Philosophes

Titus Lucretius Carus

La physique en poème : chanter les atomes, le vide et la nature entière pour délivrer les hommes de la peur des dieux et de la mort.

Romain · 99 av. J.-C. – 55 av. J.-C.

Poète et philosophe romain du Ier siècle av. J.-C., dont on ne sait presque rien sinon qu'il composa, en pleine crise de la République, le , vaste poème didactique en six livres qui est la plus complète exposition antique de l'épicurisme parvenue jusqu'à nous. Il y transpose en vers latins la physique de , héritée de l'atomisme de : il n'y a que des atomes et du vide, la nature ne fut faite ni par les dieux ni pour les hommes, et son but avoué est thérapeutique, délivrer l'humanité de la crainte des dieux et de la mort qui empoisonne la vie. Disciple fervent plus qu'inventeur de doctrine, Lucrèce donne pourtant à l'épicurisme une voix propre : la grandeur sombre du matérialiste, une polémique sans concession contre la religion comme source de maux, et une histoire naturelle de l'humanité au livre V. Presque oublié, son poème est retrouvé en 1417 par Poggio Bracciolini et devient l'une des sources majeures du matérialisme et de la libre pensée modernes, de à et aux .

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Rapport au vraiRapport à soiRapport aux autresRapport au mondeEmpirisme — Source de la connaissanceDogmatisme — Rapport à la certitudePrimauté de la vérité — Valeur de la véritéLibre arbitre — Liberté de la volonté (Position structurante)Se libérer de la crainte — La mort (Position structurante)Faisceau — Nature du moiHédonisme — Souverain bienTri raisonné — Rapport au désirAbolitionnisme — Sens de la souffranceOptimisme métaphysique — Tonalité du réelSens construit — Le sens de la vieLucidité sans espoir — EspoirContingence — Sens de l'histoireContractualisme — Origine du lien socialConséquentialisme — Critère du justeCommunautarisme-patriotisme — AppartenanceMatérialisme — Nature du réel (Position structurante)Réductionnisme — Tout et partiesMécanisme — Explication de la nature (Position structurante)Théisme — Existence de Dieu (Position structurante)Le mal réfute Dieu — Le problème du malImmanence — Où réside le sacréNaturalisme — Nature et cultureTechno-critique — Rapport à la techniquePrimauté de la raison — Statut des émotionsEmpirismeDogmatismeSe libérer de la crainteHédonismeContractualismeConséquentialismeMatérialismeMécanisme25SUR 80 AXES31% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. Il n'existe que des atomes et du vide : rien ne naît du néant ni n'y retourne, et tout le réel, jusqu'à l'âme, n'est que matière en mouvement.

    Matérialisme100%Nature du réelvoir la position →
  2. La n'est rien pour nous : l'âme se dissout avec le corps, et craindre le néant d'après la mort est aussi vain que de pleurer celui d'avant la naissance.

    Se libérer de la crainte100%La mortvoir la position →
  3. Les dieux existent, paisibles dans les , mais ne gouvernent rien : tant la religion put conseiller de crimes, et c'est d'elle, non des dieux, qu'il faut se délivrer.

    Théisme70%Existence de Dieuvoir la position →
  4. Un atome peut dévier sans cause de sa chute, le : ce grain d'indétermination brise la chaîne du destin et sauve la volonté arrachée aux destins.

    Libre arbitre80%Liberté de la volontévoir la position →
  5. La nature ne poursuit aucune fin : aucun organe ne fut fait pour servir, c'est l'usage qui vient après l'être, et le monde, trop défectueux, ne fut pas fait pour nous.

