Rapport aux autres· Société et histoiredifficulté
Appartenance
Où va d'abord notre appartenance : à notre communauté, ou à l'humanité tout entière ?
Privilégier les siens donne des racines mais peut fermer la porte à l'étranger ; s'ouvrir à tous élargit le cœur mais risque de n'appartenir nulle part. Trancher, c'est dire à qui nous devons quelque chose en premier, quand les loyautés proches et lointaines entrent en conflit.
Communautarisme-patriotisme
6Nous ne sommes pas des individus abstraits : notre identité et nos attachements naissent des communautés concrètes qui nous ont formés, famille, nation, culture. La loyauté envers les siens n'est pas un préjugé, mais une vertu et la source réelle de la solidarité.
Explorer cette position →Ulysseexplicite
Toute l'Odyssée est tendue par un seul désir, le , le retour : Ulysse traverse le monde connu, refuse les îles où l'on pourrait s'établir heureux et oublieux, pour ne regagner qu'Ithaque, sa terre rocailleuse. Retenu par la nymphe , il passe ses jours sur le rivage à pleurer vers la mer et sa maison. Le lit conjugal qu'il a taillé lui-même dans un olivier vivant, enraciné dans le sol, dit assez que pour lui l'identité et le bonheur tiennent à un enracinement, non à l'ailleurs.
Odyssée, V, 151-158 (les pleurs vers la mer sur l'île de Calypso) · Odyssée, XXIII, 183-204 (le lit taillé dans l'olivier enraciné)
Le romantismeexplicite
On n'est pas homme en général mais d'abord d'une langue, d'un sol et d'un peuple, et c'est cet enracinement, non l'abstraction cosmopolite des , qui donne à une vie sa profondeur. réveille le génie propre de chaque nation dans ses chants, ses contes et sa langue ; de là naîtra, pour le meilleur et pour le pire, l'idée moderne de nation comme communauté de destin.
Herder, Voix des peuples dans leurs chants · Herder, Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité
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Confuciusinférable
L'individu n'existe que pris dans un tissu de relations particulières : famille, lignage, communauté, État, ordonnés par les li 禮 (les rites). La xiao (piété filiale) et la loyauté envers les siens priment sur toute appartenance abstraite à l'humanité, ce qui ancre Confucius du côté du .
Entretiens, I, 2 (l'ordre familial, fondement de l'ordre social) · Entretiens, XII, 11 (que le père soit père, le fils fils)
Confucianismeinférable
L'identité morale du sujet confucéen est tissée par ses appartenances : la famille, le lignage, la communauté locale et l'État ordonné par les rites (li 禮). On ne devient pleinement homme qu'au sein de ces relations (les cinq relations cardinales), et non comme individu abstrait ou citoyen indifférencié du monde.
Mencius (Mengzi), III A 4 · Confucius, Entretiens (Lunyu), XII, 11
Lucrèceinférable
La poursuite des honneurs et du pouvoir, qui jette les hommes les uns contre les autres, est rangée parmi les désirs vains nés de la peur de la mort : mieux vaut obéir et se tenir tranquille que vouloir régir les choses par le commandement et tenir des royaumes. Comme l'épicurisme dont il est le héraut, Lucrèce détourne de l'ambition civique et de la vie publique pour la sécurité du retrait, ce qui incline du côté d'une communauté restreinte plutôt que d'un cosmopolitisme actif.
De la nature des choses, V, 1120-1135 (mieux vaut obéir tranquille que régner)
Épicureinférable
La devise vis caché (lathe biôsas) détourne le sage de la vie publique : la cité, ses honneurs et ses ambitions sont sources de trouble, et la sécurité véritable se trouve dans le retrait et l'amitié, non dans l'engagement civique. Cette préférence pour une communauté élective restreinte, le Jardin, plutôt que pour un cosmopolitisme actif, incline légèrement vers le communautarisme.
