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Rapport à soi· Bonheur et désir

Hédonisme

Axe: Souverain bienQu'est-ce qui rend une vie véritablement bonne : le plaisir, l'épanouissement ou la vertu ?

Le plaisir est le bien suprême et la fin ultime de toute vie réussie. Qu'il s'agisse de jouissances immédiates ou de plaisirs sobres et durables, c'est toujours à l'aune du plaisir et de l'absence de douleur que se mesure une bonne vie.

Qui défend cette position

Courants 2

Épicurismeexplicite

Le critère du bien se lit dans la nature avant tout raisonnement : dès la naissance, tout vivant recherche le et fuit la douleur, sans qu'on le lui apprenne. Ce que l'animal poursuit spontanément est donc le premier bien conforme à notre nature, et nul ne le démontre, pas plus qu'on ne démontre que le feu est chaud. Mais l'argument se retourne contre la jouissance débridée : le plaisir n'a pas de degré au-delà de la suppression de la douleur, si bien que son comble est un état stable, l'absence de souffrance du corps et de trouble de l'âme (l'), non l'accumulation de sensations vives. Contre les stoïciens, qui ravalent le plaisir au rang d' et réservent à la seule vertu le titre de bien, l'épicurisme tient le plaisir pour la fin elle-même, la n'étant que l'art de le calculer.

Épicure, Lettre à Ménécée, 128-129 · Épicure, Maximes capitales, III

Utilitarismeexplicite

Pour fixer ce que les conséquences doivent maximiser, l'utilitarisme cherche la seule chose désirée pour elle-même et jamais comme moyen : c'est, répond le courant, le bonheur, soit le plaisir et l'absence de douleur. L'argument de est psychologique, la seule preuve qu'une chose est désirable étant qu'on la désire effectivement, et tout désir se ramenant en dernière instance au bonheur. Cette thèse et welfariste fonde le bien sur un fait de l'expérience vécue, non sur une perfection abstraite ; y ajoute une hiérarchie qualitative des plaisirs, supérieurs et inférieurs, qui en rapproche le cadre d'un sans en sortir.

Mill, L'Utilitarisme, chapitre 2 · Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation

Philosophes 6

Benthamexplicite

Bentham part d'un constat qu'il tient pour un fait de nature : plaisir et douleur sont les deux seules choses que nous recherchons et fuyons effectivement comme fins. Le bien et le mal n'ont alors aucun contenu à part : nommer une chose « bonne » ne dit rien de plus que sa tendance à produire du plaisir ou à écarter de la douleur. D'où un à la fois psychologique et moral, qui soude le constat et la norme par les mêmes deux maîtres souverains et ne laisse aucune place à un épanouissement ou à une perfection distincts de l'agréable, contre les biens objectifs de la tradition aristotélicienne.

Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I, §1

Épicureexplicite

Le critère est tiré de la nature même du vivant : dès la naissance, tout être recherche le et fuit la douleur, sans qu'aucun raisonnement l'en persuade, ce qui prouve que le plaisir est le bien premier et connaturel. Mais Épicure redéfinit ce que vaut ce plaisir : son sommet n'est pas la jouissance en mouvement, qui ne fait que combler un manque, c'est l'état stable où, le manque une fois comblé, plus rien ne reste à ajouter, l' de l'âme et l'aponie du corps. Le plaisir a donc une limite, l'absence de toute douleur, ce qui le rend pleinement accessible et retourne l'objection que le plaisir serait insatiable. C'est là sa rupture avec le plaisir vulgaire et avec l'eudémonisme intellectualiste de et d'.

Lettre à Ménécée, 128-129 · Maximes capitales, III et XVIII (limites du plaisir)

Lucrèceexplicite

Le bien suprême est le plaisir entendu comme paix, non comme jouissance : la fin de toute la physique est l', l'état où, les peurs des dieux et de la mort dissipées, plus rien ne trouble l'âme. La nature, dit Lucrèce, ne réclame qu'une chose, un corps sans douleur et un esprit affranchi de souci et de crainte. Cette définition du souverain bien est reprise d' ; Lucrèce en fait le but avoué de son poème et l'image fameuse du sage qui, du rivage, contemple sans péril les naufragés.

