Kong Qiu (Kongzi, « Maître Kong »)
Nul ne devient humain tout seul : l'humanité (ren 仁) se cultive par l'étude, les rites et la bienveillance, comme on polit le jade.
Chinois · 551 av. J.-C. – 479 av. J.-C.
Maître itinérant de la Chine des Printemps et Automnes (VIe-Ve siècle avant notre ère), né dans le petit État de Lu à une époque de guerres et de délitement de l'ordre féodal des Zhou. Magistrat un temps, puis conseiller errant cherchant en vain un prince pour appliquer ses vues, il forme surtout des disciples : ses propos, recueillis après sa mort dans les Entretiens (Lunyu), sont la source première de sa pensée et fondent le . Face au désordre de son temps, sa réponse n'est ni religieuse ni juridique mais éthique : reformer la personne et les relations pour régénérer la société, par l'étude des Anciens et la culture de soi. Tenu pour le premier éducateur chinois, érigé en figure tutélaire de l'État impérial qui fit de ses textes la base des examens mandarinaux, il demeure une référence majeure des cultures d'Asie orientale.
On ne devient humain qu'en aimant d'abord les siens : la xiao (piété filiale) est la racine du ren 仁 (l'humanité), et l'affection doit rester graduée, non également répartie entre tous.
Ce qu'il faut former n'est pas une règle mais une personne : la mesure du bien est le junzi 君子 (l'homme de noble caractère), dont la vertu d'ren 仁 (humanité) s'acquiert par la culture de soi.
La a déjà été accomplie par les Anciens : je transmets et n'invente rien, car restaurer leur héritage vaut mieux qu'inventer une morale nouvelle.
L'ordre social tient à l'exactitude des mots : si les noms ne sont pas rectifiés, les devoirs attachés aux rôles se défont, et tout commence par la zhengming (rectification des noms).
On gouverne par la vertu et l'exemple, non par la peur : les châtiments font un peuple qui se dérobe sans honte, l'exemple du prince lui donne le sens de l'honneur.
2 de plus
Justification
Le savoir confucéen se gagne par l'étude assidue des Anciens, l'observation et l'expérience pratique, conjuguées à la réflexion : apprendre sans réfléchir est vain, réfléchir sans apprendre est dangereux. La connaissance n'est pas spéculation pure mais sagesse à appliquer, ancrée dans la tradition et l'examen du réel, d'où une pente empiriste tempérée par l'exigence de réflexion.
Apprendre sans réfléchir est vain ; réfléchir sans apprendre est dangereux.Entretiens, II, 15
Entretiens, II, 15 (apprendre sans réfléchir, réfléchir sans apprendre) · Entretiens, VII, 8 et II, 17 (étude active ; savoir ce qu'on sait et ce qu'on ignore)
Justification
Confucius enseigne une honnêteté épistémique mesurée : tenir pour su ce que tu sais, et pour ignoré ce que tu ignores, voilà le vrai savoir. Il se garde de trancher sur l'au-delà ou les esprits et reconnaît n'être pas né savant. Sans verser dans le scepticisme, il fait place au doute et à l'ignorance assumée, d'où une légère inclinaison hors du dogmatisme.
Entretiens, II, 17 (tenir pour su ce qu'on sait, pour ignoré ce qu'on ignore) · Entretiens, VII, 19 (je ne suis pas né savant ; j'aime l'antiquité et m'y applique)
Justification
Le temps confucéen est orienté vers le passé comme modèle : ranimer l'ancien pour comprendre le nouveau, telle est la marche du maître. L'étude des Anciens, des rituels et des odes transmet une sagesse à incarner ; l'avenir compte moins comme projet à inventer que comme continuité à préserver. C'est une orientation de .
