Philosophes

John Stuart Mill

Jusqu'où la société a-t-elle le droit de contraindre un individu qui ne nuit à personne ? L' épris de liberté, pour qui le bonheur commun se nourrit des libertés singulières au lieu de les écraser.

Anglais · 1806 – 1873

Figure majeure du libéralisme britannique et héritier de l' de , philosophe, économiste, logicien et réformateur, il fut soumis dès l'enfance par son père James Mill à une éducation intensive destinée à en faire le porte-parole du radicalisme philosophique. La crise de dépression qu'il traverse à vingt ans le conduit à élargir cet héritage, en y faisant droit à la culture des sentiments, à la liberté individuelle et à une conception plus exigeante du bonheur. Empiriste rigoureux dans le Système de logique, il expose sa morale dans L'Utilitarisme, sa philosophie politique dans De la liberté et son féminisme dans L'Asservissement des femmes, tout en siégeant au Parlement. Penseur charnière du XIXe siècle, il demeure une référence centrale des débats sur la liberté, la démocratie et le fondement de la morale.

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Rapport au vraiRapport à soiRapport aux autresRapport au mondeEmpirisme — Source de la connaissanceScientisme — Place de la scienceScepticisme — Rapport à la certitude (Position structurante)La preuve par l'expérience — Méthode scientifiquePrimauté de la vérité — Valeur de la véritéAbolitionnisme — Sens de la souffranceSens construit — Le sens de la vieSe libérer de la crainte — La mortTri raisonné — Rapport au désirExistentialisme — Essence et existenceHédonisme — Souverain bien (Position structurante)Libre arbitre — Liberté de la volontéVie examinée — IntérioritéConséquentialisme — Critère du justeAnarchisme — Rapport à l'autorité (Position structurante)Individualisme — Individu et société (Position structurante)Progressisme — Tradition et transformationÉpistocratie — Qui doit déciderÉgalitarisme — Justice distributivePathocentrisme — Cercle moralImpartialisme — PartialitéAltruisme — Intérêt propre et autruiCosmopolitisme — AppartenanceMaximalisme — Exigence moraleLégalisme — Lettre ou esprit de la règleDissuasion — Sens de la peineUniversalisme — Statut des normes (métaéthique)Rigorisme véridique — SincéritéDroits et utilité — Nature des droitsLiberté négative — Liberté politiqueÉlitisme du goût — Hiérarchie des goûts (Position structurante)Culturalisme — Nature et cultureAthéisme — Existence de DieuÉduquer ses émotions — Statut des émotionsEmpirismeLa preuve par l'expérienceSens construitHédonismeConséquentialismeDroits et utilitéÉlitisme du goûtCulturalisme34SUR 80 AXES43% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. Sur ce qui ne concerne que lui-même, l'individu est souverain : la société ne peut le contraindre que pour empêcher le tort fait à autrui, jamais pour son propre bien.

    Anarchisme85%Rapport à l'autoritévoir la position →
  2. Les plaisirs diffèrent en qualité et pas seulement en quantité : mieux vaut être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait.

    Hédonisme70%Souverain bienvoir la position →
  3. Le libre développement de l'individualité n'est pas un luxe privé mais la condition même du progrès, et la source à laquelle s'abreuve la société entière.

    Individualisme88%Individu et sociétévoir la position →
  4. Le seul juge de la valeur des plaisirs est celui qui a l'expérience des deux : le verdict des juges compétents place au sommet les plaisirs de l'esprit.

    Élitisme du goût85%Hiérarchie des goûtsvoir la position →
  5. Faire taire une opinion, c'est se prétendre infaillible : même une vérité, jamais contestée, dégénère en dogme mort.