De la nature des choses, II, 1-61 (le proème : suave mari magno ; la nature réclame peu)

Millexplicite

Contre l'objection ancienne qui ravale l' au rang d'une morale de pourceaux, Mill répond qu'elle se trompe non sur le plaisir mais sur l'homme : nos facultés supérieures réclament un bonheur d'une autre nature. D'où sa rupture avec le calcul purement quantitatif de : les plaisirs diffèrent aussi en qualité, et ceux de l'intelligence, des sentiments et de l'imagination l'emportent intrinsèquement, parce que celui qui connaît les deux ne consentirait pour rien à descendre. Au cœur de l'argument, un sentiment de dignité que blesserait une existence bornée aux satisfactions du corps, ce qui infléchit l'hédonisme millien vers un épanouissement proche de l'.

L'Utilitarisme, ch. 2 (qualité contre quantité des plaisirs) · L'Utilitarisme, ch. 4 (le bonheur, seule chose désirable comme fin)

Afficher les positions inférées (2)
Lockeinférable

Locke tient que le bien est ce qui produit du plaisir et le mal ce qui produit de la peine ; le bonheur, somme des plaisirs, est ce que tous recherchent. Mais l'homme prudent, capable de suspendre ses désirs, vise un bonheur durable et bien examiné plutôt que les plaisirs immédiats, ce qui tempère l'hédonisme d'un souci d'épanouissement raisonnable.

Essai sur l'entendement humain, II, ch. 20 (plaisir et peine) et ch. 21, §§51-60 (la poursuite du vrai bonheur)

Camusinférable

Camus cultive un rapport sensuel et charnel au monde, le bonheur de la chair, du soleil et de la mer, proche d'un païen affirmé dans . Mais ce bonheur s'accompagne d'une exigence de lucidité et de dignité, d'où une part de perfectionnisme moral qui empêche de le réduire au seul plaisir.

Noces (1939) · L'Été (1954)

Personnages 1

Calliclèsexplicite

Sommé de dire le bien, il identifie sans détour l'agréable et le bon : vivre bien, c'est éprouver le plus de possible. Ce n'est pas l' mesurée d'Épicure mais un hédonisme de l'intensité. Serré par Socrate, qui lui fait admettre des plaisirs vils, il lâchera du terrain, mais la thèse de départ reste son affirmation propre.

Platon, Gorgias, 494e-495a (l'agréable et le bon sont un) · Platon, Gorgias, 495a-499b (la réfutation socratique)

Arguments et objections
ArgumentL'argument du berceauLà où la nature parle avant l'éducation, chez l'enfant et l'animal, elle recherche le plaisir et fuit la douleur ; ce que tout être poursuit ainsi pour lui-même est la fin dernière que la nature désigne comme le bien.
  1. Cherchons le bien non dans les théories, mais là où la nature parle d'elle-même, avant que l'éducation et l'opinion ne l'aient recouverte : chez le nouveau-né et chez l'animal, encore intacts de tout préjugé.
  2. Or, spontanément, sans qu'on le leur apprenne, ils recherchent le plaisir et fuient la douleur : c'est le premier mouvement du vivant, le seul qu'aucun raisonnement n'a eu à produire.
  3. Ce que tout être poursuit ainsi pour lui-même, et jamais en vue d'autre chose, est ce que nous appelons une fin dernière ; or le plaisir est bien recherché pour lui-même, tandis que la richesse, la santé ou les honneurs ne le sont qu'en vue du contentement qu'ils procurent.

Donc Donc le plaisir n'est pas un bien parmi d'autres, mais la fin à laquelle tout le reste se rapporte : le souverain bien que la nature elle-même désigne.

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ObjectionAttaque le raisonnementDu désiré au désirableL'argument du berceau conclut du fait au droit ; mais entre « c'est ce que nous désirons » et « c'est ce qui mérite de l'être », il y a un pas que la seule pente de la nature ne franchit pas.
  1. L'argument du berceau conclut du fait au droit : parce que tout être poursuit spontanément le plaisir, le plaisir serait le bien.
  2. Mais entre « c'est ce que nous désirons » et « c'est ce qui est désirable, ce qui mérite d'être désiré », il y a un pas que rien ne franchit de soi : l'enfant recherche aussi ce qui le flatte et fuit ce qui le forme, sans qu'on en fasse une règle du bien.
  3. La nature nous incline, elle ne nous juge pas : d'une pente spontanée on ne tire pas qu'elle mène au meilleur. Il faudrait montrer en plus que le plaisir vaut, non seulement qu'il attire, et cette preuve, le berceau ne la donne pas.

