Philosophes

Simone de Beauvoir

Philosopher depuis l'expérience vécue : la condition féminine, l'âge, tout ce qu'on tenait pour destin naturel, ressaisi comme situation socialement façonnée, donc transformable.

Française · 1908 – 1986

Philosophe française du XXe siècle, figure du aux côtés de , formée à la de et de . Romancière, mémorialiste et théoricienne, elle est surtout l'autrice du Deuxième Sexe (1949), enquête qui croise biologie, histoire, psychanalyse et marxisme pour comprendre la condition faite aux femmes, et de Pour une morale de l'ambiguïté (1947), où elle tente l'éthique que l'existentialisme avait promise sans l'écrire. Longtemps reçue comme la disciple de Sartre, elle est aujourd'hui relue comme une penseuse à part entière, fondatrice du féminisme philosophique contemporain et source majeure des théories du genre.

32 / 80 axescouverture 40%
Voir les 3 citations

WikipédiaWikidata

Rapport au vraiRapport à soiRapport aux autresRapport au mondeEmpirisme — Source de la connaissanceScepticisme — Rapport à la certitudePrimauté de la vérité — Valeur de la véritéRefuser la mort — La mortEudémonisme — Souverain bienAffirmation — Rapport au désirExistentialisme — Essence et existenceLibre arbitre — Liberté de la volonté (Position structurante)Sens construit — Le sens de la vieNarrativisme — Nature du moiAbolitionnisme — Sens de la souffrancePensée tragique — Tonalité du réelPrimat de l'action — IntérioritéCélébration — Plaisirs corporelsProjet — Orientation temporelleÉthique des vertus — Critère du juste (Position structurante)Altruisme — Intérêt propre et autrui (Position structurante)Constructivisme — Statut des normes (métaéthique)Rigorisme véridique — SincéritéHolisme — Individu et sociétéPartialisme — PartialitéProgressisme — Tradition et transformationÉgalitarisme — Justice distributiveAnarchisme — Rapport à l'autoritéConstruction sociale — Identité sociale (Position structurante)Philia (amitié) — Nature de l'amourCulturalisme — Nature et culture (Position structurante)Athéisme — Existence de DieuImmanence — Où réside le sacréDualisme — Nature du réelPlasticité morale — Vision de l'hommeAccomplissement — Sens du travailEmpirismeScepticismeExistentialismeSens construitProgressismeConstruction socialeCulturalismeAthéisme32SUR 80 AXES40% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. On ne naît pas femme : on le devient, car la féminité n'est pas une nature mais une situation construite par toute une civilisation.

    Construction sociale90%Identité socialevoir la position →
  2. La liberté est toujours située : l'oppression ne laisse pas l'opprimé intérieurement libre, elle mutile concrètement son pouvoir de se projeter.

    Libre arbitre85%Liberté de la volontévoir la position →
  3. Dans un monde sans Dieu, la liberté est le seul fondement de la morale : agir bien, c'est vouloir sa liberté en voulant celle d'autrui, sans règle donnée d'avance.

    Éthique des vertus50%Critère du justevoir la position →
  4. Ma liberté ne s'accomplit pas contre celle des autres mais à travers elle : opprimer quiconque, c'est appauvrir le sens même de mon propre projet.

    Altruisme85%Intérêt propre et autruivoir la position →
  5. La femme a été faite l'Autre de l'homme : un sujet réduit à l'inessentiel par la culture, et que rien dans sa biologie ne destinait à ce rang.

    Culturalisme95%Nature et culturevoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître3/3 positionnés
3 de plus
inférable
−0.4
Criticisme
Justification

Phénoménologue, Beauvoir tient le savoir pour enraciné dans l'expérience vécue et incarnée : le corps n'est pas un objet parmi d'autres mais le point de vue situé d'où le monde prend sens. Sa méthode, dans Le Deuxième Sexe, part de données concrètes, biologie, histoire, témoignages, plutôt que d'un principe rationnel posé a priori. Cela la range du côté de l'expérience, sans en faire une empiriste classique, puisque l'expérience est toujours celle d'une liberté en situation.

