pour s'admirer mais pour atteindre la condition humaine à travers un cas singulier, devient une méthode : « chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition ». C'est la vie examinée déplacée de la socratique vers l'observation patiente de soi.

Essais, « Au lecteur » et III, 2, « Du repentir »

Phénoménologieexplicite

Toute explication causale présuppose déjà un monde qui apparaît à quelqu'un : la science elle-même opère sur des phénomènes donnés à une conscience qu'elle oublie. De ce constat les phénoménologues tirent un ordre de priorité : il faut d'abord décrire fidèlement comment les choses se donnent au vécu, avant d'en chercher la cause. La méthode, contre le sens commun, requiert l', mise entre parenthèses de nos thèses spontanées sur l'existence des objets, pour ne retenir que leur mode d'apparaître. C'est pourquoi Heidegger interroge l'être à partir de l'étant que nous sommes, et Merleau-Ponty fait de la perception vécue, non du fait physiologique, le premier sol de la philosophie.

Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie (1913) · Husserl, Méditations cartésiennes (1931) · Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception (1945), avant-propos

Descartesexplicite

Toute la démarche cartésienne est un retrait au-dedans : c'est en se détournant des sens et du monde, dans la solitude de la méditation, que l'esprit se saisit lui-même comme chose qui pense. Le cogito est conquis par une introspection méthodique, l'examen réflexif de ses propres pensées devenant le sol de toute certitude.

Méditations métaphysiques, I et II · Discours de la méthode, IV

Śaṅkaraexplicite

Contre les ritualistes (Mīmāṃsā) pour qui l'accomplissement des actes prescrits est la voie, Śaṅkara soutient que l'action ne délivre pas : elle reste dans le champ de l'ignorance et ne produit que des fruits transitoires. Seul le retournement vers l'intérieur, l'enquête sur « qui suis-je ? » et la connaissance du soi, conduit à la libération. La discipline est faite d'écoute de l'enseignement (śravaṇa), de réflexion (manana) et de méditation (nididhyāsana) : un examen patient tourné vers le témoin de toute expérience, à l'opposé d'une primauté de l'agir au-dehors.

Commentaire sur les Brahma Sūtra, I, 1 (connaissance vs action) · Upadeśasāhasrī

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Existentialismeexplicite

Il y a des vérités qu'on ne peut tenir à distance comme un objet de savoir : ce qu'est la mort, l'amour ou la foi pour moi ne se laisse saisir qu'en première personne, par celui qui l'éprouve et s'y engage. en tire son mot d'ordre contre : « la subjectivité est la vérité », car le système objectif, en pensant l'humanité en général, oublie l'existant singulier qui pense. De cette intériorité au pour-soi sartrien, le courant fait du point de vue vécu le sol de la philosophie ; mais comme exister c'est s'engager dans le monde, cette intériorité n'est pas un repli contemplatif.

Kierkegaard, Post-scriptum aux Miettes philosophiques · L'Être et le Néant

Marc Aurèleexplicite

Puisque le trouble ne vient pas des choses mais du jugement qu'on porte sur elles, le lieu où l'on retrouve toujours le calme n'est pas un lieu du monde mais le , cette part de soi que rien d'extérieur n'atteint. Marc Aurèle en fait une citadelle où il est toujours loisible de se replier, en revenant à ses pour y rétablir l'ordre. Mais ce retrait n'est pas une fuite hors de l'action : le carnet des en est l'exercice même, qu'on quitte aussitôt pour retourner à sa tâche d'homme et d'empereur.

Pensées pour moi-même, IV, 3 · Pensées pour moi-même, VII, 59 · Pensées pour moi-même, VIII, 48

Confuciusexplicite

La voie confucéenne est une culture de soi exigeante : le disciple Zengzi s'examine chaque jour sur trois points, et le perfectionnement intérieur du ren 仁 (l'humanité) conditionne toute action droite. Mais cette intériorité n'est pas contemplative : elle se vérifie et s'accomplit dans la conduite, le service et les li 禮 (les rites), d'où une position modérée du côté de la vie examinée, équilibrée par le primat de l'agir.