Qui ranime l'ancien pour comprendre le nouveau est digne d'être un maître.Entretiens, II, 11
Entretiens, II, 11 (ranimer l'ancien pour connaître le nouveau) · Entretiens, VII, 19 (un homme épris d'antiquité, infatigable à s'instruire)
Justification
La voie confucéenne est une culture de soi exigeante : le disciple Zengzi s'examine chaque jour sur trois points, et le perfectionnement intérieur du ren 仁 (l'humanité) conditionne toute action droite. Mais cette intériorité n'est pas contemplative : elle se vérifie et s'accomplit dans la conduite, le service et les li 禮 (les rites), d'où une position modérée du côté de la vie examinée, équilibrée par le primat de l'agir.
Chaque jour je m'examine sur trois points : ai-je été fidèle en agissant pour autrui, sincère envers mes amis, et ai-je pratiqué ce qui m'a été enseigné ?Entretiens, I, 4
Entretiens, I, 4 (Zengzi s'examine chaque jour sur trois points) · Entretiens, IV, 17 (voyant un homme de valeur, songe à l'égaler ; en voyant un médiocre, examine-toi)
Justification
L'adversité n'est pas pour Confucius un pur malheur : c'est dans l'épreuve que se révèle et se trempe l'homme de bien, qui reste droit quand le vulgaire se débande. Mencius systématise cette fécondité : quand le Ciel va confier une grande mission à quelqu'un, il commence par exercer son cœur par la souffrance et ses membres par la peine, afin de fortifier ce qui lui manquait.
Entretiens (Lunyu), XV.2 · Mencius, VI B, 15
Justification
Interrogé sur la mort et les esprits, Confucius détourne vers la vie : tu ne sais pas encore servir les vivants, comment saurais-tu servir les morts ?. Il écarte la spéculation sur l'au-delà sans la nier, et reporte le soin sur la conduite présente. Mais le culte des ancêtres maintient une continuité : les morts demeurent présents par la mémoire et les rites, une forme de survie dans la lignée.
Entretiens (Lunyu), XI.12
Justification
Le confucianisme ne condamne pas le désir mais le civilise par les rites et le sens de la convenance : on satisfait ses penchants dans les formes justes et à la juste mesure. L'idéal est l'accord parfait du désir et de la norme, que Confucius dit n'avoir atteint qu'au terme d'une longue culture de soi.
À soixante-dix ans, je suivais les désirs de mon cœur sans jamais franchir la règle.Entretiens, II.4
Entretiens (Lunyu), II.4 et XII.1
4 de plus
Justification
Le sens, pour Confucius, s'enracine dans le Mandat du Ciel (Tian ming) : un ordre normatif, une Voie qui dépasse l'individu et à laquelle il revient d'accorder sa conduite. Mais cet ordre ne s'accomplit que par l'effort humain, la culture de soi, les rites et la justice des relations : la vie prend sens en réalisant, ici-bas, la part qui nous échoit dans l'harmonie voulue par le Ciel.
Entretiens (Lunyu), II.4 et XVI.8
Justification
Confucius dit peu de la nature humaine, sinon que par nature les hommes sont proches, par la pratique ils s'éloignent. Le fond commun est ténu, et c'est la culture de soi, l'étude et les rites qui font le gentilhomme : l'essentiel se joue dans la formation plus que dans une essence donnée, d'où une position presque centrale, à peine inclinée vers le donné.
Entretiens (Lunyu), XVII.2 et V.13
Justification
Confucius partage le sort entre ce qui relève du Ciel et ce qui dépend de nous : la durée de la vie, la richesse et les honneurs tiennent au décret (ming) que le sage accueille sans s'y aliéner ; mais devenir pleinement humain (ren) ne dépend que de soi. La fortune extérieure est ainsi largement déterminée, tandis que la perfection morale demeure l'œuvre toujours possible d'une volonté.
Le vouloir-humain est-il donc loin ? Dès que je le veux, le voici.Entretiens, VII.29
Entretiens (Lunyu), XII.5 et VII.29 · Entretiens, XX.3
Justification
Le bien suprême est l'excellence morale de la personne accomplie, le junzi 君子 (l'homme de noble caractère) parvenu à la pleine vertu d'humanité : un . Une part d'épanouissement subsiste, car la pratique de la vertu procure une joie sereine, mais le plaisir sensible n'est jamais le critère.