    Mécanisme100%Explication de la naturevoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître3/3 positionnés
Majeur
−0.9
Criticisme
Justification

Toute connaissance remonte aux sens, et la raison qui prétendrait les réfuter scierait la branche qui la porte : car les notions mêmes dont elle use sont tirées des sens, et l'on ne peut opposer aux sens un critère plus sûr qu'eux. Lucrèce développe la doctrine épicurienne des , ces fines pellicules d'atomes que les corps émettent et qui, frappant les organes, produisent la perception ; il défend longuement la véracité des sens contre les illusions, qu'il impute au jugement et non à la sensation. C'est un radical, dressé contre le doute des sceptiques et l'innéisme platonicien.

De la nature des choses, IV, 26-238 (les simulacres et la perception) · De la nature des choses, IV, 469-521 (qui réfute les sens n'a rien de plus sûr à leur opposer)

−0.3
La vérité qui donne prise
Justification

Connaître les causes délivre de la religio et de la peur de la mort : voilà le cœur épicurien. Mais Lucrèce ajoute un aveu sur la manière : comme le médecin borde de miel la coupe d'absinthe, il enduit de poésie une doctrine austère, la douceur au service du vrai, jamais à sa place.

De la nature des choses, I et IV

1 de plus
inférable
−0.6
Faillibilisme
Justification

Contre les sceptiques qui suspendent tout assentiment, Lucrèce tient les sens pour un critère assuré et fait reposer toute la physique sur leur témoignage : qui les déclare incertains ruine du même coup la raison qui les conteste, et ne pourra même plus distinguer le vrai du faux. La sensation prise en elle-même ne trompe jamais ; l'erreur naît seulement de l'opinion ajoutée. Cette confiance en un fondement ferme de la connaissance est un , fût-il sensualiste.

De la nature des choses, IV, 469-521 (réfutation du scepticisme)

Rapport à soiQui je suis, comment vivre9/9 positionnés
Majeur
−0.6
Compatibilisme
Justification

Si les atomes ne faisaient que tomber tout droit dans le vide par leur seul poids, ils ne se rencontreraient jamais et la nécessité enchaînerait toute cause à une autre sans fin : ni les chocs créateurs de mondes, ni surtout cette volonté arrachée aux destins que chaque vivant éprouve en s'élançant ne seraient possibles. Lucrèce pose donc le , l'écart minime, à un instant et un lieu indéterminés, par lequel un atome dévie de sa chute, brisant la chaîne du . C'est le texte qui nous transmet l'argument : ce grain d' à la racine de la matière fonde, contre le destin des physiciens, le dont nous avons l'évidence intérieure.

D'où vient cette volonté arrachée aux destins, par quoi nous allons où chacun se porte ? La déclinaison rompt les lois du destin.De la nature des choses, II, 251-260

De la nature des choses, II, 216-293 (la déclinaison et la volonté arrachée aux destins)

Majeur
100
0
0
0
Justification

Puisque l'âme est corporelle et naît, croît et vieillit avec le corps, elle se dissout avec lui : tout sentir cesse alors, et un sujet qui n'est plus ne peut éprouver aucun mal. La mort n'est donc rien pour nous, conclusion qu'Épicure tenait déjà ; mais Lucrèce y consacre tout le livre III et en fait une longue consolation, multipliant les preuves de la mortalité de l'âme et l'argument de la symétrie : nous ne nous affligeons pas du néant d'avant notre naissance, pourquoi craindre celui d'après notre mort, qui lui ressemble en tout ? Vouloir survivre est se contredire, car le mort n'aura plus de manque ni de regret. La consolation s'élargit à une réplique à la nature elle-même, qui reproche aux vivants leur ingratitude et leur soif de durer.

La mort n'est donc rien pour nous et ne nous touche en rien, puisque la nature de l'âme est tenue pour mortelle.De la nature des choses, III, 830-831

De la nature des choses, III, 417-829 (l'âme mortelle ; la mort n'est rien pour nous) · De la nature des choses, III, 830-1094 (l'argument de la symétrie ; la diatribe de la Nature)

Majeur
90
10
0
Justification

Le bien suprême est le plaisir entendu comme paix, non comme jouissance : la fin de toute la physique est l', l'état où, les peurs des dieux et de la mort dissipées, plus rien ne trouble l'âme. La nature, dit Lucrèce, ne réclame qu'une chose, un corps sans douleur et un esprit affranchi de souci et de crainte. Cette définition du souverain bien est reprise d' ; Lucrèce en fait le but avoué de son poème et l'image fameuse du sage qui, du rivage, contemple sans péril les naufragés.

