Courants

Confucianisme

Se former soi-même pour ordonner le monde : les rites (li 禮), l'étude et l'humanité façonnent la personne capable de faire tenir une société harmonieuse.

500 av. J.-C. – …

MenciusXunzi

Tradition née des Entretiens (Lunyu) de (Kongzi) dans la Chine en crise des Printemps et Automnes, et adossée aux Classiques anciens (les Odes, les Documents, les Rites). Au siècle des Royaumes combattants, deux héritiers la portent en sens opposés : tient la nature humaine pour spontanément bonne, dotée de germes de vertu qu'il suffit de cultiver, tandis que la juge mauvaise et confie aux rites (li 禮) et à l'éducation le soin de la redresser. Écartée puis réhabilitée sous les Han, l'école devient l'orthodoxie impériale et la matière des concours mandarinaux, qui durant des siècles recrutent les fonctionnaires sur la maîtrise des Classiques. Le néo-confucianisme de l'époque Song lui adjoint une métaphysique du li (principe) et du qi (souffle). Diffusée dans toute l'Asie orientale, en Corée, au Japon et au Vietnam, cette pensée répond à une question constante : comment refaire l'ordre social et politique par la transformation morale des personnes plutôt que par la force.

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Rapport au vraiRapport à soiRapport aux autresRapport au mondeEmpirisme — Source de la connaissanceScepticisme — Rapport à la certitudeFécondité-rédemption — Sens de la souffranceTéléologie-providence — Le sens de la vieSe libérer de la crainte — La mortVertu / perfectionnisme moral — Souverain bienTri raisonné — Rapport au désirEssentialisme — Essence et existenceLibre arbitre — Liberté de la volontéMémoire-transmission — Orientation temporelleVie examinée — IntérioritéÉthique des vertus — Critère du juste (Position structurante)Partialisme — Partialité (Position structurante)Conservatisme — Tradition et transformation (Position structurante)Communautarisme-patriotisme — AppartenanceCommunauté organique — Origine du lien social (Position structurante)Holisme — Individu et sociétéAutorité — Rapport à l'autorité (Position structurante)EmpirismeScepticismeTri raisonnéMémoire-transmissionÉthique des vertusPartialisme18SUR 80 AXES23% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. On doit aimer par degrés, à partir des siens : l'amour impartial (jian'ai) qui traite son père comme un passant n'aime en vérité personne.

    Partialisme90%Partialitévoir la position →
  2. Conduits par le châtiment, les hommes obéissent sans honte ; conduits par la vertu et l'exemple, ils se corrigent d'eux-mêmes.

    Autorité85%Rapport à l'autoritévoir la position →
  3. C'est le caractère qu'il faut transformer, non la règle qu'il faut prescrire : on devient bon en cultivant le ren 仁 (l'humanité) jusqu'à la figure du junzi.

    Éthique des vertus90%Critère du justevoir la position →
  4. La voie n'est pas à inventer mais à retrouver : les sages-rois l'ont déjà réalisée, et c'est en transmettant leurs rites (li 禮) qu'on refait l'ordre.

    Conservatisme90%Tradition et transformationvoir la position →
  5. L'ordre tient quand chacun comble la fonction de son nom, que le prince soit prince et le fils fils : telle est la rectification des noms (zhengming 正名).

    Communauté organique93%Origine du lien socialvoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître2/2 positionnés
2 de plus
inférable
−0.4
Criticisme
Justification

Le savoir confucéen se gagne par l'étude, l'observation et l'imitation des Anciens, non par des idées innées. Apprendre, c'est s'imprégner des textes, des rites et des exemples, une formation patiente par l'expérience et la tradition plutôt que par déduction rationnelle ; le maître se dit lui-même non point né savant, mais amoureux de l'antiquité et prompt à l'y chercher.

