Philosophes

Georg Wilhelm Friedrich Hegel

Penser le réel comme un procès rationnel qui avance par ses propres contradictions : rien n'a de vérité isolé, tout ne se comprend que dans le tout, et l'esprit ne se saisit qu'après coup.

Allemand · 1770 – 1831

Sommet et point de bascule de l', il bâtit après , et le système le plus ambitieux de la philosophie moderne : une dialectique où l'être, la nature et l'esprit se déploient et se comprennent comme les moments d'un même procès rationnel. Il achève à Iéna la en 1806, à l'heure où Napoléon entre dans la ville (elle paraît l'année suivante), rédige à Nuremberg la (1812-1816), puis règne depuis Berlin sur la vie philosophique allemande, où paraissent les . À sa mort, son école éclate entre hégéliens de droite et de gauche, dont sort : peu de pensées auront autant marqué l'histoire, la politique et l'art des deux siècles suivants.

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Rapport au vraiRapport à soiRapport aux autresRapport au mondeCohérence — Nature de la vérité (Position structurante)Comprendre le monde — Le but de la philosophieDogmatisme — Rapport à la certitudeRéalisme des universaux — Les universauxOptimisme métaphysique — Tonalité du réelFécondité-rédemption — Sens de la souffranceCompatibilisme — Liberté de la volontéSens-direction — Sens de l'histoire (Position structurante)Holisme — Individu et société (Position structurante)Liberté positive — Liberté politique (Position structurante)Communauté organique — Origine du lien socialRétributivisme — Sens de la peineÉthique des vertus — Critère du justeLa loi de la raison — La source de la moraleAutorité — Rapport à l'autoritéÉpistocratie — Qui doit déciderRendre à chacun son dû — La responsabilité moraleIdéalisme — Nature du réel (Position structurante)Devenir et flux — L'être et le devenir (Position structurante)Harmonie — Foi et raisonLe mal a ses raisons — Le problème du malImmanence — Où réside le sacréThéisme — Existence de DieuFinalisme — Explication de la natureAccomplissement — Sens du travailVérité — Finalité de l'artCohérenceComprendre le mondeOptimisme métaphysiqueFécondité-rédemptionSens-directionHolismeIdéalismeHarmonie26SUR 80 AXES33% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. Le vrai ne se pense pas comme une substance inerte que l'esprit connaîtrait du dehors : il est aussi sujet, l'Idée qui se déploie, s'extériorise et revient à soi en se sachant. C'est l'idéalisme absolu.

    Idéalisme100%Nature du réelvoir la position →
  2. Rien de fixe n'est premier : l'être pur, indéterminé, est indiscernable du néant, et leur vérité est le devenir ; toute figure porte la contradiction qui la (aufhebt) plus haut.

    Devenir et flux90%L'être et le devenirvoir la position →
  3. L'histoire n'est pas un chaos d'accidents mais un procès orienté vers la liberté : par la , les passions des grands hommes accomplissent, à leur insu, une fin universelle qui les dépasse.

    Sens-direction98%Sens de l'histoirevoir la position →
  4. L'individu n'a sa liberté substantielle que dans le tout éthique qui le précède : la n'est pas une contrainte extérieure, elle est la substance où il devient enfin lui-même.

    Holisme95%Individu et sociétévoir la position →
  5. Être libre n'est pas suivre son bon plaisir (Willkür) : c'est se déterminer par la raison et être chez soi dans l'autre ; la liberté ne s'affirme pas contre les institutions, elle s'y accomplit.

    Liberté positive85%Liberté politiquevoir la position →
  6. Aucune vérité ne tient isolée : elle n'est réelle que comme le système entier qui se développe et se médiatise lui-même ; une proposition prise à part est toujours unilatérale, vraie seulement à sa place dans l'ensemble qui la dépasse.

    Cohérence90%Nature de la véritévoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître4/4 positionnés
Majeur
5
90
5
Justification

La vérité n'est pas l'accord d'une proposition isolée avec un fait : elle réside dans le système entier qui se développe et se médiatise lui-même. Une détermination prise à part est toujours unilatérale ; elle ne devient vraie qu'à sa place dans l'ensemble qui l'engendre et la dépasse. Ce n'est pas un simple accord interne des énoncés : le vrai est l'adéquation d'une chose à son concept, atteinte quand le tout s'est pleinement déployé.

Le vrai est le tout.Phénoménologie de l'esprit, Préface

Phénoménologie de l'esprit, Préface

Majeur
85
0
15
0
Justification

La philosophie ne prescrit pas au monde ce qu'il doit être : elle vient toujours trop tard pour cela, quand une figure de la vie a déjà vieilli et qu'on ne peut plus que la comprendre. Elle saisit son temps par la pensée, elle ne le devance pas. D'où sa réserve envers les réformateurs qui opposent au réel le vœu d'un devoir-être. Et « ce qui est rationnel est effectif » ne bénit pas le donné : effectif (wirklich) ne désigne pas tout ce qui existe, mais ce qui accomplit son concept.