Sentences vaticanes, 58 (se libérer de la prison des affaires publiques) · Maximes capitales, XIV (la sécurité par la retraite loin de la foule)
Cosmopolitisme
12Nous sommes d'abord citoyens du monde : la dignité humaine ne s'arrête pas aux frontières. Les appartenances locales sont contingentes, et c'est à l'humanité tout entière que nous appartenons d'abord, par-delà les patries.
Explorer cette position →Diogène de Sinopeexplicite
Si les frontières des cités ne sont que , convention sans fondement dans la nature, aucune ne saurait commander l'appartenance d'un être raisonnable : une cité n'a pas plus de droit naturel sur moi que le hasard de ma naissance. De là le mot que Diogène est le premier à se donner, citoyen du monde : non l'amour d'une patrie élargie, mais le refus d'en reconnaître aucune, l'humanité entière prise comme seul horizon. La provocation vise l'orgueil civique grec, qui faisait de l'exilé un déchu : le banni de Sinope retourne sa condition en revendication. Les stoïciens hériteront du mot, mais l'adosseront à une cité cosmique réglée par le ; chez Diogène il reste d'abord un geste de refus, sans cosmologie.
Diogène Laërce, Vies, VI, 63
Cynismeexplicite
Si les frontières des cités ne sont que nomos, convention sans fondement dans la nature, alors aucune ne saurait commander l'appartenance d'un être raisonnable : la cité n'a pas plus de droit naturel sur moi que le hasard de ma naissance. De là le mot kosmopolitēs que forge Diogène, le premier à se dire citoyen du monde : non l'amour d'une patrie élargie, mais le refus d'en reconnaître aucune, l'humanité entière prise comme seul horizon. La provocation vise l'orgueil civique grec, qui faisait de l'exilé un déchu : le cynique en fait sa condition revendiquée.
Diogène Laërce, Vies des philosophes illustres, VI, 63
Sénèqueexplicite
Sénèque distingue deux cités : celle, restreinte, de notre naissance, et la grande cité commune aux hommes et aux dieux, mesurée par le cours du soleil. Tout homme est notre concitoyen au titre de la raison partagée, la nature nous ayant faits parents : un fondé sur l' stoïcienne.
De la tranquillité de l'âme, IV (les deux républiques) · Lettres à Lucilius, XCV, 52-53 (la nature nous a faits parents)
Marc Aurèleexplicite
De la commune à tous les hommes, Marc Aurèle conclut à une cité unique du monde dont chacun est citoyen avant d'appartenir à sa patrie. La formule est sienne : citoyen de Rome en tant qu'Antonin, mais citoyen du monde en tant qu'homme, la première appartenance se subordonnant à la seconde.
Pensées pour moi-même, VI, 44 · Pensées pour moi-même, III, 11 · Pensées pour moi-même, IV, 4
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Kantexplicite
Kant défend un droit cosmopolitique et l'idée d'une fédération d'États libres comme horizon de l'histoire : tout homme a un droit d'hospitalité universelle en tant que citoyen de la terre. L'État national demeure une médiation nécessaire, ce qui nuance le score.
Projet de paix perpétuelle · Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique
Stoïcismeexplicite
Les stoïciens ont élaboré le cosmopolitisme antique : tout homme, en tant qu'être rationnel, est citoyen du monde avant d'être citoyen d'une cité particulière. Marc Aurèle se dit citoyen de Rome en tant qu'Antonin, mais citoyen du monde en tant qu'homme.
Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, VI, 44 · Épictète, Entretiens, I, 9
Épictèteexplicite
Reprenant le cosmopolitisme cynique et stoïcien, Épictète invite à se dire citoyen du monde et fils de Zeus plutôt que citoyen d'une cité particulière. Les appartenances locales subsistent comme rôles à honorer, d'où une position forte mais non extrême.