    Scepticisme78%Rapport à la certitudevoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître5/5 positionnés
Majeur
−0.9
Criticisme
Justification

Toute connaissance dérive de l'expérience : Mill nie l'existence de vérités ou connues a priori, y compris en mathématiques, qu'il tient pour des généralisations inductives très bien confirmées. Le Système de logique érige l'induction en méthode fondamentale de toute science : c'est un radical, dans la lignée de et .

Système de logique (1843), livre II (le caractère inductif des vérités mathématiques) · Système de logique, livre III (les méthodes de l'induction)

Majeur
85
10
5
Justification

Le Système de logique codifie l'induction : ce sont les méthodes expérimentales (concordance, différence) qui, à partir de l'observation des régularités, établissent les lois de la nature. La connaissance scientifique se construit du particulier vers le général.

Système de logique, livre III

+0.6
Faillibilisme
Justification

Réduire une opinion au silence présuppose qu'on la sait fausse, donc qu'on se croit infaillible : or nul ne l'est, et l'histoire est pleine de vérités d'abord persécutées. De cette faillibilité Mill tire l'exigence de débat : étouffer une opinion peut nous priver d'une vérité, et même fausse, elle aiguise par la contradiction la vérité reçue, qui sans cela dégénère en dogme mort, professé sans en saisir le sens. Le doute n'est donc pas chez lui scepticisme paralysant mais condition d'un savoir vivant, ce qui le range, sans renoncer à la vérité, du côté du .

Réduire au silence une opinion, c'est voler l'humanité ; ceux qui dissentent plus encore que ceux qui la partagent.De la liberté, ch. 2

De la liberté, ch. 2 (l'argument de la faillibilité et le dogme mort)

2 de plus
inférable
−0.6
Rationalisme critique
Justification

Le Système de logique entend étendre la méthode inductive des sciences de la nature aux faits moraux et sociaux, fondant une science de l'homme (les sciences morales). Cette confiance dans l'unité de la méthode scientifique et son extension au social marque une nette pente , sans pour autant nier la spécificité des phénomènes humains.

Système de logique, livre VI (de la logique des sciences morales)

inférable
−0.4
La vérité qui donne prise
Justification

Le refus d'échanger les facultés supérieures contre une satisfaction plus facile suggère que le bonheur humain inclut une exigence de dignité et de développement, même au prix de l'insatisfaction ; la préférence pour la lucidité s'en déduit plus qu'elle ne s'y affirme.

Il vaut mieux être un être humain insatisfait qu'un porc satisfait ; il vaut mieux être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait.L'Utilitarisme, ch. 2

L'Utilitarisme, ch. 2 (1861)

Rapport à soiQui je suis, comment vivre8/8 positionnés
Majeur
70
30
0
Justification

Contre l'objection ancienne qui ravale l' au rang d'une morale de pourceaux, Mill répond qu'elle se trompe non sur le plaisir mais sur l'homme : nos facultés supérieures réclament un bonheur d'une autre nature. D'où sa rupture avec le calcul purement quantitatif de : les plaisirs diffèrent aussi en qualité, et ceux de l'intelligence, des sentiments et de l'imagination l'emportent intrinsèquement, parce que celui qui connaît les deux ne consentirait pour rien à descendre. Au cœur de l'argument, un sentiment de dignité que blesserait une existence bornée aux satisfactions du corps, ce qui infléchit l'hédonisme millien vers un épanouissement proche de l'.

Il vaut mieux être un être humain insatisfait qu'un porc satisfait ; il vaut mieux être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait.L'Utilitarisme, ch. 2

L'Utilitarisme, ch. 2 (qualité contre quantité des plaisirs) · L'Utilitarisme, ch. 4 (le bonheur, seule chose désirable comme fin)

+0.8
Indifférence stoïcienne
Justification

Fidèle à l'utilitarisme, Mill fait de la réduction de la souffrance, avec l'accroissement du bonheur, la fin même de la morale : aucune douleur n'est bonne en soi. Il reconnaît que l'effort et l'épreuve peuvent développer le caractère, mais ne renonce jamais à l'objectif d'un monde où la souffrance évitable serait abolie par le progrès moral et social.