Je ne suis pas de ceux qui sont nés avec le savoir ; j'aime les anciens et je m'empresse de les y chercher.Entretiens, VII.20

Entretiens (Lunyu), VII.1 et VII.20 · Entretiens, II.15

inférable
+0.2
Faillibilisme
Justification

La sagesse confucéenne tient dans une humilité épistémique mesurée : savoir qu'on sait ce qu'on sait, et qu'on ignore ce qu'on ignore, voilà le savoir. Confucius écarte la spéculation sur les esprits ou sur la mort, faute d'avoir d'abord compris la vie, et préfère à la métaphysique l'étude des textes, des rites et de l'exemple des sages. Ni doute systématique ni système dogmatique : une confiance pratique dans la Voie, qui se prouve dans la conduite plutôt que dans la théorie.

Entretiens (Lunyu), II.17 et XI.12

Rapport à soiQui je suis, comment vivre9/9 positionnés
−0.5
Indifférence stoïcienne
Justification

Le confucianisme reconnaît à l'épreuve une fécondité formatrice : c'est dans l'adversité que se distingue l'homme de bien, et Mencius enseigne que le Ciel endurcit par la souffrance et la peine ceux qu'il destine à de hautes tâches. L'épreuve n'est pas un pur malheur mais l'occasion de tremper le caractère et d'affermir la vertu.

Mencius, VI B, 15 · Entretiens (Lunyu), XV.2

50
10
40
0
Justification

Le confucianisme détourne de la spéculation sur l'au-delà pour reporter le soin sur la vie et les devoirs présents, mais entoure la mort de rites et perpétue le culte des ancêtres. Les défunts demeurent ainsi présents dans la mémoire et la piété de la lignée : non un anéantissement à craindre, ni vraiment une survie de l'âme, mais une continuité par la piété filiale et la transmission.

Entretiens (Lunyu) ; Classique de la piété filiale

5
30
65
Justification

Le souverain bien confucéen est moral : devenir pleinement humain (ren), homme de bien (junzi) accompli par une longue culture de soi, les rites et l'étude. Cette excellence morale est aussi un épanouissement, l'homme réalisant sa vocation propre dans la société et les relations justes, mais le plaisir n'y est jamais la fin.

Entretiens (Lunyu) · Mencius

15
70
15
Justification

Le confucianisme civilise le désir par les rites et la convenance plutôt qu'il ne l'éteint ou l'affirme sans frein : on satisfait ses penchants dans les formes justes et à la juste mesure. L'éducation morale vise l'accord du désir et de la norme, où la convenance devient seconde nature et où le bien se fait sans contrainte.

Entretiens (Lunyu), II.4 et XII.1 · Xunzi (sur les rites et les désirs)

10
10
80
Justification

Le confucianisme oriente l'existence vers la transmission : le passé des sages-rois est le modèle à étudier, à ressaisir et à léguer, et le culte des ancêtres ancre le présent dans la continuité des générations. Apprendre, c'est revisiter l'ancien pour en tirer le neuf : la mémoire est le ressort de la vie morale et politique.

Confucius, Entretiens (Lunyu), II, 11 · Confucius, Entretiens (Lunyu), I, 9

−0.4
Justification

La culture de soi (xiushen) est au cœur de la voie confucéenne : l'examen quotidien de sa conduite précède et fonde l'action sur le monde, selon la séquence de La Grande Étude (Daxue), qui va de la rectification du cœur au gouvernement de l'empire. Maître Zeng se dit s'examiner chaque jour sur trois points : loyauté, fidélité, étude. Mais cette intériorité reste tournée vers la pratique relationnelle, jamais vers la pure contemplation.

Confucius, Entretiens (Lunyu), I, 4 · La Grande Étude (Daxue)

3 de plus
inférable
60
40
0
0
Justification

Le confucianisme inscrit le sens dans le Mandat du Ciel, ordre normatif et Voie qui dépassent l'individu ; mais cet ordre ne vaut qu'accompli dans la culture de soi, les rites et la rectitude des relations humaines. Le sens est ainsi reçu d'un ordre céleste et réalisé par l'effort éthique, jamais livré au seul arbitre individuel ni tenu pour absent.