Entretiens, I, 4 (Zengzi s'examine chaque jour sur trois points) · Entretiens, IV, 17 (voyant un homme de valeur, songe à l'égaler ; en voyant un médiocre, examine-toi)

Vedānta (Advaita)explicite

La voie advaitique est tout entière tournée vers l'intériorité : la libération se joue dans la connaissance de soi, par l'écoute de l'enseignement (śravaṇa), la réflexion (manana) et la méditation profonde (nididhyāsana). Ce n'est pas dans l'action sur le monde, mais dans le retour réflexif sur le sujet connaissant que se dévoile l'absolu. La vie examinée, jusqu'à la racine du « je », prime sur l'agir extérieur.

Śaṅkara (attribué), Vivekacūḍāmaṇi · Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad, II, 4, 5

Le Bouddhainférable

La transformation visée passe d'abord par l'examen intérieur : observer ses propres états mentaux, ses et ses représentations dans la méditation et l'introspection. La vie bonne se joue dans le travail sur l'esprit plus que dans l'action extérieure, même si la conduite éthique (sīla) en est le support indispensable.

Dhammapada, ch. I (les paires), 1-2 · Satipaṭṭhāna Sutta, Majjhima Nikāya 10 (les fondements de l'attention)

Husserlinférable

Toute la méthode de Husserl est un retour réflexif sur la conscience : suspendre l' tournée vers les choses pour porter le regard sur les vécus eux-mêmes et leur manière de viser. La vérité se cherche dans la description patiente de la vie intérieure de l'esprit, non dans l'action ou la transformation du monde. C'est une philosophie de la réflexion par excellence, qui fait de l'examen du voir, du juger, du percevoir la tâche première du philosophe.

Idées directrices (Ideen I), §27-32, §50

Rousseauexplicite

Nul n'a poussé plus loin l'exploration du moi intérieur : les Confessions inaugurent l'autobiographie du sujet singulier, et les Rêveries font de l'examen de soi et du sentiment intérieur le lieu de la vérité. Contre le primat de l'action publique, Rousseau valorise le retour sur soi, la solitude et l'écoute de la conscience.

Rousseau, Les Confessions · Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire

Schopenhauerexplicite

Ce que l'on est importe infiniment plus que ce que l'on a ou ce que l'on représente aux yeux des autres : la source la plus constante du bonheur est la richesse intérieure, seul bien que le sort ne puisse reprendre. D'où le prix de la solitude et du commerce avec soi, contre la dispersion mondaine.

Parerga et Paralipomena, « Aphorismes sur la sagesse dans la vie », chap. II

Sénèqueexplicite

Sénèque pratique et prescrit l'examen de conscience quotidien : chaque soir, faire comparaître son âme devant elle-même pour juger ses actes du jour. La philosophie est d'abord un soin de soi, un retour réflexif sur la vie intérieure, même s'il n'exclut pas l'action publique.

De la colère, III, 36 (l'examen de conscience du soir) · Lettres à Lucilius, XVI et XXVIII (la philosophie comme soin de l'âme)

Bouddhismeinférable

La transformation visée passe d'abord par l'examen intérieur : observer ses propres états mentaux, ses et ses représentations dans la méditation et l'introspection. La vie bonne se joue dans le travail sur l'esprit plus que dans l'action extérieure, même si la conduite éthique (sīla) en est le support.

Dhammapada, ch. I (les paires) · Satipaṭṭhāna Sutta (le discours sur les fondements de l'attention)

Le romantismeinférable

Le réel le plus haut ne s'atteint pas au-dehors, dans l'action ou le fait, mais au-dedans : rêve, souvenir, nuit, profondeurs obscures du moi deviennent la vraie patrie. Le chemin du romantique vers l'infini passe par la descente en soi plutôt que par la prise sur le monde.

Novalis, Pollen · Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire

Nāgārjunainférable

La voie est d'abord un travail d'analyse et de vision : examiner les phénomènes pour en dénouer la saisie et apaiser la prolifération conceptuelle (prapañca). La transformation se joue dans la juste compréhension intérieure plutôt que dans l'action sur le monde extérieur, même si la compassion (karuṇā) du Mahāyāna l'oriente vers autrui.