L'Utilitarisme, II · De la liberté

35
60
5
Justification

Mill corrige l'hédonisme de Bentham par une hiérarchie qualitative : tous les désirs et plaisirs ne se valent pas, ceux qui engagent les facultés supérieures sont plus dignes que ceux du corps. Le tri ne porte plus seulement sur la quantité mais sur la qualité des plaisirs, sur un fond d'affirmation de la satisfaction comme fin de la vie.

Il vaut mieux être un être humain insatisfait qu'un porc satisfait ; il vaut mieux être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait.L'Utilitarisme, ch. 2

L'Utilitarisme, ch. II

−0.2
Compatibilisme
Justification

Mill tient nos volitions pour causées comme tout phénomène, conformément au principe de causalité universelle ; mais il refuse d'y voir une fatalité : le caractère lui-même peut être modifié par nos désirs et nos efforts. Cette doctrine, qu'il distingue du fatalisme, est un qui concilie causal et morale effective.

Système de logique, livre VI, ch. 2 (de la liberté et de la nécessité)

4 de plus
inférable
10
85
5
0
Justification

Mill ne fait dépendre le sens d'aucune finalité cosmique, qu'il tient pour indécidable : il le situe dans le développement de l'individualité et dans le dévouement à des fins qui dépassent l'intérêt propre, jusqu'au service de l'humanité. Une vie a du prix par les facultés qu'elle déploie et le bien qu'elle fait, sens immanent et cultivé, non reçu d'en haut.

De la liberté, III · L'Utilitarisme, II-III

inférable
70
0
20
10
Justification

Mill juge l'immortalité de l'âme ni prouvable ni réfutable par la raison : l'expérience plaide plutôt pour la fin de la conscience avec le corps, mais la question reste ouverte. Il concède que l'espérance d'une vie future, sans fondement assuré, peut avoir une valeur pour la conduite, sans qu'on puisse s'y appuyer comme sur un savoir.

Trois essais sur la religion (Théisme)

inférable
+0.1
Justification

Contre l'idée d'une nature fixe à couler dans les moules de la coutume, Mill tient que la nature humaine n'est pas une machine, mais un arbre qui doit croître et se déployer de l'intérieur. Chacun a à choisir son propre plan de vie : l'individualité et le développement de soi l'emportent sur tout modèle préétabli, même si un fond organique demeure à cultiver.

De la liberté, ch. III

inférable
−0.3
Justification

La crise de dépression que Mill traverse à vingt ans lui révèle l'insuffisance d'une vie purement analytique : la lecture de la poésie de Wordsworth lui rend le sentiment de la valeur de la culture intérieure et du développement des affects. Sans renoncer à l'action réformatrice, il accorde dès lors une place réelle à la et à la formation de soi.

Autobiographie (posthume, 1873), ch. 5 (une crise dans mon histoire mentale)

Rapport aux autresCe que nous nous devons17/17 positionnés
Majeur
100
0
0
0
Justification

Mill cherche à fonder la morale sur un fait, non sur une intuition indémontrable : la seule preuve qu'une chose est désirable, soutient-il, est qu'on la désire effectivement, et chacun désire en dernier ressort le bonheur. De là le comme unique critère du juste, et le conséquentialisme qu'il oppose à l'intuitionnisme moral comme au : il reproche à Kant de ne pouvoir, en pratique, écarter une maxime universalisable qu'en invoquant la désirabilité de ses conséquences, réintroduisant ainsi l'utilité qu'il prétendait congédier.

