Personnages

Ulysse

Un héroïsme de la ruse et de l'endurance, non de la force : celui qui traverse tout le connu pour ne regagner qu'une île, et choisit d'être mortel.

mythe · 750 av. J.-C.

Héros de l' d'Homère, Ulysse est le roi d'Ithaque retenu dix ans loin de chez lui après la guerre de Troie, dont sa ruse du cheval de bois avait précipité la fin. Là où l' de l' incarne la force et la gloire brève, Ulysse est le héros de l'intelligence retorse, de la patience et du retour : son épopée n'est pas une conquête mais une longue traversée d'épreuves, de tentations et de pièges vers sa maison, sa femme et son royaume. Figure inépuisable, il fut tour à tour érigé en sage endurant par les , damné en explorateur sacrilège par Dante, relu par et , dans la Dialectique de la raison, comme le premier visage de la , et transposé par Joyce dans une seule journée dublinoise.

16 / 80 axescouverture 20%

WikipédiaWikidata

Rapport au vraiRapport à soiRapport aux autresRapport au mondeEmpirisme — Source de la connaissanceTri raisonné — Rapport au désir (Position structurante)Projet — Orientation temporelleFaire la part des choses — Périmètre d'actionPrimat de l'action — IntérioritéCélébration — Plaisirs corporelsEudémonisme — Souverain bienÉquité-phronèsis — Lettre ou esprit de la règle (Position structurante)Communautarisme-patriotisme — Appartenance (Position structurante)Mensonge bienveillant permis — Sincérité (Position structurante)Partialisme — PartialitéGuerre juste — La violenceRétributivisme — Sens de la peineAutorité — Rapport à l'autoritéImmanence — Où réside le sacré (Position structurante)Pessimisme anthropologique — Vision de l'hommeEmpirismeTri raisonnéProjetÉquité-phronèsisMensonge bienveillant permisImmanencePessimisme anthropologique16SUR 80 AXES20% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. Là où la force se brise, la ruse ouvre un passage : à chaque situation sa feinte, et l'intelligence qui épouse le cas particulier vaut mieux que le courage qui fonce.

    Équité-phronèsis85%Lettre ou esprit de la règlevoir la position →
  2. Nulle île enchantée ne vaut la mienne : à travers tout le connu, je ne cherche qu'à regagner ma terre, ma maison et les miens.

    Communautarisme-patriotisme85%Appartenancevoir la position →
  3. Mentir n'est pas trahir : la parole est une arme, et la feinte bien placée sauve là où la franchise perd.

    Mensonge bienveillant permis90%Sincéritévoir la position →
  4. Une déesse m'offrait de ne jamais vieillir ni mourir ; j'ai préféré ma femme mortelle et ma vie d'homme : le prix d'une existence, c'est de finir.

    Immanence75%Où réside le sacrévoir la position →
  5. Je ne fuis pas le chant des Sirènes : je m'attache au mât pour l'entendre sans périr, jouir et vouloir, oui, mais sans jamais cesser d'être le maître à bord.

    Tri raisonné70%Rapport au désirvoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître1/1 positionnés
1 de plus
inférable
−0.5
Criticisme
Justification

Le savoir d'Ulysse ne vient pas du raisonnement pur mais de l'expérience du monde : le proème le loue d'avoir vu les cités de bien des hommes et connu leur esprit. C'est en parcourant, en éprouvant, en observant qu'il apprend, chaque épreuve ajoutant à sa connaissance des hommes et des choses. Son intelligence est celle de qui a beaucoup vu, non de qui a beaucoup déduit.

Il vit les cités de bien des hommes et connut leur esprit.Odyssée, I, 3

Odyssée, I, 3 (le proème)

Rapport à soiQui je suis, comment vivre6/6 positionnés
Majeur
20
70
10
Justification

Ulysse ne réprime pas ses désirs et ne s'en rend pas esclave : il les gouverne par calcul. Averti du chant mortel des , il ne se bouche pas les oreilles comme ses hommes mais se fait attacher au mât pour l'entendre sans y céder, satisfaisant le désir de savoir tout en s'ôtant d'avance le pouvoir d'y succomber. Ni ascèse ni débordement, mais une économie du désir réglée par la fin.

Odyssée, XII, 39-54, 158-200 (les Sirènes et l'attache au mât)

Majeur
10
60
30
Justification

L'existence d'Ulysse est structurée par un projet unique qui lui donne sens et direction, le retour, auquel il subordonne années, plaisirs et détours. Mais ce projet est tout entier tourné vers la restauration d'un passé : retrouver son rang, son épouse, son fils, remettre en ordre la maison de ses pères. Le grand voyageur n'est pas un homme du présent ni de la nouveauté : il tend en avant pour rétablir ce qui fut, liant l'élan du projet à la mémoire de l'origine.

