Les questions

Rapport au vrai· Croire et savoirnoyaudifficulté

Rapport à la certitude

Pouvons-nous atteindre des certitudes définitives ?

Si rien n'est jamais sûr, plus aucun savoir ne tient et l'action perd son appui ; mais se croire certain, c'est risquer de fermer les yeux et de ne plus rien apprendre. Se positionner, c'est dire si le doute est une honnêteté ou une impasse.

DogmatismeScepticismeFaillibilisme
Les pôles, et qui les tient

Dogmatisme

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La raison bien conduite peut établir des vérités certaines et définitives, qui servent de fondations au savoir. Douter est une étape, pas une destination.

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Figures associées: Descartes
Qui se tient ici
Leibnizexplicite

Deux principes gouvernent toute la connaissance : celui de contradiction, qui règle les vérités nécessaires, et celui de , selon lequel rien n'est vrai sans une raison qui fasse qu'il en soit ainsi plutôt qu'autrement. Si toute vérité a sa raison, alors toute vérité est en droit analysable et démontrable : c'est le fondement du rationaliste de Leibniz, qui pousse l'idée à sa limite en rêvant d'une characteristica universalis, langue universelle des concepts, et d'un calculus ratiocinator où les désaccords se résoudraient par le calcul, comme entre deux comptables. La certitude n'est plus un idéal lointain mais le terme assignable d'une procédure réglée.

De la méthode de l'universalité ; lettres sur la characteristica universalis · Monadologie, §31-32 (principes de contradiction et de raison suffisante)

Spinozaexplicite

L' est démontrée more geometrico, à la manière des géomètres : définitions, axiomes, propositions et démonstrations. Cette architecture déductive témoigne d'un rationaliste, la conviction qu'une connaissance vraie et certaine de la totalité du réel est possible.

Éthique (titre complet : Éthique démontrée selon l'ordre géométrique) · Traité de la réforme de l'entendement, sur la certitude de l'idée vraie

Rationalismeexplicite

Pour répondre au , il ne suffit pas d'accumuler des opinions probables : il faut une vérité que nul argument ne puisse ébranler. en fait sa stratégie, poussant le jusqu'à l'hypothèse du malin génie pour ne retenir que ce qui y résiste : l'acte même de penser, qui survit à tout doute possible. Ce roc une fois trouvé, l'enjeu est de propager sa certitude au reste du savoir, et le modèle en est la géométrie : ordonner les connaissances more geometrico, d'axiomes évidents vers leurs conséquences nécessaires, comme déduit l' à la manière des géomètres. La certitude visée n'est pas une assurance psychologique mais l'évidence contraignante de la démonstration.

Descartes, Méditations métaphysiques, II · Spinoza, Éthique, prologue de la partie I

Descartesexplicite

Contre le , Descartes retourne l'arme du doute : il pousse celui-ci jusqu'à l', supposant un malin génie qui le tromperait sur tout, pour voir si quelque chose y résiste. Or l'acte même de douter suppose un sujet qui doute : je puis tout révoquer en doute, sauf que je pense, et donc que je suis. Le cogito n'est pas un dogme posé d'avance mais une certitude conquise par le doute lui-même, point d'appui indubitable d'où l'on peut reconstruire tout le savoir. La conclusion est ainsi fermement : une certitude pleine est atteignable, et le scepticisme se réfute en s'exerçant à fond.

Méditations métaphysiques, I et II · Discours de la méthode, IV

Hegelexplicite

Le doute et le scepticisme ne sont pas le dernier mot mais un moment que la pensée traverse et intègre : la est le chemin par lequel la conscience s'élève au savoir absolu, où l'objet n'est plus un en-soi étranger mais l'esprit lui-même. Le système atteint donc une vérité définitive, non par un dogme posé d'emblée, mais comme résultat d'un parcours qui a éprouvé le négatif. Ce savoir absolu n'est pas une omniscience, mais la forme où le sujet se reconnaît dans l'objet.

Phénoménologie de l'esprit, ch. VIII (le savoir absolu)

Platonexplicite

Contre le relativisme sophistique, Platon affirme, surtout dans les dialogues centraux, qu'un savoir stable, l'épistémè, est possible : il porte sur les Idées et se distingue rigoureusement de la simple opinion, la doxa, variable et sans fondement. Cette confiance dans une science de l'être le rapproche du , même si la forme interrogative des dialogues tempère toute systématisation.

République, V, 476d-480a · Théétète, 187a-201c

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Platonismeexplicite

Contre le relativisme sophistique, le platonisme affirme qu'une science véritable, l'épistémè (la science stable du vrai, opposée à la simple opinion, doxa), des Idées est accessible, distincte de la simple opinion. Le sage peut atteindre une connaissance stable et certaine de ce qui est éternel, position nettement au sens classique.

Platon, Théétète, 201d-210a, savoir et opinion · Platon, République, 477a-480a

Aristoteexplicite

La science (epistēmē) est une connaissance démonstrative : un savoir du nécessaire, dérivé par syllogisme de premiers principes vrais, immédiats et mieux connus que la conclusion. Cette confiance dans une connaissance certaine et fondée range Aristote du côté du , tempéré par l'aveu que le domaine pratique n'admet qu'une exactitude approchée.

