Philosophes

Ludwig Wittgenstein

Deux fois il a cru en finir avec la philosophie : non une doctrine mais une activité, qui ne résout pas les problèmes mais les dissout, en montrant qu'ils naissent des pièges de notre langage.

Autrichien puis britannique · 1889 – 1951

Figure centrale de la , il l'a bouleversée deux fois. Ingénieur devenu logicien auprès de à Cambridge, il écrit au front et en captivité durant la Grande Guerre le (1921), croit avoir résolu tous les problèmes philosophiques et quitte la discipline : il donne sa fortune, enseigne dans des villages autrichiens. Revenu à Cambridge en 1929, il retourne sa première pensée dans les (posthumes, 1953), abandonnant la théorie du langage-image pour les « jeux de langage » et le sens comme usage. De ces deux Wittgenstein sont sortis le positivisme logique, la philosophie du langage ordinaire et une part de la philosophie de l'esprit contemporaine.

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Rapport au vraiRapport au mondeClarifier la pensée — Le but de la philosophie (Position structurante)Théorie de l'usage — Le sens des mots (Position structurante)Dogmatisme — Rapport à la certitude (Position structurante)Nominalisme — Les universaux (Position structurante)Pluralisme épistémique — Place de la scienceTranscendance — Où réside le sacré (Position structurante)Fidéisme — Foi et raisonNaturalisme — Nature et cultureClarifier la penséeThéorie de l'usageTranscendanceFidéisme8SUR 80 AXES10% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. La philosophie n'est pas une doctrine mais une activité : elle ne découvre pas de vérités et ne bâtit pas de théories : elle clarifie, et dissout les faux problèmes nés des pièges du langage au lieu de les résoudre.

    Clarifier la pensée80%Le but de la philosophievoir la position →
  2. Le sens d'un mot n'est ni l'objet qu'il nomme ni une image mentale, mais son usage dans la pratique : on l'apprend en voyant comment les mots fonctionnent dans les .

    Théorie de l'usage90%Le sens des motsvoir la position →
  3. Le sens du monde est hors du monde : la valeur, l'éthique, le mystique ne se laissent pas dire, seulement montrer ; sur eux, il faut se taire.

    Transcendance80%Où réside le sacrévoir la position →
  4. Certaines propositions ne sont ni sues ni mises en doute : elles sont les sur lesquels tourne toute enquête, tenues fermes non par des preuves mais par notre pratique.

    Dogmatisme70%Rapport à la certitudevoir la position →
  5. Il n'y a pas d'essence commune à tout ce qu'un mot général recouvre : les « jeux » ne partagent qu'un réseau de ressemblances qui se chevauchent, un , non un trait unique.

    Nominalisme78%Les universauxvoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître5/5 positionnés
Majeur
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Justification

Contre l'idée que la philosophie découvrirait des vérités ou construirait des théories, Wittgenstein la tient, tôt et tard, pour une activité : non une doctrine mais une activité de clarification. Les problèmes philosophiques ne sont pas résolus mais dissous, comme on guérit d'un mauvais sortilège du langage, en indiquant à la mouche l'issue hors du piège. Elle laisse tout en l'état : elle ne change rien au monde ni à l'usage ordinaire, seulement à notre compréhension.

La philosophie est une lutte contre l'ensorcellement de notre entendement par les moyens de notre langage.Wittgenstein, Recherches philosophiques, § 109

Tractatus logico-philosophicus, 4.111-4.112, 6.53-6.54 · Recherches philosophiques, §§109, 116, 124-133, 255, 309

Majeur
10
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Justification

Le jeune Wittgenstein tenait le sens d'un nom pour l'objet qu'il désigne ; le tardif renverse cette « image augustinienne » du langage : le mot tient son sens du rôle qu'il joue dans une pratique réglée, un . Wittgenstein garde pourtant sa prudence : il n'en fait pas une théorie générale du sens, « pour une grande classe de cas, non pour tous », fidèle à son refus des thèses.

Le sens d'un mot est son usage dans la langue.Recherches philosophiques, §43

Recherches philosophiques, §43 ; §7, §23 (jeux de langage) ; §§65-67

Majeur
+0.7
Rationalisme critique
Justification

Wittgenstein n'est pas contre la science, mais contre le scientisme : l'idolâtrie de la méthode, du « progrès » et de la généralité, projetée sur la philosophie. Le philosophe qui « aspire à la généralité » et méprise le cas particulier singe la science ; or la philosophie, l'éthique, la religion sont des jeux de langage distincts, non des sciences déficientes. Il doute même que « l'âge de la science et de la technique » soit celui où l'humain trouve son sens.