Entretiens, VII, 15 (la joie au sein d'une vie frugale, l'injuste richesse comme nuage flottant) · Entretiens, IV, 5 (le junzi ne quitte jamais l'humanité, fût-ce le temps d'un repas)
Justification
Parce que la moralité ne se laisse ni codifier en règles ni réduire au calcul des effets, ce qu'il faut former, c'est une personne, son caractère et son discernement situé. De là le déplacement de l'évaluation de l'acte vers l'agent : la mesure du bien est le junzi 君子 (l'homme de noble caractère) habité par le ren 仁 (l'humanité), et cette vertu ne se décrète pas, elle s'acquiert par une longue culture de soi et l'imitation des modèles. La vertu n'est pas l'obéissance à une loi mais une disposition intérieure rendue stable par l'habitude, ce qui ancre la fondation du côté de l'éthique des vertus. Subsiste une part déontologique dans la fidélité aux li 禮 (les rites) et une part de dans le primat de l'affection familiale.
Se vaincre soi-même et revenir aux rites, voilà l'humanité (ren).Entretiens, XII, 1
Entretiens (Lunyu), XII, 1-2 (le ren et la maîtrise de soi par les rites) · Entretiens, IV, 5 et VI, 30 (le junzi ne s'écarte jamais de l'humanité)
Justification
La vertu d'humanité ne tombe pas du ciel d'un principe abstrait : elle pousse à partir de l'affection vécue dans la famille, puis s'étend par cercles concentriques. La xiao (piété filiale) est donc présentée comme la racine même du ren 仁 (l'humanité), et c'est ce qui justifie une faveur graduée plutôt qu'une égale considération pour tous. Le cas du fils qui couvre la faute de son père, où le maître donne raison à la solidarité familiale contre la dénonciation, est l'épreuve délibérée de cette thèse : si l'on coupait l'amour de sa source affective et partiale, on tarirait la moralité elle-même, contre tout impartialisme qui prétend aimer également les inconnus et les siens.
Le droit chemin est là : le père couvre son fils, le fils couvre son père.Entretiens, XIII, 18
Entretiens, I, 2 (la piété filiale, racine de l'humanité) · Entretiens, XIII, 18 (le père couvre le fils, le fils couvre le père)
Justification
Le présupposé est que la a déjà été pleinement réalisée par les sages rois et les li 禮 (les rites) de la dynastie Zhou, et que le désordre du temps vient de leur dégradation, non d'un manque de nouveauté. Si le bien a un précédent accompli, alors la tâche rationnelle est de restaurer et de transmettre, non d'inventer : se déclarer transmetteur et non créateur n'est donc pas une modestie mais une thèse, le refus de fonder la norme sur l'invention présente. La référence normative est le passé exemplaire, ce qui en fait un au sens fort, à rebours de toute foi dans le progrès.
Je transmets et je n'invente pas ; j'aime les Anciens et je leur fais confiance.Entretiens, VII, 1
Entretiens, VII, 1 (je transmets et n'invente pas, j'aime et je crois aux Anciens) · Entretiens, III, 14 (Confucius suit les Zhou)
Justification
L'argument part d'une fonction du langage : un nom (« père », « prince », « ami ») n'étiquette pas seulement, il prescrit un devoir attaché au rôle. Dès lors un mot employé de travers, ou démenti par les actes, dérègle l'ordre qu'il était censé tenir, et la zhengming (rectification des noms) devient la condition même d'une société qui fonctionne. La véracité cesse d'être une affaire privée de conscience : la fidélité de la parole (xin) et la sincérité (cheng) sont requises parce que le mensonge et l'écart entre le dire et le faire désagrègent le tissu social. De là un rigorisme de la véracité, où le junzi 君子 (l'homme de bien) rougit que ses paroles dépassent ses actes.
