Rapport au vrai· Croire et savoir
Scepticisme
Axe: Rapport à la certitude — Pouvons-nous atteindre des certitudes définitives ?
Aucune certitude définitive n'est accessible : à toute thèse s'oppose une thèse contraire de force égale. La sagesse consiste à suspendre son jugement.
Courants 8
Scepticismeexplicite
Toute prétention à connaître la nature cachée des choses suppose un critère du vrai ; or ce critère devrait lui-même être validé par un autre, et ainsi à l'infini, ou bien se garantir lui-même, ce qui est une pétition de principe. Le sceptique n'affirme donc pas que rien n'est connaissable, ce serait encore une thèse : il constate que pour chaque preuve avancée se dresse une preuve contraire d'égale force (l'), et que ce conflit irrésolu contraint à l'. Ce qui le sépare des dogmatiques comme des académiciens, c'est qu'il ne conclut ni au savoir ni à l'ignorance : il continue d'enquêter, sans clore.
Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, I, 8-10 · Diogène Laërce, Vies, IX, 78-79
Taoïsmeexplicite
Nommer, c'est découper le réel en catégories opposées (le grand et le petit, le vrai et le faux), or le est le fond indivis d'où ces distinctions procèdent : aucun mot ne peut donc le saisir sans le trahir. Le langage convient aux choses délimitées, jamais à la source qui les engendre toutes. Zhuangzi en tire un perspectivisme radical : chaque jugement parle depuis un point de vue situé, la dispute ne fait qu'opposer deux partialités sans juge qui les surplombe, et prétendre trancher universellement, c'est prendre son perchoir pour le centre du monde. D'où un qui vise moins à nier qu'à dissoudre la prétention au savoir certain et à délivrer du besoin d'avoir raison.
Laozi, Dao De Jing, ch. 1 · Zhuangzi, ch. 2 (De l'égalité des choses)
Pragmatismeexplicite
Aucune croyance ne repose sur un fondement premier et indubitable : c'est l'erreur du , et celle du doute cartésien, que de chercher hors de l'enquête un socle qui la garantirait du dehors. Peirce renverse l'ordre : on ne part jamais de zéro, mais d'un tissu de croyances héritées que seul un doute réel, né d'une difficulté concrète, vient ébranler, jamais un doute feint posé par principe. De là le : nos opinions les mieux assurées restent corrigibles par l'expérience à venir, sans qu'aucune n'échappe en droit à la révision. La position se distingue ainsi à la fois de la quête rationaliste d'un point de départ certain et du qui, faute de ce point, suspendrait l'action : on enquête depuis l'intérieur de croyances révisables, sans dehors qui les fonde.
Peirce, « La fixation de la croyance » (1877) · Dewey, Logique : la théorie de l'enquête (1938)
Empirismeexplicite
Tirer tout le savoir de l'expérience oblige à en accepter la précarité : ce qui ne vient que des sens ne saurait avoir la nécessité d'une démonstration. Locke borne donc la connaissance certaine à un domaine étroit et range le reste sous la simple probabilité, et Hume porte le coup décisif en montrant que les vérités de fait reposent sur l'induction, laquelle présuppose sans pouvoir le prouver que l'avenir ressemblera au passé. Cette lucidité sur les limites de l'entendement situe l'école à l'opposé de la prétention rationaliste à un système déductif complet, sans pour autant verser dans le : le y reste mitigé, correctif et non destructeur.
Locke, Essai sur l'entendement humain, livre IV · Hume, Enquête sur l'entendement humain, sections IV et XII
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Utilitarismeinférable
Le tempérament utilitariste est empiriste et anti-métaphysique : le savoir, moral comme factuel, dérive de l'expérience et des conséquences observables, jamais d'intuitions a priori tenues pour indubitables. Mill en tire une thèse forte sur la faillibilité : aucune opinion n'est certaine au point d'interdire qu'on la conteste, et c'est sur cette faillibilité même que se fonde la nécessité de la libre discussion. Le savoir demeure donc révisable, fait de vérités probables et amendables plutôt que de certitudes définitives.
Mill, De la liberté, ch. II
Bouddhismeinférable
Le Bouddha détourne de la spéculation métaphysique : aux questions sur l'éternité du monde ou sur l'au-delà, il oppose le silence, comme le blessé n'a pas à connaître l'archer avant qu'on retire la flèche de la plaie. La vérité ne s'établit pas par l'autorité, la tradition ou le raisonnement seul, mais s'éprouve par l'expérience directe, viens et vois. La position est plus pragmatique que sceptique : nul dogme certain à embrasser, mais une voie dont chacun vérifie par lui-même l'efficacité, le Dharma se réalisant dans l'intuition méditative.