Entretiens, I, 9 · Entretiens, II, 10
Marxexplicite
Pour Marx, la solidarité décisive n'est pas nationale mais de classe : les ouvriers n'ont pas de patrie, et le mot d'ordre prolétaire appelle à dépasser les frontières au nom d'un internationalisme prolétarien. La communauté pertinente n'est ni la nation ni l'humanité abstraite, mais le prolétariat mondial, ce qui penche fortement vers le cosmopolitisme de classe.
Manifeste du Parti communiste, ch. 2 et conclusion (les ouvriers n'ont pas de patrie ; prolétaires de tous les pays)
Millinférable
Le principe d'utilité ne connaît pas de frontières : le bonheur de l'humanité tout entière en est la mesure, ce qui donne à la morale millienne une portée . Mill condamne l'esclavage où qu'il se trouve et juge le progrès à l'aune de l'amélioration du sort de tous les hommes, par-delà l'appartenance nationale.
L'Utilitarisme, ch. 2 (le bonheur de l'ensemble des êtres concernés) · The Contest in America (1862), contre l'esclavage
Schopenhauerexplicite
Il raille sans ménagement la fierté nationale, « la plus bon marché » des fiertés, celle de qui, n'ayant rien de personnel dont être fier, se rabat sur la nation qu'il partage avec des millions d'autres. Esprit cosmopolite et polyglotte, nourri d'Orient et d'Occident, il tient la vérité pour sans patrie.
Parerga et Paralipomena, « Aphorismes sur la sagesse dans la vie », chap. IV
Les Lumièresexplicite
Citoyen du monde avant que de sa cité, l'homme des Lumières revendique une appartenance qui déborde les frontières et les confessions. La raison et l'humanité étant communes, les particularismes nationaux et religieux pèsent moins que ce qui unit le genre humain. en tire un projet de droit cosmopolitique et de « paix perpétuelle » entre les nations ; la République des Lettres en offre déjà la figure vécue, communauté savante sans patrie. Ce cosmopolitisme nourrit la critique de la guerre, de l'esclavage et du fanatisme.
Kant, Vers la paix perpétuelle · Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. « Patrie »
Michel de Montaigneinférable
Découvrant par les récits du Nouveau Monde que d'autres peuples vivent autrement et aussi bien, Montaigne desserre l'attachement exclusif à sa propre cité : il se sent citoyen du monde et tient tous les hommes pour ses compatriotes. Mais ce cosmopolitisme reste celui d'un homme enraciné, fidèle à ses lois, ses amitiés et son pays par autant que par choix. Une ouverture sans déracinement, plus curieuse de l'étranger qu'aspirant à l'universel.
Essais, III, 9, « De la vanité » et I, 31
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Problèmes liés élargir vers d'autres axes
- PrescriptifPolitique et droitDes proches aux compatriotes
Les compatriotes sont des inconnus : le patriotisme prolonge-t-il pourtant envers eux la loyauté due aux proches, comme une famille élargie, ou est-ce un tout autre attachement ? À qui l'on appartient d'abord fait l'objet d'un axe à part.
la nationPartialité - PrescriptifSeul ou avec les autres
L'épanouissement se suffit-il à lui-même, ou réclame-t-il des amis et une cité, au point qu'on ne saurait être pleinement heureux à l'écart des autres ?
la cité, les liensSouverain bien
La plus piètre des fiertés est la fierté nationale.Schopenhauer · Parerga et Paralipomena, « Aphorismes sur la sagesse dans la vie », chap. IV
Ma cité et ma patrie, en tant qu'Antonin, c'est Rome ; en tant qu'homme, c'est le monde.Marc Aurèle · Pensées pour moi-même, VI, 44
Nous sommes membres d'un grand corps... la nature nous a faits parents, nous engendrant des mêmes principes et pour les mêmes fins.Sénèque · Lettres à Lucilius, XCV
On lui demandait d'où il était : « Citoyen du monde », répondit-il.Diogène de Sinope · Diogène Laërce, Vies, VI, 63
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !Marx · Manifeste du Parti communiste, 1848
Vis caché.Épicure · Fragment 551 Usener (lathe biôsas)