Philosophes

Charles Sanders Peirce

Demander à toute idée ce qu'elle change dans l'expérience : le fondateur du fait de la pensée une enquête collective, corrigible, orientée vers un accord à venir.

Américain · 1839 – 1914

Logicien, savant et philosophe américain, fondateur du et de la moderne. Formé aux sciences exactes, géodésien au service de l'État pendant trente ans, il publie en 1877-1878 dans le Popular Science Monthly la série des Illustrations de la logique de la science, dont et posent la . C'est qui, en la reprenant, popularise le mot « pragmatisme » ; jugeant l'usage de James trop subjectif, Peirce rebaptise sa propre doctrine « pragmaticisme », mot « assez laid pour être à l'abri des ravisseurs ». Tenu à l'écart de l'université, il meurt dans la misère, laissant une œuvre immense et dispersée, redécouverte au XXe siècle, qui irrigue , la logique et la philosophie du langage.

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Rapport au vraiRapport à soiRapport au mondeThéorie de l'usage — Le sens des mots (Position structurante)Pragmatisme — Nature de la vérité (Position structurante)Faillibilisme — Rapport à la certitude (Position structurante)Cohérentisme — Justification de la croyance (Position structurante)La preuve par l'expérience — Méthode scientifique (Position structurante)Réalisme scientifique — Statut du savoirEmpirisme — Source de la connaissanceScientisme — Place de la sciencePrimauté de la vérité — Valeur de la véritéFaisceau — Nature du moiFinalisme — Explication de la natureÉmergentisme — Tout et partiesIdéalisme — Nature du réelThéisme — Existence de DieuThéorie de l'usagePragmatismeFaisceauÉmergentismeIdéalisme14SUR 80 AXES18% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. Pour clarifier une idée, demande quels aurait son objet : son sens tout entier tient là, et nulle part ailleurs.

    Théorie de l'usage85%Le sens des motsvoir la position →
  2. Le vrai est l'opinion sur laquelle la est destinée à finir par s'accorder, et son objet est le réel, non ce qui me réussit.

    Pragmatisme80%Nature de la véritévoir la position →
  3. Nous n'atteignons jamais de certitude absolue, et c'est tant mieux : la force de la science est d'être une enquête qui se sait et se corrige.

    FaillibilismeRapport à la certitudevoir la position →
  4. Toute découverte commence par une , le pari réglé d'une hypothèse, que la déduction déplie et que l' met à l'épreuve.

    La preuve par l'expérience70%Méthode scientifiquevoir la position →
  5. On ne peut pas douter à volonté ni partir de zéro : il n'y a pas d'intuition première, toute pensée est inférence à partir d'autres pensées.

    Cohérentisme60%Justification de la croyancevoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître9/9 positionnés
Majeur
20
0
80
Justification

Peirce définit le vrai par le terme idéal de l'enquête, non par sa réussite immédiate : l'opinion vraie est celle sur laquelle tous ceux qui enquêtent sont destinés à finir par s'accorder, et l'objet de cette opinion finale est le réel. La vérité n'est donc ni une copie figée des choses, ni la simple cohérence d'un système, mais le point de convergence vers lequel une tend à long terme, pourvu qu'elle pousse la recherche assez loin. Cette définition, qui fait de lui une figure du pôle pragmatiste, garde pourtant un noyau réaliste qui l'éloigne de : le vrai n'est pas « ce qui me réussit » ni ce qu'il m'est utile de croire, mais ce que l'enquête, contrainte par un réel indépendant de nos désirs, est fatalement amenée à reconnaître. L'utilité de l'individu n'y entre pour rien.