Mūlamadhyamakakārikā (Stances du milieu par excellence), ch. XVIII (l'examen du soi et des phénomènes)

Laoziexplicite

« Sans franchir sa porte, on connaît le monde ; sans regarder par la fenêtre, on voit la voie du ciel » : la sagesse ne se gagne pas dans l'agitation extérieure mais dans un retour au-dedans, par le vide et le silence. Cette culture du recueillement et de la quiétude intérieure prime sur l'engagement actif dans les affaires, sans renier toutefois une action juste, celle qui ne force pas.

Dao De Jing, ch. 47 et 16

Taoïsmeinférable

La voie taoïste passe par un travail intérieur de vacuité : le jeûne du cœur (xin zhai) et l'oubli assis vident l'esprit du savoir et des distinctions pour le rendre disponible au . La transformation visée est moins l'action efficace dans le monde que l'accord intime avec l'ordre des choses, par un dépouillement de soi.

Zhuangzi, ch. 4 (Dans le monde des hommes) · Zhuangzi, ch. 6 (Le grand maître vénérable)

Épicureinférable

La sagesse exige un examen lucide de soi et de ses désirs : il faut méditer jour et nuit les préceptes qui mènent à l', distinguer en soi les désirs vains des désirs naturels, et veiller sur ses opinions. Cette pratique réflexive, plus tournée vers la quiétude intérieure que vers l'action dans le monde, relève d'une vie examinée.

Lettre à Ménécée, 122 et 135 (méditer ces préceptes jour et nuit)

Zhuangziinférable

La sagesse se gagne par un retour au-dedans, le et l'« oubli assis » qui vident l'esprit de ses calculs et de ses préférences pour le rendre clair comme un miroir. Le sage « emploie son cœur comme un miroir » : il reçoit sans retenir, accueille sans poursuivre. Cette quiétude contemplative prime sur l'engagement actif dans les affaires publiques, que Zhuangzi fuit ; mais elle se prolonge dans une action sans effort, de sorte que le retrait intérieur n'est pas pure inaction.

Zhuangzi, ch. 4 (le jeûne du cœur) · Zhuangzi, ch. 7 (le cœur-miroir)

Sextus Empiricusinférable

Le scepticisme est d'abord une activité d'examen : la « skepsis » est recherche, mise en balance attentive des raisons opposées avant toute suspension. Cette discipline réflexive, tournée vers l'épreuve des opinions plutôt que vers l'action transformatrice du monde, penche du côté de la vie examinée. Mais elle s'arrête au seuil de l'intériorité morale au sens socratique, car le sceptique n'a pas de doctrine du moi à approfondir : un examen sans introspection métaphysique.

Esquisses pyrrhoniennes, I, 1-4 (les trois philosophies)

Confucianismeexplicite

La culture de soi (xiushen) est au cœur de la voie confucéenne : l'examen quotidien de sa conduite précède et fonde l'action sur le monde, selon la séquence de La Grande Étude (Daxue), qui va de la rectification du cœur au gouvernement de l'empire. Maître Zeng se dit s'examiner chaque jour sur trois points : loyauté, fidélité, étude. Mais cette intériorité reste tournée vers la pratique relationnelle, jamais vers la pure contemplation.

Confucius, Entretiens (Lunyu), I, 4 · La Grande Étude (Daxue)

Millinférable

La crise de dépression que Mill traverse à vingt ans lui révèle l'insuffisance d'une vie purement analytique : la lecture de la poésie de Wordsworth lui rend le sentiment de la valeur de la culture intérieure et du développement des affects. Sans renoncer à l'action réformatrice, il accorde dès lors une place réelle à la et à la formation de soi.

Autobiographie (posthume, 1873), ch. 5 (une crise dans mon histoire mentale)

Pyrrhoninférable

Le scepticisme de Pyrrhon est d'abord une attitude tournée vers l'épreuve des apparences plutôt que vers l'action transformatrice du monde, ce qui le penche du côté de la vie examinée. Mais à la différence de l'examen socratique de soi, il ne s'accompagne d'aucune doctrine de l'âme à approfondir : nul moi intérieur à déchiffrer, seulement la discipline d'un regard qui se déprend des opinions. D'où une intériorité réelle mais mince, et retenue de l'extrême.

