Le modèle
Avant de situer quelqu'un, Philoscopia distingue trois registres de ce qu'une personne, une œuvre ou un courant engage : ce qu'il tient pour vrai, ce qu'il tient pour bon, et ce qu'il fait. Les axes du référentiel relèvent des deux premiers, les pratiques du troisième.
Croyances descriptives
ce qui estprincipes d'explication
Ce sont nos théories sur le réel : ce que l'on tient pour vrai, indépendamment de ce qu'on en souhaite. Elles répondent à la question « qu'est-ce qui est le cas ? ». Une description peut être vraie ou fausse, confirmée ou réfutée.
« La conscience naît du cerveau », « l'histoire suit des lois », « rien ne se crée ».
Croyances prescriptives
ce qui doit êtreprincipes d'évaluation
Ce sont nos valeurs, nos fins et nos règles : ce vers quoi l'on juge qu'il faut tendre. Elles répondent à « que faut-il viser, faire, respecter ? ». Une norme ne se vérifie pas comme un fait : on l'assume, on l'argumente, on la conteste.
« Il faut tenir ses promesses », « la liberté prime la sécurité », « la nature a une valeur en soi ».
Pratiques
ce qu'on faitincarner la croyance
Croire n'est pas encore vivre. Une pratique est une routine concrète, héritée d'un philosophe ou d'un courant, qui met une croyance à l'épreuve des actes : un exercice du soir, une discipline d'attention, une règle de vie. Elle ne se juge ni vraie ni juste, mais tenue ou non, féconde ou non.
L'examen de conscience stoïcien, la méditation, la tenue d'un journal.
Dans Philoscopia
Chaque axe porte un badge Descriptif ou Prescriptif selon le registre de sa question. Le graphe des fondations montre quelles descriptions soutiennent quelles valeurs. Les pratiques relient ces croyances à des gestes que vous pouvez essayer.
Du fait à la valeur
Les deux registres ne se confondent pas : d'un constat seul, on ne déduit pas mécaniquement ce qu'il faut faire, c'est la distinction de Hume entre l'être et le devoir-être. Mais ils ne sont pas étrangers : une croyance descriptive en fonde souvent une prescriptive. Ce sont ces appuis que cartographie le graphe des fondations.
Les quatre rapports
Les axes se répartissent selon ce qu'ils mettent en jeu : notre rapport au vrai, à nous-mêmes, aux autres, au monde. Ce sont quatre orientations, pas quatre cases étanches. Une même question en touche souvent plusieurs : la liberté engage soi et les autres, le corps engage soi et le monde. On la range alors sous le rapport qui domine. Chacun traverse aussi bien le descriptif que le prescriptif : on peut décrire ce qu'est le moi, et juger comment se conduire envers soi.
Ce découpage en quatre rapports n'est pas la classification savante habituelle (épistémologie, éthique, métaphysique, esthétique, etc.). Celle-ci est précise, mais elle parle surtout aux spécialistes. Nous lui avons préféré une répartition qui parle à tous, partant de ce que chacun met en jeu dans sa vie, et qui distribue les questions de façon assez équilibrée entre les quatre rapports.
Lire les couleurs
Dans les textes de Philoscopia, certains mots sont colorés. La couleur ne décore pas : elle indique le geste de pensée que le mot engage.
Une distinction utile : dans un texte, la couleur d'un mot dit son rôle (une question, une position, un argument, un concept). Sur les cartes et les filtres, la couleur d'un axe dit tout autre chose, son rapport (au vrai, à soi, aux autres, au monde). Un même axe apparaît donc en rouge quand on le cite comme question, et prend la teinte de son rapport quand on le situe sur une carte. Les autres éléments, comme les exemples ou les citations, restent en gris neutre.