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Expérience de pensée

Le juste frappé par l'infortune

Aristote · Éthique à Nicomaque

Songez à un homme qui a vécu droitement : honnête, courageux, dévoué aux siens. Mais le sort s'acharne : il perd ses enfants, sa santé, ses biens, et finit dans la douleur et l'abandon. Rien ne lui est reproché, sa vertu reste entière, et pourtant sa vie s'achève dans le malheur le plus complet.

Sa vie fut-elle, malgré tout, une vie bonne ? Autrement dit : le bonheur est-il à l'abri de l'infortune, ou peut-il nous être arraché ?

Ce qu'elle fait dans le débat

Objecte à Eudémonismeattaque la position

Si l'épanouissement réclame des biens extérieurs, le souverain bien reste otage de la fortune : la maladie, l'exil, la mort des proches peuvent le briser.

L'argument qu'elle porte
  1. L'épanouissement, l'eudémoniste le reconnaît, réclame aussi certains biens extérieurs : la santé, des amis, de quoi vivre, un peu de bonne fortune.
  2. Mais alors le souverain bien dépend de ce que nul ne maîtrise : la maladie, l'exil, la mort des proches peuvent le briser, comme le vieux roi Priam qui perd tout à la fin de sa vie.
  3. Une fin dernière qu'un coup du sort peut arracher n'est pas pleinement nôtre : on aurait bâti sa vie sur ce que la fortune prête et reprend.

Donc Donc ou bien le souverain bien reste otage de la fortune, ou bien il faut le chercher du côté de ce qui, seul, dépend entièrement de nous.

Résolutions possibles

Objecte à Vertu / perfectionnisme moralattaque la position

Tenir la vertu pour le seul bien oblige à déclarer heureux le juste accablé de malheurs : rendre le bien invulnérable, c'est nier que la perte et la douleur soient de vrais maux.

L'argument qu'elle porte
  1. Le perfectionniste tient la vertu pour le seul bien, et le reste, santé, biens, êtres aimés, pour « indifférent » : le juste demeurerait heureux jusque dans le malheur le plus complet.
  2. Mais dire cet homme heureux force les mots : la perte de ses enfants, la douleur, l'abandon sont des maux réels, non de simples indifférents.
  3. Rendre le bien invulnérable à la fortune le paie d'un prix : il faut nier que ces pertes soient des maux, et donc appauvrir ce que nous appelons une vie bonne.

Donc Donc la vertu ne suffit peut-être pas au bonheur : reconnaître que l'infortune abîme une vie bonne, c'est admettre des biens que la seule droiture ne donne pas.

Résolutions possibles

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