Courants

Taoïsme

Et si l'on agissait mieux en cessant de forcer ? S'accorder au plutôt qu'imposer sa volonté au cours des choses.

400 av. J.-C. – …

Liezi

Tradition née dans la Chine des Royaumes combattants (Ve-IIIe siècle avant notre ère), une époque de guerres et d'effondrement de l'ordre qui poussait chaque école à proposer un remède au désordre. Le taoïsme dit philosophique se constitue autour de deux textes : le Dao De Jing (Tao Te King), recueil aphoristique attribué à (Lao-tseu), figure peut-être légendaire, et le Zhuangzi (Tchouang-tseu), suite de récits, paraboles et dialogues d'une grande liberté d'invention. Là où le de répondait à la crise par les rites, l'étude et le devoir social, le taoïsme cherche le salut dans le retrait, le naturel et la critique de l'artifice. Recueilli plus tard avec le Liezi, ce courant nourrira à partir des Han un taoïsme religieux, avec ses divinités, ses techniques de longue vie et ses recherches d'immortalité, distinct de la veine philosophique première. Sa sensibilité a profondément imprégné la poésie, la peinture et la médecine chinoises, le chan (l'ancêtre du zen) en Asie, et nourrit aujourd'hui en Occident un imaginaire de la simplicité et de l'accord avec la nature.

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Rapport au vraiRapport à soiRapport aux autresRapport au mondeEmpirisme — Source de la connaissanceScepticisme — Rapport à la certitude (Position structurante)Indifférence stoïcienne — Sens de la souffranceTéléologie-providence — Le sens de la vieEudémonisme — Souverain bienEssentialisme — Essence et existenceDéterminisme dur — Liberté de la volontéCe qui dépend de nous — Périmètre d'action (Position structurante)Extinction-détachement — Rapport au désirSe libérer de la crainte — La mortVie examinée — IntérioritéOptimisme métaphysique — Tonalité du réelÉthique des vertus — Critère du justeAnarchisme — Rapport à l'autoritéÉquité-phronèsis — Lettre ou esprit de la règle (Position structurante)Relativisme — Statut des normes (métaéthique)Membre parmi d'autres — Place de l'homme dans la nature (Position structurante)Immanence — Où réside le sacré (Position structurante)Techno-critique — Rapport à la techniquePrimauté de la raison — Statut des émotionsMatérialisme — Nature du réelEmpirismeScepticismeCe qui dépend de nousExtinction-détachementÉthique des vertusRelativismeMembre parmi d'autresImmanence21SUR 80 AXES26% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. Le monde s'ordonne de lui-même : qui agit par , sans forcer, accomplit tout, tandis que vouloir tout maîtriser ne fait qu'aggraver le désordre.

    Ce qui dépend de nous95%Périmètre d'actionvoir la position →
  2. Quand on doit codifier les rites et la morale, c'est que la vertu vivante est déjà perdue : mieux vaut la ajustée au cas présent qu'un code rigide.

    Équité-phronèsis88%Lettre ou esprit de la règlevoir la position →
  3. Le qu'on peut nommer n'est pas le dao éternel : nos distinctions du vrai et du faux dépendent du point de vue, et nulle dispute ne les surplombe.

    Scepticisme85%Rapport à la certitudevoir la position →
  4. L'homme n'est pas le maître de la nature mais un être parmi les êtres : la sagesse est de prendre modèle sur l'ordre spontané du monde, non de le soumettre.

    Membre parmi d'autres90%Place de l'homme dans la naturevoir la position →
  5. Le n'est pas un dieu d'au-delà : source de toute chose, il les engendre toutes sans les posséder et ne se trouve nulle part hors d'elles.

    Immanence93%Où réside le sacrévoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître2/2 positionnés
Majeur
+0.7
Faillibilisme
Justification

Nommer, c'est découper le réel en catégories opposées (le grand et le petit, le vrai et le faux), or le est le fond indivis d'où ces distinctions procèdent : aucun mot ne peut donc le saisir sans le trahir. Le langage convient aux choses délimitées, jamais à la source qui les engendre toutes. Zhuangzi en tire un perspectivisme radical : chaque jugement parle depuis un point de vue situé, la dispute ne fait qu'opposer deux partialités sans juge qui les surplombe, et prétendre trancher universellement, c'est prendre son perchoir pour le centre du monde. D'où un qui vise moins à nier qu'à dissoudre la prétention au savoir certain et à délivrer du besoin d'avoir raison.