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 61-70

Primat de l'action

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C'est dans l'action, l'engagement et l'œuvre que l'on se découvre et que l'on se construit, non dans l'introspection. Trop scruter sa vie intérieure risque de paralyser, voire de fabriquer des problèmes imaginaires : le soi se révèle en agissant dans le monde.

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Figures associées: Arendt · Marx
Qui se tient ici
Calliclèsexplicite

À l'examen de soi socratique, il oppose que la philosophie est charmante chez le jeune homme mais rend ridicule et impuissant l'adulte qui s'y attarde, ignorant des lois et des affaires, exposé à être giflé sans recours. La vie est dans l'action, la réputation et le pouvoir ; il presse Socrate d'abandonner ces vétilles pour « la musique des affaires ».

Platon, Gorgias, 484c-486d (l'éloge puis la critique de la philosophie)

Diogène de Sinopeexplicite

Puisque la philosophie a pour seul objet de bien vivre, et que bien vivre est affaire de conduite, la physique, la logique et la dispute savante sont du temps perdu : on ne devient pas tempérant en définissant la tempérance. De là le primat de la sur la théorie, qui n'est pas inculture mais cohérence. Une thèse se réfute par un acte autant que par un argument : entendant nier le mouvement, Diogène, pour toute réplique, se leva et marcha. Le geste vaut démonstration, et la vie du sage, exposée au public, tient lieu de traité.

Diogène Laërce, Vies, VI, 39 et 70-71

Marxexplicite

Tant que l'on tient la conscience pour le lieu où l'homme se rapporte à lui-même, le matérialisme de reste contemplatif : il saisit le réel comme objet à intérioriser, jamais comme activité à exercer. Marx renverse ce primat : c'est dans la , l'activité sensible qui transforme le monde et l'homme du même geste, que se joue et se prouve ce que je suis, non dans un retour réflexif sur soi. L'examen intérieur, coupé de l'action, n'est qu'une idéologie de plus, et la philosophie qui s'y enferme manque sa tâche : d'où une primauté résolue de l'action sur l'introspection.

Thèses sur Feuerbach, XI · Thèses sur Feuerbach, II (la vérité comme question pratique)

Cynismeexplicite

Puisque la philosophie a pour seul objet de bien vivre, et que bien vivre est une affaire de conduite, la physique, la logique et la dispute savante sont du temps perdu : on ne devient pas tempérant en définissant la tempérance. De là le rejet cynique de la théorie, qui n'est pas inculture mais cohérence avec le primat de l'. Une thèse se réfute par un acte autant que par un argument : entendant nier le mouvement, Diogène, pour toute réplique, se leva et marcha. Le geste vaut démonstration, et la vie du sage, exposée au public, tient lieu de traité.

Diogène Laërce, Vies, VI, 39 · Diogène Laërce, Vies, VI, 70-71

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Marxismeexplicite

Le marxisme privilégie résolument la praxis : la vérité d'une pensée se prouve dans la pratique, et la philosophie ne vaut que si elle se fait force de transformation. La onzième thèse sur Feuerbach disqualifie l'interprétation contemplative au profit de l'action collective ordonnée au changement social.

Marx, Thèses sur Feuerbach, II et XI (1845)

Pragmatismeinférable

Une croyance n'est pas un état mental contemplatif mais une habitude d'action : ce qui la distingue d'une autre, c'est la conduite à laquelle elle dispose, ainsi que l'établit Peirce. La pensée naît alors d'une rupture dans l'action, le doute, et ne s'apaise que par le rétablissement d'une conduite assurée, la croyance fixée. L'enquête n'est donc pas un spectacle posé devant un monde déjà fait : elle est, chez Dewey, la transformation active d'une situation troublée en une situation maîtrisée, un segment de l'agir continu de l'organisme avec son milieu. La thèse récuse le partage hérité entre la theoria contemplative et la subordonnée, partage qui dévalorisait le faire au profit du voir : pour le pragmatisme, connaître est une espèce d'agir, et le « spectateur » désengagé est une fiction philosophique.