Seconds Analytiques, I, 2 · Éthique à Nicomaque, I, 3 (1094b)

George Berkeleyexplicite

Berkeley tient le scepticisme pour le mal à guérir, et l'immatérialisme pour son remède. Le doute moderne, dit-il, naît tout entier de la matière : dès qu'on suppose des choses réelles cachées derrière nos idées, on ne peut plus jamais savoir si nos idées leur ressemblent, d'où le voile des perceptions où s'engouffre le sceptique. Supprimez cette matière inconnaissable, et l'écart disparaît : les choses ne sont plus que ce que nous percevons, immédiatement et avec certitude. Loin du dogmatisme rationaliste de , qui fonde la certitude sur la raison, Berkeley la replace dans la perception sensible elle-même, sûre parce qu'elle n'a plus rien au-dehors à manquer.

Trois dialogues entre Hylas et Philonous, Préface et III · Principes de la connaissance humaine, §§86-88

Husserlexplicite

Devant le relativisme que le faisait peser sur la logique et le scepticisme historiciste de son temps, Husserl pose à la philosophie l'exigence d'une science rigoureuse : non pas une opinion de plus, mais un savoir doté d'une évidence apodictique, indubitable. Il reprend pour cela le geste fondateur de , la recherche d'un sol absolument certain, mais le déplace : ce sol n'est pas une substance pensante, c'est l'évidence des vécus eux-mêmes, donnés en personne au regard qui les décrit. La ne suspend pas pour douter, mais pour atteindre ce qui résiste à tout doute, le champ de la conscience tel qu'il se montre.

La philosophie comme science rigoureuse (1911) · Méditations cartésiennes, Méditation I

Stoïcismeexplicite

Contre le de la Nouvelle Académie, les stoïciens sont : ils tiennent qu'un savoir certain est possible grâce à la , cette impression si claire et distincte qu'elle saisit son objet et ne peut venir que du réel. Elle est le critère de la vérité et le fondement de la science du .

Cicéron, Académiques · Diogène Laërce, Vies, VII, 46

Phénoménologieexplicite

La phénoménologie husserlienne se veut science rigoureuse, capable de fonder le savoir contre le psychologisme et le relativisme sceptique. Son geste est l' : suspendre la thèse naïve du monde pour revenir aux choses mêmes, telles qu'elles se donnent à la conscience. Là se trouvent des données apodictiques, indubitables parce que saisies sans intermédiaire dans l'évidence intuitive, socle d'une connaissance certaine. Cette quête d'un fondement absolu rapproche Husserl d'un fondationnalisme d'inspiration cartésienne, même si ses héritiers, Heidegger et Merleau-Ponty, abandonneront cet idéal d'apodicticité.

Husserl, La philosophie comme science rigoureuse · Husserl, Méditations cartésiennes

Kantexplicite

Réveillé de son sommeil dogmatique par , Kant refuse les deux voies opposées : la métaphysique qui prétend connaître l'inconditionné, Dieu, l'âme, le monde comme totalité, se perd dans les antinomies, où la raison se contredit elle-même ; mais le humien, qui dissout la nécessité dans l'habitude, est tout aussi intenable. La voie critique tranche : il existe bien une certitude apodictique, celle des jugements synthétiques a priori, mais elle ne vaut que des phénomènes, les objets tels qu'ils nous apparaissent sous les formes du sujet, non des choses en soi. Certitude nécessaire et universelle, donc, mais payée d'une borne infranchissable.

Critique de la raison pure, Préfaces et Dialectique transcendantale · Prolégomènes à toute métaphysique future

Thomas d'Aquininférable

Confiant dans le pouvoir de la raison de démontrer (l'existence de Dieu, les principes de la morale), Thomas se range du côté du : la science procède de principes premiers évidents vers des conclusions certaines, et le doute systématique n'a pas de place. Cette assurance est toutefois tempérée par la conscience des limites de l'esprit fini, qui ne saisit pas l'essence de Dieu et doit recevoir par la foi ce qui excède sa portée.

Somme théologique, Ia, q. 1, a. 2 ; q. 2

Épictèteinférable

Comme tout stoïcien, Épictète est face au académique : il existe un critère de vérité, la (phantasia katalēptikē), et le (sophos) peut donner ou refuser son en connaissance de cause. Il raille ouvertement ceux qui prétendent ne rien pouvoir affirmer.

Entretiens, I, 5 (contre les Académiciens) · Entretiens, I, 27

Épicureexplicite

Contre le , Épicure tient que toutes les sensations sont vraies : la sensation, infaillible parce qu'irrationnelle et sans mémoire, ne se trompe jamais ; l'erreur naît seulement du jugement que l'opinion ajoute. Cette confiance dans un critère assuré de vérité est un , fût-il fondé sur les sens plutôt que sur la raison.

Diogène Laërce, Vies, X, 31-32 (toutes les sensations sont vraies) · Lucrèce, De la nature des choses, IV, 469-521 (défense de la véracité des sens)

Śaṅkarainférable

La connaissance libératrice (vidyā) n'est pas une opinion probable mais une certitude définitive qui, une fois levée l'ignorance, ne peut plus être contredite, comme la corde reconnue dissipe à jamais le serpent cru. Le doute appartient au domaine de l'ignorance, non au savoir du soi, qui est immédiat et auto-évident. Śaṅkara argumente d'ailleurs en dogmatique contre les sceptiques et les écoles rivales, tenant pour acquis qu'une vérité ultime est accessible et démontrable.