Kalama Sutta (Anguttara Nikaya) · Cula-Malunkyovada Sutta (la parabole de la flèche)
Confucianismeinférable
La sagesse confucéenne tient dans une humilité épistémique mesurée : savoir qu'on sait ce qu'on sait, et qu'on ignore ce qu'on ignore, voilà le savoir. Confucius écarte la spéculation sur les esprits ou sur la mort, faute d'avoir d'abord compris la vie, et préfère à la métaphysique l'étude des textes, des rites et de l'exemple des sages. Ni doute systématique ni système dogmatique : une confiance pratique dans la Voie, qui se prouve dans la conduite plutôt que dans la théorie.
Entretiens (Lunyu), II.17 et XI.12
Existentialismeinférable
Trait commun par-delà les divisions du courant : le refus du grand système rationnel qui prétendrait enclore le réel dans des certitudes objectives et impersonnelles, à la manière de Hegel. La vérité qui compte ne se contemple pas, elle s'éprouve et s'approprie dans l'existence, la vérité est la subjectivité (Kierkegaard). Sur le reste les figures divergent, de la foi kierkegaardienne au cogito que Sartre maintient comme vérité absolue, ce qui interdit de ranger franchement le courant du côté sceptique : il déplace surtout le lieu du vrai, du système vers le sujet.
Kierkegaard, Post-scriptum définitif et non scientifique
Philosophes 15
Pyrrhonexplicite
Le témoignage d'Aristoclès, recueilli de , ramène toute la sagesse à trois questions : comment les choses sont-elles par nature, quelle attitude prendre à leur égard, qu'en résulte-t-il pour nous. La réponse à la première fait l'originalité de Pyrrhon : les choses sont indéterminées, instables et indiscernables, si bien que ni nos sensations ni nos opinions ne disent le vrai ou le faux. De ce constat sur l'objet, et non d'un examen des facultés, il tire qu'il ne faut leur accorder aucune confiance et rester . Plus radical que le faillibilisme, qui révise ses croyances, il refuse d'affirmer même que rien n'est connaissable, et se contente de dire que les choses ne sont « pas plus ceci que cela ».
Aristoclès (d'après Timon), cité par Eusèbe, Préparation évangélique, XIV, 18 · Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 61-108
Sextus Empiricusexplicite
Le sceptique constate qu'à toute affirmation s'oppose une affirmation de force égale : c'est (isosthéneia) des raisons contraires. N'ayant aucun moyen de trancher, il (épochè), non par décision mais parce que le conflit non résolu l'y contraint. Sextus systématise ce mécanisme dans les hérités d' et d', qui poussent toute prétention au savoir vers la régression à l'infini, le cercle ou l'arrêt arbitraire. Là où fera du doute une étape vers le fondement, Sextus en fait une demeure : aucune certitude définitive n'est accessible, et le sceptique pousse la prudence jusqu'à ne pas même affirmer dogmatiquement qu'il n'y a pas de certitude.
Esquisses pyrrhoniennes, I, 8 et 12 · Esquisses pyrrhoniennes, I, 164-169 (les cinq tropes d'Agrippa)
Humeexplicite
Le problème de l' conduit Hume au bord du : si aucun raisonnement ne justifie d'attendre que le futur ressemble au passé, nos croyances les plus assurées reposent sur la coutume, un instinct, et non sur la raison. Mais l'argument ne débouche pas sur la paralysie pyrrhonienne, et c'est là sa pointe : la nature est plus forte que le doute, elle nous force à croire et à agir dès que nous quittons l'étude. Hume oppose donc au intégral, intenable dans la vie, un scepticisme mitigé (academical), réserve modérée qui borne l'enquête à ce que l'expérience peut atteindre.
Enquête sur l'entendement humain, sect. IV-V et sect. XII (du scepticisme académique ou mitigé) · Traité de la nature humaine, I, partie IV, sect. 1-2
Michel de Montaigneexplicite
La devise « Que sais-je ? » n'est pas une thèse mais une question tenue ouverte. Dans l', Montaigne reprend tout l'arsenal des grecs, diversité des opinions, faiblesse des sens, dépendance de la raison à la coutume, pour rabattre l'orgueil d'une raison qui prétend tout fonder. Mais son ne s'arrête pas à : il refuse l' systématique comme un nouveau dogme, garde l'usage des croyances pour vivre et conduit le doute non vers l' impassible mais vers la modestie, l'enquête sur soi et la . C'est un doute habité, faillibiliste avant la lettre, qui en fait l'aiguillon dont fera, contre lui, son point de départ.
Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond »
Nietzscheexplicite
Il n'existe pas de regard depuis nulle part : toute connaissance est l'optique d'une , une interprétation au service de quelque intérêt vital. L'idéal d'une vérité « objective » et désintéressée est lui-même une valeur, plutôt hostile à la vie. Ce perspectivisme n'est pourtant pas un relativisme plat : on peut hiérarchiser les perspectives selon leur fécondité, et c'est en multipliant les points de vue qu'on gagne en « objectivité ».
Fragments posthumes, automne 1885-1886, 7[60] · Par-delà bien et mal, §34
Zhuangziexplicite
Tout jugement se prononce d'un point de vue, et chaque point de vue a son « ceci » et son « cela » : ce que l'un tient pour vrai, l'autre le tient pour faux, et nul tribunal neutre ne peut les départager sans être lui-même partie. Zhuangzi en tire un scepticisme à l'égard du savoir discursif : les controverses des et des mohistes s'annulent, le rêve ne se distingue pas sûrement de la veille, et l'on ignore même si l'on sait quelque chose. Mais ce doute n'est pas la suspension grecque visant la : il est thérapeutique et libérateur, il dissout l'anxiété de devoir avoir raison pour laisser place à un savoir souple, accordé au cours des choses.
Zhuangzi, ch. 2 (Discours sur l'égalité des choses) · Zhuangzi, ch. 2 (le rêve du papillon)
Millexplicite
Réduire une opinion au silence présuppose qu'on la sait fausse, donc qu'on se croit infaillible : or nul ne l'est, et l'histoire est pleine de vérités d'abord persécutées. De cette faillibilité Mill tire l'exigence de débat : étouffer une opinion peut nous priver d'une vérité, et même fausse, elle aiguise par la contradiction la vérité reçue, qui sans cela dégénère en dogme mort, professé sans en saisir le sens. Le doute n'est donc pas chez lui scepticisme paralysant mais condition d'un savoir vivant, ce qui le range, sans renoncer à la vérité, du côté du .
De la liberté, ch. 2 (l'argument de la faillibilité et le dogme mort)
Camusexplicite
L'esprit humain réclame l'unité, la clarté, des certitudes dernières ; le monde lui oppose un silence déraisonnable. De ce divorce naît : les vérités absolues que la raison exige ne sont pas à sa portée, et toute pensée qui les promet, religieuse ou systématique, accomplit un saut hors de l'évidence. Mais Camus se garde du intégral, qui se nie en s'affirmant : deux choses au moins restent certaines, l'absurde lui-même et le fait brut d'exister. La lucidité tient dans cet entre-deux, refusant à la fois l'espoir métaphysique et le renoncement à connaître.
Le Mythe de Sisyphe, Un raisonnement absurde
Socrateexplicite
L'oracle de Delphes ayant déclaré que nul n'était plus sage que lui, Socrate, persuadé de ne rien savoir, enquête pour réfuter le dieu, et découvre que les hommes réputés savants ne savent pas davantage mais croient savoir. Sa supériorité tient tout entière à ce qu'il ne se figure pas connaître ce qu'il ignore : cette n'est pas un qui renonce au vrai, mais le ressort de l', qui dissout les fausses certitudes pour rouvrir la recherche.
Platon, Apologie, 20e-23b (l'oracle et l'enquête)
Laoziexplicite
« Le Dao qu'on peut nommer n'est pas le Dao constant » : le réel ultime échappe au langage et aux concepts, qui découpent et figent ce qui est fluide. Laozi raille le savoir affairé et exalte un « savoir ne pas savoir », mais ce n'est pas le de la suspension : c'est une connaissance plus haute, intuitive et silencieuse, accordée au Dao. Le doute porte sur le savoir discursif, non sur l'accès au vrai, d'où une position médiane penchant vers la défiance.
Dao De Jing, ch. 1 et 56 · Dao De Jing, ch. 48 et 71
Lockeexplicite
Locke borne l'entendement : la connaissance certaine et démonstrative est rare, limitée aux mathématiques et à quelques vérités morales ou métaphysiques. Sur les choses existantes et les matières de fait, nous n'avons qu'un savoir probable, fondé sur l'expérience et le témoignage. Sans verser dans le , il prône une défiance mesurée envers nos prétentions à la certitude.