La nature ne réclame pour elle rien d'autre que ceci : que la douleur soit écartée du corps, et que l'esprit jouisse d'un sentiment agréable, libre de soin et de crainte.De la nature des choses, II, 16-19

De la nature des choses, II, 1-61 (le proème : suave mari magno ; la nature réclame peu)

Majeur
5
85
10
Justification

Le trouble vient de désirs sans bornes que la nature ne réclame pas : l'avidité de richesse et d'honneurs, attisée par la peur de la mort, jette les hommes dans une course sans fin. La cure consiste à connaître la limite que la nature assigne au plaisir, peu de chose suffisant à écarter la douleur ; au-delà, le désir vain ne fait qu'entretenir l'angoisse. Reprenant le tri épicurien des désirs, Lucrèce en fait le ressort d'une critique mordante de l'ambition et du luxe romains. C'est une du désir selon la nature.

De la nature des choses, II, 1-61 (les vaines terreurs et les désirs sans mesure) · De la nature des choses, III, 59-93 (l'avidité et l'ambition nées de la peur de la mort)

0
0
0
100
Justification

L'âme (animus, le siège de la pensée) et le souffle vital (anima, répandu dans tout le corps) ne sont pas une substance simple ni immortelle, mais un composé d'atomes très petits et très mobiles, mêlés à la chair. Né avec le corps, ce faisceau se défait quand l'assemblage se rompt : le moi n'a aucune identité par-delà sa composition matérielle, et il ne saurait y avoir de transmigration. Lucrèce ajoute un argument propre : quand bien même nos atomes se rassembleraient à nouveau après des âges, ce ne serait pas nous, car le fil de la mémoire serait rompu. C'est une théorie du faisceau.

De la nature des choses, III, 94-322 (animus et anima, la nature de l'âme) · De la nature des choses, III, 843-861 (si nos atomes se rassemblaient, ce ne serait plus nous)

4 de plus
inférable
+0.8
Indifférence stoïcienne
Justification

La souffrance n'a aucune valeur rédemptrice : elle est le mal même que tout le poème cherche à désarmer en remontant à ses causes, la fausse opinion sur les dieux et sur la mort. La grande souffrance, pour Lucrèce, n'est pas tant la douleur du corps que la terreur de l'âme, qu'aucune épreuve ne sanctifie et que la connaissance de la nature doit dissoudre. La pente est nettement abolitionniste, sans que la douleur physique elle-même reçoive le moindre sens.

De la nature des choses, III, 1053-1075 (le mal-être qui pousse les hommes à fuir)

inférable
−0.5
Justification

L'univers infini en atomes et en mondes n'est ni bon ni mauvais, ni fait pour nous : indifférent, il n'offre ni providence consolante ni hostilité tragique. Une fois dissipées les peurs des dieux et de la mort, la nature suffit au bonheur, le bien étant facile à atteindre. Cet optimisme thérapeutique côtoie pourtant la conscience aiguë de la fragilité du monde, voué lui aussi à se défaire, ce qui retient de tout enthousiasme cosmique : c'est un optimisme sobre, sans tragique mais sans providence.

De la nature des choses, II, 1090-1174 (la nature sans dieux ; le monde déclinant)

inférable
5
65
30
0
Justification

Nul dieu n'assigne de fin à la vie et la nature ne fut pas faite pour nous : le sens n'est donc pas inscrit dans l'ordre des choses. Mais Lucrèce ne conclut pas à l'absurde désespéré : une fois la peur ôtée, la vie trouve sa suffisance dans le plaisir stable que la nature met à notre portée, et le poème lui-même, voué à éclairer les hommes, témoigne d'un sens à construire ici-bas. La part d'absurdisme tient à l'absence de finalité cosmique, mais l'accent porte sur un sens humain bâti par la sagesse.