Upadeśasāhasrī · Commentaire sur les Brahma Sūtra, II, 2

Aristotélismeexplicite

L'aristotélisme est au sens noble : la science véritable, l'epistēmē, est une connaissance démonstrative qui part de premiers principes indémontrables, eux-mêmes saisis avec certitude par l'intellect. Le savoir scientifique porte sur le nécessaire et l'universel, ce qui exclut le doute sur ses fondements, même si la reconnaît l'incertitude propre au domaine de l'agir.

Aristote, Seconds Analytiques, I, 2 et II, 19

Vedānta (Advaita)inférable

L'Advaita est dogmatique au sens où il tient pour certaine une vérité libératrice définitive : l'identité du et du , attestée par l'écriture (śruti) et confirmée par la réalisation directe. Loin de tout , la connaissance qui libère est tenue pour indubitable et sans retour, car elle coïncide avec la nature même du sujet connaissant.

Śaṅkara, Commentaire des Brahma-Sūtra (Brahma-Sūtra-Bhāṣya), I · Muṇḍaka Upaniṣad

Lucrèceinférable

Contre les sceptiques qui suspendent tout assentiment, Lucrèce tient les sens pour un critère assuré et fait reposer toute la physique sur leur témoignage : qui les déclare incertains ruine du même coup la raison qui les conteste, et ne pourra même plus distinguer le vrai du faux. La sensation prise en elle-même ne trompe jamais ; l'erreur naît seulement de l'opinion ajoutée. Cette confiance en un fondement ferme de la connaissance est un , fût-il sensualiste.

De la nature des choses, IV, 469-521 (réfutation du scepticisme)

Plotininférable

Plotin construit une métaphysique affirmative et architecturée, assurée d'atteindre le vrai par l'intellect : il y a une science de l'intelligible, et l'Intellect possède une connaissance infaillible de ses objets, qui sont ses propres pensées. Cette confiance le situe du côté du dogmatisme. Elle est pourtant tempérée, à l'égard de l', par une réserve presque sceptique : du principe suprême, rien ne se dit en propre, et le discours n'en approche que par négations.

Ennéades, V, 5 · Ennéades, VI, 9, 3-4

Épicurismeinférable

Face au de l'Académie, l'épicurisme affiche un net : toutes les sensations sont vraies, et nier qu'on puisse rien connaître se réfute soi-même. La nature nous donne des critères fermes, sensations et prénotions, sur lesquels une connaissance assurée peut se bâtir. Le doute radical est tenu pour une posture intenable, même si l'école admet plusieurs explications possibles pour les phénomènes célestes lointains.

Épicure, Lettre à Hérodote, 37-38 · Diogène Laërce, Vies, X, 31-32

Marc Aurèleinférable

En stoïcien, Marc Aurèle tient pour acquis qu'un savoir vrai du bien et de la nature est possible, et il est en ce sens , non . Mais son refrain selon lequel « tout est jugement » (la valeur que nous ajoutons aux choses) et son ton d'humilité tempèrent la doctrine : il affirme moins un système qu'il ne s'exhorte à voir droit.

Pensées pour moi-même, IV, 3 · Pensées pour moi-même, VIII, 47 · Pensées pour moi-même, XII, 8

Marxinférable

Contre l'idéalisme spéculatif comme contre le socialisme utopique, Marx revendique pour son analyse du capital le statut d'une science dégageant les lois objectives du mouvement social : une connaissance certaine du réel historique est atteignable. Savoir si la pensée atteint le réel n'est d'ailleurs pas une question théorique mais pratique, elle se vérifie dans la , en transformant le monde. Le doute n'est donc pas une demeure mais une étape que la pratique lève, ce qui éloigne nettement Marx du et de la résignation contemplative.

Thèses sur Feuerbach, II et XI · Le Capital, Postface à la deuxième édition

Sénèqueinférable

En stoïcien, Sénèque tient pour acquis qu'une connaissance vraie du monde et du bien est possible : la nature est rationnelle et la sagesse atteignable. Mais il revendique sa liberté à l'égard des écoles, jugeant les opinions par lui-même, ne se donnant à aucun maître, ce qui tempère le dogmatisme stoïcien d'un esprit éclectique.

Lettres à Lucilius, XII et XLV (juger par soi-même, ne jurer sur aucun maître)

Wittgensteininférable

Certaines propositions (« voici une main », « la Terre existait avant ma naissance ») ne sont ni objets de savoir ni objets de doute : elles sont les sur lesquels la porte de l'enquête tourne, le lit du fleuve où coule le reste de nos pensées. Le doute les présuppose (le jeu du doute présuppose déjà la certitude), si bien que le scepticisme radical se détruit lui-même. Elles ne sont pourtant pas un savoir dogmatique fondé sur des raisons, et peuvent se déplacer avec le temps : ni dogmatisme, ni scepticisme, ni faillibilisme, mais une certitude-cadre que cet axe ne peut qu'approcher.