Les actions sont bonnes dans la mesure où elles tendent à promouvoir le bonheur, et mauvaises dans la mesure où elles tendent à produire le contraire du bonheur.L'Utilitarisme, ch. 2

L'Utilitarisme (1863), ch. 2 (la doctrine du plus grand bonheur) · L'Utilitarisme, ch. 1 (critique de l'a priori kantien)

Majeur
+0.7
Constitutionnalisme
Justification

Toute conduite se partage en ce qui ne regarde que l'agent et ce qui touche autrui : de cette distinction Mill tire que la contrainte n'est jamais légitime dans la première sphère, où nul n'est meilleur juge de son bien que l'intéressé lui-même. Le principe de non-nuisance (harm principle) en découle : empêcher le tort fait à autrui est le seul titre du pouvoir social, jamais le bien supposé de la personne. Mill vise ainsi le paternalisme de l'État comme la tyrannie de la majorité, ce despotisme diffus de l'opinion qui, dans une démocratie, menace l'individu plus sûrement que le tyran d'autrefois.

Le seul objet qui autorise les hommes, individuellement ou collectivement, à troubler la liberté d'action de quiconque, est la protection de soi-même.De la liberté, ch. 1

De la liberté (1859), ch. 1 (énoncé du principe de non-nuisance) · De la liberté, ch. 1 (la tyrannie de la majorité)

Majeur
−0.8
Justification

Parce qu'aucune forme de vie ne vaut a priori pour tous et que nul ne sait d'avance ce qui lui convient, Mill érige la liberté en condition d'expériences de vie par lesquelles chacun éprouve et façonne son propre caractère. L'individualité n'est donc pas un simple agrément privé mais le ressort de tout progrès : c'est des esprits originaux que naissent les vérités et les usages nouveaux dont la société entière hérite. D'où sa cible, le despotisme de la coutume et le conformisme qui nivellent les caractères et tarissent cette source, menace d'autant plus pressante que se renforce le pouvoir de l'opinion de masse.

La nature humaine n'est pas une machine que l'on construit sur un modèle, mais un arbre qui doit croître et se développer de tous côtés.De la liberté, ch. 3

De la liberté, ch. 3 (de l'individualité comme élément du bien-être)

Majeur
+0.8
Justification

Réformateur convaincu, Mill voit dans le progrès de l'humanité l'horizon de la morale et de la politique. Il milite pour l'extension du suffrage, l'éducation populaire, les réformes sociales et, dans L'Asservissement des femmes, pour l'émancipation des femmes, qu'il porte aussi au Parlement. La liberté de pensée vaut précisément parce qu'elle est le moteur de l'amélioration humaine.

L'Asservissement des femmes (1869), ch. 1 (l'égalité des sexes comme exigence du progrès) · De la liberté, ch. 2 (la liberté d'opinion, condition du progrès)

Majeur
+0.5
Justification

Mill juge un régime à deux titres : ce qu'il fait des affaires publiques et ce qu'il fait des citoyens. La démocratie représentative l'emporte parce qu'elle développe le mieux ceux qui y prennent part, mais cette même participation expose à l'incompétence et à la tyrannie de la majorité. Sa réponse cherche à concilier les deux exigences : un vote plural qui n'exclut personne du suffrage mais pondère les voix selon l'instruction, afin que le nombre ne fasse pas taire la compétence, ce qui l'incline vers l'.

Considérations sur le gouvernement représentatif (1861), ch. 8 (le vote plural) · Considérations sur le gouvernement représentatif, ch. 3 (supériorité du gouvernement représentatif)

Majeur
−0.8
Cercles concentriques
Justification

Dans le calcul du bonheur, chacun compte pour un, nul ne compte pour plus d'un : l'utilitarisme exige une stricte , un spectateur strictement désintéressé et bienveillant. Le bonheur de l'agent ne pèse pas plus que celui d'un étranger, ce que Mill rapproche de la règle d'or de Jésus de Nazareth.