De la nature des choses, V, 156-234 (le monde non fait pour les hommes) et III, 1-30 (l'éloge d'Épicure, libérateur)

inférable
+0.5
Justification

L'espérance, pour Lucrèce, est surtout celle d'une survie de l'âme, et c'est elle qu'il faut détruire : tant qu'on attend un au-delà ou qu'on craint les châtiments des enfers, on ne vit pas le présent. Sa thérapie est une lucidité sans illusion, qui retire son objet à l'espérance comme à la crainte et rend l'homme à la finitude paisible de cette vie. La pente est nettement du côté de la lucidité, le bonheur se gagnant dans le présent et non dans l'attente.

De la nature des choses, III, 978-1023 (les châtiments des enfers, allégories des angoisses présentes)

Rapport aux autresCe que nous nous devons4/4 positionnés
−0.7
Justification

Le droit et les lois ne descendent ni des dieux ni d'un ordre naturel : las des violences de la vengeance privée, les hommes consentirent d'eux-mêmes à des pactes de voisinage pour ne plus se nuire, et c'est de cet accord qu'est née la justice. donne ainsi, avant la lettre, une genèse contractuelle de l'ordre civil, où le juste est convention d'utilité commune et non commandement transcendant, prolongeant le pacte d'utilité d'. C'est un contractualisme naturaliste.

De la nature des choses, V, 1011-1027 (les pactes de voisinage) et 1136-1160 (la fondation du droit)

3 de plus
inférable
+0.3
Justification

L'histoire des hommes ne suit aucun plan ni aucune providence : ce sont le besoin, le hasard des découvertes et l'imitation tâtonnante qui, sans direction d'ensemble, ont conduit du sauvage aux cités. Les arts progressent par essais et par usage, mais ce progrès est ambivalent, car il apporte aussi la guerre, l'or et les ambitions qui troublent le repos. Faute de sens assigné et de terme visé, l'histoire relève donc de la , sans verser pour autant dans un déclin programmé.

De la nature des choses, V, 1105-1160 (rois, propriété, ambition) et 1448-1457 (le lent progrès des arts)

inférable
70
0
30
0
Justification

Le critère de l'agir reste celui d'Épicure : la contribution au plaisir compris comme absence de trouble, mesurée par le calcul du bien et du mal que chaque choix apporte. Lucrèce ne théorise guère l'éthique pour elle-même, mais toute sa morale poétique vise ce résultat, l'ataraxie, et fait de la prudence éclairée par la connaissance de la nature la vertu qui y conduit. La structure est hédoniste et conséquentialiste, avec une place pour la sagesse pratique.

De la nature des choses, II, 7-19 (le vrai bien : un corps sans douleur, un esprit sans crainte)

inférable
−0.3
Justification

La poursuite des honneurs et du pouvoir, qui jette les hommes les uns contre les autres, est rangée parmi les désirs vains nés de la peur de la mort : mieux vaut obéir et se tenir tranquille que vouloir régir les choses par le commandement et tenir des royaumes. Comme l'épicurisme dont il est le héraut, Lucrèce détourne de l'ambition civique et de la vie publique pour la sécurité du retrait, ce qui incline du côté d'une communauté restreinte plutôt que d'un cosmopolitisme actif.

De la nature des choses, V, 1120-1135 (mieux vaut obéir tranquille que régner)

Rapport au mondeCe qu'il y a9/10 positionnés
Majeur
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0
0
Justification

Tout part de deux principes que établit avant toute autre chose : rien ne naît du néant, rien n'y retourne. S'il en allait autrement, tout pourrait sortir de tout, sans semence ni saison ; or l'expérience montre des natures fixes et des cycles réglés, donc le réel se réduit à des corps premiers, les atomes, et au vide qui les laisse se mouvoir. Hors de ce couple, rien n'existe par soi : l'âme et l'esprit eux-mêmes sont des agrégats d'atomes très fins, et il n'y a aucune place pour une substance immatérielle. Ce matérialisme intégral, hérité de et d', Lucrèce le déploie en système complet et le donne à voir, du grain de poussière dansant dans un rayon de soleil jusqu'à l'infini des mondes.