De la certitude, §§341-343, §§94-99, §115 (notes posthumes)

Marxismeinférable

Le socialisme scientifique s'oppose au socialisme utopique en revendiquant la connaissance des lois objectives du développement historique : le réel social est intelligible et certain, non livré au doute. La vérité d'une pensée se prouve d'ailleurs dans la , en transformant le monde, et non dans la pure contemplation théorique. Le marxisme écarte ainsi le et la résignation, confiant à la critique et à la pratique le pouvoir de dissiper les illusions idéologiques.

Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique · Marx, Thèses sur Feuerbach

Baconinférable

Bacon refuse à la fois le qui désespère du savoir et l'assurance dogmatique des systèmes, qui « tranchent » trop vite. Sa voie est l'ascension graduelle : monter des faits aux axiomes par degrés sûrs, sans sauter à des généralités prématurées. La certitude n'est pas un point de départ mais le terme d'une marche patiente et corrigible, où l'on ne pose rien qu'on n'ait éprouvé. C'est moins un qu'une certitude conquise lentement, par exclusion des erreurs.

Novum Organum, I, §19-20 et §104

Sartreinférable

Contre tout relativisme, Sartre maintient qu'il faut un point de départ absolu, et qu'il n'en est pas d'autre que le cogito : la conscience qui se saisit elle-même, immédiate et à la portée de tous. Mais cette certitude est étroite : elle livre l'existence du sujet, non une essence, une nature humaine ou des valeurs, qui toutes font défaut puisque l'existence précède l'essence. Fondationnaliste sur ce seul point d'appui et démuni de toute autre certitude donnée, Sartre se tient près du partage, côté assurance par le cogito, côté vertige pour tout le reste.

L'existentialisme est un humanisme · L'Être et le Néant, Introduction (le cogito préréflexif)

Arguments et objections (3)
ArgumentLe cogitoLe doute lui-même atteste un sujet qui pense : une première vérité que rien ne peut ébranler. Voir la page
ObjectionLe cimetière des certitudesTant de vérités tenues pour définitives ont fini par tomber. Voir la page
ObjectionLe trilemme d'AgrippaTout fondement réclame un autre fondement, sans fin. Voir la page

Faillibilisme

milieu nommé2

On peut tenir des croyances solides et justifiées tout en sachant qu'elles pourraient être fausses. Entre la certitude qui s'interdit le doute et le scepticisme qui doute de tout, le faillibilisme assume un savoir toujours révisable : on avance avec ses meilleures raisons, prêt à se corriger.

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Qui se tient ici
Charles Sanders Peirceexplicite

Contre le besoin cartésien de fondations indubitables, Peirce érige la faillibilité en principe : nous ne pouvons jamais atteindre une certitude absolue ni une exactitude parfaite sur rien. Mais loin de verser dans le , il en tire la force de la science, qui n'avance qu'en se sachant corrigible : une croyance vaut non d'être à l'abri du doute, mais d'appartenir à un processus capable de repérer et de réparer ses propres erreurs. Le n'est pas une concession arrachée au sceptique, c'est le moteur même de l'enquête, qui ferait défaut à qui se croirait déjà arrivé. D'où une position médiane assumée, légèrement inclinée vers l'aveu sceptique de l'incertitude, mais sans renoncer au savoir.

Collected Papers, I, 8-14 (Faillibilisme) · La fixation de la croyance (1877)

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Les Lumièresexplicite

Le geste inaugural est critique : contre le des métaphysiques scolaires et des vérités révélées, il s'agit de mesurer la raison à ses propres limites. Mais cette défiance n'est pas le destructeur de : tempère son doute en un scepticisme mitigé, praticable, et en fait une critique qui borne la connaissance pour mieux la fonder. La certitude vise désormais ce qui résiste à l'examen, non ce qui s'impose par autorité, une position .

Kant, Critique de la raison pure (préface) · Hume, Enquête sur l'entendement humain, sect. XII

Arguments et objections (3)
ArgumentLa science comme savoir révisableLa science tient ses théories pour les mieux établies sans jamais les croire à l'abri d'une révision : le faillibilisme en acte. Voir la page
ObjectionLa demi-mesureUn savoir qu'on dit toujours révisable est-il encore un savoir ? Voir la page
ObjectionLe problème de l'inductionQu'est-ce qui garantit que demain ressemblera à hier ? Voir la page

Scepticisme

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Aucune certitude définitive n'est accessible : à toute thèse s'oppose une thèse contraire de force égale. La sagesse consiste à suspendre son jugement.

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Figures associées: Pyrrhon · Hume
Qui se tient ici
Pyrrhonexplicite

Le témoignage d'Aristoclès, recueilli de , ramène toute la sagesse à trois questions : comment les choses sont-elles par nature, quelle attitude prendre à leur égard, qu'en résulte-t-il pour nous. La réponse à la première fait l'originalité de Pyrrhon : les choses sont indéterminées, instables et indiscernables, si bien que ni nos sensations ni nos opinions ne disent le vrai ou le faux. De ce constat sur l'objet, et non d'un examen des facultés, il tire qu'il ne faut leur accorder aucune confiance et rester . Plus radical que le faillibilisme, qui révise ses croyances, il refuse d'affirmer même que rien n'est connaissable, et se contente de dire que les choses ne sont « pas plus ceci que cela ».