Le Deuxième Sexe, Introduction · Pour une morale de l'ambiguïté

inférable
+0.4
Faillibilisme
Justification

L'ambiguïté de la condition humaine est à assumer, non à fuir : c'est précisément ce que refuse l'esprit de sérieux, qui se rassure en tenant les valeurs pour des vérités fixes, inscrites dans les choses. Or rien n'est donné d'avance, ni le sens ni le bien : ils se constituent dans le projet libre, toujours révisables et sans garantie. De là une défiance de principe envers les certitudes absolues, qui masquent une démission, sans pour autant verser dans le , puisque la liberté fonde des valeurs réelles quoique non fondées en nature.

Pour une morale de l'ambiguïté

inférable
−0.3
La vérité qui donne prise
Justification

L'esprit de sérieux est sa cible constante : se soumettre à des valeurs toutes faites comme à des choses, c'est fuir dans une fausse nécessité la liberté qui les porte. Assumer l'ambiguïté de la condition humaine, sans la résoudre par des absolus rassurants, est la première exigence morale.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947)

Rapport à soiQui je suis, comment vivre12/12 positionnés
Majeur
+1.0
Justification

Beauvoir reprend la thèse existentialiste selon laquelle, pour l'humain, l'existence précède l'essence : aucune nature ne définit d'avance ce qu'il doit être. Sa formule on ne naît pas femme : on le devient en est l'application la plus célèbre : le féminin n'est pas une essence donnée mais un devenir façonné par la culture, que chacune a pourtant à reprendre dans un projet libre.

On ne naît pas femme : on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine.Le Deuxième Sexe, t. II

Le Deuxième Sexe (1949), t. II, ouverture ("on ne naît pas femme") · Pour une morale de l'ambiguïté (1947)

Majeur
−0.7
Compatibilisme
Justification

Une liberté n'est jamais pure spontanéité : elle s'exerce toujours depuis un corps, une histoire et une place sociale qui ouvrent ou ferment l'éventail de ses possibles. De ce caractère situé Beauvoir tire son désaccord avec le de L'Être et le Néant, pour qui même l'esclave demeure ontologiquement libre : dire cela, c'est confondre la liberté avec sa simple possibilité, et masquer que l'oppression mutile concrètement la liberté en barrant l'avenir et les moyens de se projeter. La liberté reste donc le fait premier, mais elle peut être lésée du dehors, ce qui rend l'oppression intelligible comme tort et non seulement comme malheur.

Il n'y a de liberté qu'engagée, et qui se veut en voulant le dévoilement de l'être à travers un monde.Pour une morale de l'ambiguïté

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), sur la liberté située et l'oppression · Le Deuxième Sexe (1949), Introduction (la situation de la femme)

Majeur
5
85
10
0
Justification

Dans un monde sans valeurs données ni finalité transcendante, l'existence n'a d'autre sens que celui que la liberté lui invente par ses projets : le sens est construit, jamais reçu. Beauvoir reconnaît la part de gratuité et d'ambiguïté de la condition humaine, sans en faire un absurde stérile : ce vide est précisément ce qui rend la création de sens à la fois possible et requise.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), sur le sens et la gratuité de l'existence

9 de plus
inférable
10
20
0
70
Justification

Pour Beauvoir, la mort n'est jamais naturelle : c'est une violence, un scandale injustifiable qui brise les projets et fait outrage à la vie, fût-elle longue et consentie. À l'accueillir avec sérénité, elle préfère la révolte et l'indignation, refusant de parer d'un sens ce qui n'est qu'une défaite. La mort des siens, vécue de près, lui apparaît comme une rupture inacceptable, non comme un accomplissement.

Il n'y a pas de mort naturelle.Une mort très douce

Une mort très douce · La Vieillesse

inférable
15
55
30
Justification

Le bien, pour Beauvoir, n'est ni le plaisir ni une nature à accomplir, mais l'existence authentique qui assume sa liberté et se réalise dans des projets ouverts. Cette réalisation de soi est inséparable d'une exigence morale : vouloir sa propre liberté, c'est vouloir aussi celle d'autrui. Auto-réalisation et valeur de la liberté s'y nouent, contre la démission du sérieux.

Pour une morale de l'ambiguïté

inférable
60
30
10
Justification

Beauvoir refuse de mutiler le désir au nom d'un ordre supérieur : assumer son existence, c'est aussi reprendre ses passions et ses désirs dans un projet libre, contre la démission de l'esprit de sérieux qui les soumet à des valeurs figées. Le désir n'est ni à éteindre ni seulement à trier, mais à assumer lucidement comme élan vers le monde et vers autrui.

