Les questions

Rapport au vrai· Vérité, langage et sciencedifficulté

Méthode scientifique

Comment la science s'y prend-elle pour justifier ses affirmations ?

La science inspire confiance, mais comment justifie-t-elle au juste ses affirmations : en les prouvant par l'expérience, en les exposant à la réfutation, ou en calculant leur probabilité ? Ce qu'on attend d'une preuve scientifique, et ce qui sépare la science de la simple croyance, en dépend.

La preuve par l'expérienceLa réfutationLe calcul des probabilités
Les pôles, et qui les tient

La preuve par l'expérience

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L'expérience a le pouvoir de prouver : une observation bien conduite, une expérimentation rigoureuse peuvent établir une loi ou confirmer une hypothèse. C'est en accumulant des preuves positives que la science gagne en certitude ; l'expérience n'est pas seulement une source d'idées, elle est le tribunal qui les valide.

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Figures associées: Bacon · Mill
Qui se tient ici
Baconexplicite

Le syllogisme, reproche Bacon, n'enchaîne que des notions déjà reçues : il ne découvre rien, il habille les préjugés. À cette logique d'anticipations de la nature il oppose une logique d'interprétation : ne pas voler comme l'abeille de la seule expérience ni filer comme l'araignée de la seule raison, mais remonter pas à pas des faits aux lois. Son n'est donc pas la simple énumération qui généralise quelques cas concordants ; c'est une induction éliminative, qui dresse des tables de présence, d'absence et de degrés pour écarter méthodiquement les fausses causes et isoler la forme du phénomène. La science ne s'élance d'aucun système préconçu : elle se construit du bas vers le haut, par exclusion.

Novum Organum, I (aphorismes 19, 95, 105) · Novum Organum, II (tables et exclusion)

Millexplicite

Le Système de logique codifie l'induction : ce sont les méthodes expérimentales (concordance, différence) qui, à partir de l'observation des régularités, établissent les lois de la nature. La connaissance scientifique se construit du particulier vers le général.

Système de logique, livre III

Empirismeexplicite

Puisque rien n'est dans l'esprit qui n'ait d'abord été dans les sens, la méthode ne peut être que régressive puis ascendante : on part du donné observable et l'on s'élève aux lois générales par induction, jamais l'inverse. Bacon érige cette marche en règle, dénonçant l'anticipation hâtive qui plaque sur la nature des principes a priori, et lui oppose l'induction méthodique, conduite par tables d'absence et de présence. C'est le renversement du modèle rationaliste, qui déduisait le monde de premières vérités évidentes : ici les axiomes ne précèdent pas l'expérience, ils en sont l'aboutissement révisable.

Locke, Essai ; Hume, Enquête ; Bacon, Novum Organum

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Les Lumièresexplicite

Hostiles aux systèmes a priori et aux hypothèses gratuites, les Lumières font de l'observation et de l'expérience la source de toute physique : on remonte des faits aux lois par , à la manière de dont l'Encyclopédie se réclame. radicalise pourtant ce programme en montrant que l'induction elle-même ne se fonde pas en raison, mais sur l'habitude. Parallèlement, le calcul des probabilités de Laplace et de ouvre une voie quantitative à l'incertitude.

Bacon, Novum Organum · Condorcet, Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions

Charles Sanders Peirceinférable

Aucun des trois pôles ne capte exactement Peirce, qui a précisément ajouté une pièce manquante : l', l'inférence qui invente l'hypothèse, en amont de la déduction qui en tire les conséquences et de l' qui les met à l'épreuve. La science est pour lui ce cycle complet, non l'un de ses moments. On le range malgré tout du côté de l'inductivisme, car il reste un expérimentateur qui fonde tout sur l'épreuve des faits et fait de l'induction le test décisif ; mais il prétend en désamorcer le défaut, dénoncé par , en faisant valoir qu'une induction répétée se corrige elle-même à la longue. Sa formation de statisticien lui donne aussi un versant probabiliste, attentif aux fréquences et à l'erreur, qui annonce le bayésianisme sans s'y réduire. Ce qui fait la science n'est pas une règle d'inférence unique mais l'autocorrection sur le long terme d'une réglée sur le réel.

La fixation de la croyance (1877) · Collected Papers, V, 180-212 (sur l'abduction)

La réfutation

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On ne prouve jamais une théorie, on peut seulement la réfuter. Une hypothèse est scientifique si elle s'expose à une expérience qui pourrait la démentir ; tant qu'elle y résiste, elle est corroborée, jamais établie une fois pour toutes.

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Figures associées: Popper
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Le calcul des probabilités

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Connaître, c'est ajuster des degrés de croyance. Chaque observation révise la probabilité d'une hypothèse selon le théorème de Bayes : une preuve ne prouve pas, elle rend plus ou moins probable, à partir de ce que l'on croyait déjà.

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Problèmes

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  • Descriptif Expérience de pensée
    Le cygne noir

    Aucun nombre de cygnes blancs ne prouve que tous le sont, mais un seul cygne noir suffit à le démentir : comment, dès lors, établir une loi générale, en accumulant les cas, en cherchant le contre-exemple, ou en pesant les probabilités ?

    une loi universelle
Aller plus loin

Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe

  • Descriptif
    Que peut une preuve ?