La chouette de Minerve ne prend son vol qu'à la tombée de la nuit.Principes de la philosophie du droit, Préface

Principes de la philosophie du droit, Préface · Encyclopédie des sciences philosophiques, §6 remarque (le sens de « effectif »)

Majeur
−0.8
Faillibilisme
Justification

Le doute et le scepticisme ne sont pas le dernier mot mais un moment que la pensée traverse et intègre : la est le chemin par lequel la conscience s'élève au savoir absolu, où l'objet n'est plus un en-soi étranger mais l'esprit lui-même. Le système atteint donc une vérité définitive, non par un dogme posé d'emblée, mais comme résultat d'un parcours qui a éprouvé le négatif. Ce savoir absolu n'est pas une omniscience, mais la forme où le sujet se reconnaît dans l'objet.

Phénoménologie de l'esprit, ch. VIII (le savoir absolu)

1 de plus
inférable
−0.7
Conceptualisme
Justification

Contre l'universel abstrait, simple marque commune obtenue en effaçant les différences, Hegel pense l' : un universel qui se particularise lui-même et vit dans ses individus, comme le concept ou l'État. Les universaux sont donc réels, mais comme structure qui s'actualise, ni Formes séparées ni purs noms.

Science de la logique, Doctrine du concept · Encyclopédie des sciences philosophiques, §163-165

Rapport à soiQui je suis, comment vivre3/3 positionnés
−0.7
Indifférence stoïcienne
Justification

La souffrance et le négatif ne sont pas de purs maux à supprimer : ils sont le travail du négatif, la puissance par laquelle l'esprit se déchire, s'éprouve et s'élève. La vie de l'esprit est celle qui « supporte la mort et se maintient en elle » : rien ne mûrit sans passer par la déchirure.

Phénoménologie de l'esprit, Préface (la puissance du négatif)

2 de plus
inférableMajeur
−0.8
Justification

Malgré l'abattoir de l'histoire, le monde est au fond rationnel et ordonné vers le bien : le mal et la souffrance sont des moments que le tout et réconcilie. La réconciliation (Versöhnung) de l'esprit avec l'effectivité, non la résignation au tragique, est le dernier mot du système.

Principes de la philosophie du droit, Préface · Leçons sur la philosophie de l'histoire (Leçons)

inférable
−0.1
Compatibilisme
Justification

La liberté véritable est une self-détermination réconciliée avec la nécessité : être libre, c'est vouloir rationnellement et se reconnaître dans ce qui nous détermine, non échapper à toute détermination. D'où un compatibilisme, à égale distance du libre arbitre indéterminé qui choisirait sans raison et du déterminisme qui nierait la volonté.

Principes de la philosophie du droit, Introduction §4-7

Rapport aux autresCe que nous nous devons10/10 positionnés
Majeur
−0.9
Justification

L'histoire n'est pas un chaos d'accidents mais un procès orienté : le progrès dans la conscience de la liberté, de l'Orient où un seul est libre au monde moderne où tous le sont. Sa direction ne s'impose pourtant pas comme une fatalité linéaire : elle s'accomplit à travers la contingence et les passions. C'est la , qui se sert des fins privées des grands hommes pour réaliser, à leur insu, sa fin universelle. Le tribunal de l'histoire, mot emprunté à Schiller, juge les peuples.

L'histoire du monde est le progrès dans la conscience de la liberté.Leçons sur la philosophie de l'histoire, Introduction

Leçons sur la philosophie de l'histoire, Introduction (Leçons) · Principes de la philosophie du droit, §340-342

Majeur
+0.9
Justification

La société n'est pas une somme d'individus qui lui préexisteraient : c'est le tout éthique, la , qui a sur eux la priorité, non chronologique mais conceptuelle, et où seul ils accèdent à leur liberté substantielle. Famille, société civile et État sont les moments d'un qui se particularise en ses membres et vit en eux. L'individu abstrait, antérieur à toute communauté, est une fiction.

Moi qui est nous, et nous qui est moi.Phénoménologie de l'esprit, ch. IV (l'autoconscience)

Principes de la philosophie du droit, §142-157 (la vie éthique) · Principes de la philosophie du droit, §257-258 (l'État)

Majeur
5
85
10
0
Justification

Être libre, ce n'est pas suivre son bon plaisir : le libre arbitre (Willkür) qui choisit entre des désirs donnés n'en produit pas le contenu, il n'est qu'une liberté apparente, celle du vide qui, en politique, tourne à la fureur de destruction. La liberté véritable est la volonté qui se veut elle-même et se trouve chez soi dans l'autre : elle s'accomplit dans les institutions rationnelles, non contre elles.