Peirce, « Comment rendre nos idées claires » (1878) · Dewey, Démocratie et éducation (1916)

Ulysseexplicite

La vie d'Ulysse est d'abord action, entreprise et engagement dans le monde, plus que retrait contemplatif : il agit, navigue, négocie, gouverne. Sa valeur est dans l'intelligence jetée dans l'épreuve, non dans l'examen de soi ; mais ses soliloques, ses récits et ses larmes montrent qu'il n'est pas pour autant sans vie intérieure, et que l'opposition n'est chez lui jamais tranchée.

Odyssée, IX-XII (le récit de ses entreprises aux Phéaciens) · Odyssée, XIII-XXII (l'action patiente du retour)

Beauvoirinférable

L'examen lucide de soi importe, mais la liberté ne se prouve et ne se réalise que dans l'action et l'engagement : on ne devient ce que l'on est qu'en agissant dans le monde, non dans la seule contemplation intérieure. La pente va vers le primat de l'action, sans abandonner l'exigence de lucidité.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), la liberté qui se réalise dans l'action

Sartreinférable

La conscience est tout entière tournée vers le dehors : il n'y a pas de vie intérieure repliée sur soi, car la conscience est intentionnelle, toujours conscience de quelque chose, et l'ego lui-même est un objet transcendant, dans le monde. L'homme se révèle non par introspection mais par ses actes et son engagement. La pente va donc vers le primat de l'action, même si la lucidité réflexive reste requise.

La Transcendance de l'Ego (1936) · L'existentialisme est un humanisme (l'homme est la somme de ses actes)

Camusinférable

se découvre d'abord dans une conscience lucide qui regarde sa condition en face, ce qui suppose un examen intérieur. Mais Camus refuse de s'y arrêter : la et l'action, soigner, créer, résister, sont la réponse vivante à l'absurde, d'où un équilibre presque médian entre vie examinée et primauté de l'action.

Le Mythe de Sisyphe (1942) · La Peste (1947)

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Problèmes

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Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe

  • PrescriptifExistentielle
    Que faire de son attention ?

    Examiner sa vie comme agir demandent une ressource que tout dispute : l'attention. Ce qu'on regarde, et ce dont on se détourne, dessine déjà une existence ; reste à savoir quelle part peut aller à la diversion.

    son attention

Problèmes liés élargir vers d'autres axes

  • Prescriptif
    Les trois vies

    Entre la vie de plaisir, la vie active tournée vers la cité et la vie contemplative, laquelle mérite le nom de vie la plus haute ?

    une vieSouverain bien

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Citations
Chaque jour je m'examine sur trois points : ai-je été fidèle en agissant pour autrui, sincère envers mes amis, et ai-je pratiqué ce qui m'a été enseigné ?
Confucius · Entretiens, I, 4

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Chaque jour je plaide ma cause devant moi-même... Quel défaut as-tu guéri aujourd'hui ?
Sénèque · De la colère, III, 36

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Comme on argumentait qu'il n'y a pas de mouvement, il se leva et se mit à marcher.
Diogène de Sinope · Diogène Laërce, Vies, VI, 39

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L'homme n'est rien d'autre que la série de ses actes, il n'est rien d'autre que sa vie.
Sartre · L'existentialisme est un humanisme

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Le chemin mystérieux va vers l'intérieur. C'est en nous, ou nulle part, qu'est l'éternité avec ses mondes, le passé et l'avenir.
Novalis · Pollen

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Le sage parfait emploie son cœur comme un miroir : il ne va au-devant de rien et n'accueille rien, il répond et ne retient pas.
Zhuangzi · ch. 7

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Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe, c'est de le transformer.
Marx · Thèses sur Feuerbach, XI (1845)

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On cherche des retraites à la campagne, au bord de la mer, dans les montagnes ; mais nulle part l'homme ne se retire dans plus de calme que dans sa propre âme.
Marc Aurèle · Pensées pour moi-même, IV, 3

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Rentre en toi-même et regarde : si tu ne te vois pas encore beau, fais comme le sculpteur d'une statue qui doit devenir belle.
Plotin · Ennéades, I, 6, 9

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Tout ce que nous sommes résulte de nos pensées : c'est fondé sur nos pensées, c'est fait de nos pensées.
Le Bouddha · Dhammapada, I, 1

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Une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue.
Socrate · Platon, Apologie de Socrate, 38a

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