Courants

Rationalisme

L'expérience informe, mais ne fonde pas le nécessaire : chercher dans la les principes que les sens seuls ne peuvent garantir.

1637 – 1716

Courant continental né au cœur du XVIIe siècle, à l'âge de la révolution scientifique de Galilée et de Kepler, quand le succès des mathématiques dans l'étude de la nature semble appeler une refondation du savoir sur des bases aussi sûres. Sa lignée va de , qui ouvre la voie avec les et le Discours de la méthode, à , qui en tire dans l' un système géométrique, puis à , qui le couronne dans la Monadologie. Le problème auquel il répond est celui des fondements : sur quoi assurer une connaissance certaine après la ruine de la physique scolastique et la menace du ? Face à l' de et , qui fait dériver tout savoir de l'expérience, l'école sera réputée dépassée par la synthèse de , qui en retient la part a priori tout en lui ôtant sa prétention à connaître les choses en soi. Elle n'en a pas moins fixé pour des siècles l'idéal moderne de la science et reste l'un des deux pôles autour desquels s'organise l'épistémologie classique.

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Rapport au vraiRapport à soiRapport aux autresRapport au mondeRationalisme — Source de la connaissance (Position structurante)Dogmatisme — Rapport à la certitude (Position structurante)Correspondance — Nature de la véritéScientisme — Place de la scienceRéalisme scientifique — Statut du savoirÉvidentialisme — Éthique de la croyanceFondationnalisme — Justification de la croyance (Position structurante)Eudémonisme — Souverain bienSubstantialisme — Nature du moiEssentialisme — Essence et existence (Position structurante)Éthique des vertus — Critère du justeUniversalisme — Statut des normes (métaéthique)Théisme — Existence de DieuMécanisme — Explication de la nature (Position structurante)Primauté de la raison — Statut des émotionsRationalismeDogmatismeSubstantialismeEssentialismeÉthique des vertusUniversalismeThéismePrimauté de la raison15SUR 80 AXES19% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. Les sens ne livrent que du particulier et du contingent : seul l', avec ses idées innées, atteint les vérités nécessaires et universelles.

    Rationalisme93%Source de la connaissancevoir la position →
  2. Le savoir certain s'édifie en partant de principes premiers évidents et en déduisant le reste, more geometrico, comme on démontre un théorème.

    Fondationnalisme85%Justification de la croyancevoir la position →
  3. Le n'a pas le dernier mot : il existe des vérités qu'aucun doute ne peut ébranler, et la raison les atteint.

    Dogmatisme93%Rapport à la certitudevoir la position →
  4. Rien n'existe ni n'arrive sans raison : le réel est de part en part intelligible, et la de chaque chose peut être trouvée.

    Mécanisme60%Explication de la naturevoir la position →
  5. Les choses ont des essences intelligibles que l'esprit définit a priori : on peut en déduire les propriétés sans rien attendre de l'expérience.

    Essentialisme90%Essence et existencevoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître7/7 positionnés
Majeur
+0.8
Criticisme
Justification

Le point décisif est qu'une vérité nécessaire et universelle ne peut venir des sens : ceux-ci ne livrent que des cas particuliers et contingents, jamais le « cela ne peut pas être autrement » des mathématiques. Il faut donc une source non sensible, et ce sera l' et ses . retourne contre l' sa propre maxime : si rien n'est dans l'esprit qui n'ait d'abord été dans les sens, encore faut-il en excepter l'intellect lui-même, dont les structures rendent toute expérience pensable. Là où ne voit dans les sens que des impressions, distingue cette connaissance confuse du premier genre de la connaissance par , seule à saisir les choses par leurs causes.

Rien n'est dans l'entendement qui n'ait d'abord été dans les sens, sinon l'entendement lui-même.Nouveaux essais sur l'entendement humain, II, 1

Descartes, Méditations métaphysiques, III · Leibniz, Nouveaux essais sur l'entendement humain, II, 1

Majeur
−0.8
Faillibilisme
Justification

Pour répondre au , il ne suffit pas d'accumuler des opinions probables : il faut une vérité que nul argument ne puisse ébranler. en fait sa stratégie, poussant le jusqu'à l'hypothèse du malin génie pour ne retenir que ce qui y résiste : l'acte même de penser, qui survit à tout doute possible. Ce roc une fois trouvé, l'enjeu est de propager sa certitude au reste du savoir, et le modèle en est la géométrie : ordonner les connaissances more geometrico, d'axiomes évidents vers leurs conséquences nécessaires, comme déduit l' à la manière des géomètres. La certitude visée n'est pas une assurance psychologique mais l'évidence contraignante de la démonstration.