Le Cahier bleu (l'ouverture, l'« aspiration à la généralité ») ; Tractatus, 6.371-6.372 · Remarques mêlées (Culture and Value)

2 de plus
inférableMajeur
−0.4
Faillibilisme
Justification

Certaines propositions (« voici une main », « la Terre existait avant ma naissance ») ne sont ni objets de savoir ni objets de doute : elles sont les sur lesquels la porte de l'enquête tourne, le lit du fleuve où coule le reste de nos pensées. Le doute les présuppose (le jeu du doute présuppose déjà la certitude), si bien que le scepticisme radical se détruit lui-même. Elles ne sont pourtant pas un savoir dogmatique fondé sur des raisons, et peuvent se déplacer avec le temps : ni dogmatisme, ni scepticisme, ni faillibilisme, mais une certitude-cadre que cet axe ne peut qu'approcher.

Les questions que nous posons et nos doutes reposent sur ce que certaines propositions sont soustraites au doute, comme les gonds sur lesquels ceux-là tournent.De la certitude, §341 (notes posthumes)

De la certitude, §§341-343, §§94-99, §115 (notes posthumes)

inférableMajeur
+0.6
Conceptualisme
Justification

Contre l'idée qu'un mot général recouvre une essence commune, Wittgenstein invite à regarder plutôt qu'à supposer : les « jeux » n'ont aucun trait unique partagé, seulement un réseau de similitudes qui se recoupent, comme les traits d'une famille, un . Le vieux problème des universaux est dissous, non résolu : l'erreur était de présupposer qu'il fallait un commun. Ni réalisme des Formes ni nominalisme classique, mais une déflation par l'usage.

Recherches philosophiques, §§65-67 (§66, « ne pense pas, regarde ! »)

Rapport à soiQui je suis, comment vivre0/0 positionnés
aucune position enregistrée
Rapport aux autresCe que nous nous devons0/0 positionnés
aucune position enregistrée
Rapport au mondeCe qu'il y a3/6 positionnés
Majeur
+0.6
Justification

Tous les faits du monde sont sur un même plan, contingents : la valeur ne s'y trouve donc pas. Le sens du monde doit être hors du monde ; l'éthique est transcendantale, elle ne se laisse pas mettre en mots. Ce qui compte le plus, l'éthique et le mystique, ne peut qu'être montré, non dit. Ce silence est révérenciel, non nihiliste : Wittgenstein tient l'essentiel du Tractatus pour ce qu'il n'y a pas écrit. C'est la position du Tractatus ; le Wittgenstein tardif abandonnera la machinerie du dire et du montrer.

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire.Tractatus logico-philosophicus, 7 (la dernière proposition)

Tractatus logico-philosophicus, 6.41, 6.421, 6.522, 6.44, 7 · Conférence sur l'éthique (1929)

5 de plus
inférable
50
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50
Justification

La croyance religieuse n'est pas une hypothèse rivale de la science : le croyant et l'incroyant sont « sur un tout autre plan ». C'est une image qui règle toute une vie, un engagement inconditionnel, non une conclusion tirée de preuves. D'où une position à la fois fidéiste (la foi comme engagement, non comme démonstration) et de domaines séparés (un autre plan que le factuel). Le « fidéisme wittgensteinien » est d'ailleurs une étiquette de ses critiques, non de lui.

Leçons sur la croyance religieuse (1938) ; Remarques mêlées

inférable
−0.3
Justification

Le fond où s'arrête la justification, ce sont les : l'accord dans le langage n'est pas un accord d'opinions mais un « accord dans la forme de vie », enraciné dans des réactions humaines communes, « le comportement commun des hommes ». Sa pensée penche ainsi vers un naturalisme des réactions partagées, sans nier la variété culturelle des jeux de langage.

Recherches philosophiques, §19, §23, §206, §241

rejette l'alternative

Wittgenstein récuse le cadre même de la question. Contre le « théâtre intérieur » cartésien comme contre le behaviorisme, l'argument du langage privé montre qu'un mot renvoyant à une sensation purement privée n'aurait aucun critère de correction, donc aucun sens : « un processus intérieur a besoin de critères extérieurs ». Le : ce que chacun seul verrait dans sa boîte « n'a aucune place dans le jeu de langage, la boîte pourrait même être vide ». Le problème métaphysique de la conscience repose sur une illusion grammaticale (Recherches, §§243-293, §580).

rejette l'alternative

Le tient le monde pour la totalité des faits, non des choses (atomisme logique), sans trancher entre matière et esprit. Le Wittgenstein tardif tient la question métaphysique elle-même, matérialisme, idéalisme ou dualisme, pour une confusion grammaticale à dissoudre, non une alternative à trancher.

ça dépend (contextualiste)

Wittgenstein n'affirme pas l'existence de Dieu comme un fait, mais ne tient pas non plus la croyance pour une hypothèse fausse : traiter le débat comme un désaccord d'opinions factuelles serait une erreur de catégorie. Le mystique, c'est non pas comment le monde est, mais qu'il est ; « Dieu ne se révèle pas dans le monde ». La question change de sens selon le jeu de langage où elle se pose (Tractatus, 6.432, 6.44).