Pour une morale de l'ambiguïté

inférable
0
20
60
20
Justification

Le soi n'est pas une substance ni une essence fixe : il est ce qu'il se fait à travers ses choix et son histoire. Dans Le Deuxième Sexe comme dans ses Mémoires, le sujet apparaît comme un devenir constitué par un récit de vie, une suite de projets repris et réinterprétés, sans noyau donné une fois pour toutes, d'où une nette dominante narrativiste.

Le Deuxième Sexe (1949), le devenir-femme · Mémoires d'une jeune fille rangée (1958)

inférable
+0.6
Indifférence stoïcienne
Justification

La souffrance de l'oppression n'a aucune fécondité rédemptrice : elle est un mal à combattre, et toute morale qui la justifierait au nom d'un avenir radieux est une mystification que Beauvoir dénonce. Sans nier la part de finitude et d'échec inhérente à toute existence, elle penche vers l'abolition concrète des souffrances évitables plutôt que vers leur sacralisation.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), critique du sacrifice du présent à l'avenir · Le Deuxième Sexe (1949), la souffrance comme produit de l'oppression

inférable
+0.5
Justification

La condition humaine est foncièrement ambiguë : nous sommes à la fois liberté et facticité, sujet et chose, conscience et corps voué à la mort, sans réconciliation possible dans une harmonie garantie. Beauvoir assume cette tension comme une donnée tragique de l'existence, qu'il s'agit de vivre lucidement plutôt que de fuir, sans pour autant verser dans le désespoir.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), l'ambiguïté de la condition humaine

inférable
+0.4
Justification

L'examen lucide de soi importe, mais la liberté ne se prouve et ne se réalise que dans l'action et l'engagement : on ne devient ce que l'on est qu'en agissant dans le monde, non dans la seule contemplation intérieure. La pente va vers le primat de l'action, sans abandonner l'exigence de lucidité.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), la liberté qui se réalise dans l'action

inférable
+0.5
Tempérance
Justification

Loin de tout ascétisme, Beauvoir revendique le corps et la sexualité comme dimensions pleines de l'existence, à vivre librement et non sous le poids de la honte ou des tabous imposés aux femmes. La libération inclut la réappropriation du désir et du plaisir comme part assumée de la liberté incarnée.

Le Deuxième Sexe (1949), t. I, "L'initiation sexuelle" et la sexualité féminine

inférable
10
80
10
Justification

L'existence est structurée par le projet : la liberté se définit par l'avenir qu'elle vise et vers lequel elle se dépasse. Beauvoir pense l'oppression précisément comme la privation d'avenir, l'enfermement dans un présent répétitif sans ouverture sur des fins librement posées, ce qui confirme le primat de la temporalité du projet.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), la liberté comme projet vers l'avenir

Rapport aux autresCe que nous nous devons11/11 positionnés
Majeur
10
10
50
30
Justification

Si Dieu est mort et qu'aucune valeur ne tombe d'un ciel, le fondement de la morale ne peut être que la liberté elle-même, seule chose qui se pose comme inconditionnellement désirable en se choisissant. Mais une liberté ne peut se vouloir cohérente sans vouloir aussi les autres libertés qui donnent un monde et un sens à son projet : telle est la réponse de Beauvoir au reproche de nihilisme adressé à l'existentialisme. Elle refuse pour autant toute règle universelle posée d'avance, car le bien se décide chaque fois dans l'épaisseur d'une situation singulière, d'où une éthique de l'engagement et de la responsabilité envers autrui, sans recette ni alibi.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), "La liberté et la libération"

Majeur
+0.7
Justification

Mon projet ne prend forme qu'en dévoilant un monde, et ce monde n'a de relief que peuplé d'autres libertés qui le reprennent et le prolongent : c'est pourquoi vouloir l'homme libre, c'est vouloir qu'il y ait de l'être. La tension entre soi et autrui, que la tradition résout en sacrifiant l'un à l'autre, se dissout donc à la racine : ma liberté ne s'accomplit pas malgré celle des autres mais par elle, si bien qu'opprimer quiconque, c'est appauvrir le sens même de ce que je vise. De là un altruisme qui n'est ni devoir imposé du dehors ni renoncement, mais l'exigence interne d'une liberté lucide sur ses propres conditions.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), "Ambiguïté et liberté"