Rien ne se crée jamais de rien par une volonté divine.De la nature des choses, I, 150

De la nature des choses, I, 146-264 (rien ne naît du néant, rien n'y retourne) · De la nature des choses, I, 418-448 (le tout est corps et vide)

Majeur
−0.9
Justification

Les qualités sensibles ne sont pas premières : la couleur, la chaleur, la saveur, et jusqu'à la vie et la sensation, naissent de l'arrangement, du mouvement et des chocs d'atomes qui, eux, n'ont ni couleur ni chaleur. Le tout n'ajoute donc rien à ses composants : il n'est que des atomes diversement disposés, et c'est la configuration qui explique la variété du monde. Cette explication ascendante, où le supérieur se ramène intégralement à la rencontre du plus petit, est un qui prolonge la ligne de .

De la nature des choses, II, 730-864 (les atomes sont sans couleur ; la couleur naît de leur arrangement) · De la nature des choses, II, 865-990 (le sensible naît de l'insensible)

Majeur
100
0
0
Justification

La nature ne poursuit aucune fin et ne fut réglée par aucun dessein : les choses se font par la seule rencontre mécanique des atomes au long d'un temps infini, où se sont formées toutes les combinaisons possibles et où n'ont subsisté que celles capables de durer. De là un renversement célèbre du finalisme : aucun membre du corps ne fut produit pour notre usage, c'est l'inverse, l'organe existe d'abord et l'usage vient après. Chercher un but à l'œil, à la main ou aux astres est donc une illusion, et raille ceux qui croient le monde fait pour les hommes. C'est un intégral, où seule la déclinaison du introduit du jeu sans réintroduire de fin.

Rien dans le corps ne fut produit afin que nous puissions en user : c'est ce qui est né qui crée l'usage.De la nature des choses, IV, 833-835

De la nature des choses, IV, 823-857 (rien dans le corps ne fut fait pour servir) · De la nature des choses, V, 156-234 (le monde n'a pas été fait pour les hommes)

Majeur
−0.4
Agnosticisme (Huxley)
Justification

Lucrèce ne nie pas l'existence des dieux : faits d'atomes subtils, ils mènent une vie immortelle et parfaitement paisible dans les , sans nul souci du nôtre. Mais il en tire une conséquence radicale : un être bienheureux n'a ni colère ni faveur, donc nulle ne gouverne le monde, nul dieu ne le fit ni ne récompense ou châtie. La preuve en est le spectacle même de la nature, trop pleine de défauts pour être l'ouvrage d'une puissance divine. Cette position n'est donc pas un athéisme, dont on l'accusa, mais une théologie sans : les dieux ne créent ni ne gouvernent rien, et la pointe en est polémique : tant la religion put conseiller de crimes, c'est elle, non l'impiété, qui est le véritable mal à combattre.

Tant la religion put conseiller de crimes.De la nature des choses, I, 101

De la nature des choses, I, 62-101 (la religion source de crimes, le sacrifice d'Iphigénie) · De la nature des choses, V, 146-234 (les dieux des intermondes ; le monde trop défectueux pour être divin)

Majeur
−0.4
Justification

Le livre V propose une histoire naturelle de l'humanité sans âge d'or ni chute : les premiers hommes, plus robustes, vécurent épars comme des bêtes, sans feu, sans langage, sans lois, plus durs et plus rudes que nous. C'est le besoin, l'usage et l'imitation de la nature qui, peu à peu, firent naître le feu, les huttes, le langage articulé, les arts et les cités. L'homme n'a donc pas de nature fixe imprimée d'avance : il porte un fonds naturel commun, mais ses mœurs et ses savoirs sont l'œuvre lente de l'expérience. Le poids reste mis sur la continuité naturelle de l'animal humain, d'où une pente naturaliste tempérée par cette genèse culturelle.