Le Dao qu'on peut nommer n'est pas le Dao constant.Dao De Jing, ch. 1

Laozi, Dao De Jing, ch. 1 · Zhuangzi, ch. 2 (De l'égalité des choses)

1 de plus
inférable
−0.3
Criticisme
Justification

Le taoïsme se défie du savoir conceptuel et livresque, qui découpe et nomme alors que le Tao excède toute parole : le Tao qu'on peut nommer n'est pas le Tao éternel. La vraie connaissance n'est pas accumulation rationnelle mais désapprentissage et accord intuitif avec le cours des choses, un savoir du concret et du spontané plus proche de l'expérience vécue que de la raison discursive.

Laozi, Dao De Jing, ch. 1 et 48 · Zhuangzi

Rapport à soiQui je suis, comment vivre10/10 positionnés
Majeur
−0.9
Faire la part des choses
Justification

Le monde suit déjà sa propre : prétendre le redresser par la volonté, la loi ou l'effort calculé, c'est briser cet ordre et engendrer le contraire de ce qu'on vise, comme on ruine une plante en tirant sur ses pousses. De cette observation le taoïsme tire le : non l'inertie, mais une efficacité par épousement plutôt que par contrainte, à l'image de l'eau qui, la plus souple, vient à bout du dur en se pliant à lui. Là où le veut réformer l'homme par l'effort moral et le rituel, le taoïste tient que toute action volontariste aggrave le désordre qu'elle veut corriger : c'est le revers exact d'un de la maîtrise.

Rien au monde n'est plus souple et plus faible que l'eau ; pourtant, pour attaquer ce qui est dur et fort, rien ne la surpasse.Dao De Jing, ch. 78

Laozi, Dao De Jing (Tao Te King), ch. 43, 78 · Zhuangzi, ch. 6 (Le grand maître vénérable)

Majeur
0
15
85
Justification

Les désirs raffinés ne naissent pas du besoin mais de l'artifice qui les fabrique : ce sont les cinq couleurs, les cinq saveurs et la convoitise des biens rares qui aveuglent l'œil et égarent le cœur, en sorte que multiplier les objets désirables ne comble jamais mais creuse le manque. La course aux richesses et aux honneurs disperse l'esprit et l'éloigne du : le remède n'est pas de mieux satisfaire le désir mais de le tarir à sa source, en revenant à pu 樸 (la simplicité, le bloc de bois brut non taillé). Aussi nul malheur n'est-il pire, pour Laozi, que de ne pas savoir se suffire : le contentement de qui désire peu est une richesse que rien d'extérieur ne menace.

Laozi, Dao De Jing, ch. 12, 46 · Laozi, Dao De Jing, ch. 19

55
10
35
0
Justification

Les trois pôles de cet axe cernent mal la vision taoïste : la mort n'y est ni néant à apprivoiser ni promesse d'immortalité de l'âme, mais un simple moment de la transformation universelle, comparable au passage des saisons. À la mort de sa femme, Zhuangzi cesse de pleurer et chante en battant la mesure sur une jarre, comprenant qu'elle dort désormais dans la grande chambre du cosmos. La crainte de la mort s'y dissout dans le consentement au changement.

Zhuangzi, ch. 18 (La joie parfaite) · Zhuangzi, ch. 6 (Le grand maître vénérable)

7 de plus
inférable
−0.1
Indifférence stoïcienne
Justification

Le taoïsme n'oppose à la souffrance ni croisade ni valorisation : il invite à accueillir l'alternance du sort sans la juger, comme le vieillard de la parabole qui ne sait si la perte de son cheval est un mal ou un bien. La douleur naît surtout de la résistance et du désir ; s'accorder au cours des choses par le wu-wei en désamorce le tourment, position proche de l'équanimité.

Zhuangzi · Huainanzi (le vieillard de la frontière)

inférable
80
20
0
0
Justification

Pour le taoïsme, le Tao est la source et l'ordre de toutes choses, le cours spontané auquel l'existence appartient. Le sens ne s'invente pas, il se trouve en s'accordant à ce cours par le wu-wei et la simplicité, en renonçant aux fins artificielles que l'homme se forge. Vivre bien, c'est épouser une trame qui nous précède et nous excède, sans pourtant le dessein personnel d'un dieu.