L'opinion destinée à recevoir à la fin l'accord de tous ceux qui enquêtent, voilà ce que nous entendons par le vrai, et l'objet représenté dans cette opinion est le réel.Comment rendre nos idées claires (1878)

Comment rendre nos idées claires (1878) · La fixation de la croyance (1877)

Majeur
+0.1
Faillibilisme
Justification

Contre le besoin cartésien de fondations indubitables, Peirce érige la faillibilité en principe : nous ne pouvons jamais atteindre une certitude absolue ni une exactitude parfaite sur rien. Mais loin de verser dans le , il en tire la force de la science, qui n'avance qu'en se sachant corrigible : une croyance vaut non d'être à l'abri du doute, mais d'appartenir à un processus capable de repérer et de réparer ses propres erreurs. Le n'est pas une concession arrachée au sceptique, c'est le moteur même de l'enquête, qui ferait défaut à qui se croirait déjà arrivé. D'où une position médiane assumée, légèrement inclinée vers l'aveu sceptique de l'incertitude, mais sans renoncer au savoir.

Collected Papers, I, 8-14 (Faillibilisme) · La fixation de la croyance (1877)

Majeur
−0.7
Justification

Le réel, pour Peirce, est ce dont les caractères sont indépendants de ce que vous ou moi pouvons en penser : ma fantaisie n'y change rien, il s'impose à l'enquête. Ce réalisme scientifique est le pendant de sa définition de la vérité, car l'opinion finale vers laquelle l'enquête converge n'est contraignante que parce qu'un réel extérieur la force. Il s'écarte ainsi de tout constructivisme qui ferait du vrai une affaire de paradigme ou de consensus arbitraire : le consensus des enquêteurs n'est pas la cause de la vérité mais son symptôme, l'effet d'une réalité qui contraint tout esprit suffisamment patient à se rendre. Peirce se dit même réaliste au sens médiéval, tenant pour réelles les lois et les généralités, non les seuls individus.

Comment rendre nos idées claires (1878) · La fixation de la croyance (1877)

−0.5
La vérité qui donne prise
Justification

Sa première règle de la raison : ne pas barrer la route de l'enquête. Les méthodes qui fixent la croyance par ténacité ou autorité procurent une quiétude réelle mais fragile ; seule l'enquête, qui accepte d'être déçue par le réel, stabilise durablement la croyance en la réglant sur ce qui ne dépend pas de nous.

La Fixation de la croyance (1877)

5 de plus
inférableMajeur
15
85
0
Justification

Tout le pragmatisme naît d'une règle sur le sens : pour rendre claire une conception, demande quels aurait son objet, car le sens ne réside nulle part ailleurs que dans ces effets. Dire qu'un diamant est dur, c'est dire qu'il résisterait à la rayure ; une idée dont on ne saurait dériver aucune différence d'expérience concevable n'a tout simplement pas de sens. Le geste rompt avec le référentialisme qui loge le sens dans l'objet nommé : Peirce le place dans la conduite réglée, l'habitude d'action que l'idée engage, ce qui le rapproche d'une théorie du sens comme usage, tout en gardant un ancrage expérimental qui le sépare d'un . C'est une arme contre la métaphysique verbale, ces disputes où l'on croit penser sans qu'aucune différence pratique ne soit en jeu.

Considère quels effets, qui pourraient avoir une portée pratique concevable, nous concevons qu'a l'objet de notre conception. Alors notre conception de ces effets est le tout de notre conception de l'objet.Comment rendre nos idées claires (1878)

Comment rendre nos idées claires (1878)

inférableMajeur
0
60
40
Justification

Peirce attaque de front le de : on ne peut pas douter à volonté ni feindre un doute qu'on n'a pas, le doute réel naît d'une surprise, d'un heurt de l'expérience, jamais d'une décision. Il refuse aussi l'intuition, cette prétendue connaissance première qui ne dériverait d'aucune autre : toute pensée est inférence à partir de pensées antérieures, signe renvoyant à d'autres signes. Du coup, la justification ne repose sur aucune croyance de base indubitable, mais sur la tenue de l'ensemble : le savoir est un câble dont la solidité vient de la multitude des fibres entrelacées, non une chaîne aussi faible que son maillon le plus fragile. Cette pente cohérentiste se double d'un trait fiabiliste, car ce qui valide une croyance est aussi la fiabilité éprouvée de la méthode qui l'a produite.