De la nature des choses, V, 925-1027 (les premiers hommes, sauvages et épars) · De la nature des choses, V, 1028-1457 (naissance du langage, du feu, des arts et des cités)

5 de plus
inférableMajeur
0
0
15
85
Justification

Lucrèce ne raisonne pas sur un Dieu bon et tout-puissant, mais retourne l'argument du dessein : si le monde avait été fait pour nous par des dieux, il ne serait pas si gravement vicié. Or la plus grande part du globe est dévorée par les montagnes, les forêts et les mers, le climat afflige les hommes, la terre se refuse au labeur, les bêtes féroces et les maladies les frappent, et le nouveau-né est jeté nu, vagissant, sur le rivage de la vie. Tant de défauts prouvent que la nature n'est l'œuvre d'aucune providence : c'est moins une théodicée qu'une de l'absence de dessein divin.

De la nature des choses, V, 195-234 (le monde si défectueux ne peut être l'œuvre des dieux)

inférable
−0.9
Justification

Rien n'excède la nature : il n'y a ni monde des Idées, ni providence surplombante, ni au-delà où survivre. Tout, des dieux à l'âme, appartient au seul univers des atomes et du vide. Le poème ne pousse pas le regard vers un ordre supérieur mais vers la profondeur infinie de ce monde-ci, où la pensée, ayant franchi les remparts enflammés du monde, parcourt l'immensité sans rencontrer de borne ni de dehors. C'est une intégrale.

De la nature des choses, I, 62-79 (l'esprit franchit les remparts enflammés du monde) · De la nature des choses, II, 1048-1089 (l'infinité des mondes)

inférable
+0.2
Instrumentalisme
Justification

Les arts et les inventions, du métal au tissage et à la navigation, sont nés du besoin et de l'expérience, et Lucrèce les décrit sans nostalgie de l'état sauvage. Mais il n'y voit pas une marche vers le bonheur : la découverte de l'or et des métaux a armé la guerre, et le luxe attise des désirs vains que la nature ne réclame pas. Le progrès matériel laisse intact, voire aggrave, le trouble de l'âme que seule la philosophie apaise, d'où une réserve nette à l'égard de ce que les techniques apportent vraiment.

De la nature des choses, V, 1241-1457 (métaux, guerre, luxe et le progrès ambivalent des arts)

inférable
−0.5
Éduquer ses émotions
Justification

Les passions qui rongent l'âme, terreurs des enfers, soif d'honneurs, fureur de l'amour, naissent d'opinions fausses sur la nature des choses : c'est donc la connaissance, non l'exhortation, qui les apaise. Cette terreur de l'âme, ces ténèbres, ce n'est ni le soleil ni le jour qui peuvent les dissiper, mais l'aspect et la loi de la nature. La thérapie passe par la lumière du savoir physique, ce qui marque une nette pente intellectualiste, dont témoigne aussi la fameuse analyse démystifiante de la passion amoureuse au livre IV.

De la nature des choses, II, 55-61 et III, 87-93 (la terreur dissipée par la loi de la nature) · De la nature des choses, IV, 1058-1287 (l'analyse de la passion amoureuse)

hors champ

La question de l'esprit des machines suppose des débats étrangers à l'Antiquité ; Lucrèce n'a aucune position sur ce problème contemporain.

Pratiquesvivre la croyance, que faire
Le tri épicurien des désirsExerciceRapport au désir · Souverain bien

Épicure classait les désirs en trois catégories pour ne poursuivre que ceux qui mènent vraiment à la tranquillité. Tous les désirs ne se valent pas : certains sont nécessaires, d'autres seulement agréables, d'autres encore creux et insatiables. Aujourd'hui, ce tri aide à résister à la surconsommation et à retrouver une sobre et durable.

