Utilitarisme
Peut-on mesurer le bien ? Évaluer les actes et les institutions à leurs conséquences sur le bien-être de tous, sans privilégier personne.
1789 – …
Né dans l'Angleterre des Lumières et de la révolution industrielle, l'utilitarisme prolonge l' moral de et l'arithmétique des plaisirs d', que érige vers 1789 en principe unique de réforme. Devant un droit, des prisons et des institutions hérités et arbitraires, il cherche un critère mesurable et public du juste, soustrait à la coutume et à la . en affine la psychologie et la défense, en éprouve la rigueur dans Les Méthodes de l'éthique, et le courant essaime de la réforme pénale à l'éthique animale de et à l'altruisme efficace contemporain. Il demeure, face à la et à l'éthique de la , l'une des grandes familles de l'éthique normative.
Une action ne vaut que par ses effets : est juste ce qui produit le plus de bien-être, et rien d'autre, ni l'intention ni la règle, ne la rend bonne.
La seule chose désirable pour elle-même est le bonheur : le et l'absence de souffrance sont la mesure de tout bien.
Chacun compte pour un, personne pour plus d'un : dans le calcul du bien, mon bonheur ne pèse pas plus que celui de n'importe qui.
La question n'est pas de savoir si un être raisonne ou parle, mais s'il peut souffrir : tout être sensible entre dans le cercle moral.
Il n'existe pas de droits naturels antérieurs à la loi : un droit n'a de valeur que parce que le garantir sert le bien-être de tous.
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Justification
L'utilitarisme prolonge l'empirisme britannique de Locke et de Hume : toute connaissance, morale comme factuelle, dérive de l'expérience, de l'observation des plaisirs, des peines et des conséquences. Nulle idée innée ni vérité a priori : l'esprit part du sensible, et le calcul des effets observables remplace la déduction rationnelle des principes.
Bentham, Introduction aux principes de la morale et de la législation · Mill, Système de logique
Justification
Le tempérament utilitariste est empiriste et anti-métaphysique : le savoir, moral comme factuel, dérive de l'expérience et des conséquences observables, jamais d'intuitions a priori tenues pour indubitables. Mill en tire une thèse forte sur la faillibilité : aucune opinion n'est certaine au point d'interdire qu'on la conteste, et c'est sur cette faillibilité même que se fonde la nécessité de la libre discussion. Le savoir demeure donc révisable, fait de vérités probables et amendables plutôt que de certitudes définitives.
Mill, De la liberté, ch. II
Justification
Pour fixer ce que les conséquences doivent maximiser, l'utilitarisme cherche la seule chose désirée pour elle-même et jamais comme moyen : c'est, répond le courant, le bonheur, soit le plaisir et l'absence de douleur. L'argument de est psychologique, la seule preuve qu'une chose est désirable étant qu'on la désire effectivement, et tout désir se ramenant en dernière instance au bonheur. Cette thèse et welfariste fonde le bien sur un fait de l'expérience vécue, non sur une perfection abstraite ; y ajoute une hiérarchie qualitative des plaisirs, supérieurs et inférieurs, qui en rapproche le cadre d'un sans en sortir.
Mill, L'Utilitarisme, chapitre 2 · Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation
Justification
La souffrance est pour l'utilitarisme un mal pur, sans vertu rédemptrice : elle entre négativement dans le calcul du bien-être et doit être réduite autant que possible. Les grands combats utilitaristes, réforme pénale, condition animale, pauvreté mondiale, sont des entreprises d'abolition de la souffrance.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation · Singer, Famine, richesse et moralité
Justification
L'utilitarisme prend pour fin la satisfaction des désirs en tant qu'ils produisent du plaisir, et rejette l'ascétisme comme contraire au bonheur. Mais il trie : par le calcul des quantités chez Bentham, par la hiérarchie qualitative des plaisirs chez Mill. Affirmation du plaisir, donc, ordonnée par un tri rationnel des désirs selon leurs effets.