Essai sur l'entendement humain, IV, ch. 2-3 (degrés et étendue de la connaissance) et ch. 15-16 (la probabilité)
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Beauvoirinférable
L'ambiguïté de la condition humaine est à assumer, non à fuir : c'est précisément ce que refuse l'esprit de sérieux, qui se rassure en tenant les valeurs pour des vérités fixes, inscrites dans les choses. Or rien n'est donné d'avance, ni le sens ni le bien : ils se constituent dans le projet libre, toujours révisables et sans garantie. De là une défiance de principe envers les certitudes absolues, qui masquent une démission, sans pour autant verser dans le , puisque la liberté fonde des valeurs réelles quoique non fondées en nature.
Pour une morale de l'ambiguïté
Benthaminférable
Dans la lignée empiriste, Bentham ne reconnaît de réalité qu'à ce qui s'observe et se mesure, et traque les fictions, ces termes comme le droit naturel qui miment la désignation d'une chose sans qu'aucun fait sensible y réponde. La certitude ne se gagne donc pas par une raison a priori posant des vérités définitives, mais par l'enregistrement des faits et le calcul ; toute prétention métaphysique à un savoir hors de l'expérience reste suspecte. La position est mesurée : non le doute du sceptique, mais la confiance dans la seule connaissance empirique, faillible et corrigible.
Théorie des fictions ; Chrestomathia
Le Bouddhainférable
Gautama invite à ne pas croire sur la seule autorité, la tradition ou le raisonnement, mais à éprouver par soi-même ce qui mène au bien et à l'apaisement : c'est le célèbre conseil aux Kālāma. Cette défiance envers les spéculations dogmatiques et les « vues » figées, jointe au refus de trancher les questions vaines, marque une retenue critique modérée, sans verser dans le scepticisme intégral puisque la voie, elle, est tenue pour vérifiable.
Kālāma Sutta, Aṅguttara Nikāya 3.65 (ne pas croire sur la seule autorité) · Cūḷamālukya Sutta, Majjhima Nikāya 63 (la parabole de la flèche, les questions laissées sans réponse)
Confuciusinférable
Confucius enseigne une honnêteté épistémique mesurée : tenir pour su ce que tu sais, et pour ignoré ce que tu ignores, voilà le vrai savoir. Il se garde de trancher sur l'au-delà ou les esprits et reconnaît n'être pas né savant. Sans verser dans le scepticisme, il fait place au doute et à l'ignorance assumée, d'où une légère inclinaison hors du dogmatisme.
Entretiens, II, 17 (tenir pour su ce qu'on sait, pour ignoré ce qu'on ignore) · Entretiens, VII, 19 (je ne suis pas né savant ; j'aime l'antiquité et m'y applique)
Argument
- Pour chaque affirmation que je tiens pour vraie, je peux trouver des raisons contraires d'une force comparable : les sens varient d'un témoin à l'autre, et toute preuve s'appuie sur une autre preuve qui reste, elle aussi, discutable.
- Or lorsque le pour et le contre s'équilibrent, rien ne justifie de pencher d'un côté plutôt que de l'autre : ce serait choisir sans raison.
- Affirmer malgré tout reviendrait à ajouter une croyance que les raisons ne soutiennent pas, et donc à se tromper sur ce qu'on est en droit de tenir pour acquis.
Donc Donc le plus lucide est de suspendre son jugement, là où aucune raison décisive ne tranche.
Voir la pageObjection
- Le sceptique soutient une thèse : « aucune thèse n'est certaine ». Mais cette thèse-là, la tient-il pour certaine ?
- S'il la tient pour certaine, il se contredit : voilà au moins une certitude. S'il ne la tient pas pour certaine, alors elle ne nous oblige à rien, et nous pouvons continuer d'affirmer.
- De plus, nul ne vit son scepticisme : pour agir, parler, se nourrir, le sceptique fait à chaque instant confiance à mille croyances qu'il prétend suspendre.
Donc Donc le doute universel ne tient pas jusqu'au bout : quelque chose est toujours déjà tenu pour vrai.
Voir la pageObjection
- Le sceptique soutient qu'à toute affirmation s'oppose une affirmation contraire de force égale : aucune ne mériterait davantage notre assentiment.
- Pourtant certaines connaissances réussissent là où leur contraire échouerait : l'astronome annonce l'éclipse à la minute près, la médecine fait reculer des maladies, l'ingénieur lance une sonde qui atteint sa cible à des milliards de kilomètres.
- Si toutes les thèses se valaient, ces réussites répétées seraient un pur miracle. Le plus simple est d'admettre que certaines croyances sont mieux fondées que leur contraire, sans être pour autant définitives.
Donc Donc l'équilibre parfait des raisons est un leurre : l'expérience tranche, et certaines de nos croyances ont gagné le droit d'être préférées.