Majeur
−0.8
Justification

Beauvoir reprend la critique existentialiste de la : se mentir à soi-même pour fuir sa liberté et sa responsabilité. L' consiste à assumer lucidement l'ambiguïté de la condition humaine, sans se réfugier dans un rôle figé, dans le sérieux des valeurs toutes faites ou dans l'image que l'on donne aux autres. La véracité envers soi est une exigence morale forte.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), figures de la fuite (le sérieux, le sub-homme)

Majeur
+0.9
Justification

Beauvoir est résolument émancipatrice : Le Deuxième Sexe est un appel à transformer les structures qui font de la femme l'Autre, et son engagement (féminisme, anticolonialisme, soutien aux luttes d'émancipation) vise l'abolition des oppressions héritées. Les traditions qui figent les rôles relèvent pour elle de l'aliénation, non d'un ordre à conserver.

Le Deuxième Sexe (1949), perspective de libération · La Force des choses (1963), engagements politiques

Majeur
0
90
10
Justification

Si aucun destin biologique, psychique ou économique ne fixe d'avance ce qu'est une femme, alors la féminité ne peut être une essence : elle est le résultat d'une élaboration que la civilisation impose à la femelle humaine. Beauvoir dissocie ici le sexe, donnée corporelle, et le devenir-femme façonné par l'éducation, le droit et le regard d'autrui, fondant la distinction que reprendront les théories du genre. La conséquence est politique : ce qui s'est construit dans l'histoire peut s'y défaire, contre tout naturalisme qui justifierait la hiérarchie des sexes par la nature.

On ne naît pas femme : on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine.Le Deuxième Sexe, t. II

Le Deuxième Sexe (1949), t. II, ouverture

6 de plus
inférableMajeur
15
10
75
Justification

Les valeurs ne sont ni inscrites dans un ciel intelligible ni purement relatives : elles sont instituées par des libertés qui se reconnaissent mutuellement et s'engagent. Beauvoir part toujours de situations singulières et historiques, mais la liberté qu'elle érige en exigence vaut pour tous : un constructivisme situé, qui universalise sans relativisme ni réalisme moral.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), la fondation des valeurs par la liberté

inférable
+0.2
Justification

L'individu libre reste la source du sens et des valeurs, mais il n'existe pas hors d'un tissu de relations : il se constitue dans le regard d'autrui, dans des institutions et des conditions historiques qui le situent. Beauvoir tient ensemble l'irréductibilité de la liberté singulière et la dépendance concrète à l'égard du collectif, d'où une position à peine inclinée vers le pôle relationnel.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), liberté et monde commun · Le Deuxième Sexe (1949), la femme située dans des rapports sociaux

inférable
+0.3
Cercles concentriques
Justification

L'éthique de l'ambiguïté part toujours de la situation concrète et des liens singuliers, non d'un point de vue surplombant et impartial : on s'engage à partir de là où l'on est, auprès de ceux à qui l'on est lié. Mais cet ancrage partial s'ouvre à l'exigence universelle de vouloir la liberté de tous, ce qui modère la pente partialiste.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), l'engagement à partir de la situation

extrapolée
−0.6
Suffisantarisme
Justification

Proche du marxisme et engagée à gauche, Beauvoir voit dans les inégalités matérielles une entrave concrète à la liberté des opprimés : la libération exige de transformer les conditions économiques et sociales, et non seulement les mentalités. Cette pente égalitariste reste toutefois inférée de ses engagements plus que d'une théorie systématique de la justice distributive.

Le Deuxième Sexe (1949), conditions matérielles de l'émancipation · La Force des choses (1963), engagements de gauche

inférable
+0.5
Constitutionnalisme
Justification

Beauvoir se méfie des autorités qui figent les individus dans des rôles imposés (patriarcat, traditions, dogmes) et tient l'obéissance non interrogée pour une forme de mauvaise foi. Sans prôner l'abolition de toute institution, elle subordonne la légitimité d'un pouvoir à ce qu'il élargit ou non la liberté concrète de chacun, d'où une nette défiance à l'égard de l'autorité.