Bentham, Principes de la morale et de la législation · Mill, L'Utilitarisme
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Justification
L'utilitarisme n'assigne à la vie aucune fin transcendante : son sens se mesure à ce qu'elle apporte de bonheur et épargne de souffrance, à soi et au plus grand nombre. Tout entier immanent, ce sens se construit dans la poursuite éclairée du bien-être commun, sans ordre providentiel ni vertige du néant.
Bentham, Principes de la morale et de la législation · Mill, L'Utilitarisme
Justification
L'utilitarisme, naturaliste et séculier, ne s'appuie sur aucune doctrine ferme de l'au-delà : Bentham tient la mort pour la simple cessation de la sensibilité, Mill laisse l'immortalité indécidable. La mort est donc avant tout la fin de la capacité de plaisir et de peine, ce qui justifie qu'on cherche à la retarder et à en réduire les souffrances, plus qu'à l'investir de sens.
Bentham, Auto-Icon ; Mill, Trois essais sur la religion
Justification
L'utilitarisme prend pour donnée une nature humaine hédonique, régie par le plaisir et la peine, socle universel du calcul des utilités. Cette psychologie commune fonde la science morale, même si Mill y greffe l'exigence d'individualité et de développement de soi, ce qui tempère l'essentialisme de Bentham.
Bentham, Principes de la morale et de la législation, I · Mill, L'Utilitarisme
Justification
La conduite humaine est gouvernée par deux ressorts, le plaisir et la peine, une psychologie largement déterministe qui permet de prévoir et de réformer les comportements par les sanctions. La responsabilité n'y est pas un libre arbitre incausé mais se réinterprète en termes compatibilistes : l'utilitarisme s'attache aux causes qui meuvent les volontés plus qu'à leur prétendue spontanéité.
La nature a placé l'humanité sous l'empire de deux maîtres souverains, la douleur et le plaisir. C'est à eux seuls qu'il appartient de montrer ce que nous devons faire comme de déterminer ce que nous ferons.Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I, §1
Bentham, Introduction aux principes de la morale et de la législation, I · Mill, Système de logique, VI
Justification
Une action ne valant rien en elle-même, seul son effet sur le monde peut la rendre bonne ou mauvaise : tout ce qui compte moralement est le bien-être qu'elle produit ou détruit. De ce ground naît le conséquentialisme, qui congédie ensemble l'intention pure de la et l'excellence du caractère de l'éthique de la : ramène l'évaluation à une mesure unique, la tendance de l'acte à accroître ou diminuer le bonheur des parties concernées, contre toute règle ou tradition qui se réclamerait d'une autorité indépendante des résultats.
La nature a placé l'humanité sous l'empire de deux maîtres souverains, la douleur et le plaisir. C'est à eux seuls qu'il appartient de montrer ce que nous devons faire comme de déterminer ce que nous ferons.Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I, §1
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation · Mill, L'Utilitarisme
Justification
Si seul le bien-être compte, alors un même plaisir vaut autant quel que soit celui qui l'éprouve : aucun point de vue, ni celui de l'agent, ni celui de sa nation, ni celui d'une classe, ne possède de prééminence dans le calcul. De ce pas naît la formule, chacun compte pour un et personne pour plus d'un, et l'agrégation qui additionne sans pondérer les bonheurs individuels. Cette stricte distingue l'utilitarisme des morales qui accordent un poids spécial aux proches ou aux compatriotes : en fait l'axiome de bienveillance universelle au cœur des Méthodes de l'éthique.
Mill, L'Utilitarisme, chapitre 5 · Sidgwick, Les Méthodes de l'éthique
Justification
Puisque le bien est le plaisir et le mal la souffrance, ce qui ouvre droit à la considération morale ne peut être ni la raison ni le langage, mais la seule capacité à souffrir : tout être qui a des intérêts à ce que sa douleur cesse compte dans le calcul. tire de ce critère une conséquence que les morales rationalistes refusaient, l'inclusion des animaux ; y voit le principe d'égale considération des intérêts et dénonce le spécisme comme un préjugé de même structure que le racisme. Le cercle moral s'élargit ainsi à tout le vivant sensible, par cohérence interne et non par sentiment.
