Jeremy Bentham
Juger toute institution à ses effets : compter les plaisirs et les peines que produit réellement une loi, plutôt qu'invoquer la tradition ou de prétendus droits naturels.
Anglais · 1748 – 1832
Juriste et réformateur anglais des Lumières tardives, fondateur de l' classique, héritier de l' de et de Hume et lecteur d'Helvétius et de Beccaria. Devant l'arbitraire de la common law et le fatras du droit pénal de son temps, il cherche un critère unique, mesurable et séculier pour juger lois et institutions, et le décline dans son maître livre, l'Introduction aux principes de la morale et de la législation (1789). Animateur du cercle des « radicaux philosophiques », concepteur du Panoptique, il influence durablement le droit, l'économie et la réforme politique ; en recueille et infléchit l'héritage. Sa dépouille, momifiée selon ses voeux en « auto-icône », est toujours conservée à University College de Londres.
Une seule règle juge toute action, le : est bon ce qui tend à augmenter le bonheur, mauvais ce qui tend à le diminuer, et rien d'autre.
La nature nous a placés sous l'empire de deux maîtres, le et la douleur : il n'y a pas d'autre bien que l'agréable, pas d'autre mal que le pénible.
Aucun plaisir n'est plus noble qu'un autre : à quantité égale de plaisir, un jeu d'enfant vaut bien la poésie, et seule la quantité doit compter.
Ce qui ouvre droit à la considération morale n'est ni la raison ni le langage mais la sensibilité : la question est de savoir si un être peut souffrir.
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Justification
Dans la lignée empiriste, Bentham ne reconnaît de réalité qu'à ce qui s'observe et se mesure, et traque les fictions, ces termes comme le droit naturel qui miment la désignation d'une chose sans qu'aucun fait sensible y réponde. La certitude ne se gagne donc pas par une raison a priori posant des vérités définitives, mais par l'enregistrement des faits et le calcul ; toute prétention métaphysique à un savoir hors de l'expérience reste suspecte. La position est mesurée : non le doute du sceptique, mais la confiance dans la seule connaissance empirique, faillible et corrigible.
Théorie des fictions ; Chrestomathia
Justification
Dans la lignée de et de Hume, Bentham tient pour réel ce qui s'observe et se mesure, et suspecte tout terme qui ne renvoie à aucune entité sensible. C'est le ressort de sa critique des fictions : une expression comme le droit naturel prétend désigner une chose alors qu'aucun fait ne lui correspond, et n'est qu'un mot dont on couvre une exigence sans la justifier. Sa méthode est donc résolument inductive et naturaliste, ancrée dans l'expérience des plaisirs et des peines plutôt que dans des principes rationnels a priori, et c'est par là qu'il congédie le droit naturel.
Les droits naturels, c'est purement et simplement du non-sens : les droits naturels et imprescriptibles, du non-sens sur des échasses.Anarchical Fallacies
Anarchical Fallacies (les droits naturels, du non-sens sur des échasses)
Justification
Bentham part d'un constat qu'il tient pour un fait de nature : plaisir et douleur sont les deux seules choses que nous recherchons et fuyons effectivement comme fins. Le bien et le mal n'ont alors aucun contenu à part : nommer une chose « bonne » ne dit rien de plus que sa tendance à produire du plaisir ou à écarter de la douleur. D'où un à la fois psychologique et moral, qui soude le constat et la norme par les mêmes deux maîtres souverains et ne laisse aucune place à un épanouissement ou à une perfection distincts de l'agréable, contre les biens objectifs de la tradition aristotélicienne.
La nature a placé l'humanité sous l'empire de deux maîtres souverains, la douleur et le plaisir. C'est à eux seuls qu'il appartient de montrer ce que nous devons faire comme de déterminer ce que nous ferons.Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I, §1
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I, §1
Justification
Pour Bentham, la peine est le mal même : avec le plaisir, elle est l'un des deux maîtres souverains de la conduite, et tout le calcul moral et législatif vise à la minimiser. Aucune souffrance n'a de valeur rédemptrice ; la seule question pertinente est celle de sa quantité et de ce qui peut la réduire, pour tout être capable de la ressentir.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, I et IV
Justification
Bentham récuse expressément le principe d'ascétisme, qui tiendrait la privation pour un bien : le plaisir est le seul bien, la peine le seul mal, et la fin est de maximiser le premier. Les désirs n'ont donc pas à être éteints mais satisfaits ; le seul tri légitime est le calcul des quantités de plaisir et de peine qu'ils produisent.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, I-IV
5 de plus
Justification
Bentham n'assigne à la vie aucune fin cosmique ou providentielle : le seul sens est celui que mesure le principe d'utilité, à savoir produire du bonheur et réduire la souffrance, pour soi et pour le plus grand nombre. Une signification entièrement immanente, ancrée dans la sensibilité, sans recours à un ordre qui nous dépasserait.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, I
Justification
Matérialiste et ennemi des fictions, Bentham ne reconnaît aucun au-delà : la mort est la simple cessation de la sensibilité, donc ni à craindre ni à entourer de superstitions. Il pousse la conséquence jusqu'à léguer son corps à la science et le faire conserver en auto-icône, geste lucide contre la terreur religieuse de la mort.