Aristoclès (d'après Timon), cité par Eusèbe, Préparation évangélique, XIV, 18 · Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 61-108

Sextus Empiricusexplicite

Le sceptique constate qu'à toute affirmation s'oppose une affirmation de force égale : c'est (isosthéneia) des raisons contraires. N'ayant aucun moyen de trancher, il (épochè), non par décision mais parce que le conflit non résolu l'y contraint. Sextus systématise ce mécanisme dans les hérités d' et d', qui poussent toute prétention au savoir vers la régression à l'infini, le cercle ou l'arrêt arbitraire. Là où fera du doute une étape vers le fondement, Sextus en fait une demeure : aucune certitude définitive n'est accessible, et le sceptique pousse la prudence jusqu'à ne pas même affirmer dogmatiquement qu'il n'y a pas de certitude.

Esquisses pyrrhoniennes, I, 8 et 12 · Esquisses pyrrhoniennes, I, 164-169 (les cinq tropes d'Agrippa)

Scepticismeexplicite

Toute prétention à connaître la nature cachée des choses suppose un critère du vrai ; or ce critère devrait lui-même être validé par un autre, et ainsi à l'infini, ou bien se garantir lui-même, ce qui est une pétition de principe. Le sceptique n'affirme donc pas que rien n'est connaissable, ce serait encore une thèse : il constate que pour chaque preuve avancée se dresse une preuve contraire d'égale force (l'), et que ce conflit irrésolu contraint à l'. Ce qui le sépare des dogmatiques comme des académiciens, c'est qu'il ne conclut ni au savoir ni à l'ignorance : il continue d'enquêter, sans clore.

Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, I, 8-10 · Diogène Laërce, Vies, IX, 78-79

Humeexplicite

Le problème de l' conduit Hume au bord du : si aucun raisonnement ne justifie d'attendre que le futur ressemble au passé, nos croyances les plus assurées reposent sur la coutume, un instinct, et non sur la raison. Mais l'argument ne débouche pas sur la paralysie pyrrhonienne, et c'est là sa pointe : la nature est plus forte que le doute, elle nous force à croire et à agir dès que nous quittons l'étude. Hume oppose donc au intégral, intenable dans la vie, un scepticisme mitigé (academical), réserve modérée qui borne l'enquête à ce que l'expérience peut atteindre.

Enquête sur l'entendement humain, sect. IV-V et sect. XII (du scepticisme académique ou mitigé) · Traité de la nature humaine, I, partie IV, sect. 1-2

Michel de Montaigneexplicite

La devise « Que sais-je ? » n'est pas une thèse mais une question tenue ouverte. Dans l', Montaigne reprend tout l'arsenal des grecs, diversité des opinions, faiblesse des sens, dépendance de la raison à la coutume, pour rabattre l'orgueil d'une raison qui prétend tout fonder. Mais son ne s'arrête pas à : il refuse l' systématique comme un nouveau dogme, garde l'usage des croyances pour vivre et conduit le doute non vers l' impassible mais vers la modestie, l'enquête sur soi et la . C'est un doute habité, faillibiliste avant la lettre, qui en fait l'aiguillon dont fera, contre lui, son point de départ.

Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond »

Nietzscheexplicite

Il n'existe pas de regard depuis nulle part : toute connaissance est l'optique d'une , une interprétation au service de quelque intérêt vital. L'idéal d'une vérité « objective » et désintéressée est lui-même une valeur, plutôt hostile à la vie. Ce perspectivisme n'est pourtant pas un relativisme plat : on peut hiérarchiser les perspectives selon leur fécondité, et c'est en multipliant les points de vue qu'on gagne en « objectivité ».

Fragments posthumes, automne 1885-1886, 7[60] · Par-delà bien et mal, §34

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Taoïsmeexplicite

Nommer, c'est découper le réel en catégories opposées (le grand et le petit, le vrai et le faux), or le est le fond indivis d'où ces distinctions procèdent : aucun mot ne peut donc le saisir sans le trahir. Le langage convient aux choses délimitées, jamais à la source qui les engendre toutes. Zhuangzi en tire un perspectivisme radical : chaque jugement parle depuis un point de vue situé, la dispute ne fait qu'opposer deux partialités sans juge qui les surplombe, et prétendre trancher universellement, c'est prendre son perchoir pour le centre du monde. D'où un qui vise moins à nier qu'à dissoudre la prétention au savoir certain et à délivrer du besoin d'avoir raison.

Laozi, Dao De Jing, ch. 1 · Zhuangzi, ch. 2 (De l'égalité des choses)

Zhuangziexplicite

Tout jugement se prononce d'un point de vue, et chaque point de vue a son « ceci » et son « cela » : ce que l'un tient pour vrai, l'autre le tient pour faux, et nul tribunal neutre ne peut les départager sans être lui-même partie. Zhuangzi en tire un scepticisme à l'égard du savoir discursif : les controverses des et des mohistes s'annulent, le rêve ne se distingue pas sûrement de la veille, et l'on ignore même si l'on sait quelque chose. Mais ce doute n'est pas la suspension grecque visant la : il est thérapeutique et libérateur, il dissout l'anxiété de devoir avoir raison pour laisser place à un savoir souple, accordé au cours des choses.