La question n'est pas : peuvent-ils raisonner ? ni : peuvent-ils parler ? mais : peuvent-ils souffrir ?Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. XVII
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation, chapitre 17 · Singer, La Libération animale
Justification
L'utilitarisme exige l'impartialité de l'agent à l'égard de son propre bonheur : la maximisation du bien général commande de compter l'intérêt de chacun également, le sien comme celui d'autrui. La formule benthamienne, chacun compte pour un et personne pour plus d'un, est explicitement dirigée contre la priorité de soi.
Mill, L'Utilitarisme, chapitre 2 · Sidgwick, Les Méthodes de l'éthique
Justification
Si le seul critère du juste est l'utilité, aucun droit ne saurait précéder la loi ni la limiter au nom de la nature : parler de droits antérieurs à toute institution, c'est, pour , un non-sens, et de droits imprescriptibles un non-sens sur échasses. Le courant ne supprime pas les droits, il les refonde : ce sont des protections que la société garantit précisément parce que leur respect stable maximise le bien-être général. Cette dérivation à partir des conséquences l'oppose frontalement aux théories du droit naturel et à la , qui tiennent certains droits pour des contraintes premières, indépendantes de tout calcul de résultats.
Bentham, Anarchical Fallacies ; Mill, L'Utilitarisme, V
Justification
Pour , toute peine est en elle-même un mal, puisqu'elle inflige une souffrance : elle ne se justifie que si elle prévient un mal plus grand, par la dissuasion et l'amendement du coupable. Le rétributivisme, qui punit pour punir, est rejeté comme une addition inutile de souffrance.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation, chapitre 13 · Beccaria, Des délits et des peines
Justification
L'utilitarisme naît comme un programme réformateur : soumet le droit, les prisons et les institutions à l'épreuve de l'utilité, et rejette le respect de la tradition pour elle-même. prolonge cet élan en faveur de l'émancipation, notamment celle des femmes. Les institutions ne valent que par le bien-être qu'elles produisent, ce qui invite à les réformer dès qu'elles y manquent.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation · Mill, L'Asservissement des femmes
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Justification
La maximisation impartiale du bien-être tend vers une morale très exigeante : soutient que nous devons donner jusqu'au point où sacrifier davantage nuirait à quelque chose de comparable, ce qui peut absorber presque tout notre superflu. Le courant reste sur ce point divisé, limitant l'intervention morale et juridique aux torts causés à autrui.
Singer, Famine, richesse et moralité · Mill, De la liberté
Justification
Le bonheur de chacun pèse d'un poids égal dans le calcul, et l'utilité marginale décroissante donne au courant un penchant redistributif modéré : un même bien profite davantage à qui en a moins. Cette tendance reste cependant prudente, car l'utilitarisme est agrégatif et non strictement égalitariste : il maximise la somme du bien-être plus qu'il n'en égalise la répartition, ce qui pourrait en principe justifier d'accroître la souffrance d'un petit nombre pour augmenter le total.
Sidgwick, Les Méthodes de l'éthique · Mill, L'Utilitarisme, chapitre 5
Justification
Le a une portée universelle, il vaut pour tous les êtres sensibles et en tout lieu, mais son fondement n'est pas une loi morale : le bien est construit à partir d'un fait naturel, le plaisir et la peine. L'utilitarisme conjugue ainsi un universalisme de la règle et un ancrage naturaliste, à mi-chemin du réalisme moral et d'un constructivisme du bien à partir du bien-être.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation · Sidgwick, Les Méthodes de l'éthique
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Justification
Le fondement de la morale est entièrement séculier : l'utilité, non la volonté divine, mesure le bien. , franchement irréligieux, critique l'ascétisme d'origine religieuse, et conserve un agnosticisme prudent. Le courant déplace la source de l'obligation morale du ciel vers le bien-être terrestre, sans poser l'athéisme en dogme.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation, chapitre 2 · Mill, Trois essais sur la religion