Bouddhisme
Faire de la une enquête pratique : en chercher les causes pour les dénouer, par l'éthique, l'attention et la méditation.
500 av. J.-C. – …
Le bouddhisme naît de l'éveil de , vers le Ve siècle avant notre ère dans la plaine du Gange, et de la communauté de pratiquants, la communauté monastique (saṅgha), qu'il rassemble autour de lui. La tradition se transmet par les Trois Joyaux, le Bouddha, sa doctrine (le Dharma) et le saṅgha, et par un vaste canon de discours d'abord récités puis fixés par écrit. Face à un problème de fond, l' qui traverse toute existence soumise au cycle des renaissances, l'enseignement s'est diffusé dans toute l'Asie et différencié en grands véhicules : le Theravāda du Sud, le Mahāyāna de Chine, de Corée et du Japon, le Vajrayāna tibétain. Il a été approfondi par , penseur de la vacuité, et , maître du zen, tout en gardant un noyau doctrinal et pratique commun.
Il n'y a pas de soi : ce que vous prenez pour un moi permanent n'est qu'un flux d'agrégats impermanents, sans qui les porte.
La est un mal-être à guérir, jamais une épreuve à sanctifier : tout l'enseignement vise sa cessation complète.
La racine de la souffrance est la : se libérer, ce n'est pas combler le désir mais en éteindre l'avidité même.
Le sens de l'existence n'est ni inventé ni décrété par un Dieu : c'est le , terme découvert comme la nature même des choses.
C'est l'attention soutenue qui défait l'illusion du moi : la rend l' directement observable.
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Justification
Le bouddhisme fait de l'examen personnel et de l'expérience directe, non de l'autorité ou de la tradition, la source du savoir libérateur. La connaissance décisive procède d'une perception affinée par la méditation, plus que d'une intellection a priori : on éprouve par soi-même la racine de la souffrance et sa cessation, comme on vérifie un remède en l'appliquant.
Ne vous fiez pas à l'ouï-dire ni à la tradition, mais quand vous savez par vous-mêmes : ceci est salutaire, alors adoptez-le.Kalama Sutta
Kalama Sutta (Anguttara Nikaya III.65) · Satipatthana Sutta
Justification
Le Bouddha détourne de la spéculation métaphysique : aux questions sur l'éternité du monde ou sur l'au-delà, il oppose le silence, comme le blessé n'a pas à connaître l'archer avant qu'on retire la flèche de la plaie. La vérité ne s'établit pas par l'autorité, la tradition ou le raisonnement seul, mais s'éprouve par l'expérience directe, viens et vois. La position est plus pragmatique que sceptique : nul dogme certain à embrasser, mais une voie dont chacun vérifie par lui-même l'efficacité, le Dharma se réalisant dans l'intuition méditative.
Kalama Sutta (Anguttara Nikaya) · Cula-Malunkyovada Sutta (la parabole de la flèche)
Justification
Cherchez le moi parmi les cinq agrégats (forme, sensation, perception, formations, conscience) et vous ne trouvez que leur flux changeant : aucun d'eux n'est stable, ni vôtre, ni un sujet qui les porterait. De cette analyse le bouddhisme tire le contre l' des Upaniṣad, ce Soi permanent identifié au : là où le postule un sujet immuable sous le devenir, le Bouddha tient que postuler un tel substrat est précisément la méprise (avidyā) qui nourrit l'attachement. Le sujet n'est qu'un faisceau de processus impermanents, ce qui fait du bouddhisme la grande figure historique de la théorie du faisceau.
La forme est non-soi, la sensation est non-soi, la perception est non-soi, les formations sont non-soi, la conscience est non-soi.Anattalakkhaṇa Sutta (Saṃyutta Nikāya 22.59)
Anattalakkhaṇa Sutta (le discours sur la caractéristique du non-soi) · Nāgārjuna, Mūlamadhyamakakārikā (Stances du milieu)
Justification
Si la souffrance a une cause repérable, elle peut être supprimée en s'attaquant à cette cause : par la , la deuxième Noble Vérité remonte de la souffrance à la , ce désir avide qui s'attache aux plaisirs, à l'existence ou à la non-existence et fait tourner la roue des renaissances. De là suit que la libération n'exige pas d'assouvir le désir ni de le réprimer de force, mais d'en éteindre la racine, la soif elle-même : le bouddhisme se range ainsi nettement du côté du détachement, non par mépris du plaisir mais parce que l'avidité est le moteur même du mal-être.