Zhuangzi, ch. 2 (Discours sur l'égalité des choses) · Zhuangzi, ch. 2 (le rêve du papillon)

Pragmatismeexplicite

Aucune croyance ne repose sur un fondement premier et indubitable : c'est l'erreur du , et celle du doute cartésien, que de chercher hors de l'enquête un socle qui la garantirait du dehors. Peirce renverse l'ordre : on ne part jamais de zéro, mais d'un tissu de croyances héritées que seul un doute réel, né d'une difficulté concrète, vient ébranler, jamais un doute feint posé par principe. De là le : nos opinions les mieux assurées restent corrigibles par l'expérience à venir, sans qu'aucune n'échappe en droit à la révision. La position se distingue ainsi à la fois de la quête rationaliste d'un point de départ certain et du qui, faute de ce point, suspendrait l'action : on enquête depuis l'intérieur de croyances révisables, sans dehors qui les fonde.

Peirce, « La fixation de la croyance » (1877) · Dewey, Logique : la théorie de l'enquête (1938)

Empirismeexplicite

Tirer tout le savoir de l'expérience oblige à en accepter la précarité : ce qui ne vient que des sens ne saurait avoir la nécessité d'une démonstration. Locke borne donc la connaissance certaine à un domaine étroit et range le reste sous la simple probabilité, et Hume porte le coup décisif en montrant que les vérités de fait reposent sur l'induction, laquelle présuppose sans pouvoir le prouver que l'avenir ressemblera au passé. Cette lucidité sur les limites de l'entendement situe l'école à l'opposé de la prétention rationaliste à un système déductif complet, sans pour autant verser dans le : le y reste mitigé, correctif et non destructeur.

Locke, Essai sur l'entendement humain, livre IV · Hume, Enquête sur l'entendement humain, sections IV et XII

Camusexplicite

L'esprit humain réclame l'unité, la clarté, des certitudes dernières ; le monde lui oppose un silence déraisonnable. De ce divorce naît : les vérités absolues que la raison exige ne sont pas à sa portée, et toute pensée qui les promet, religieuse ou systématique, accomplit un saut hors de l'évidence. Mais Camus se garde du intégral, qui se nie en s'affirmant : deux choses au moins restent certaines, l'absurde lui-même et le fait brut d'exister. La lucidité tient dans cet entre-deux, refusant à la fois l'espoir métaphysique et le renoncement à connaître.

Le Mythe de Sisyphe, Un raisonnement absurde

Socrateexplicite

L'oracle de Delphes ayant déclaré que nul n'était plus sage que lui, Socrate, persuadé de ne rien savoir, enquête pour réfuter le dieu, et découvre que les hommes réputés savants ne savent pas davantage mais croient savoir. Sa supériorité tient tout entière à ce qu'il ne se figure pas connaître ce qu'il ignore : cette n'est pas un qui renonce au vrai, mais le ressort de l', qui dissout les fausses certitudes pour rouvrir la recherche.

Platon, Apologie, 20e-23b (l'oracle et l'enquête)

Lockeexplicite

Locke borne l'entendement : la connaissance certaine et démonstrative est rare, limitée aux mathématiques et à quelques vérités morales ou métaphysiques. Sur les choses existantes et les matières de fait, nous n'avons qu'un savoir probable, fondé sur l'expérience et le témoignage. Sans verser dans le , il prône une défiance mesurée envers nos prétentions à la certitude.

Essai sur l'entendement humain, IV, ch. 2-3 (degrés et étendue de la connaissance) et ch. 15-16 (la probabilité)

Millexplicite

Réduire une opinion au silence présuppose qu'on la sait fausse, donc qu'on se croit infaillible : or nul ne l'est, et l'histoire est pleine de vérités d'abord persécutées. De cette faillibilité Mill tire l'exigence de débat : étouffer une opinion peut nous priver d'une vérité, et même fausse, elle aiguise par la contradiction la vérité reçue, qui sans cela dégénère en dogme mort, professé sans en saisir le sens. Le doute n'est donc pas chez lui scepticisme paralysant mais condition d'un savoir vivant, ce qui le range, sans renoncer à la vérité, du côté du .

De la liberté, ch. 2 (l'argument de la faillibilité et le dogme mort)

Beauvoirinférable

L'ambiguïté de la condition humaine est à assumer, non à fuir : c'est précisément ce que refuse l'esprit de sérieux, qui se rassure en tenant les valeurs pour des vérités fixes, inscrites dans les choses. Or rien n'est donné d'avance, ni le sens ni le bien : ils se constituent dans le projet libre, toujours révisables et sans garantie. De là une défiance de principe envers les certitudes absolues, qui masquent une démission, sans pour autant verser dans le , puisque la liberté fonde des valeurs réelles quoique non fondées en nature.

Pour une morale de l'ambiguïté

Laoziexplicite

« Le Dao qu'on peut nommer n'est pas le Dao constant » : le réel ultime échappe au langage et aux concepts, qui découpent et figent ce qui est fluide. Laozi raille le savoir affairé et exalte un « savoir ne pas savoir », mais ce n'est pas le de la suspension : c'est une connaissance plus haute, intuitive et silencieuse, accordée au Dao. Le doute porte sur le savoir discursif, non sur l'accès au vrai, d'où une position médiane penchant vers la défiance.