Laozi, Dao De Jing · Zhuangzi

inférable
25
60
15
Justification

Le bien taoïste est l'épanouissement par l'accord avec le Tao : suivre sa nature spontanée (ziran), agir sans forcer (wu-wei), goûter la simplicité et le contentement. Ce n'est ni la vertu confucéenne ni la poursuite des plaisirs, mais une vie aisée et accordée, où la santé, la longévité et la paix intérieure naissent de l'harmonie avec le cours des choses.

Laozi, Dao De Jing · Zhuangzi

inférable
−0.5
Justification

Le taoïsme tient que chaque être a sa nature spontanée (ziran), reçue du Tao, et s'épanouit en la suivant plutôt qu'en se façonnant. Le sage revient au bloc non taillé (pu), la simplicité originelle, contre les distorsions de l'artifice et de la convention : préserver une nature donnée, non en créer une.

Laozi, Dao De Jing, ch. 28 et 19 · Zhuangzi

inférable
+0.3
Compatibilisme
Justification

Le sage taoïste n'affirme pas un vouloir autonome : il agit par wu-wei, le non-agir, en s'effaçant pour épouser le cours spontané des choses (ziran). Vouloir, forcer, imposer un moi, c'est contrarier le Tao et s'épuiser ; la liberté véritable est cet accord sans effort avec la nécessité naturelle, plus proche d'une adhésion au déterminé que d'un libre arbitre conquérant.

Laozi, Dao De Jing, ch. 37 et 63 · Zhuangzi

inférable
−0.6
Justification

La voie taoïste passe par un travail intérieur de vacuité : le jeûne du cœur (xin zhai) et l'oubli assis vident l'esprit du savoir et des distinctions pour le rendre disponible au . La transformation visée est moins l'action efficace dans le monde que l'accord intime avec l'ordre des choses, par un dépouillement de soi.

Zhuangzi, ch. 4 (Dans le monde des hommes) · Zhuangzi, ch. 6 (Le grand maître vénérable)

inférable
−0.7
Justification

L'univers taoïste est foncièrement bienveillant et fiable pour qui s'accorde à lui : le nourrit toute chose sans la posséder, et l'ordre spontané du monde pourvoit de lui-même quand l'homme cesse de le contrarier. Le mal et le désordre naissent du forçage humain, non d'une faille du cosmos : il y a là une confiance profonde dans l'ordre des choses.

Laozi, Dao De Jing, ch. 34, 51 · Laozi, Dao De Jing, ch. 73

Rapport aux autresCe que nous nous devons4/4 positionnés
+0.6
Constitutionnalisme
Justification

Le bon souverain taoïste est celui qui gouverne le moins : il pratique le en politique, allège les lois et les contraintes, et laisse le peuple suivre sa . Multiplier interdits et règlements ne fait qu'accroître le désordre, d'où une inclination libertaire proche de l'anarchisme.

Gouverner un grand royaume, c'est comme faire frire un petit poisson.Dao De Jing, ch. 60

Laozi, Dao De Jing, ch. 57, 60 · Zhuangzi, ch. 11 (Laisser être, ne pas contraindre)

+0.8
Justification

Si l'on doit codifier le devoir et la bienséance, c'est que la vertu vécue a déjà disparu : pour Laozi, l'apparition même des règles est le symptôme d'une chute, non son remède. Le taoïsme retourne ainsi contre le son propre programme : les rites, l'étude et la morale ostentatoire qu'il érige en voie du redressement social trahissent en réalité la perte du , et l'effort pour les imposer durcit les cœurs au lieu de les accorder. À l'application rigide d'un code, le sage substitue une au cas présent, sans modèle fixe : conduite réglée non par la lettre mais par la de chaque situation.

Laozi, Dao De Jing, ch. 18, 38 · Zhuangzi, ch. 3 (Principe nourricier de la vie)

2 de plus
inférable
5
0
90
5
Justification

Le taoïsme se défie des règles morales explicites, qu'il tient pour le signe d'une vertu déjà perdue : à la codification confucéenne il oppose la vertu (te) spontanée de qui s'accorde au Tao. La vie bonne n'obéit ni à des principes ni à un calcul, elle découle d'un caractère cultivé dans la simplicité et le naturel, d'où une éthique de la vertu d'un genre paradoxal, sans effort.