Si les noms ne sont pas corrects, le langage n'est pas conforme à la vérité des choses ; alors les affaires ne peuvent réussir.Entretiens, XIII, 3
Entretiens, XIII, 3 (la rectification des noms) · Entretiens, XIV, 27 (le junzi a honte que ses paroles dépassent ses actes)
Justification
L'argument repose sur une psychologie de l'obéissance : la contrainte par les lois et les châtiments n'obtient qu'un évitement sans honte, une soumission extérieure qui se défait dès que la surveillance cesse, tandis que l'exemple vertueux du gouvernant fait naître chez le peuple le sens de l'honneur et une adhésion intériorisée. Mieux vaut donc une autorité qui rayonne, comme l'étoile polaire autour de laquelle les astres se rangent, qu'une autorité qui réprime. Cette légitimation de la hiérarchie par le bien des gouvernés s'oppose frontalement au gouvernement par la seule force et la peine, et l'autorité y reste subordonnée à la vertu de qui l'exerce.
Gouvernez le peuple par la vertu, maintenez-le par les rites, et il aura le sentiment de l'honneur et viendra à vous.Entretiens, II, 3
Entretiens, II, 1 (gouverner par la vertu, comme l'étoile polaire) · Entretiens, II, 3 (gouverner par la vertu et les rites plutôt que par les châtiments)
Justification
Le junzi 君子 (l'homme de bien) se soucie de la justice (yi) là où l'homme de peu se soucie du gain : la vertu d'humanité implique d'aider les autres à se tenir debout et de ne pas leur infliger ce qu'on ne voudrait pas subir (la règle d'or sous forme négative, le shu, réciprocité). C'est une orientation altruiste, sans renoncement de soi : on s'élève soi-même en élevant autrui.
Ce que tu ne veux pas qu'on te fasse, ne le fais pas à autrui.Entretiens, XV, 24
Entretiens, IV, 16 (le junzi connaît la justice, l'homme de peu le profit) · Entretiens, XV, 24 et VI, 30 (ne pas infliger à autrui ce qu'on ne veut pas subir ; aider autrui à se tenir debout)
9 de plus
Justification
L'individu n'existe que pris dans un tissu de relations particulières : famille, lignage, communauté, État, ordonnés par les li 禮 (les rites). La xiao (piété filiale) et la loyauté envers les siens priment sur toute appartenance abstraite à l'humanité, ce qui ancre Confucius du côté du .
Entretiens, I, 2 (l'ordre familial, fondement de l'ordre social) · Entretiens, XII, 11 (que le père soit père, le fils fils)
Justification
La société n'est pas un pacte entre individus libres et égaux, mais un ordre organique calqué sur la famille : l'État prolonge les relations naturelles de parenté et d'autorité. La zhengming (rectification des noms) assigne à chacun sa place et son devoir, le prince devant être prince et le sujet sujet, comme le père doit être père. C'est une .
Entretiens, XII, 11 (que le prince soit prince, le sujet sujet) · Entretiens, II, 21 (la piété filiale étendue est déjà gouverner)
Justification
Les li 禮 (les rites) sont une forme indispensable, mais ils ne valent rien sans l'esprit qui les anime : un homme sans humanité, qu'a-t-il à faire des rites ?. Le rituel doit être exécuté avec le sentiment juste, et le maître ajuste son enseignement à chaque disciple : la lettre sans le coeur est vide. La pente va donc vers l', sans abolir la forme rituelle.
Un homme sans humanité, qu'a-t-il à faire des rites ? Un homme sans humanité, qu'a-t-il à faire de la musique ?Entretiens, III, 3
Entretiens, III, 3 (sans humanité, à quoi bon les rites ?) · Entretiens, XI, 22 (le maître répond différemment à chaque disciple)
Justification
L'exigence morale est maximaliste : devenir junzi 君子 (homme de noble caractère) est une tâche de toute une vie, jamais achevée, où l'on doit se vaincre soi-même sans relâche. Le disciple Zengzi parle d'un fardeau lourd et d'une route longue, car il porte le ren 仁 (l'humanité) jusqu'à la mort. La morale ne se contente pas d'un minimum de non-nuisance : elle réclame un perfectionnement continu de la personne.