Dao De Jing, ch. 1 et 56 · Dao De Jing, ch. 48 et 71

Utilitarismeinférable

Le tempérament utilitariste est empiriste et anti-métaphysique : le savoir, moral comme factuel, dérive de l'expérience et des conséquences observables, jamais d'intuitions a priori tenues pour indubitables. Mill en tire une thèse forte sur la faillibilité : aucune opinion n'est certaine au point d'interdire qu'on la conteste, et c'est sur cette faillibilité même que se fonde la nécessité de la libre discussion. Le savoir demeure donc révisable, fait de vérités probables et amendables plutôt que de certitudes définitives.

Mill, De la liberté, ch. II

Benthaminférable

Dans la lignée empiriste, Bentham ne reconnaît de réalité qu'à ce qui s'observe et se mesure, et traque les fictions, ces termes comme le droit naturel qui miment la désignation d'une chose sans qu'aucun fait sensible y réponde. La certitude ne se gagne donc pas par une raison a priori posant des vérités définitives, mais par l'enregistrement des faits et le calcul ; toute prétention métaphysique à un savoir hors de l'expérience reste suspecte. La position est mesurée : non le doute du sceptique, mais la confiance dans la seule connaissance empirique, faillible et corrigible.

Théorie des fictions ; Chrestomathia

Le Bouddhainférable

Gautama invite à ne pas croire sur la seule autorité, la tradition ou le raisonnement, mais à éprouver par soi-même ce qui mène au bien et à l'apaisement : c'est le célèbre conseil aux Kālāma. Cette défiance envers les spéculations dogmatiques et les « vues » figées, jointe au refus de trancher les questions vaines, marque une retenue critique modérée, sans verser dans le scepticisme intégral puisque la voie, elle, est tenue pour vérifiable.

Kālāma Sutta, Aṅguttara Nikāya 3.65 (ne pas croire sur la seule autorité) · Cūḷamālukya Sutta, Majjhima Nikāya 63 (la parabole de la flèche, les questions laissées sans réponse)

Confuciusinférable

Confucius enseigne une honnêteté épistémique mesurée : tenir pour su ce que tu sais, et pour ignoré ce que tu ignores, voilà le vrai savoir. Il se garde de trancher sur l'au-delà ou les esprits et reconnaît n'être pas né savant. Sans verser dans le scepticisme, il fait place au doute et à l'ignorance assumée, d'où une légère inclinaison hors du dogmatisme.

Entretiens, II, 17 (tenir pour su ce qu'on sait, pour ignoré ce qu'on ignore) · Entretiens, VII, 19 (je ne suis pas né savant ; j'aime l'antiquité et m'y applique)

Bouddhismeinférable

Le Bouddha détourne de la spéculation métaphysique : aux questions sur l'éternité du monde ou sur l'au-delà, il oppose le silence, comme le blessé n'a pas à connaître l'archer avant qu'on retire la flèche de la plaie. La vérité ne s'établit pas par l'autorité, la tradition ou le raisonnement seul, mais s'éprouve par l'expérience directe, viens et vois. La position est plus pragmatique que sceptique : nul dogme certain à embrasser, mais une voie dont chacun vérifie par lui-même l'efficacité, le Dharma se réalisant dans l'intuition méditative.

Kalama Sutta (Anguttara Nikaya) · Cula-Malunkyovada Sutta (la parabole de la flèche)

Confucianismeinférable

La sagesse confucéenne tient dans une humilité épistémique mesurée : savoir qu'on sait ce qu'on sait, et qu'on ignore ce qu'on ignore, voilà le savoir. Confucius écarte la spéculation sur les esprits ou sur la mort, faute d'avoir d'abord compris la vie, et préfère à la métaphysique l'étude des textes, des rites et de l'exemple des sages. Ni doute systématique ni système dogmatique : une confiance pratique dans la Voie, qui se prouve dans la conduite plutôt que dans la théorie.

Entretiens (Lunyu), II.17 et XI.12

Existentialismeinférable

Trait commun par-delà les divisions du courant : le refus du grand système rationnel qui prétendrait enclore le réel dans des certitudes objectives et impersonnelles, à la manière de Hegel. La vérité qui compte ne se contemple pas, elle s'éprouve et s'approprie dans l'existence, la vérité est la subjectivité (Kierkegaard). Sur le reste les figures divergent, de la foi kierkegaardienne au cogito que Sartre maintient comme vérité absolue, ce qui interdit de ranger franchement le courant du côté sceptique : il déplace surtout le lieu du vrai, du système vers le sujet.

Kierkegaard, Post-scriptum définitif et non scientifique

Arguments et objections (3)
ArgumentL'argument de l'équipollenceQuand le pour et le contre s'équilibrent, le plus rigoureux est de suspendre son jugement. Voir la page
ObjectionL'objection d'auto-réfutationAffirmer qu'on ne peut rien affirmer se contredit soi-même. Voir la page
ObjectionLe succès de la connaissanceSi rien n'était plus assuré que son contraire, comment expliquer que le savoir réussisse ? Voir la page
Vousvous n'avez pas encore pris position sur cet axe.Situez-vous54 figures · 17 courants cartographiés
Parcours qui traversent cet axe
Problèmes

Voir la carte des problèmes dans l'Atlas →

  • Descriptif Expérience de pensée
    Qu'est-ce qui résiste au doute ?