L'Utilitarisme, ch. 2 (le spectateur désintéressé et bienveillant) · L'Utilitarisme, ch. 5 (chacun compte pour un, formule attribuée à Bentham)

Majeur
0
10
90
0
Justification

Mill rejette les droits naturels antérieurs à toute société et fonde les droits sur l'utilité : avoir un droit, c'est avoir quelque chose que la société doit nous garantir parce que son maintien sert le bien-être général, l'utilité prise au sens le plus large, fondée sur les intérêts permanents de l'homme.

L'Utilitarisme, ch. V ; De la liberté

Majeur
80
10
0
10
Justification

Le principe de De la liberté est négatif : le seul motif légitime de contraindre un individu est d'empêcher qu'il ne nuise à autrui. Sur lui-même, sur son corps et son esprit, chacun est souverain. La liberté se mesure à l'espace soustrait à l'interférence.

De la liberté, ch. I

25
75
0
0
Justification

Puisque le critère moral est le plaisir et la peine, le cercle de la considération morale s'étend à tous les êtres sensibles capables de souffrir, et non aux seuls humains : c'est un pathocentrisme. Mill compte explicitement le bonheur des animaux dans le calcul utilitariste et soutient les premières législations contre la cruauté envers eux.

L'Utilitarisme, ch. 2 (le bonheur de toutes les créatures sensibles) · Whewell on Moral Philosophy (1852), sur la prise en compte des animaux

+0.7
Justification

La fin morale n'est pas le bonheur de l'agent mais le bonheur général : la vertu de l'utilitarisme est l', le dévouement au bien de tous. Mill admire à ce titre l'esprit de sacrifice quand il sert le bonheur d'autrui, tout en niant qu'un sacrifice qui n'augmente la somme de bonheur de personne ait la moindre valeur.

L'Utilitarisme, ch. 2 (le sacrifice n'a de valeur que s'il accroît le bonheur)

7 de plus
inférable
−0.5
Suffisantarisme
Justification

Soucieux de la condition ouvrière, Mill critique la répartition des richesses issue du laissez-faire et se montre, dans ses dernières années, favorable à des formes de socialisme coopératif et à des limites à l'héritage. Le principe d'utilité, qui compte également le bonheur de chacun, et l'utilité marginale décroissante du revenu inclinent sa justice distributive vers l', sans abolir le marché.

Principes d'économie politique (1848), livre II (de la distribution, du socialisme et de l'héritage) · L'Utilitarisme, ch. 5 (chacun compte pour un, le bonheur de tous également)

inférable
+0.6
Justification

Le principe d'utilité ne connaît pas de frontières : le bonheur de l'humanité tout entière en est la mesure, ce qui donne à la morale millienne une portée . Mill condamne l'esclavage où qu'il se trouve et juge le progrès à l'aune de l'amélioration du sort de tous les hommes, par-delà l'appartenance nationale.

L'Utilitarisme, ch. 2 (le bonheur de l'ensemble des êtres concernés) · The Contest in America (1862), contre l'esclavage

inférable
+0.4
Justification

Maximiser le bonheur général expose à une exigence morale potentiellement très lourde, puisque toute action peut être pesée à l'aune du plus grand bien. Mill tempère pourtant ce maximalisme : la conduite quotidienne se règle sur des règles secondaires éprouvées, et il n'attend pas de chacun le mobile constant du bien universel, mais seulement qu'il ne nuise pas et contribue à l'occasion.

L'Utilitarisme, ch. 2 (les règles secondaires et le mobile des actions)

inférable
−0.2
Justification

Mill se défend de devoir recalculer l'utilité à chaque acte : l'humanité a accumulé, par l'expérience, des règles secondaires (ne pas mentir, ne pas tuer) qui condensent les leçons sur ce qui sert le bonheur. Ces règles guident la conduite ordinaire, mais elles restent subordonnées au principe d'utilité et peuvent céder en cas de conflit : un légalisme tempéré, ouvert à l'.