Donc Donc l'argument prouve trop peu : il établit que le plaisir est un bien recherché, non qu'il soit le souverain bien ; le passage du désiré au désirable reste à faire.

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ObjectionAttaque la positionLe grand divertissementLe plaisir pris au sport, l'ivresse de l'effort, le frisson du supporter, remplit le vide sans le combler. C'est le divertissement de Pascal : nous nous étourdissons pour ne pas affronter notre condition. Une vie faite de ces plaisirs fuit les questions qui comptent au lieu d'y répondre.
  1. La voie du plaisir tient la jouissance pour le bien : la joie de courir, l'endorphine, l'excitation du match seraient à eux seuls de quoi faire une vie heureuse.
  2. Mais nous avertit : l'homme ne sait pas demeurer en repos dans une chambre. Il lui faut du bruit, de l'agitation, un lièvre à courir, non pour la prise, mais pour ne pas voir sa condition. C'est ce qu'il nomme le .
  3. Or le sport en est la forme achevée : l'effort qui vide la tête, le stade qui fait crier des foules, le classement qu'on rafraîchit. Le plaisir du supporter est même un plaisir par procuration, l'émotion d'un exploit qui n'est pas le sien.
  4. Ce plaisir n'est donc pas un mal, mais une fuite : il remplit le temps pour qu'on ne le sente pas vide, et une vie tout entière remise à ces émotions passe à côté de ce qui, en elle, demandait à être regardé en face.

Donc Donc ériger ce plaisir en souverain bien, c'est prendre l'étourdissement pour le bonheur : le divertissement apaise l'inquiétude un instant, il ne la résout jamais.

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ObjectionAttaque la position Expérience de penséeLa machine à expériencesSi nous refusons de nous brancher à vie, c'est que nous voulons plus que du plaisir : agir vraiment, toucher le réel, être quelqu'un.
  1. Si le plaisir était le seul bien, se brancher à vie sur une machine procurant l'illusion parfaite de tous les plaisirs serait le meilleur choix possible.
  2. Or presque personne ne s'y brancherait pour toujours : nous voulons faire les choses et non seulement croire les faire, être quelqu'un et non seulement nous éprouver tel, toucher le réel et non le rêver.
  3. Ce refus révèle que nous accordons de la valeur à des choses, agir vraiment, être en contact avec le monde, que le seul plaisir ressenti ne contient pas.

Donc Donc le plaisir n'est pas le souverain bien : une vie de plaisir sans réalité manque quelque chose que nous tenons pour essentiel.

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Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeHédonisme — Souverain bien!HédonismeSouverain bien
Prescriptif
Empirisme — Source de la connaissance=EmpirismeSource de la connaissance
Descriptif
Matérialisme — Nature du réel=MatérialismeNature du réel
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Source de la connaissance

Si toute connaissance, y compris celle du bien, vient de l'expérience, c'est dans le plaisir et la douleur éprouvés que se lit ce qui vaut, car ce sont les seules valeurs données directement aux sens. L'empirisme fonde l'hédonisme : Bentham fait du plaisir et de la peine les « maîtres souverains » à partir desquels tout bien se mesure.

Nature du réel

S'il n'existe que des corps et leurs affections, sans âme immortelle ni fin transcendante, le bien ne peut se mesurer qu'au plaisir et à l'absence de douleur. Le matérialisme fonde l'hédonisme : pour Épicure, c'est parce que tout est atomes et que rien ne nous attend après la mort que la vie réussie se joue dans le plaisir bien compris.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Pratiques
Jouer pour la joieHabitudeInspirée d'Épicure

De temps en temps, bouger sans but, pour le seul plaisir d'être un corps qui joue.

tenait le plaisir présent, simple et savouré, pour un vrai bien, à ne pas gâcher par la course au lendemain. Contre le sport devenu mesure et classement, cette habitude rend au corps le jeu pour le jeu : une sortie sans montre ni objectif, où l'on ne cherche rien qu'à sentir le mouvement, le souffle, la joie d'y être.

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Le tri épicurien des désirsExerciceAttestée · Épicurisme

Épicure classait les désirs en trois catégories pour ne poursuivre que ceux qui mènent vraiment à la tranquillité. Tous les désirs ne se valent pas : certains sont nécessaires, d'autres seulement agréables, d'autres encore creux et insatiables. Aujourd'hui, ce tri aide à résister à la surconsommation et à retrouver une sobre et durable.