Auto-Icon ; or, Farther Uses of the Dead to the Living
Justification
Toute la science benthamienne repose sur une nature humaine constante : l'homme est gouverné par le plaisir et la peine, partout et toujours. Cette psychologie hédonique donnée est le socle fixe à partir duquel se calculent la morale et la législation, plus qu'une nature à inventer ou à transformer.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, I
Justification
Toute conduite humaine est gouvernée par la recherche du plaisir et la fuite de la douleur ; le législateur peut donc agir sur les comportements en pesant sur les motifs au moyen de sanctions, qui ajoutent une peine ou un plaisir à la balance. Cette psychologie des mobiles suppose des actions par leurs causes, condition même de l'efficacité du calcul pénal, sans que Bentham thématise la question métaphysique du .
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. III et X (les mobiles et leur action)
Justification
Aucun plaisir n'est mauvais en lui-même : les plaisirs des sens figurent au même titre que les autres dans la liste que dresse Bentham, et seul leur effet quantitatif sur la balance générale importe. Loin de tout ascétisme, qu'il range parmi les principes erronés, il célèbre par principe tout plaisir, corporel compris, dès lors qu'il n'engendre pas plus de douleur qu'il ne procure de jouissance.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. V (l'énumération des plaisirs et des peines) · Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. II (contre le principe d'ascétisme)
Justification
Une morale ne vaut, pour Bentham, que si elle offre un critère public et démontrable, et non l'écho déguisé d'un goût personnel. Or les principes rivaux échouent à ce test : le principe d'ascétisme condamne le plaisir sans raison, et le principe de sympathie et d'antipathie érige le sentiment moral en règle sans en répondre, masquant souvent un simple j'approuve ou je désapprouve. Seule la tendance d'une action à augmenter ou diminuer le bonheur fournit une mesure extérieure et vérifiable du bien et du mal ; toute approbation qui ne s'y ramène pas n'est qu'un caprice déguisé en principe. De là un conséquentialisme intégral : aucune action n'est bonne ou mauvaise en elle-même, indépendamment de ses suites.
Par principe d'utilité on entend ce principe qui approuve ou désapprouve toute action selon la tendance qu'elle semble avoir à augmenter ou à diminuer le bonheur de la partie dont l'intérêt est en jeu.Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I, §2
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I-II
Justification
Si le seul titre à entrer dans le calcul est de pouvoir éprouver plaisir et douleur, alors la frontière de la considération morale doit suivre la sensibilité, et non la raison ni le langage. Bentham retourne ainsi l'argument cartésien de l'animal-machine et celui qui excluait l'esclave : ce ne sont pas la faculté de raisonner ou de parler qui ouvrent droit à la considération, mais la capacité à pâtir. La conclusion suit par cohérence du critère utilitariste lui-même : la considération s'étend à tout être sensible, ce qui le situe au pathocentrisme et fait de lui un précurseur de la cause animale.
La question n'est pas : peuvent-ils raisonner ? ni : peuvent-ils parler ? mais : peuvent-ils souffrir ?Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. XVII
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. XVII, §1, note (la souffrance des animaux)
Justification
Dans le calcul du bonheur collectif, chacun doit compter pour un, et nul pour plus d'un : aucun intérêt ne pèse davantage en raison du rang ou de la naissance. Cet égalitarisme du décompte, conjugué à l'idée de l'utilité marginale décroissante des richesses, oriente Bentham vers une répartition plus égale du bien-être, sans pour autant qu'il prône une stricte égalité des biens, qui ruinerait la sécurité.