Principes de la philosophie du droit, Introduction §§4-29 (§5 la liberté du vide, §15 le Willkür)

Majeur
+0.9
Justification

L'État n'est pas un contrat par lequel des individus déjà constitués s'associeraient pour protéger leurs intérêts : ce serait le confondre avec la société civile et dissoudre le substantiel dans le choix arbitraire. Il est l'effectivité de l'Idée éthique, premier par rapport aux individus non dans le temps mais par le concept, le tout où seuls l'universel et le particulier se réconcilient. Hegel crédite d'avoir fondé l'État sur la volonté et la liberté, mais lui refuse d'en faire la volonté arbitraire d'individus additionnés plutôt que la volonté rationnelle.

Principes de la philosophie du droit, §257-258 (et remarque du §258)

Majeur
90
5
5
0
Justification

Le crime nie le droit ; la peine est la négation de cette négation, qui annule le crime et rétablit le droit. La dissuasion traite le criminel comme un chien qu'on menace du bâton ; le rétributivisme, lui, l'honore comme un être rationnel, car sa peine est contenue dans son acte même et constitue son propre droit. La mesure n'est pas le talion littéral, mais l'équivalence de valeur entre le crime et la peine.

Principes de la philosophie du droit, §90-103 (§99 la négation de la négation, §100 le criminel honoré, §99 add. le bâton et le chien)

90
10
0
Justification

Tenir le criminel pour responsable et lui infliger ce qu'il mérite, c'est l'honorer comme un être rationnel, auteur de son acte, et non le traiter en animal qu'on dresse par la menace. Le mérite et la faute sont réels, non de simples instruments d'utilité sociale.

Principes de la philosophie du droit, §100

4 de plus
inférableMajeur
5
20
75
0
Justification

La morale du seul devoir, chez , est un formalisme vide : de la pure forme de la loi, l'universalisabilité sans contradiction, aucun devoir déterminé ne se déduit, et l'on peut y faire tenir « qu'il y ait de la propriété » comme le contraire. Le bien n'a de contenu que dans la concrète, les mœurs et institutions où l'individu se forme, non dans la conscience morale abstraite (Moralität).

Principes de la philosophie du droit, §135 remarque (le formalisme vide) · Principes de la philosophie du droit, §142 sq. (la Sittlichkeit)

inférable
5
55
0
40
Justification

La question n'est plus ici ce qui rend une action bonne, mais d'où la morale tire son autorité. Contre le commandement d'un Dieu transcendant comme contre la loi purement formelle de la raison, et sans se réduire au sentiment, Hegel enracine l'obligation dans la raison devenue concrète : l'esprit objectivé dans les mœurs et les institutions d'une communauté, les Sitten dont la tire son nom. L'autorité du bien est ainsi immanente et historique, mais rationnelle, non une convention arbitraire et révisable.

Principes de la philosophie du droit, §142-156 (les mœurs, la Sittlichkeit)

inférable
−0.4
Constitutionnalisme
Justification

L'État rationnel n'est ni le pouvoir arbitraire d'un maître ni l'absence d'autorité : Hegel défend une monarchie constitutionnelle articulée en pouvoirs, corporations et états (Stände), où l'autorité vaut par sa rationalité et non par la seule force. L'ordre est nécessaire, mais un ordre où la loi rationnelle prime.

Principes de la philosophie du droit, §273-320 (la constitution)

inférable
+0.3
Justification

Hegel se défie de la démocratie directe, où le grand nombre risque de n'être qu'une masse informe livrée à l'opinion : la volonté rationnelle s'incarne d'abord dans les institutions et la classe universelle des fonctionnaires, non dans le seul suffrage de tous. Mais les corporations, les états (Stände) et l'opinion publique donnent au grand nombre une voix médiatisée : ce n'est pas une pure technocratie, plutôt une compétence ordonnée où le nombre est représenté sans être souverain.

Principes de la philosophie du droit, §287-297 et §303-305 (le pouvoir gouvernemental, la classe universelle)

Rapport au mondeCe qu'il y a9/9 positionnés
Majeur
0
100
0
Justification

Le vrai ne se laisse pas penser comme une matière inerte que l'esprit observerait du dehors : il faut le saisir aussi comme sujet. Le réel est l'Idée qui se déploie, s'extériorise, puis revient à soi en se connaissant ; sa structure est rationnelle, et la matière n'a de vérité que par la pensée qui la traverse. Que la portée de cet idéalisme soit cosmique ou seulement logique partage encore les lecteurs.