Entretiens, VIII, 7 (le fardeau est lourd et la route longue, car il porte l'humanité jusqu'à la mort) · Entretiens, XII, 1 (se vaincre soi-même et revenir aux rites)
Justification
La personne ne se comprend qu'à travers ses rôles et ses relations : on est fils, frère, sujet, ami, et c'est en accomplissant ces relations selon les li 禮 (les rites) qu'on devient pleinement humain. L'identité est relationnelle, non monadique : la pente est nettement holiste, même si la culture de soi conserve une exigence personnelle irréductible.
Entretiens, XII, 11 (la définition de chacun par sa relation) · Entretiens, II, 5-8 (les devoirs relationnels de la piété filiale)
Justification
La et le ren 仁 (l'humanité) valent comme normes objectives, ancrées dans l'ordre du Ciel (tian) et la sagesse des Anciens : le bien n'est pas affaire de convention arbitraire. Mais cette objectivité s'incarne dans des li 禮 (des rites) historiquement situés, hérités d'une tradition, ce qui laisse une part au caractère institué de la norme.
Entretiens, IV, 8 (entendre la Voie au matin, mourir le soir sans regret) · Entretiens, VII, 23 (le Ciel a engendré la vertu qui est en moi)
Justification
Confucius s'inquiète moins de la pauvreté que de l'inégalité et du désordre : ce qui afflige le gouvernant, ce n'est pas le petit nombre mais l'inégalité, non la pauvreté mais l'instabilité. Le souverain doit pourvoir au bien-être du peuple avant de l'instruire, ce qui dénote une sensibilité à la répartition équitable des ressources, dans le cadre d'un ordre hiérarchique.
Entretiens, XVI, 1 (ce qui afflige n'est pas la pauvreté mais l'inégalité) · Entretiens, XIII, 9 (enrichir le peuple, puis l'instruire)
Justification
Le pouvoir doit revenir aux plus sages et aux plus vertueux, non au nombre : on promeut les hommes droits, on écarte les pervers, et on peut faire suivre une voie au peuple, non la lui faire comprendre. Cette confiance dans le gouvernement des meilleurs, formés par l'étude et la vertu, est nettement épistocratique.
Entretiens, II, 19 (promouvoir les hommes droits par-dessus les pervers) · Entretiens, VIII, 9 (on peut faire suivre une voie au peuple, non la lui faire comprendre)
Justification
Confucius préfère prévenir la faute en formant le sens moral plutôt que la punir : gouverner par les châtiments donne un peuple qui les évite sans honte, gouverner par la vertu et les li 禮 (les rites) lui donne le sens de l'honneur et le corrige de l'intérieur. La fin visée est l'amendement moral, non la rétribution ni la seule dissuasion : tuer pour gouverner, à quoi bon ?. La sanction, quand elle s'impose, doit restaurer l'harmonie et réintégrer le fautif dans la communauté plutôt que l'en retrancher.
Entretiens, II, 3 (les châtiments donnent un peuple sans honte ; la vertu le corrige) · Entretiens, XII, 19 (à quoi bon tuer pour gouverner ?)
Justification
Par nature les hommes sont proches les uns des autres ; par la pratique ils s'éloignent : la nature commune ne suffit pas, c'est l'étude, l'habitude et les li 禮 (les rites) qui font la différence morale entre les hommes. Confucius mise sur la formation et la culture (wen) plus que sur un donné inné, d'où une pente culturaliste.
Par nature, les hommes sont proches les uns des autres ; par la pratique, ils s'éloignent.Entretiens, XVII, 2
Entretiens, XVII, 2 (par nature proches, par la pratique éloignés) · Entretiens, XVI, 9 (les degrés du savoir : inné, acquis par l'étude, acquis dans la difficulté)
6 de plus
Justification
La moralité confucéenne ne réprime pas les sentiments mais les cultive et les ordonne : le deuil sincère importe plus que la stricte observance, et c'est l'affection vécue, l'amour des parents, qui fonde la xiao (piété filiale). Les li 禮 (les rites) donnent une forme juste aux émotions plutôt qu'ils ne les effacent, d'où une pente sentimentaliste modérée, tempérée par l'exigence de discernement.