Voici la noble vérité sur l'origine de la souffrance : c'est cette soif qui produit le renouvellement de l'existence.Dhammacakkappavattana Sutta (Saṃyutta Nikāya 56.11)
Dhammacakkappavattana Sutta (le sermon de Bénarès) · Dhammapada, ch. XXIV (la soif)
Justification
Le Bouddha procède comme un médecin, et c'est ce schéma qui commande la position : les énoncent le mal (la ), son étiologie (la soif), son pronostic (la cessation est possible) et son traitement (le chemin). Une fois la souffrance ainsi tenue pour un symptôme guérissable, elle ne peut plus avoir de valeur rédemptrice : l'exalter comme une épreuve sanctifiante serait s'attacher au mal au lieu de le soigner. Contre toute spiritualité du sacrifice, le but déclaré est l'extinction complète de la souffrance, ce qui range le bouddhisme du côté de l'abolitionnisme.
Dhammacakkappavattana Sutta (le sermon de Bénarès) · Dhammapada, ch. XX (le chemin)
Justification
Si le moi est une illusion née de l'inattention, c'est l'attention soutenue qui la défait : la (sati, l'attention présente et continue) n'est pas une simple détente mais l'outil de connaissance qui rend l' et le directement observables dans l'expérience. Membre de l', elle s'exerce, selon le Satipaṭṭhāna Sutta, sur le corps, les sensations, l'esprit et les phénomènes, contre la dispersion. Le recueillement n'est donc pas une fin en soi mais le moyen même par lequel la compréhension libératrice s'installe, ce qui fait du bouddhisme une discipline du recueillement par excellence.
Satipaṭṭhāna Sutta (le discours sur les fondements de l'attention) · Dhammapada, ch. II (la vigilance)
Justification
Le bouddhisme place le souverain bien dans le nirvana, la cessation de la soif et de la souffrance, paix suprême au-delà du plaisir et de la douleur. Il se conquiert par la voie aux huit branches, qui unit sagesse, conduite éthique et méditation : une perfection libératrice, et non un bonheur de jouissance ni une simple droiture morale.
Sermon de Bénarès (les quatre nobles vérités) · Dhammapada, XXV
Justification
Le sermon de Bénarès écarte deux extrêmes, la recherche des plaisirs sensuels et la mortification, au profit de la . Sans condamner le corps, le bouddhisme tient les plaisirs sensoriels pour des attachements qui entretiennent la soif, et prône une sobriété mesurée : la tendance est ascétique, mais modérée et sans excès de rigueur.
Dhammacakkappavattana Sutta (le sermon de Bénarès)
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Justification
Puisque la cessation de la souffrance est possible, elle fournit à l'existence un terme vers lequel tout s'ordonne : se libérer du cycle des renaissances pour atteindre le (l'extinction de l'avidité, de la haine et de l'illusion). Le sens n'est donc ni à inventer par chacun ni décrété par un créateur, contrairement aux fins fixées par un Dieu : il est découvert comme la nature même des choses, ce qui donne au bouddhisme une structure téléologique sans transcendance, le but étant inscrit dans la possibilité de l'extinction et non dans une volonté extérieure.
Dhammacakkappavattana Sutta (le sermon de Bénarès) · Dhammapada, ch. XXVI (le brahmane)
Justification
Pour le bouddhisme, la mort n'est ni anéantissement d'un soi ni survie d'une âme, mais un passage dans le cycle des renaissances réglé par le karma : une simple étape, à préparer pourtant avec soin, car l'état d'esprit du mourant oriente la renaissance, et quelque chose se continue sans qu'aucune âme permanente ne demeure. Une position d'équilibre, jusqu'à la libération qui seule arrête le cycle.
Bardo Thödol (Livre des morts tibétain) · Suttas sur la renaissance
Justification
Le bouddhisme nie toute essence permanente : il n'y a pas de soi (anatta), seulement un flux d'agrégats impermanents et conditionnés, sans noyau substantiel qui persisterait. La négation de l'essence est radicale, mais elle ne débouche pas sur une liberté d'auto-création : c'est l'idée même d'un soi fixe qui se dissout.
Samyutta Nikaya, XXII (les agrégats) · Milindapañha (la parabole du char)
Justification
Le bouddhisme tient tout phénomène pour coproduit conditionné : il n'est pas de volonté incausée d'un soi substantiel, et le sentiment d'être un libre auteur procède de l'ignorance. Mais loin du fatalisme, l'intention (cetana) est l'acte karmique par excellence, et elle s'éduque : la voie est un effort réel pour transformer son propre conditionnement, entre déterminisme et libre arbitre.