Le Deuxième Sexe (1949), critique de l'autorité patriarcale · Pour une morale de l'ambiguïté (1947), le "sérieux" et la soumission aux valeurs établies

inférable
0
30
0
70
Justification

Beauvoir critique l'amour où la femme s'aliène et se fait l'objet de l'autre : l'amoureuse qui se perd dans l'aimé, faute de projet propre, est une figure de la mauvaise foi. À cet amour-manque qui veut se compléter dans un autre, elle oppose l'amour authentique, lien réciproque de deux libertés qui se reconnaissent et se choisissent sans que l'une se dissolve dans l'autre. C'est une existentielle, faite de reconnaissance mutuelle, où la part de don tient à ce que chacun veut la liberté de l'autre comme la sienne.

Le Deuxième Sexe (1949), t. II, « L'amoureuse »

Rapport au mondeCe qu'il y a6/6 positionnés
Majeur
+0.9
Justification

Toute conscience, par un mouvement qu'aucun sexe ne fonde, pose en face d'elle un Autre qu'elle dévalue pour s'affirmer comme l'essentiel : le racisme, l'antisémitisme et l'oppression des femmes partagent cette structure. Le propre de la condition féminine, et l'énigme que Beauvoir veut résoudre, est que les femmes ont consenti à ce rôle d'Autre absolu sans le retourner, faute d'un passé, d'une solidarité et d'un travail communs. Les caractères dits féminins ne sont donc pas une nature mais le produit de cette situation instituée, d'où un qui reconnaît le donné corporel sans jamais lui laisser fixer le destin.

Le Deuxième Sexe (1949), Introduction (la femme comme "<c>l'Autre</c>") · Le Deuxième Sexe, t. II, "Formation"

Majeur
+1.0
Agnosticisme (Huxley)
Justification

Beauvoir est athée : élevée dans un catholicisme fervent, elle rompt avec la foi à l'adolescence et n'y reviendra pas. Son existentialisme part d'un monde sans Dieu où l'humain, n'ayant aucune valeur garantie d'en haut, doit faire surgir lui-même le sens et fonder sa morale sur sa seule liberté.

Mémoires d'une jeune fille rangée (1958), la perte de la foi · Pour une morale de l'ambiguïté (1947), une morale sans Dieu

4 de plus
inférable
−0.8
Justification

Sans Dieu ni arrière-monde, le sens et les valeurs se jouent entièrement dans ce monde-ci, dans l'immanence des projets humains et de l'histoire. Beauvoir donne pourtant au mot transcendance un sens existentiel particulier : non un au-delà, mais le dépassement par lequel la liberté s'arrache vers l'avenir, l'oppression consistant à enfermer autrui dans l'immanence d'une condition figée.

Le Deuxième Sexe (1949), Introduction (transcendance et immanence)

extrapolée
40
10
50
Justification

Beauvoir n'élabore pas de métaphysique systématique, mais sa phénoménologie d'inspiration existentialiste suppose une réalité matérielle et corporelle première, comprise à travers la conscience qui lui donne sens. Le corps, ni pure chose ni pure idée, est vécu comme situation, ce qui interdit de la ranger franchement dans le matérialisme ou l'idéalisme.

Le Deuxième Sexe (1949), "Les données de la biologie" et le corps comme situation

inférable
0.0
Plasticité morale
Justification

Pour Beauvoir, l'humain n'est ni bon ni mauvais par nature, puisqu'il n'a pas de nature : il est ce qu'il se fait, capable du meilleur engagement comme de la pire complicité avec l'oppression. La valeur morale dépend de l'usage qu'on fait de sa liberté, ce qui interdit tout verdict d'ensemble, optimiste ou pessimiste, sur la nature humaine.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), la liberté entre engagement et fuite

inférable
60
30
10
Justification

Beauvoir voit dans le travail et l'activité productive un levier décisif d'émancipation : accéder au travail, c'est pour la femme conquérir l'indépendance économique et la transcendance par le projet, contre l'enfermement dans l'immanence domestique. Le travail aliéné existe (et relève alors de l'oppression), mais le travail librement assumé est d'abord voie d'accomplissement.

Le Deuxième Sexe (1949), t. II, "Vers la libération" (le travail et l'indépendance)