Entretiens (Lunyu) · Doctrine du Milieu (Zhongyong)

inférable
−0.2
Justification

Le confucianisme suppose une nature humaine commune, tenue pour bonne dans son orthodoxie (les quatre germes de Mencius), mais qui ne s'accomplit que par une longue culture de soi, l'étude et les rites. Essentialisme modéré, donc : une essence donnée, dont la réalisation dépend pourtant tout entière de la formation.

Mencius, II A et VI A · Entretiens, XVII.2

inférable
−0.2
Compatibilisme
Justification

Le confucianisme partage le sort entre le Ciel et l'homme : la durée de la vie, la richesse et les honneurs relèvent du décret (ming) que le sage accepte, mais la culture de soi et la vertu dépendent entièrement de la volonté. Le perfectionnement moral est toujours à portée de qui le veut, ce qui place le courant du côté d'une liberté morale, sur fond d'acceptation du destin extérieur.

Entretiens (Lunyu), XII.5 · Mencius, VII A

Rapport aux autresCe que nous nous devons7/7 positionnés
Majeur
0
10
90
0
Justification

Aucune loi ni aucun calcul ne peut tenir lieu d'un caractère droit : ce qui fait le bien, c'est la disposition acquise d'où l'acte juste jaillit naturellement, et non une règle extérieure qu'on applique. De là le primat de la culture de soi (xiushen) sur la prescription : la vie morale est l'acquisition graduelle des vertus, le ren 仁 (l'humanité) au premier chef, dont la figure achevée est le junzi (l'homme de bien). C'est pourquoi le confucianisme se défie des solutions par décret, qu'il s'agisse de l'amour universel décrété par les Mohistes ou de l'ordre imposé par la loi pénale des Légistes : seule la transformation du cœur produit un agent fiable.

L'homme de bien recherche en lui-même, l'homme de peu recherche chez les autres.Entretiens (Lunyu), XV, 21

Confucius, Entretiens (Lunyu) · Mencius (Mengzi), II A 6

Majeur
+0.8
Cercles concentriques
Justification

L'affection réelle ne naît pas d'un principe abstrait mais du lien vécu, et c'est dans la famille qu'elle s'apprend d'abord, par la piété filiale (xiao), avant de s'étendre par cercles à la communauté et au monde. De cet enracinement dépend la possibilité même d'une morale praticable : un amour qui prétend embrasser tous les hommes également ne tient à rien et ne meut personne. C'est l'objection décisive contre l'amour impartial (jian'ai) des Mohistes : Mencius leur reproche de traiter leur propre père comme un passant, ce qui revient à abolir l'humanité même au nom de l'humanité de tous. Aimer selon les degrés, ce n'est pas faillir à l'universel, c'est lui donner la seule racine qui le rende effectif.

Mencius (Mengzi), III B 9 · Confucius, Entretiens (Lunyu), I, 2

Majeur
−0.8
Justification

L'ordre humain a déjà été réalisé une fois, par les sages-rois de l'antiquité (Yao, Shun, les Zhou) : il existe donc un modèle accompli à ressaisir, et non une voie à inventer de toutes pièces. Le présent est en désordre précisément parce qu'il a rompu avec lui, d'où la tâche : transmettre et raviver les rites (li 禮) reçus plutôt que les remplacer. Cette confiance dans le legs distingue le confucianisme à la fois du naturalisme , qui voudrait défaire l'artifice des rites pour retrouver la spontanéité du , et de l'innovation , qui fonde l'ordre sur des lois nouvelles indifférentes au passé. Pour le confucéen, l'autorité morale ne se décrète pas : elle se reçoit d'une tradition éprouvée.