Je pense, donc je suis.Discours de la méthode, IV

Descartes, Méditations métaphysiques, II · Spinoza, Éthique, prologue de la partie I

Majeur
85
10
5
Justification

Toute justification, sous peine de régression à l'infini, doit s'arrêter sur des principes qui ne dépendent d'aucun autre : le rationalisme tranche en posant que ces points d'arrêt sont des vérités premières que l'intuition intellectuelle saisit avec évidence, et non des données sensibles toujours révisables. C'est un fondationnalisme conséquent : le savoir s'édifie comme un édifice déductif, des axiomes vers les théorèmes, chaque pas conservant la certitude du précédent. Contre l', qui adosse la justification à des impressions singulières incapables de fonder le nécessaire, l'évidence rationnelle seule peut servir de socle, parce qu'elle se voit indubitable au moment où on la conçoit.

Descartes, Méditations ; Spinoza, Éthique

4 de plus
inférable
55
45
0
Justification

La vérité est conçue comme adéquation de l'idée à son objet, mais une adéquation garantie de l'intérieur par la cohérence rationnelle : pour Spinoza, l'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses, et le vrai est sa propre norme. Le critère cartésien de l'idée claire et distincte et l'enchaînement déductif rapprochent l'école d'un idéal où correspondance et cohérence se confondent.

Spinoza, Éthique, II, proposition 7 et scolie de la proposition 43 · Descartes, Méditations métaphysiques, IV

inférable
−0.6
Rationalisme critique
Justification

Les mathématiques sont le modèle de toute connaissance certaine : Descartes, inventeur de la géométrie analytique, fait de l'ordre des raisons mathématiques le paradigme de la méthode, et Leibniz, co-inventeur du calcul infinitésimal, rêve d'une caractéristique universelle qui transformerait tout désaccord en calcul. La confiance dans une science déductive unifiée incline l'école vers un fort optimisme épistémique.

Descartes, Discours de la méthode, deuxième partie · Leibniz, Discours de métaphysique

inférable
−0.8
Justification

L'école est résolument réaliste sur le savoir : la raison ne construit pas son objet, elle atteint l'ordre réel des choses tel qu'il est en soi. L'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses, écrit Spinoza, l'idée vraie s'accordant avec son idéat. Les idées claires et distinctes de Descartes saisissent l'essence réelle des choses, et l'ordre intelligible des monades chez Leibniz est l'architecture même du réel : connaître, c'est lire la structure du monde, non la fabriquer.

L'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses.Éthique, II, proposition 7

Spinoza, Éthique, II, proposition 7 · Descartes, Méditations métaphysiques, V · Leibniz, Monadologie, §§ 56-62

inférable
−0.8
Justification

La norme de l'assentiment est l'évidence : on ne doit affirmer que ce que l'entendement perçoit clairement et distinctement. Descartes fait de l'erreur une faute de la volonté qui juge au-delà de ce que l'entendement conçoit clairement, et prescrit de suspendre l'assentiment hors de l'évidence. Pour Spinoza, c'est l' qui emporte une affirmation nécessaire et vraie. L'assentiment est ainsi réglé sur la clarté de l'idée, non sur la volonté de croire.

Descartes, Méditations métaphysiques, IV · Spinoza, Éthique, II, proposition 49

Rapport à soiQui je suis, comment vivre3/3 positionnés
3 de plus
inférable
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35
Justification

Les rationalistes convergent vers un souverain bien intellectuel : la perfection et la joie de l'âme qui connaît. Le contentement ferme de Descartes, la béatitude de Spinoza comme amour intellectuel de Dieu, la perfection croissante chez Leibniz placent la vie bonne dans l'exercice accompli de la raison, où s'unissent épanouissement et vertu, plus que dans le plaisir.

Spinoza, Éthique, V · Descartes, Les passions de l'âme · Leibniz, Monadologie

inférable
85
15
0
0
Justification

Le moi est pensé comme une substance ou une chose simple, non comme un faisceau d'impressions : Descartes définit le sujet comme chose pensante (res cogitans), substance dont toute l'essence est de penser, et Leibniz fait de l'âme une monade, substance simple indivisible. La position substantialiste est la plus nette chez ces deux auteurs.

