Rapport au vrai· Croire et savoirdifficulté
Éthique de la croyance
Peut-on légitimement croire sans preuves suffisantes ?
Croire engage : l'armateur qui s'est persuadé sans preuve que son navire tiendrait la mer répond du naufrage, car il n'avait pas le droit de le croire. Faut-il alors proportionner toute croyance aux preuves, ou existe-t-il des cas, l'amitié, l'engagement, la foi, où se refuser à croire faute de garantie serait aussi une faute ? Se positionner, c'est dire ce que nous devons à la preuve quand nous formons nos croyances, et de quoi nous sommes comptables en les tenant.
Évidentialisme
7Il est toujours fautif, pour quiconque, de croire quoi que ce soit sur la base de preuves insuffisantes. Croire à la légère n'est pas seulement une erreur intellectuelle, c'est un manquement moral qui affaiblit la confiance commune.
Explorer cette position →Humeexplicite
Puisque toute croyance de fait repose sur l'expérience, sa fermeté doit se mesurer à la preuve : croire au-delà de ce que l'évidence autorise est une faute épistémique. Hume en tire une arme contre les miracles : un miracle est par définition une violation des lois de la nature, et ces lois sont établies par une expérience uniforme, donc par la preuve la plus complète qui soit. Le poids de l'expérience contraire est ainsi maximal ; aucun témoignage ne peut le surmonter, sauf si sa fausseté serait plus miraculeuse encore que le fait rapporté, ce qui n'arrive jamais. L'argument ne nie pas a priori le surnaturel : il montre qu'un esprit réglé sur la preuve ne saurait y assentir.
Enquête sur l'entendement humain, sect. X (des miracles)
Lockeexplicite
Puisque notre savoir des faits reste borné au probable, l'usage correct de l'entendement n'est pas de croire fermement, mais de mesurer son assentiment aux preuves : la fermeté de la croyance doit suivre exactement le poids des raisons. D'où une norme proprement évidentialiste, où croire au-delà de ce que les preuves autorisent devient une faute, non contre la prudence, mais contre la raison elle-même. Locke en tire l'arme dirigée contre l'enthousiasme, cette prétention à une lumière intérieure qui dispense de preuve, et fonde sur elle son exigence de tolérance : une conviction non examinée n'autorise personne à l'imposer à autrui.
Essai sur l'entendement humain, IV, ch. 16 (les degrés d'assentiment) et ch. 19 (l'enthousiasme)
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Rationalismeinférable
La norme de l'assentiment est l'évidence : on ne doit affirmer que ce que l'entendement perçoit clairement et distinctement. Descartes fait de l'erreur une faute de la volonté qui juge au-delà de ce que l'entendement conçoit clairement, et prescrit de suspendre l'assentiment hors de l'évidence. Pour Spinoza, c'est l' qui emporte une affirmation nécessaire et vraie. L'assentiment est ainsi réglé sur la clarté de l'idée, non sur la volonté de croire.
Descartes, Méditations métaphysiques, IV · Spinoza, Éthique, II, proposition 49
Scepticismeinférable
Accorder son assentiment à une thèse sur la nature non évidente des choses, c'est tenir pour vrai ce qu'on ne peut prouver : le sceptique y voit une faute, et s'en abstient par principe. Mais une objection le guette : une vie sans aucune croyance serait-elle seulement vivable ? Il répond en distinguant deux assentiments. Aux qui s'imposent à lui (qu'il fait jour, qu'il a faim) il cède sans résister, car elles ne se discutent pas ; ce qu'il refuse, c'est l'assentiment supplémentaire qui ajouterait « et il en va ainsi en vérité, par nature ». Il agit donc, guidé par les phénomènes et les usages, sans jamais poser de dogme.
Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, I, 13-24
Pyrrhoninférable
Le geste premier de Pyrrhon est de retirer son adhésion à toute opinion : tant que les choses restent indéterminées, donner sa créance à l'une plutôt qu'à l'autre serait se précipiter. Cette retenue rejoint l'esprit évidentialiste, ne croire qu'à proportion de ce qui se montre, mais sous une forme extrême, car rien ne se montre assez pour mériter qu'on y croie. La nuance pyrrhonienne est qu'il ne fait pas de cette retenue un devoir moral : elle est l'effet vécu de l'indétermination des choses, l'impossibilité d'adhérer là où rien n'emporte la balance, plutôt qu'une règle qu'on s'imposerait.
Aristoclès (d'après Timon), cité par Eusèbe, Préparation évangélique, XIV, 18 · Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 61-62
Empirismeexplicite
L'école fait de la régulation de l'assentiment un devoir épistémique : Locke soutient que l'on doit accorder son adhésion à proportion des preuves et des degrés de probabilité, et Hume résume cette éthique de la croyance par sa maxime fameuse sur le sage qui proportionne sa croyance aux preuves. Fonder le savoir sur l'expérience commande de ne croire qu'à la mesure de ce qu'elle atteste.
Locke, Essai sur l'entendement humain, IV, 15-16 (de la probabilité et des degrés d'assentiment) · Hume, Enquête sur l'entendement humain, section X (des miracles)
Sextus Empiricusinférable
Le geste premier du sceptique est de refuser à tout ce qui n'est pas évident par soi : tant que les raisons s'équilibrent, donner sa créance serait précipité. Cette retenue rejoint l'esprit évidentialiste, croire à proportion des raisons. La nuance pyrrhonienne est qu'il suspend même là où le dogmatique croit avoir des preuves, et qu'il ne fait pas de cette retenue une obligation morale mais l'effet vécu de l'équilibre des arguments : non un devoir de ne croire que le prouvé, mais l'impossibilité d'adhérer quand rien n'emporte la balance.
Esquisses pyrrhoniennes, I, 13 (l'assentiment) · Esquisses pyrrhoniennes, I, 19-20
Non-évidentialisme
0Quand les preuves ne tranchent pas et que l'enjeu est vital, nous avons le droit, parfois même le devoir, de croire au-delà de ce que l'évidence garantit. Certaines vérités ne se révèlent qu'à celui qui ose d'abord parier sur elles.
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Problèmes liés élargir vers d'autres axes
- Descriptif Mise en situationSûr de soi, sûr du vrai ?
Une conviction affichée avec aplomb, sans preuve, doit-elle emporter l'adhésion, ou faut-il exiger des raisons avant de croire, fût-ce au prix de l'inconfort de suspendre son jugement ?
une affirmationRapport à la certitude - PrescriptifÉpistémiqueA-t-on le droit de croire ?
Au-delà de ce qui rend une croyance justifiée, est-il permis de croire sans preuve suffisante, ou est-ce une faute, envers soi comme envers les autres ? La question de la garantie prolonge celle du devoir de croire.
l'acte de croireJustification de la croyance - Pratique Expérience de penséeLe pari de la croyance
Même sans preuve, n'a-t-on pas intérêt à croire, puisqu'on aurait tout à gagner si Dieu existe et peu à perdre sinon ? Mais peut-on décider de croire par calcul ?
croireExistence de Dieu - PrescriptifÉpistémiqueFaut-il des preuves pour croire ?
N'a-t-on le droit de croire que sur preuves, ou la foi est-elle un pari légitime qui n'a pas à se justifier devant le tribunal des preuves ?
croireExistence de Dieu - DescriptifSe mentir à soi-même
Choisir ses illusions supposerait qu'on puisse croire à volonté ; or peut-on vraiment croire ce qu'on sait faux, ou seulement s'arranger pour ne pas regarder ?
ses propres croyancesValeur de la vérité
Le degré de notre assentiment doit être réglé sur les fondements de probabilité de la chose.Locke · Essai sur l'entendement humain, IV, ch. 15-16 (la probabilité et les degrés d'assentiment)
Un homme sage proportionne donc sa croyance à l'évidence.Hume · Enquête sur l'entendement humain, sect. X