Le raisonnement ne devrait pas former une chaîne, plus faible que son maillon le plus faible, mais un câble dont les fibres, si ténues soient-elles, sont nombreuses et intimement liées.Quelques conséquences de quatre incapacités (1868)

Questions concernant certaines facultés revendiquées pour l'homme (1868) · Quelques conséquences de quatre incapacités (1868)

inférableMajeur
70
0
30
Justification

Aucun des trois pôles ne capte exactement Peirce, qui a précisément ajouté une pièce manquante : l', l'inférence qui invente l'hypothèse, en amont de la déduction qui en tire les conséquences et de l' qui les met à l'épreuve. La science est pour lui ce cycle complet, non l'un de ses moments. On le range malgré tout du côté de l'inductivisme, car il reste un expérimentateur qui fonde tout sur l'épreuve des faits et fait de l'induction le test décisif ; mais il prétend en désamorcer le défaut, dénoncé par , en faisant valoir qu'une induction répétée se corrige elle-même à la longue. Sa formation de statisticien lui donne aussi un versant probabiliste, attentif aux fréquences et à l'erreur, qui annonce le bayésianisme sans s'y réduire. Ce qui fait la science n'est pas une règle d'inférence unique mais l'autocorrection sur le long terme d'une réglée sur le réel.

La fixation de la croyance (1877) · Collected Papers, V, 180-212 (sur l'abduction)

inférable
−0.3
Criticisme
Justification

Peirce est un savant pour qui toute connaissance s'éprouve à l'expérience, et le doute lui-même ne surgit que d'un heurt sensible, jamais d'une décision de l'esprit : la pente est nettement empiriste. Mais il refuse l'empirisme atomiste de la sensation pure et redonne à l'inférence, à la logique et aux généralités réelles un rôle constitutif, l' introduisant des idées que nulle observation ne contient. Ni table rase ni innéisme : un empirisme tempéré par la logique, plus proche du criticisme que de .

Quelques conséquences de quatre incapacités (1868)

inférable
−0.2
Rationalisme critique
Justification

La oppose quatre méthodes, ténacité, autorité, goût a priori, science, et ne retient que la dernière : seule la méthode scientifique soumet nos opinions à quelque chose d'extérieur capable de nous contredire, donc de nous corriger. Cette confiance dans la méthode rapproche Peirce d'un certain scientisme. Mais son faillibilisme et son refus de toute clôture le tiennent à distance d'un Comte : la science n'a pas réponse à tout d'un coup, elle est une marche indéfinie d'une communauté qui se sait corrigible, plus proche d'un rationalisme critique que d'un savoir souverain.

La fixation de la croyance (1877)

Rapport à soiQui je suis, comment vivre1/1 positionnés
1 de plus
inférable
0
20
20
60
Justification

De son refus de l'intuition Peirce tire une conséquence radicale sur le moi : il n'y a pas de conscience de soi immédiate, le moi est une inférence tardive, que l'enfant construit pour rendre compte de ses erreurs et de l'ignorance que les autres lui révèlent. Surtout, puisque toute pensée est signe, l'homme lui-même est un signe : ce que je suis se déploie dans le tissu sémiotique de mes pensées renvoyant à d'autres pensées, sans noyau substantiel sous le flux. On est loin de la chose pensante de ; la position penche vers le faisceau, mais un faisceau réinterprété en termes de signes plutôt que de pures perceptions.