    Aucune accumulation de preuves ne prouve une loi universelle ; un seul contre-exemple, en revanche, semble suffire à la réfuter : la preuve ne vaudrait donc que par sa force à démentir, jamais à établir. Mais réfute-t-elle même vraiment ? Quand un résultat contredit une théorie, ce n'est jamais elle seule qui est en jeu, mais tout un faisceau d'hypothèses auxiliaires, et l'on peut toujours en sacrifier une pour la sauver. Prouver, réfuter, ou seulement rendre plus ou moins probable : que peut au juste une preuve ?

    une preuve, une expérience de test
  • Descriptif
    La mesure et ses instruments

    Un instrument n'enregistre pas un fait nu : un thermomètre présuppose toute une théorie de la chaleur, un appareil suppose des hypothèses sur ce qu'il capte, et chaque étalonnage s'appuie sur d'autres mesures, elles-mêmes faillibles. La précision affichée peut ainsi reconduire en silence des théories discutables, et l'exactitude devenir une prétention plus qu'un fait. Jusqu'où une mesure constate-t-elle le réel, plutôt qu'elle ne le met déjà en forme ?

    l'instrument de mesure
  • Descriptif
    Y a-t-il des faits bruts ?

    La science est censée partir des faits, neutres et donnés. Mais observe-t-on jamais un fait pur ? Ce qu'on remarque, ce qu'on tient pour un résultat, dépend déjà des attentes, des instruments et de la théorie qu'on a en tête : deux savants devant le même ciel n'y voient pas la même chose. Si l'observation est toujours orientée, sur quoi la science prend-elle appui ?

    l'observation
  • Descriptif
    Qu'est-ce qui confirme une hypothèse ?

    « Tous les corbeaux sont noirs » équivaut à « tout ce qui n'est pas noir n'est pas un corbeau », que confirmerait alors une pomme verte, sans qu'on ait vu le moindre corbeau. Et les mêmes observations passées appuient aussi bien des prédictions incompatibles. Qu'est-ce, au juste, qu'une preuve confirme, et de combien ?

    le lien entre preuve et hypothèse
  • Descriptif
    Y a-t-il une méthode ?

    Et s'il n'existait aucune règle universelle du bon raisonnement scientifique ? Feyerabend soutient que les grandes découvertes ont souvent enfreint les canons de la méthode, et qu'en science « tout est bon » : la logique qu'on reconstruit après coup ne serait pas ce qui fait avancer le savoir.

    la règle méthodique elle-même

Problèmes liés élargir vers d'autres axes

  • Descriptif
    De l'observé à l'inobservé

    Une loi générale étend à tous les cas ce qu'on n'a constaté que sur quelques-uns : que le soleil se soit toujours levé ne prouve pas qu'il se lèvera demain, car rien ne garantit que l'inobservé se conduira comme l'observé, ni l'avenir comme le passé. Ce saut, aucune accumulation de preuves ne le comble : c'est le défi que chaque méthode doit relever à sa façon.

    l'inférence de l'observé à l'inobservé
  • Descriptif
    Science ou pseudo-science ?

    Qu'est-ce qui sépare une science d'une doctrine qui en prend les airs, l'astrologie, une théorie que rien ne pourrait démentir ? La question de la démarcation prolonge celle de la méthode.

    une doctrine qui se dit scientifique
  • Descriptif
    Une seule méthode, ou plusieurs ?

    La méthode qui éprouve les lois de la nature vaut-elle pour l'histoire, la société, l'esprit ? Expliquer par des causes, comme en physique, ou comprendre du dedans des significations, comme le veulent Dilthey et Weber : les sciences humaines ont-elles leur logique propre, ou une seule méthode gouverne-t-elle tout savoir ?

    les sciences de l'esprit et de la société
  • Descriptif
    La science telle qu'elle se fait

    La logique des philosophes décrit-elle ce que font vraiment les laboratoires, la discussion, le consensus, la revue par les pairs, la construction de modèles et les simulations ? Ou la méthode réelle est-elle d'abord une pratique sociale, que la reconstruction logique idéalise après coup ?

    le travail réel des laboratoires
  • Descriptif
    Demain ressemblera-t-il à hier ?

    Le soleil s'est toujours levé, mais qu'est-ce qui garantit qu'il se lèvera demain ? Aucune accumulation d'observations ne prouve une loi : notre confiance dans l'avenir tient-elle à la raison, ou à la seule habitude ?

    une loi tirée de l'expérienceRapport à la certitude
  • Descriptif
    Qu'est-ce qui fait une science ?

    Qu'est-ce qui sépare une science d'une croyance qui s'en donne les apparences, l'astrologie ou une doctrine que rien ne pourrait démentir ? Sa capacité à s'exposer au démenti des faits, ou faut-il un autre critère, à supposer même qu'une frontière nette existe ?

    une théoriePlace de la science

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Citations