Samyutta Nikaya, XII · Dhammapada, I
Justification
La transformation visée passe d'abord par l'examen intérieur : observer ses propres états mentaux, ses et ses représentations dans la méditation et l'introspection. La vie bonne se joue dans le travail sur l'esprit plus que dans l'action extérieure, même si la conduite éthique (sīla) en est le support.
Tout ce que nous sommes résulte de nos pensées : c'est fondé sur nos pensées, c'est fait de nos pensées.Dhammapada, I, 1
Dhammapada, ch. I (les paires) · Satipaṭṭhāna Sutta (le discours sur les fondements de l'attention)
Justification
La bienveillance (mettā, l'amour bienveillant) et la compassion (karuṇā) se cultivent envers tous les êtres sans distinction : la pratique consiste justement à étendre l'amour bienveillant au-delà des proches, à l'indifférent puis à l'ennemi. La dissolution du moi séparé ôte sa base à la préférence partiale, orientant le bouddhisme vers un impartialisme bienveillant.
Karaṇīya Mettā Sutta (le discours sur l'amour bienveillant) · Dhammapada, ch. I (les paires)
Justification
La non-violence (ahiṃsā) et la première règle de discipline étendent la considération morale à tous les êtres sensibles, capables de souffrir, et non aux seuls humains. La compassion vise expressément l'ensemble des vivants pris dans le cycle des renaissances, ce qui place le bouddhisme du côté du pathocentrisme.
Karaṇīya Mettā Sutta (le discours sur l'amour bienveillant) · Dhammapada, ch. X (le bâton)
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Justification
Le bouddhisme fonde la morale sur la culture de la vertu (sila) et sur la compassion (karuna) et la bienveillance envers tous les êtres sensibles, jusqu'aux animaux. Le mérite tient à la qualité de l'intention et à la transformation de l'esprit plus qu'à l'obéissance à une loi ; les conséquences comptent par les fruits karmiques qu'elles portent.
Dhammapada · Metta Sutta
Justification
L'impermanence (anicca) est la première des trois marques de l'existence : tout phénomène conditionné naît, se transforme et cesse, sans qu'aucune substance ne subsiste sous le flux, ni dans les choses ni en nous (anattā, le non-soi). Tenir les choses pour stables est précisément l'illusion qui engendre l'attachement et la souffrance ; la sagesse consiste à voir le surgir et le cesser.
Tout ce qui est sujet à l'apparition est sujet à la cessation.SN 56.11, Dhammacakkappavattana Sutta
Dhammapada, 277-279 (les trois marques) · Samyutta Nikāya, 56, 11
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La racine ultime de la souffrance et des émotions affligeantes est l'ignorance (avidyā), la méprise sur la nature impermanente et sans-soi du réel. Avidité, haine et illusion se dissolvent par la vue juste et la compréhension pénétrante : c'est par la connaissance que se transforme l'affect, ce qui rapproche le bouddhisme d'un intellectualisme thérapeutique, tempéré par le rôle central de la pratique méditative.
Dhammacakkappavattana Sutta (le sermon de Bénarès) · Dhammapada, ch. XX (le chemin)
Justification
Un être lui-même soumis au devenir et à la souffrance ne saurait être la source du salut : c'est pourquoi le bouddhisme est non-théiste. Les divinités (devas) peuplent bien la cosmologie, mais elles sont prises dans le cycle des renaissances, donc impuissantes à libérer, et un Dieu créateur n'expliquerait pas la souffrance qu'il aurait fait naître. Contre le théisme brahmanique, la libération ne dépend alors d'aucune grâce mais de l'effort et de la compréhension propres ; cette absence de créateur est tenue avec sérénité, sans polémique militante contre la croyance.
Brahmajāla Sutta (le discours du filet de Brahmā) · Aggañña Sutta (le discours sur les origines)
La parole justeRègleAttestée · Bouddhisme
Ne dire que ce qui est vrai, utile et bienveillant, et au bon moment ; sinon, se taire.
La parole juste (sammā vācā) est l'un des huit membres du enseigné par : ne dire que ce qui est vrai, utile, bienveillant, et dit au bon moment. Une parole exacte mais inutile et blessante, le Bouddha s'abstenait de la prononcer. Cet exercice entraîne à peser non seulement la vérité d'un propos, mais son utilité et son moment, et à préférer le silence à une franchise qui ne ferait que nuire. Il aide aujourd'hui à parler avec soin dans les moments délicats, sans trahir le vrai.
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