Laozi, Dao De Jing, ch. 38 · Zhuangzi

inférable
10
80
10
Justification

Le perspectivisme de Zhuangzi débouche sur un relativisme : ce qui est beau, juste ou utile pour l'un ne l'est pas pour l'autre, et nul point de vue ne surplombe les autres. L'homme dort dans l'humidité et tombe malade, mais non l'anguille ; qui des deux connaît le bon habitat ? Les distinctions morales tranchées perdent leur prétention à l'universalité.

Zhuangzi, ch. 2 (De l'égalité des choses)

Rapport au mondeCe qu'il y a5/6 positionnés
Majeur
0
10
90
Justification

Toute chose, jusqu'au ciel et à la terre, prend modèle sur plus originaire qu'elle, et au terme de la série le ne prend modèle que sur la : l'homme n'occupe donc aucune place de surplomb, il est un être parmi les êtres, suspendu au même ordre. La place juste n'est pas de soumettre la nature mais de s'y conformer comme on suit une pente : prétendre la corriger, c'est se croire plus sage que ce qui nous a faits. Le taoïsme renverse ainsi l'anthropocentrisme implicite des écoles qui font de l'ordre humain, des rites et du gouvernement le sommet du réel.

Laozi, Dao De Jing, ch. 25 · Zhuangzi, ch. 17 (Les crues d'automne)

5 de plus
inférableMajeur
−0.8
Justification

Une source qui engendre tout ne peut se tenir hors de ce qu'elle engendre : si le est l'origine des dix mille êtres, il les habite tous au lieu de régner sur eux depuis un arrière-monde. Loin du dieu personnel et transcendant qui crée par décret et commande de l'extérieur, le dao est et impersonnel : il fait croître sans posséder, agit sans s'attribuer le mérite. D'où la provocation de Zhuangzi, interrogé sur le lieu du dao : il est jusque dans la fourmi, le brin d'herbe, la tuile, et même l'ordure, car ce qui est partout ne saurait manquer dans le plus vil.

Il n'est aucun lieu où le dao ne soit.ch. 22

Zhuangzi, ch. 22 (La connaissance voyageait vers le nord) · Laozi, Dao De Jing, ch. 34

ça dépend (contextualiste)

Le Tao n'est pas un Dieu : ni personne, ni créateur, ni législateur, il est le principe impersonnel et le cours spontané d'où tout procède et où tout retourne. Le taoïsme philosophique ne relève donc ni du théisme ni de l'athéisme, qui présupposent l'idée d'un dieu personnel à affirmer ou à nier ; il pense un fondement du monde d'une tout autre nature.

inférable
+0.8
Instrumentalisme
Justification

Une méfiance primitiviste traverse le taoïsme : les inventions et les machines engendrent l'esprit calculateur et corrompent la simplicité. Zhuangzi rapporte l'histoire du vieux jardinier qui refuse une machine à élever l'eau, par crainte que qui a une machine au cœur perde sa pureté native ; Laozi rêve d'un petit pays où, malgré des outils, on n'en userait pas.

Zhuangzi, ch. 12 (Ciel et Terre) · Laozi, Dao De Jing, ch. 80

inférable
−0.4
Éduquer ses émotions
Justification

Zhuangzi cultive une équanimité qui n'est pas refus des affects mais refus de s'y laisser enchaîner : comprendre que tout est transformation incessante apaise le trouble. Le sage ne laisse ni le gain ni la perte, ni la joie ni la peine altérer la paix intérieure ; il accueille les événements comme le cours naturel des choses, sans s'y attacher.

Zhuangzi, ch. 5 (Le signe de la vertu accomplie) · Zhuangzi, ch. 6 (Le grand maître vénérable)

inférable
70
20
10
Justification

La cosmologie taoïste se laisse mal réduire aux catégories occidentales : le réel est un flux continu de qi 氣 (le souffle, l'énergie qui anime toute chose), sans coupure nette entre matière et esprit, ce qui rapproche le taoïsme d'un monisme à coloration matérialiste plutôt que d'un idéalisme ou d'un dualisme. Le , source indifférenciée d'où naissent le Un, puis le Deux, puis les dix mille êtres, n'est ni pur esprit séparé de la matière ni esprit individuel : tout procède d'un même fond énergétique.

Laozi, Dao De Jing, ch. 42 · Zhuangzi, ch. 22 (La connaissance voyageait vers le nord)