Odyssée (le retour comme fin de dix ans d'épreuves) · Odyssée, XVI-XXIII (les reconnaissances de Télémaque, d'Eumée, d'Euryclée, de Pénélope)

+0.5
Justification

La vie d'Ulysse est d'abord action, entreprise et engagement dans le monde, plus que retrait contemplatif : il agit, navigue, négocie, gouverne. Sa valeur est dans l'intelligence jetée dans l'épreuve, non dans l'examen de soi ; mais ses soliloques, ses récits et ses larmes montrent qu'il n'est pas pour autant sans vie intérieure, et que l'opposition n'est chez lui jamais tranchée.

Odyssée, IX-XII (le récit de ses entreprises aux Phéaciens) · Odyssée, XIII-XXII (l'action patiente du retour)

3 de plus
inférableMajeur
−0.1
Faire la part des choses
Justification

Face à l'adversité, Ulysse ne se résigne pas mais ne prétend pas non plus tout plier : il fait la part des choses. Il agit sans relâche là où il a prise, bâtissant son radeau, forçant les ruses, mais endure ce qui le dépasse, la colère de , les années perdues, l'attente. Au plus fort de la fureur, il s'adresse à son propre cœur et lui ordonne de tenir. Cette maîtrise de soi, qui distingue le modifiable de l'inévitable, a fait de lui plus tard le sage endurant des .

Endure, mon cœur : tu as déjà supporté pire.Odyssée, XX, 18

Odyssée, XX, 18-21 (« Endure, mon cœur ») · Odyssée, V (le radeau et l'endurance en mer) · Odyssée, I, V (la colère de Poséidon)

inférable
+0.3
Tempérance
Justification

Ulysse n'a rien d'un : il goûte le bon repas, le vin, le sommeil, le lit d'une déesse comme celui de son épouse ; les plaisirs du corps ont chez lui leur place pleine et sans culpabilité. Il tend à ne pas s'y abandonner au point d'oublier sa fin, en homme qui veut rester maître de son cap ; encore l'Odyssée le montre-t-elle aussi s'attarder, une année entière chez Circé, oublieux un temps du retour, preuve que cette maîtrise n'a rien d'infaillible.

Odyssée, VIII-X (les festins chez Alcinoos et Circé) · Odyssée, V, X (Calypso et Circé)

inférable
25
70
5
Justification

Pour Ulysse, le bien d'une vie n'est ni le plaisir ni l'oubli bienheureux qu'offre Calypso, mais l'accomplissement de sa propre vie : redevenir pleinement qui il est, roi, époux et père, dans sa maison retrouvée. Il quitte la volupté immortelle pour cette tâche d'une existence menée à son terme et à sa forme, plus proche d'un concret, l'épanouissement d'une vie entière, que d'une simple recherche du plaisir.

Odyssée, V, 203-224 (le refus de Calypso) · Odyssée, XIII-XXIII (la reconquête de son foyer)

Rapport aux autresCe que nous nous devons7/7 positionnés
Majeur
+0.7
Justification

Dès le premier vers, Homère le dit « aux mille tours » : son excellence n'est pas la force du bras mais la , l'intelligence qui invente la parade ajustée à chaque situation. Là où dix ans de siège échouent, le cheval de bois emporte Troie ; enfermé dans l'antre du Cyclope, il ne se fie pas au courage mais à un stratagème, le vin et le nom « Personne ». Sa règle n'est jamais fixée d'avance : il lit le cas singulier et façonne à sa mesure la ruse qui convient, faisant de l'adaptation au particulier, non de l'application d'un principe, la forme même de l'habileté.

Homère, Odyssée, I, 1-4 (le proème : l'homme « aux mille tours ») · Odyssée, VIII (le chant de Démodocos sur le cheval de bois) · Odyssée, IX, 345-414 (l'antre du Cyclope et le nom « Personne »)

Majeur
−0.7
Justification

Toute l'Odyssée est tendue par un seul désir, le , le retour : Ulysse traverse le monde connu, refuse les îles où l'on pourrait s'établir heureux et oublieux, pour ne regagner qu'Ithaque, sa terre rocailleuse. Retenu par la nymphe , il passe ses jours sur le rivage à pleurer vers la mer et sa maison. Le lit conjugal qu'il a taillé lui-même dans un olivier vivant, enraciné dans le sol, dit assez que pour lui l'identité et le bonheur tiennent à un enracinement, non à l'ailleurs.