  1. Notez un désir ou une envie qui vous occupe en ce moment (un achat, une reconnaissance, une expérience).
  2. Demandez-vous : est-il naturel et nécessaire (nourriture, abri, amitié, sécurité) ? Si oui, accordez-le-vous sans culpabilité.
  3. Est-il naturel mais non nécessaire (un mets raffiné, un confort de plus) ? Si oui, savourez-le avec modération, sans en faire une dépendance.
  4. Est-il vain et illimité (gloire, richesse sans fin, statut) ? Si oui, reconnaissez qu'il ne rassasie jamais et relâchez-le.
  5. Concluez en repérant le plaisir simple, déjà à votre portée, qui répond au vrai besoin sous-jacent.

avant un achat ou une décision impulsive, 5 minutes · Attestée · Épicurisme

Ce tri n'est pas un appel à se priver de tout : Épicure défend le plaisir, simplement choisi avec discernement. Ne confondez pas la sobriété épicurienne avec une austérité culpabilisante.

Le tétrapharmakos : le quadruple remèdeRègleLa mort · Rapport au désir · Souverain bien

Rien à craindre des dieux, rien à redouter de la mort ; le bien est facile à atteindre, le mal facile à supporter.

Les épicuriens résumaient leur sagesse en un "quadruple remède" à mémoriser pour apaiser l'esprit. Quatre maximes contre les quatre grandes sources d'angoisse : les dieux, la mort, la douleur et le désir. Aujourd'hui, c'est un petit mantra rationnel à se réciter quand l'inquiétude monte.

Quand Dès qu'une inquiétude monte : sur les dieux, la mort, le manque ou la douleur.

  1. Ce qui me dépasse (le divin, le destin) n'a pas à me terrifier ; je n'ai pas à vivre dans la crainte d'une punition.
  2. La mort n'est rien pour moi, car là où je suis, elle n'est pas, et là où elle est, je ne suis plus.
  3. Le bien est facile à atteindre ; les plaisirs simples et naturels suffisent au bonheur.
  4. Le mal est facile à supporter ; les douleurs intenses sont brèves, et les douleurs durables sont supportables.

Attestée · Épicurisme

Ces maximes apaisent l'angoisse existentielle, mais ne remplacent pas un traitement médical pour une douleur réelle ni un soutien face à une détresse profonde. Le "facile à supporter" est un encouragement, pas un déni de la souffrance.

La symétrie du non-êtreExerciceLa mort

Au livre III du , propose un argument simple contre la peur d'être mort : placez l'éternité qui suivra votre mort à côté de l'éternité infinie qui a précédé votre naissance. Ce néant d'avant ne vous a jamais tourmenté ; pourquoi redouter celui d'après, qui lui ressemble en tout ? Là où la mort est, vous n'êtes plus, et un sujet qui n'est plus ne peut subir aucun mal. L'exercice ne console pas du deuil ni n'efface le prix de vivre : il vise une peur précise, celle d'être mort, et la rend à l', la paix de l'âme.

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Remonter la peur jusqu'à sa causeRègleStatut des émotions

Ce ne sont ni le soleil ni le jour qui chassent la terreur de l'âme, mais la connaissance de la nature.

Pour , les terreurs qui rongent l'âme ne se chassent pas par l'exhortation mais par la connaissance : elles naissent d'opinions fausses sur la nature des choses. Cette règle reprend sa méthode : au lieu de lutter contre la peur, on remonte à la croyance qui la nourrit, un monde qui punit, un sort qui s'acharne, un signe envoyé contre vous, et on lui substitue l'explication naturelle. Car rien ne naît de rien et les dieux ne se mêlent pas de nos affaires : ce qui arrive a des causes, non des intentions. Aujourd'hui, c'est un moyen de désamorcer les angoisses bâties sur des croyances fausses, en les ramenant à ce qui s'explique.

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