Le mot ou le signe que l'homme emploie est l'homme lui-même.Quelques conséquences de quatre incapacités (1868)

Quelques conséquences de quatre incapacités (1868)

Rapport aux autresCe que nous nous devons0/0 positionnés
aucune position enregistrée
Rapport au mondeCe qu'il y a4/4 positionnés
4 de plus
inférable
10
50
40
Justification

Contre le mécanisme strict qui ne voit dans la nature que des lois rigides et nécessaires, Peirce soutient le : le hasard est une réalité objective, et les lois ne sont pas données d'avance mais sont des habitudes qui se sont formées et se renforcent au cours d'une évolution. Le cosmos a une histoire, il croît, et cette croissance est orientée par une tendance, l'amour évolutif ou agapasme, qui fait pencher Peirce du côté d'une explication finaliste, tout en gardant la spontanéité créatrice qui rappelle le vitalisme. Loin de la machine cartésienne, sa nature est un organisme en devenir.

La doctrine de la nécessité examinée (1892) · L'amour évolutionnaire (1893)

inférable
+0.7
Justification

Le , principe de continuité, commande chez Peirce de refuser les coupures nettes et de tenir le continu pour premier : entre matière et esprit, entre les niveaux du réel, il y a des transitions, non des sauts. La nature évolue en formant des habitudes qui font émerger des ordres nouveaux, irréductibles à la mécanique de leurs éléments. Contre le réductionnisme atomiste, c'est une métaphysique de l'émergence et de la croissance, où le tout est plus que la somme de parties d'ailleurs jamais vraiment séparées.

La loi de l'esprit (1892)

extrapolée
15
85
0
Justification

Dans sa métaphysique tardive et spéculative, Peirce se dit : la seule théorie intelligible de l'univers fait de la matière un esprit affaibli, des habitudes invétérées au point de devenir des lois physiques. Ce n'est ni le matérialisme qui réduit l'esprit à la matière, ni l'idéalisme subjectif de pour qui le monde n'existe que perçu : l'esprit y est premier et objectif, et la continuité () interdit de séparer les deux en substances. La position reste fragile, énoncée dans des textes programmatiques et inachevés, d'où un statut extrapolé.

L'architecture des théories (1891)

inférable
−0.4
Agnosticisme (Huxley)
Justification

Dans Un argument négligé en faveur de la réalité de Dieu, Peirce soutient que la libre rêverie de l'esprit, le musement, conduit naturellement à l'hypothèse de Dieu comme à la plus belle des , hypothèse féconde plutôt que dogme démontré. Le Dieu de Peirce est moins le Dieu personnel des religions qu'une réalité ordonnatrice corrélée à son cosmos en croissance, d'où un théisme réel mais retenu, sans extrême.

Un argument négligé en faveur de la réalité de Dieu (1908)

Pratiquesvivre la croyance, que faire
Éclaircir par les effets pratiquesRègleLe sens des mots

Une différence qui ne change rien dans l'expérience n'est pas une différence.

Dans « Comment rendre nos idées claires », propose une règle pour dissiper les disputes brumeuses sur ce qu'une chose serait « vraiment » : pour éclaircir une notion, demandez-vous quelle différence pratique, concevable et observable, il y aurait à ce qu'elle soit vraie plutôt que fausse. Tout le contenu d'une idée tient dans les effets qu'on peut en attendre. C'est la . Une différence qui ne fait aucune différence dans l'expérience est une différence vide : la discussion n'est plus que verbale.

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Par quelle méthode est-ce que je tiens cette croyance ?RègleAttestée · Peirce

Demandez-vous non pas si votre croyance est vraie, mais par quelle méthode vous la tenez.

Dans « Comment se fixe la croyance », distingue quatre façons d'arrêter le doute : la ténacité (je m'accroche à ce que je crois déjà), l'autorité (je le crois parce qu'on me l'a dit), l'a priori (je le crois parce que cela me paraît raisonnable, conforme à mon goût) et la méthode scientifique (je le crois parce qu'il répond à des faits publics qui pourraient le corriger). Cette règle ne vous donne pas une certitude immédiate : elle vous fait remarquer comment vous tenez réellement une croyance, et vous invite à la déplacer vers la dernière méthode, la seule qui se soumet à un contrôle commun et reste ouverte à la révision.

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