    En poussant le doute jusqu'au bout, rêve, illusion, un trompeur possible, reste-t-il quelque chose qui résiste, ou faut-il admettre qu'aucune certitude ne tient ?

    celui qui doute
  • Descriptif Mise en situation
    Sûr de soi, sûr du vrai ?

    Une conviction affichée avec aplomb, sans preuve, doit-elle emporter l'adhésion, ou faut-il exiger des raisons avant de croire, fût-ce au prix de l'inconfort de suspendre son jugement ?

    une affirmation
  • Descriptif Mise en situation
    Seul à voir clair ?

    Quand tous pensent le contraire de moi, est-ce le signe que je me trompe, ou le lucide est-il parfois seul contre la foule : jusqu'où s'en remettre au jugement des autres ?

    ma conviction face aux autres
Aller plus loin

Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe

  • Descriptif
    Les mathématiques, hors de doute ?

    Longtemps modèle même de la certitude, les mathématiques échappent-elles à tout doute, ou le choix des axiomes et les limites révélées par les théorèmes d'incomplétude montrent-ils que, même là, la certitude a un horizon ?

    un système d'axiomes
  • Descriptif
    Demain ressemblera-t-il à hier ?

    Le soleil s'est toujours levé, mais qu'est-ce qui garantit qu'il se lèvera demain ? Aucune accumulation d'observations ne prouve une loi : notre confiance dans l'avenir tient-elle à la raison, ou à la seule habitude ?

    une loi tirée de l'expérience
  • Pratique
    Vivre sans certitude

    Si rien n'est certain, peut-on encore agir et choisir, ou suspendre son jugement rend-il la vie impossible : le faillibilisme, agir sur ses meilleures raisons en restant révisable, est-il l'issue ?

    agir et juger
  • PrescriptifÉpistémique
    Le désaccord d'un égal

    Quand quelqu'un d'aussi informé et rigoureux que moi conclut l'inverse, dois-je tempérer ma confiance, comme le sceptique qui érige l'isosthénie en règle, ou puis-je tenir bon au nom de l'examen que j'ai moi-même conduit ?

    le jugement d'un pair

Problèmes liés élargir vers d'autres axes

  • Descriptif
    Justifier, jusqu'où ?

    Toute raison s'appuie sur une autre raison : la chaîne s'arrête-t-elle sur un fondement, tourne-t-elle en cercle, ou se perd-elle à l'infini ? C'est le levier du sceptique.

    la chaîne des raisons
  • Descriptif
    Le monde, ou nos représentations ?

    À supposer même que nos perceptions soient cohérentes, atteignent-elles les choses telles qu'elles sont, ou seulement nos représentations, sans moyen de comparer les deux ?

    le monde extérieur
  • Descriptif
    Les sens nous trompent-ils ?

    Si les sens peuvent nous tromper jusqu'à la racine, comme dans le rêve, peut-on encore faire reposer sur eux un savoir solide ?

    la perception sensibleSource de la connaissance
  • Descriptif
    De l'observé à l'inobservé

    Une loi générale étend à tous les cas ce qu'on n'a constaté que sur quelques-uns : que le soleil se soit toujours levé ne prouve pas qu'il se lèvera demain, car rien ne garantit que l'inobservé se conduira comme l'observé, ni l'avenir comme le passé. Ce saut, aucune accumulation de preuves ne le comble : c'est le défi que chaque méthode doit relever à sa façon.

    l'inférence de l'observé à l'inobservéMéthode scientifique

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Citations
À tout argument s'oppose un argument égal.
Sextus Empiricus · Esquisses pyrrhoniennes, I, 12

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Comment saurais-je que ce que j'appelle savoir n'est pas de l'ignorance, et que ce que j'appelle ignorance n'est pas du savoir ?
Zhuangzi · ch. 2 (Discours sur l'égalité des choses)

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Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations.
Nietzsche · Fragments posthumes, automne 1885-1886, 7[60]

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Il ne peut y avoir de vérité autre, au point de départ, que celle-ci : je pense, donc je suis, c'est là la vérité absolue de la conscience s'atteignant elle-même.
Sartre · L'existentialisme est un humanisme

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Je l'avoue franchement, c'est l'objection de David Hume qui, voici bien des années, interrompit mon sommeil dogmatique.
Kant · Prolégomènes, Préface

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Je ne sais pas si ce monde a un sens qui le dépasse. Mais je sais que je ne connais pas ce sens et qu'il m'est impossible pour le moment de le connaître.
Camus · Le Mythe de Sisyphe

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Les choses ne sont pas plus ceci que cela, ni les deux à la fois, ni ni l'un ni l'autre.
Pyrrhon · Aristoclès, cité par Eusèbe, Préparation évangélique, XIV, 18

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Les questions que nous posons et nos doutes reposent sur ce que certaines propositions sont soustraites au doute, comme les gonds sur lesquels ceux-là tournent.
Wittgenstein · De la certitude, §341 (notes posthumes)

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Quand surgira une controverse, il n'y aura pas plus besoin de discuter entre deux philosophes qu'entre deux comptables. Il leur suffira de prendre la plume, de s'asseoir et de se dire : calculons.
Leibniz · De l'art combinatoire / Lettres

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Réduire au silence une opinion, c'est voler l'humanité ; ceux qui dissentent plus encore que ceux qui la partagent.
Mill · De la liberté, ch. 2

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