Chacun doit compter pour un, et nul pour plus d'un.L'Utilitarisme, chap. V
Principes du code civil (l'utilité décroissante de la richesse, sécurité et égalité) · Formule rapportée par J. S. Mill, L'utilitarisme, ch. V
Justification
La peine est en elle-même un mal, une douleur, et ne se justifie que par l'utilité qu'elle produit : toute peine est en elle-même un mal ; selon le principe d'utilité, si elle doit être admise, ce n'est que dans la mesure où elle promet d'écarter quelque mal plus grand. Sa fin première est la prévention des délits, surtout par la dissuasion, et accessoirement par l'amendement du coupable ; Bentham récuse explicitement la rétribution et le talion comme un mal ajouté à un mal, sans profit.
Toute peine est en elle-même un mal. Selon le principe d'utilité, si elle doit être admise, ce n'est que dans la mesure où elle promet d'écarter quelque mal plus grand.Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. XIII, §2
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. XIII-XIV (les peines, leurs fins et leur mesure)
Justification
Bentham juge les institutions à leur seule utilité présente, jamais à leur ancienneté : il faut réformer méthodiquement le droit, codifier les lois, abolir les survivances irrationnelles. Réformateur radical du système pénal et carcéral (le projet du Panoptique), il dénonce la déraison de la common law et milite pour une refonte rationnelle des codes. C'est un progressisme réformateur affirmé.
A Fragment on Government (critique de Blackstone et de la common law) · Panopticon, ou la maison d'inspection
Justification
Convaincu après 1809 que seuls les gouvernés ont intérêt à viser le bonheur du plus grand nombre, Bentham se rallie à la démocratie représentative : suffrage quasi universel, scrutin secret, élections fréquentes, contre les intérêts sinistres des classes dirigeantes. Le pouvoir doit appartenir au peuple, garant le plus sûr de l'utilité générale, et non à une élite supposée plus compétente.
Plan of Parliamentary Reform (1817) · Constitutional Code (la démocratie représentative contre les intérêts sinistres)
Justification
Dans le calcul de l'utilité, le plaisir et la douleur de chacun comptent à égalité, sans privilège pour soi, ses proches ou son groupe : chacun pour un, nul pour plus d'un. Cet impartialisme strict, où le bien-être de l'agent ne pèse pas plus que celui de n'importe qui d'autre, est l'un des traits les plus caractéristiques et les plus exigeants de l'utilitarisme classique.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. IV (l'étendue : le nombre des personnes affectées)
Justification
Un droit, pour Bentham, n'est rien d'autre que le bénéfice d'une obligation que la loi impose à autrui et garantit par une sanction : pas de loi positive, pas d'obligation, donc pas de droit. Les droits naturels antérieurs à toute loi sont alors une contradiction dans les termes, un voeu déguisé en fait juridique, et même un danger, car invoquer un droit imprescriptible contre la loi ouvre la porte à l'anarchie. Le rejet n'est pas nihiliste mais utilitariste : il y a bien des droits, mais c'est l'utilité, et non la nature, qui doit guider le législateur lorsqu'il les crée.
Anarchical Fallacies ; Introduction aux principes de morale et de législation
Justification
Pour Bentham, la communauté est une fiction : son intérêt n'est que la somme des intérêts des membres qui la composent. Il n'existe pas d'entité collective dotée d'un bien propre au-dessus des individus ; le bonheur social n'est que l'agrégat des bonheurs individuels. C'est un individualisme méthodologique net, fondement de tout le calcul utilitariste.
L'intérêt de la communauté, qu'est-ce donc ? La somme des intérêts des divers membres qui la composent.Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I, §4
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I, §4 (l'intérêt de la communauté, somme des intérêts individuels)
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Justification
Le vaut pour tous les hommes et tous les temps : le critère du plaisir et de la douleur est un fait de nature universel, et le calcul s'applique de la même façon partout. Bentham ne relativise pas la morale aux cultures ni n'en fait une simple convention ; c'est un universalisme naturaliste, fondé sur la sensibilité commune à tous les êtres.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I-IV (le principe et sa mesure, valables universellement)
Justification
Bentham veut un droit entièrement codifié, clair et systématique, où chaque délit et chaque peine sont définis par avance, afin de soustraire la justice à l'arbitraire du juge et à la déraison de la common law. Cette confiance dans des règles explicites et préétablies, plutôt que dans le jugement prudentiel cas par cas, le situe du côté du légalisme, même si la règle elle-même reste justifiée par l'utilité.