Je transmets et je n'invente pas ; j'aime les Anciens et je leur fais confiance.Entretiens, VII, 1

Confucius, Entretiens (Lunyu), VII, 1 · Confucius, Entretiens (Lunyu), III, 14

−0.7
Constitutionnalisme
Justification

Gouverner par la loi et le châtiment obtient au mieux des sujets qui évitent la peine sans rougir de la faute : la contrainte règle les actes mais laisse les cœurs intacts, et l'ordre ainsi tenu reste extérieur et fragile. Gouverner par la vertu et l'exemple, au contraire, donne le sens de la honte et un cœur réformé, donc une obéissance qui vient d'elle-même. C'est l'argument décisif du confucianisme contre les : l'autorité hiérarchique qu'il assume, du prince comme du père, n'est légitime que morale et bienveillante, jamais domination arbitraire, car son efficacité tient à sa capacité d'attirer plutôt que de forcer.

Qui gouverne par la vertu est comparable à l'étoile polaire : elle demeure en place, et toutes les étoiles se tournent vers elle.Entretiens (Lunyu), II, 1

Confucius, Entretiens (Lunyu), II, 1 · Confucius, Entretiens (Lunyu), II, 3

3 de plus
inférable
−0.8
Justification

L'identité morale du sujet confucéen est tissée par ses appartenances : la famille, le lignage, la communauté locale et l'État ordonné par les rites (li 禮). On ne devient pleinement homme qu'au sein de ces relations (les cinq relations cardinales), et non comme individu abstrait ou citoyen indifférencié du monde.

Mencius (Mengzi), III A 4 · Confucius, Entretiens (Lunyu), XII, 11

inférable
+0.8
Justification

Puisque la personne n'existe que prise dans ses relations, l'ordre social ne se construit pas par convention entre individus déjà constitués mais se rétablit quand chacun comble la fonction de son nom : que le prince soit prince, le père père, le fils fils. C'est le sens de la rectification des noms (zhengming 正名) : nommer correctement n'est pas un jeu logique, c'est le préalable de tout gouvernement, car le désordre commence là où les noms et les conduites se disjoignent. Cette voie écarte le contrat, qui suppose des individus antérieurs à leurs liens, autant que la solution légiste : ce n'est pas la sanction qui aligne les actes sur les rôles, mais la honte qu'éprouve celui qui déchoit de son nom.

Confucius, Entretiens (Lunyu), XII, 11 · Confucius, Entretiens (Lunyu), XIII, 3

inférable
+0.7
Justification

L'homme confucéen n'existe pleinement que pris dans le réseau de ses relations : le moi se constitue par ses rôles et ses devoirs envers autrui, non comme atome autonome antérieur à la société. L'accomplissement personnel et l'ordre du tout social sont solidaires : se cultiver soi-même, c'est déjà œuvrer à l'harmonie de la famille, de l'État et du monde.

La Grande Étude (Daxue) · Confucius, Entretiens (Lunyu), VI, 30

Rapport au mondeCe qu'il y a0/1 positionnés
1 de plus
ça dépend (contextualiste)

La pensée confucéenne ne se range ni sous le théisme personnel ni sous l'athéisme : le Ciel (tian) y est un ordre moral et un principe régulateur plus qu'un Dieu créateur et personnel. Confucius honore les esprits et les ancêtres mais s'abstient d'en disserter, reportant l'attention sur les devoirs de cette vie. L'alternative occidentale « Dieu existe / n'existe pas » ne capture pas cette position.

Pratiquesvivre la croyance, que faire
Soigner le lien procheHabitudePartialité

Le soin des siens est la racine d'où croît toute bienveillance.

Pour , la vie morale ne commence pas dans l'abstrait, mais dans le soin porté aux siens : bien traiter ses parents et ses proches est la racine d'où croît toute bienveillance plus large. Cette habitude donne corps à ces par des gestes concrets et réguliers envers ceux qui dépendent de vous. Elle aide aujourd'hui à ne pas négliger les liens proches au nom d'un « tout le monde » abstrait.

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