Odyssée, V, 151-158 (les pleurs vers la mer sur l'île de Calypso) · Odyssée, XXIII, 183-204 (le lit taillé dans l'olivier enraciné)

Majeur
+0.8
Justification

Ulysse est le grand menteur de l'épopée, et le poème ne l'en blâme pas : il forge des « récits crétois » où il se donne une fausse identité, se déguise en mendiant pour rentrer chez lui, trompe le Cyclope comme ses hôtes. Quand le démasque, elle ne le réprimande pas mais sourit et l'aime pour cette virtuosité du , la ruse : la déesse partage son goût du mensonge habile. Sa parole sert la fin poursuivie plus qu'elle ne dit le vrai ; encore cette ruse a-t-elle sa contrepartie, quand l'orgueil le trahit et que, nommé triomphant, il nargue le Cyclope au risque de tout perdre.

Odyssée, XIII, 256-286 ; XIV, 191-359 ; XIX (les récits crétois) · Odyssée, XIII, 287-302 (Athéna admire et loue sa ruse)

Majeur
+0.7
Cercles concentriques
Justification

Ce qui meut Ulysse n'est pas un devoir envers l'humanité mais l'attachement aux siens. Le monde de l'Odyssée est réglé par la , le lien sacré d'hospitalité, et Ulysse en tire une ligne de partage nette entre ceux à qui il doit tout et qu'il récompense, le porcher , la nourrice , le vieux chien , et ceux qui ont trahi la maison. Sa justice honore d'abord la fidélité envers son propre foyer.

Odyssée, XIV (la fidélité du porcher Eumée) · Odyssée, XVII, 291-327 (le vieux chien Argos) · Odyssée, XIX, 386-475 (la reconnaissance par Euryclée)

80
10
0
10
Justification

Rentré chez lui, Ulysse ne cherche ni à corriger ni à dissuader : il rend leur dû à ceux qui ont trahi la maison. La faute, pour lui, appelle un châtiment à sa mesure, et sa justice domestique est rétributive : rétablir l'ordre lésé, c'est faire payer l'offense, au risque d'une rigueur que le poème donne à sentir.

Odyssée, XXI-XXII (le retour au foyer et l'affrontement avec les prétendants)

2 de plus
inférable
5
50
45
0
Justification

La violence, chez Ulysse, se veut toujours commandée par une fin et légitimée par un tort : le cheval de bois emporte une guerre juste à ses yeux ; son retour affronte des prétendants qui ont violé l', dilapidé ses biens et courtisé sa femme. Il n'exalte pas la force pour elle-même, à la façon d'un : il en use comme instrument, quand la ruse ne suffit plus, au service d'un droit qu'il estime bafoué. Reste que la rigueur impitoyable de sa vengeance excède la mesure d'un simple droit rétabli, et que le poème laisse affleurer la difficulté d'une justice qui verse dans la violence.

Odyssée, VIII (le cheval de bois) · Odyssée, XXII (l'affrontement final avec les prétendants)

inférable
−0.5
Constitutionnalisme
Justification

Ulysse n'est pas un contempteur de l'ordre : il est le roi légitime d'Ithaque, et tout son retour vise à restaurer une autorité légitime usurpée par les prétendants. Il commande, exige l'obéissance des siens, rétablit la hiérarchie du foyer et du royaume ; là où dresse la conscience contre le pouvoir, lui incarne le pouvoir légitime qui reprend son dû, même si la paix finale n'est scellée que par l'intervention d', signe que cette restauration lui échappe encore en partie.

Odyssée, XXI-XXII (l'épreuve de l'arc et la reprise du foyer) ; XXIV (la paix scellée par Athéna)

Rapport au mondeCe qu'il y a2/2 positionnés
2 de plus
inférableMajeur
−0.5
Justification

lui offre l'immortalité et l'éternelle jeunesse s'il reste ; il refuse, pour retrouver , mortelle, et sa vie d'homme périssable. Ce n'est pas qu'il méprise la vie, qu'il défend au contraire farouchement contre tous les périls, mais qu'aucune survie hors de chez lui ne vaut à ses yeux le retour. Ce choix place ainsi toute la valeur du côté de l'existence finie et terrestre, non d'un au-delà ou d'un état supérieur : sans nier les dieux, omniprésents dans son monde, Ulysse fait de la vie mortelle, avec son terme, le bien qu'il préfère, la finitude assumée contre ce qui la transcenderait.

Odyssée, V, 203-224 (le refus de Calypso : Pénélope mortelle préférée à la déesse)

inférable
+0.3
Plasticité morale
Justification

Ulysse ne se fie à personne sur parole : il éprouve la loyauté avant de se découvrir, sonde ses serviteurs, teste jusqu'à et son vieux père. Cette défiance méthodique trahit une vue prudente, sans illusion, des hommes, prompts à la traîtrise dès que l'occasion s'offre ; mais elle n'équivaut pas à un pessimisme foncier, puisque le poème lui donne aussi de retrouver, chez quelques-uns, une fidélité sans faille.

Odyssée, XIII-XXIV (le déguisement et les mises à l'épreuve de la loyauté) · Odyssée, XXIII (l'épreuve du lit, que Pénélope retourne contre lui)