Of Laws in General et Constitutional Code (le projet de codification) · A Fragment on Government (contre l'arbitraire de la common law)
Justification
Bentham tient pour un fait que chacun est mû par son propre intérêt, la recherche de son plaisir et la fuite de sa douleur : c'est un égoïsme psychologique. Mais le critère moral, lui, exige de viser le bonheur du plus grand nombre : comment un mobile naturellement intéressé peut-il fonder une exigence d'impartialité ? Tout l'art du législateur consiste à aménager les sanctions pour que l'intérêt particulier coïncide avec l'intérêt général. La norme penche donc vers l'altruisme du décompte impartial, sur fond d'un mobile naturellement intéressé.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. III (les quatre sanctions)
Justification
Exiger de toujours agir de manière à produire le plus grand bonheur du plus grand nombre, en comptant chacun à égalité, fait peser sur l'agent une demande potentiellement très lourde : aucune sphère privée n'échappe par principe à l'évaluation par l'utilité. Cette exigence maximaliste se heurte toutefois au réalisme du législateur, qui sait ne pouvoir tout réglementer : le principe lui-même ne pose aucune limite a priori, alors que sa mise en oeuvre en suppose nécessairement.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I-IV (le principe du plus grand bonheur appliqué à toute action)
Justification
Bentham construit ses réformes sur la nature réelle des hommes, mus par leur intérêt, et conçoit des institutions, sanctions et mécanismes constitutionnels destinés à canaliser cet intérêt vers l'utilité générale. Ce souci d'efficacité concrète et de prise sur les intérêts sinistres relève d'un réalisme politique, même si la visée réformatrice ultime, refondre rationnellement la société entière, garde une part d'ambition quasi utopique.
Constitutional Code (institutions conçues sur les intérêts réels)
Justification
Comme toute peine est un mal qui ne se justifie que par son utilité, infliger une souffrance sans bénéfice net est injustifiable ; Bentham répertorie ainsi les cas où la peine est inopportune, notamment lorsqu'elle serait inefficace ou non rentable. On peut en inférer qu'excuser ou remettre la peine y obéit aux mêmes conditions d'utilité, ce qui rattache l'idée d'un pardon ou d'une indulgence à un examen conditionnel, sans que Bentham traite explicitement du pardon comme tel.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. XIII (les cas où la peine ne doit pas être infligée)
Justification
Puisque seule la quantité de plaisir entre dans la balance, il n'y a aucun lieu où inscrire une supériorité intrinsèque d'un plaisir sur un autre : à quantité égale, un divertissement vulgaire et un art réputé noble se valent exactement. Hiérarchiser les plaisirs selon leur dignité réintroduirait en contrebande un critère étranger au plaisir, ce que le interdit. Cet égalitarisme du goût est le point de rupture avec , qui distinguera plaisirs supérieurs et inférieurs précisément pour parer l'objection de la morale à pourceaux : là où Mill cède, Bentham assume jusqu'au bout la stricte quantification.
À quantité de plaisir égale, le pushpin vaut bien la poésie.The Rationale of Reward
The Rationale of Reward (le pushpin vaut bien la poésie)
3 de plus
Justification
La morale de Bentham est entièrement séculière : le bien et le mal se règlent sur le seul calcul des plaisirs et des peines, sans recours à une volonté divine. Sous le pseudonyme de Philip Beauchamp, il publie une critique de l'utilité de la religion naturelle, et l'analyse du principe d'antipathie théologique rejette la sanction religieuse comme fondement moral. La pente est nettement antireligieuse et critique, sans athéisme métaphysique explicitement systématisé.
Analysis of the Influence of Natural Religion on the Temporal Happiness of Mankind (sous le nom de Philip Beauchamp) · Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. II (le principe théologique réductible aux autres)
Justification
La nature humaine se ramène pour Bentham à une donnée constante et universelle : la sensibilité au plaisir et à la douleur, ressort de toute conduite en tout lieu et tout temps. C'est sur ce socle naturel, et non sur des déterminations culturelles variables, qu'il fonde sa science de la législation, ce qui le situe nettement du côté du naturalisme anthropologique.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I (les deux maîtres souverains, constants pour tous)
Justification
Bentham se défie des sentiments moraux érigés en règles : le principe de sympathie et d'antipathie approuve ou condamne au gré du sentiment, sans en rendre raison, et masque souvent des préjugés. À la spontanéité affective il oppose le calcul félicifique, procédure réflexive et quasi arithmétique de pesée des plaisirs et des peines. La morale relève ainsi d'un raisonnement méthodique plutôt que de l'émotion.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. II (le principe de sympathie et d'antipathie)