L'Utilitarisme, ch. 2 (les corollaires du principe et les cas de conflit de règles)

inférable
0
65
35
0
Justification

La justice elle-même se ramène pour Mill à une exigence d'utilité : la peine ne se justifie pas par la rétribution d'une faute passée mais par ses effets, la dissuasion et la protection de la société, accessoirement l'amendement du coupable. Il refuse l'idée d'un mérite du châtiment indépendant de ses conséquences, sans exclure la réhabilitation.

L'Utilitarisme, ch. 5 (la justice et l'idée de châtiment ramenées à l'utilité)

inférable
85
5
10
Justification

Le principe d'utilité vaut comme critère universel du bien, le même pour tous les hommes et tous les temps : Mill ne relativise pas la morale aux cultures. Le bien y est un fait objectif, le bonheur, mesurable par ses effets, ce qui le range du côté d'un naturaliste plutôt que du relativisme.

L'Utilitarisme, ch. 2 et 4 (le principe du plus grand bonheur comme critère universel)

inférable
−0.3
Justification

La véracité figure parmi les règles dont l'utilité est la plus haute, car la confiance mutuelle est le fondement du bien-être social, et l'affaiblir nuit à tous. Mill tient donc le mensonge pour gravement néfaste ; mais, l'utilité restant le critère ultime, il admet de rares exceptions reconnues, ce qui le maintient nettement, sans absolutisme, du côté du rigorisme de la vérité.

L'Utilitarisme, ch. 2 (la véracité, règle d'utilité transcendante, et ses exceptions)

Rapport au mondeCe qu'il y a4/5 positionnés
Majeur
−0.7
Justification

Distinguer des plaisirs supérieurs soulève une difficulté : à quoi mesurer une qualité qui, par définition, ne se réduit pas à la quantité ? La réponse originale de Mill est un critère empirique : le seul juge est l'expérience comparée, et la préférence constante de ceux qui ont également connu les deux ordres de plaisir, les juges compétents. Or leur verdict penche vers les plaisirs de l'esprit, fût-ce au prix d'un contentement moindre. L' qui en résulte n'est donc pas affaire de naissance ni de classe, mais de culture et d'expérience accessibles en droit à tous.

L'Utilitarisme, ch. 2 (le verdict des juges compétents)

4 de plus
inférable
+0.6
Justification

Pour l'empiriste qu'est Mill, l'esprit est largement façonné par l'expérience, l'éducation et l'association des idées plutôt que par une nature fixe. Dans L'Asservissement des femmes, il soutient que la prétendue nature féminine est en réalité un produit de la coutume et de l'éducation : un qui fait du caractère une construction sociale modifiable.

L'Asservissement des femmes, ch. 1 (le caractère des femmes, produit de l'éducation) · Système de logique, livre VI, ch. 4-5 (l'éthologie, science de la formation du caractère)

inférable
+0.3
Agnosticisme (Huxley)
Justification

Élevé sans religion, Mill examine la question de Dieu en termes de preuve empirique : l'argument du dessein rend tout au plus probable un créateur de puissance et de bonté limitées, jamais un Dieu tout-puissant compatible avec le mal du monde. Cet agnosticisme, qui n'admet qu'un faible espoir d'au-delà, le situe légèrement du côté de l'incroyance.

Trois essais sur la religion (posthume, 1874), Théisme

inférable
+0.1
Éduquer ses émotions
Justification

Formé par son père dans le culte de l'analyse et du raisonnement, Mill mesure après sa crise que le seul intellect dessèche : il faut aussi cultiver les sentiments et la sensibilité, que la poésie et l'art nourrissent. Sans renier la primauté de la raison dans la connaissance, il fait droit aux émotions comme part irréductible d'une vie bonne, d'où une position quasi centrale.

Autobiographie, ch. 5 (la culture des sentiments et la dette envers Wordsworth)

hors champ

La question de l'esprit des machines (intelligence artificielle, fonctionnalisme) est postérieure à Mill et ne se pose pas dans son œuvre.