Entretiens, III, 4 (dans le deuil, mieux vaut la douleur sincère que la stricte observance) · Entretiens, XVII, 21 (le deuil de trois ans et l'affection due aux parents)
Justification
Confucius croit l'homme perfectible : tout être humain peut, par l'étude et l'effort, s'élever vers le ren 仁 (l'humanité), et il enseigne sans distinction de classe. Cet optimisme reste mesuré : les sages sont rares, la plupart trahissent la Voie, et le maître se désole de n'avoir pas vu d'homme qui aime la vertu autant que les plaisirs. La confiance dans l'éducabilité l'emporte néanmoins.
Entretiens, XV, 38 (dans l'enseignement, il n'y a pas de distinction de classe) · Entretiens, IX, 17 (je n'ai pas vu d'homme qui aime la vertu comme les plaisirs)
Justification
Confucius reconnaît le Ciel (tian) comme une instance qui ordonne le cours des choses et fonde sa mission, et il respecte le culte des ancêtres et des esprits, à honorer tout en s'en tenant à distance. Mais sa visée reste résolument tournée vers l'ici-bas : ne sachant pas encore servir les hommes, comment servir les esprits ?. La transcendance est affirmée, mais subordonnée à l'éthique du monde humain.
Entretiens, XI, 11 (ne sachant pas servir les hommes, comment servir les esprits ?) · Entretiens, VI, 20 (honorer les esprits tout en s'en tenant à distance)
Confucius reconnaît le Ciel (tian) et honore les esprits, mais sa pensée ne relève pas du théisme personnel ni de l'athéisme : le Ciel est un ordre moral impersonnel plutôt qu'un dieu créateur, et le maître écarte délibérément les questions sur l'au-delà pour se consacrer aux affaires humaines. L'axe, taillé pour la tradition occidentale, ne capte pas adéquatement cette position.
Axe anachronique : la question du rapport à la technologie comme puissance de transformation du monde ne se pose pas dans la Chine du VIe siècle avant notre ère et n'est jamais thématisée dans les Entretiens.
Axe anachronique : aucune réflexion sur l'esprit artificiel ou la possibilité d'une pensée mécanique n'a de sens dans le contexte de Confucius.
La courtoisie rituelleHabitudeOrigine du lien social
Sans les rites, le respect devient fatigue, et la franchise, blessure.
Pour , les égards quotidiens (le salut, la politesse, les formes du respect) ne sont pas de vains usages : accomplis avec soin et non par automatisme, ils donnent corps à la considération qu'on se doit et tissent l'harmonie d'une communauté. Prendre cette habitude, c'est traiter les petites formes de la vie commune comme ce qui exprime et entretient le lien, plutôt que comme une contrainte à expédier.
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Honorer l'héritage, préparer le legsHabitudeOrientation temporelle
Se savoir un maillon : recevoir de ceux qui précèdent, transmettre à ceux qui suivront.
Pour Confucius, la et le souvenir des ancêtres sont la racine des vertus : se savoir un maillon entre ceux qui nous précèdent et ceux qui nous suivront. Cette double attention, recevoir et transmettre, donne au temps une profondeur que ni l'instant ni le projet ne procurent. Aujourd'hui, c'est un contrepoids à une vie mesurée à sa seule productivité.
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Soigner le lien procheHabitudePartialité
Le soin des siens est la racine d'où croît toute bienveillance.
Pour , la vie morale ne commence pas dans l'abstrait, mais dans le soin porté aux siens : bien traiter ses parents et ses proches est la racine d'où croît toute bienveillance plus large. Cette habitude donne corps à ces par des gestes concrets et réguliers envers ceux qui dépendent de vous. Elle aide aujourd'hui à ne pas négliger les liens proches au nom d'un « tout le monde » abstrait.
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