  1. Notez un désir ou une envie qui vous occupe en ce moment (un achat, une reconnaissance, une expérience).
  2. Demandez-vous : est-il naturel et nécessaire (nourriture, abri, amitié, sécurité) ? Si oui, accordez-le-vous sans culpabilité.
  3. Est-il naturel mais non nécessaire (un mets raffiné, un confort de plus) ? Si oui, savourez-le avec modération, sans en faire une dépendance.
  4. Est-il vain et illimité (gloire, richesse sans fin, statut) ? Si oui, reconnaissez qu'il ne rassasie jamais et relâchez-le.
  5. Concluez en repérant le plaisir simple, déjà à votre portée, qui répond au vrai besoin sous-jacent.

avant un achat ou une décision impulsive, 5 minutes · Attestée · Épicurisme

Ce tri n'est pas un appel à se priver de tout : Épicure défend le plaisir, simplement choisi avec discernement. Ne confondez pas la sobriété épicurienne avec une austérité culpabilisante.

Le tétrapharmakos : le quadruple remèdeRègleAttestée · Épicurisme

Rien à craindre des dieux, rien à redouter de la mort ; le bien est facile à atteindre, le mal facile à supporter.

Les épicuriens résumaient leur sagesse en un "quadruple remède" à mémoriser pour apaiser l'esprit. Quatre maximes contre les quatre grandes sources d'angoisse : les dieux, la mort, la douleur et le désir. Aujourd'hui, c'est un petit mantra rationnel à se réciter quand l'inquiétude monte.

Quand Dès qu'une inquiétude monte : sur les dieux, la mort, le manque ou la douleur.

  1. Ce qui me dépasse (le divin, le destin) n'a pas à me terrifier ; je n'ai pas à vivre dans la crainte d'une punition.
  2. La mort n'est rien pour moi, car là où je suis, elle n'est pas, et là où elle est, je ne suis plus.
  3. Le bien est facile à atteindre ; les plaisirs simples et naturels suffisent au bonheur.
  4. Le mal est facile à supporter ; les douleurs intenses sont brèves, et les douleurs durables sont supportables.

Attestée · Épicurisme

Ces maximes apaisent l'angoisse existentielle, mais ne remplacent pas un traitement médical pour une douleur réelle ni un soutien face à une détresse profonde. Le "facile à supporter" est un encouragement, pas un déni de la souffrance.

Problèmes
  • PrescriptifVitale Expérience de pensée
    Le bonheur sans la réalité

    Une vie de plaisir parfait mais entièrement simulée serait-elle le souverain bien, ou la vie la plus haute exige-t-elle le contact avec le réel, et non le seul sentiment du bonheur ?

    une vie
  • PrescriptifVitale
    Désirer ou ressentir

    Le bien-être, est-ce ce que l'on ressent, ou l'accomplissement de ce que l'on veut vraiment, même quand on n'en éprouve jamais la satisfaction, comme un enfant qui prospère après notre mort ?

    une vie
  • DescriptifVitale
    Peut-on mesurer le bonheur ?

    Plaisirs et peines se laissent-ils additionner et comparer, comme le voulait le calcul des plaisirs, ou y a-t-il dans le bien-être quelque chose qui échappe à toute mesure commune ?

    le bien-être
  • PrescriptifMorale Question
    Réussir sans la droiture

    Imaginez quelqu'un d'habile et sans scrupule : il a menti, trahi, écrasé ses rivaux, sans jamais être inquiété. Riche, admiré, entouré, il meurt vieux et content, sans le moindre remords.

    une vie
  • PrescriptifVitale
    Quantité ou qualité des plaisirs

    Une vie bonne se mesure-t-elle à la somme des plaisirs, ou certains plaisirs valent-ils plus que d'autres, indépendamment de leur intensité ?

    une vie
  • PrescriptifVitale
    Jouissance ou tranquillité

    Le souverain bien est-il de jouir le plus possible, ou de se libérer du trouble et de la douleur, quitte à ne désirer que le nécessaire ?

    une vie
  • Prescriptif
    Les trois vies

    Entre la vie de plaisir, la vie active tournée vers la cité et la vie contemplative, laquelle mérite le nom de vie la plus haute ?

    une vie
  • PrescriptifEsthétique
    Le beau comme bien suprême

    Et si le bien suprême était le beau : faire de sa vie une œuvre, viser l'intensité des belles formes plutôt que le plaisir, la vertu ou la sérénité ?

    une vie