Descartes, Méditations métaphysiques, II · Leibniz, Monadologie, §§ 1-7

inférable
−0.8
Justification

La déduction a besoin de prémisses : pour démontrer les propriétés d'une chose, il faut partir d'une définition de son essence, et cette essence doit être saisissable par le seul entendement, sans recours à l'expérience. D'où l'essentialisme de l'école : les choses ont des essences intelligibles et définissables que la raison atteint a priori. déduit ainsi toutes les propriétés de la substance de sa seule définition, et saisit l'essence de la matière comme pure étendue, par l'analyse du morceau de cire plutôt que par les sens. C'est l'inverse exact de l', pour qui aucune essence ne précède l'observation des cas particuliers.

Spinoza, Éthique, I, définitions et premières propositions · Descartes, Principes de la philosophie, partie I

Rapport aux autresCe que nous nous devons2/2 positionnés
2 de plus
inférable
5
10
80
5
Justification

Les rationalistes convergent vers une éthique de la vertu intellectualisée : le bien tient à la perfection et à la puissance de l'âme raisonnable. La de Descartes, la béatitude active de Spinoza, la sagesse de Leibniz font de la vie morale l'épanouissement d'un caractère éclairé par la raison, plus que l'obéissance à une loi ou le calcul des effets.

Spinoza, Éthique, IV-V · Descartes, Les passions de l'âme

inférable
80
10
10
Justification

Corollaire du réalisme métaphysique : les vérités, y compris pratiques, sont objectives et accessibles à la raison, non relatives à la culture ou à l'individu. Spinoza déduit le vrai bien de la nature de la substance, more geometrico, comme une vérité nécessaire et universelle, et Leibniz fonde la justice sur des vérités éternelles inscrites dans l'entendement divin. La raison, partout la même, donne accès à un ordre normatif universel.

Spinoza, Éthique, IV, préface et propositions 18-37 · Leibniz, Méditation sur la notion commune de la justice

Rapport au mondeCe qu'il y a3/3 positionnés
Majeur
−0.8
Agnosticisme (Huxley)
Justification

Dieu n'est pas reçu de la foi mais exigé par la raison : sans lui, la déduction ne tiendrait pas. en a besoin pour franchir le cogito et garantir que nos idées claires ne sont pas l'œuvre d'un trompeur, et il en donne des preuves dans la troisième et la cinquième . l'identifie à la substance unique et nécessaire dont tout découle (), le déduit du comme ce qui rend raison de l'existence du monde et fonde l'harmonie préétablie. La doctrine n'est pas uniforme : le Dieu personnel créateur de Descartes, le Dieu immanent de Spinoza et le Dieu parfaitement rationnel de Leibniz diffèrent profondément. Ce qu'ils partagent tient d'un air de famille : un principe divin que la raison établit et qui garantit l'intelligibilité du monde, plutôt qu'un Dieu d'abord personnel et révélé.

Descartes, Méditations métaphysiques, V · Spinoza, Éthique, I, propositions 11 et 14 · Leibniz, Monadologie, §§ 36-45

2 de plus
inférable
60
40
0
Justification

Si la raison peut connaître le réel a priori, c'est que le réel est de part en part rationnel : rien n'existe ni n'arrive sans une raison qui le rende intelligible, faute de quoi il resterait des faits bruts opaques à la pensée. Ce postulat, que érige en , commande tout le rationalisme et le sépare de l' de , pour qui la causalité n'est qu'une habitude d'associer des impressions, non une connexion nécessaire. La nature physique est lue de façon mécaniste, par figures et mouvements chez comme par lois nécessaires chez , mais la finalité réintervient au plan métaphysique, subordonnant le mécanisme des corps à des fins voulues par Dieu.

Leibniz, Monadologie, §§ 31-32 · Descartes, Principes de la philosophie, partie II

inférable
−0.7
Éduquer ses émotions
Justification

Les passions relèvent de l'idée confuse et doivent être maîtrisées par l'entendement : Descartes en propose une analyse mécanique et un art de les régler par la connaissance, et Spinoza tient qu'une passion cesse d'être passion dès que nous en formons une idée claire et distincte. La rectification de l'affect par la raison rapproche l'école d'un intellectualisme moral.

Descartes, Les passions de l'âme · Spinoza, Éthique, V, proposition 3