Le culte du dépassement
À ériger le dépassement de soi en valeur suprême, on se change en son propre bourreau.
Objecte à
Alain Ehrenberg · Le Culte de la performance ; La Fatigue d'être soi · 1998
- La voie du dépassement fait de l'effort sur soi le lieu du bien : se vaincre, se discipliner, aller plus loin qu'hier vaudrait mieux que jouir ou que réussir.
- Mais ériger le dépassement en valeur suprême, c'est se donner une mesure sans terme : il y a toujours plus fort, plus rapide, un record à battre, un soi d'hier à humilier. Le installe au cœur de soi un juge qui ne dit jamais « c'est assez ».
- Le sportif en offre l'image : celui qui ne vaut qu'autant qu'il se surpasse s'épuise à le prouver, et vit chaque limite non comme un fait, mais comme une faute. Alain Ehrenberg a nommé cet envers « la fatigue d'être soi » : la dépression comme ombre portée de l'injonction à toujours performer.
- Ce qui devait forger le caractère le ronge donc : la discipline se retourne en tyrannie intérieure, l'exigence en violence contre soi.
Donc Donc faire du dépassement le souverain bien, ce n'est pas s'élever, c'est se condamner : une valeur sans mesure devient un maître sans pitié.
Approfondissements
D'où vient cette injonction à se dépasser
- Ehrenberg situe l'origine de ce mal dans un basculement : hier, l'individu se réglait sur ce qui était permis ou défendu ; aujourd'hui, sur ce qui est possible, sur ce qu'il pourrait accomplir.
- Or rien, au dehors, ne vient plus dire « tu as atteint ta place » : libéré des interdits, le soi devient sa propre tâche infinie, seul responsable de sa réussite comme de son échec, et l'épuisement remplace la faute d'autrefois.
Résolutions possibles de l'objection