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Rapport au vrai· Croire et savoirmilieu nommé

Faillibilisme

Axe: Rapport à la certitudePouvons-nous atteindre des certitudes définitives ?

On peut tenir des croyances solides et justifiées tout en sachant qu'elles pourraient être fausses. Entre la certitude qui s'interdit le doute et le scepticisme qui doute de tout, le faillibilisme assume un savoir toujours révisable : on avance avec ses meilleures raisons, prêt à se corriger.

Qui défend cette position

Courants 1

Les Lumièresexplicite

Le geste inaugural est critique : contre le des métaphysiques scolaires et des vérités révélées, il s'agit de mesurer la raison à ses propres limites. Mais cette défiance n'est pas le destructeur de : tempère son doute en un scepticisme mitigé, praticable, et en fait une critique qui borne la connaissance pour mieux la fonder. La certitude vise désormais ce qui résiste à l'examen, non ce qui s'impose par autorité, une position .

Kant, Critique de la raison pure (préface) · Hume, Enquête sur l'entendement humain, sect. XII

Philosophes 1

Charles Sanders Peirceexplicite

Contre le besoin cartésien de fondations indubitables, Peirce érige la faillibilité en principe : nous ne pouvons jamais atteindre une certitude absolue ni une exactitude parfaite sur rien. Mais loin de verser dans le , il en tire la force de la science, qui n'avance qu'en se sachant corrigible : une croyance vaut non d'être à l'abri du doute, mais d'appartenir à un processus capable de repérer et de réparer ses propres erreurs. Le n'est pas une concession arrachée au sceptique, c'est le moteur même de l'enquête, qui ferait défaut à qui se croirait déjà arrivé. D'où une position médiane assumée, légèrement inclinée vers l'aveu sceptique de l'incertitude, mais sans renoncer au savoir.

Collected Papers, I, 8-14 (Faillibilisme) · La fixation de la croyance (1877)

Arguments et objections
ArgumentLa science comme savoir révisableLa science tient ses théories pour les mieux établies sans jamais les croire à l'abri d'une révision : le faillibilisme en acte.
  1. Regardez comment procède la science, notre forme de savoir la plus fiable : elle ne pose pas de dogmes intouchables, elle propose des théories et les expose sans relâche à l'épreuve des faits.
  2. Quand une théorie échoue, on la corrige ou on la remplace : la mécanique de Newton, longtemps tenue pour définitive, a cédé la place à celle d'Einstein, sans que la connaissance s'effondre pour autant. Elle a progressé.
  3. Ce savoir-là n'est donc ni un dogme ni un doute : il tient ses meilleurs résultats pour vrais autant qu'on peut l'établir, tout en les sachant révisables. La révision n'y est pas une faiblesse, c'est sa méthode même.

Donc Donc on peut savoir sérieusement sans prétendre à des certitudes définitives : le n'est pas un compromis mou, c'est l'attitude de notre connaissance la plus sûre.

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ObjectionLa demi-mesureUn savoir qu'on dit toujours révisable est-il encore un savoir ?
  1. Le faillibiliste veut deux choses à la fois : conserver la connaissance, et reconnaître pourtant qu'aucune de ses croyances n'est sûre.
  2. Mais « savoir » a d'ordinaire un sens plus exigeant : je ne dis pas que je sais une chose si j'admets en même temps qu'elle pourrait être fausse. Là, ce n'est plus un savoir, c'est une opinion prudente.
  3. Le faillibiliste paraît alors osciller sans se fixer : ou bien il fait vraiment confiance à certaines de ses croyances, et il rejoint le ; ou bien il les tient toutes pour incertaines, et il rejoint le .

Donc Donc la voie médiane risque de n'être pas une position, mais une hésitation entre les deux autres.

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ObjectionLe problème de l'inductionQu'est-ce qui garantit que demain ressemblera à hier ?
  1. Le faillibiliste fait confiance à la méthode des sciences, qui généralise à partir de l'expérience : le soleil s'est toujours levé, donc il se lèvera ; ce remède a guéri, donc il guérira.
  2. Mais l'a montré : ce passage du passé à l'avenir ne se démontre pas. Que la nature demeure demain ce qu'elle était hier, aucune expérience ne peut l'établir, puisque toute expérience appartient déjà au passé.
  3. Notre confiance dans l' repose donc sur une simple habitude, non sur une preuve. Le faillibiliste se croyait raisonnable ; il s'aperçoit que son savoir le mieux fondé tient à un acte de foi qu'il ne peut justifier.

Donc Donc le savoir révisable que vante le faillibiliste repose, à sa base, sur une croyance que rien ne fonde : son assurance était prématurée.

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Problèmes
  • Descriptif
    Justifier, jusqu'où ?

    Toute raison s'appuie sur une autre raison : la chaîne s'arrête-t-elle sur un fondement, tourne-t-elle en cercle, ou se perd-elle à l'infini ? C'est le levier du sceptique.

    la chaîne des raisons
  • Descriptif
    Le monde, ou nos représentations ?

    À supposer même que nos perceptions soient cohérentes, atteignent-elles les choses telles qu'elles sont, ou seulement nos représentations, sans moyen de comparer les deux ?

    le monde extérieur