Tout dépend de ceci : saisir et exprimer le vrai non comme substance, mais tout autant comme sujet.Phénoménologie de l'esprit, Préface

Phénoménologie de l'esprit, Préface · Science de la logique, Doctrine du concept

Majeur
+0.8
Hylémorphisme (Aristote)
Justification

Rien de fixe n'est premier : l'être pur, entièrement indéterminé, est indiscernable du néant, et leur vérité est le devenir. Toute détermination naît d'une négation, et toute figure porte en elle la contradiction qui la pousse au-delà d'elle-même, pour être (aufgehoben) dans une figure plus riche. Contre l'être immobile de , la vérité est procès. La triade « thèse, antithèse, synthèse » n'est d'ailleurs pas de lui.

Science de la logique, Doctrine de l'être (l'être, le néant, le devenir) · Encyclopédie des sciences philosophiques, §§86-88

Majeur
0
90
0
10
Justification

Foi et raison ne s'opposent pas : religion et philosophie ont le même objet, le vrai, mais sous deux formes. La religion le saisit en représentations (Vorstellung), récits et images ; la philosophie le pense dans le concept (Begriff). La philosophie ne détruit donc pas la religion : elle en relève le contenu à sa forme la plus haute.

Encyclopédie des sciences philosophiques, §573 · Leçons sur la philosophie de la religion (Leçons)

Majeur
90
5
5
0
Justification

La philosophie de l'histoire est une théodicée : elle justifie la raison à l'œuvre dans le monde, non en niant le mal, mais en le traversant. L'histoire est un abattoir où sont sacrifiés le bonheur des peuples et la vertu des individus, et pourtant rien de grand ne s'y fait sans passion : le négatif est le moteur par lequel l'esprit s'accomplit. C'est une théodicée sans providence extérieure, immanente au procès.

Leçons sur la philosophie de l'histoire, Introduction (Leçons) · Phénoménologie de l'esprit, Préface (la puissance du négatif)

65
35
0
Justification

Le travail forme celui qui l'accomplit : c'est en façonnant la chose que le serf de la dialectique du maître et de l'esclave se donne une conscience de soi que le maître, jouisseur oisif, a perdue. Mais Hegel voit aussi, dans la société civile moderne, le travail qui dépossède et engendre la plèbe misérable, amorçant l'analyse de l' que reprendra.

Phénoménologie de l'esprit, ch. IV (maître et esclave) · Principes de la philosophie du droit, §189-245 (système des besoins, la plèbe)

5
90
5
Justification

L'art n'a pas pour seule fin le plaisir : il donne à l'Idée une forme sensible, et il est ainsi l'une des trois manières, avec la religion et la philosophie, dont l'esprit absolu se sait. Mais parce que l'intériorité moderne déborde toute forme sensible, l'art, du côté de sa vocation la plus haute, est pour nous « chose du passé » : non qu'on cesse d'en produire, mais qu'il n'est plus le lieu où se dit le plus haut.

Le beau est l'apparaître sensible de l'Idée.Leçons d'esthétique, Introduction

Leçons d'esthétique, Introduction (Leçons)

3 de plus
inférableMajeur
−0.5
Justification

Le divin n'est pas un au-delà séparé posé hors du monde : l'Absolu est l' qui vient à soi dans la nature, l'histoire et la conscience humaine. Il n'y a pas d'arrière-monde intact, mais un procès où l'infini se réalise dans le fini et s'y reconnaît. Reste que cet Absolu excède tout moment fini, ce qui interdit d'en faire un pur naturalisme immanent : d'où une position d'immanence, mais nuancée.

Encyclopédie des sciences philosophiques, §553-577 (l'esprit absolu) · Leçons sur la philosophie de la religion (Leçons)

inférableMajeur
−0.4
Agnosticisme (Huxley)
Justification

Hegel affirme Dieu, mais comme qui se sait, non comme le créateur transcendant et personnel du théisme classique : la religion et la philosophie en ont le même contenu, que la première se représente et que la seconde pense. Ce Dieu ainsi repensé fut lu aussi bien comme le Dieu chrétien (hégéliens de droite) que comme l'humanité divinisée (hégéliens de gauche, dont et ) : le débat sur son théisme reste ouvert.

Encyclopédie des sciences philosophiques, §1 et §573 · Leçons sur la philosophie de la religion (Leçons)

inférable
10
85
5
Justification

La nature et l'esprit ne s'expliquent pas par le seul mécanisme : une téléologie immanente y est à l'œuvre, non un dessein imposé du dehors, mais la fin que le concept se donne à lui-même en se réalisant. Le tout précède et oriente le développement de ses parties.

Encyclopédie des sciences philosophiques, §204-212 (la téléologie)