Voir la pageÉgaliser les points de vueRègleAttestée · Zhuangzi
Ce qui est « ceci » pour l'un est « cela » pour l'autre : avant de trancher, faites parler l'autre bord.
Inspiré du « De l'égalité des choses » (Qiwulun) de Zhuangzi : nos jugements de vrai et de faux dépendent du point de vue d'où on les prononce, et chaque camp tient le sien pour évident. La règle consiste, en pleine dispute, à formuler soi-même la chose depuis la position adverse, puis depuis un point de vue plus large, pour desserrer la fixation sur son seul angle. Aujourd'hui, elle aide à sortir des oppositions stériles et à juger avec plus de souplesse.
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L'inventaire de l'ignoranceExerciceInspirée de Socrate
Le seul savoir que se reconnaissait était de savoir qu'il ne savait pas : sa . L'exercice en fait une routine : sur un sujet où l'on a des avis tranchés, séparer ce qu'on sait vraiment justifier de ce qu'on répète sans l'avoir examiné. On y gagne l'humilité qui rouvre la curiosité, et la liberté de ne plus défendre des positions qu'on n'a jamais vraiment choisies.
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Pas plus ceci que cela : le « ou mallon »AttitudeAttestée · Pyrrhon
Pas plus ceci que cela : je n'affirme rien de plus qu'il ne m'apparaît.
résumait sa disposition d'une formule, « ou mallon », pas plus ceci que cela : ne rien affirmer au-delà de ce qui apparaît. Ce n'est pas une règle à appliquer mais une tenue intérieure à porter : on agit selon les apparences et la coutume, on rend ses jugements de valeur révocables, et l'on garde l'esprit dégagé, sans s'attacher à avoir raison. Aujourd'hui, cette légèreté allège la dispute et le ressentiment : on peut prendre position pour agir sans en faire une cause à défendre coûte que coûte.
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Suspendre son jugement : l'épochèRègleAttestée · Scepticisme antique
Opposer à toute certitude sa contraire ; faute de trancher, suspendre.
Les opposaient à chaque thèse une thèse contraire de force égale (l') ; faute de pouvoir trancher, ils suspendaient leur jugement, l', et trouvaient dans ce suspens une tranquillité inattendue, l'. Cette règle reprend leur geste : devant une certitude qui vous emporte, bâtir vous-même la position adverse, peser, et accepter de ne pas conclure. Elle désamorce aujourd'hui les emballements et les disputes où l'on défend une opinion plus qu'on ne l'examine.
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Peser le cas contraire : l'équipollenceExerciceAttestée · Sextus Empiricus
a consigné la méthode des sceptiques anciens : à toute affirmation, opposer un argument contraire de force égale, jusqu'à ce que les deux se fassent équilibre, l'. Cet exercice reprend ce geste comme une discipline : non pour conclure, mais pour construire de vos propres mains le meilleur cas adverse à une opinion qui vous tient trop fort. La balance s'égalisant, la prise de l'opinion forcée se desserre, et l' devient possible. Aujourd'hui, il assouplit les certitudes où l'on s'est enfermé sans les avoir vraiment examinées.
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- Descriptif Expérience de penséeQu'est-ce qui résiste au doute ?
En poussant le doute jusqu'au bout, rêve, illusion, un trompeur possible, reste-t-il quelque chose qui résiste, ou faut-il admettre qu'aucune certitude ne tient ?
celui qui doute - Descriptif Mise en situationSeul à voir clair ?
Quand tous pensent le contraire de moi, est-ce le signe que je me trompe, ou le lucide est-il parfois seul contre la foule : jusqu'où s'en remettre au jugement des autres ?
ma conviction face aux autres - DescriptifDemain ressemblera-t-il à hier ?
Le soleil s'est toujours levé, mais qu'est-ce qui garantit qu'il se lèvera demain ? Aucune accumulation d'observations ne prouve une loi : notre confiance dans l'avenir tient-elle à la raison, ou à la seule habitude ?
une loi tirée de l'expérience - PratiqueVivre sans certitude
Si rien n'est certain, peut-on encore agir et choisir, ou suspendre son jugement rend-il la vie impossible : le faillibilisme, agir sur ses meilleures raisons en restant révisable, est-il l'issue ?
agir et juger - PrescriptifÉpistémiqueLe désaccord d'un égal
Quand quelqu'un d'aussi informé et rigoureux que moi conclut l'inverse, dois-je tempérer ma confiance, comme le sceptique qui érige l'isosthénie en règle, ou puis-je tenir bon au nom de l'examen que j'ai moi-même conduit ?
le jugement d'un pair