Philosophes

Michel Eyquem de Montaigne

« Que sais-je ? » : un vécu, sans système, qui prend le moi pour sa matière.

Français · 1533 – 1592

Moraliste et magistrat français de la Renaissance, né au château de Montaigne en Périgord et formé très tôt au latin. Après une carrière au parlement de Bordeaux et la mort de son ami La Boétie, il se retire en 1571 dans sa « librairie » pour écrire les , dont il invente et qu'il remanie jusqu'à sa mort. Il écrit dans le fracas des guerres de Religion, dont il fut un négociateur modéré, et tire de l'humanisme antique, surtout des grecs, de et de , une sagesse de la mesure et de la tolérance plutôt qu'une doctrine. Lecture de chevet de , qui le combat, de , qu'il provoque au doute, puis de qui l'admire, il reste l'un des premiers à faire de l'examen de sa propre vie le cœur de la philosophie.

26 / 80 axescouverture 33%
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Rapport au vraiRapport à soiRapport aux autresRapport au mondeScepticisme — Rapport à la certitude (Position structurante)Empirisme — Source de la connaissanceLa vérité qui donne prise — Valeur de la véritéVie examinée — Intériorité (Position structurante)Narrativisme — Nature du moiVivre au présent — Orientation temporelle (Position structurante)Célébration — Plaisirs corporelsSe libérer de la crainte — La mortAbolitionnisme — Sens de la souffranceSens construit — Le sens de la vieRelativisme — Statut des normes (métaéthique) (Position structurante)Pathocentrisme — Cercle moralMinimalisme — Exigence moraleConservatisme — Tradition et transformation (Position structurante)Réalisme politique — Idéal et réelConstruction sociale — Identité socialeCosmopolitisme — AppartenanceÉgoïsme éthique — Intérêt propre et autruiRigorisme véridique — SincéritéInconditionnalisme — PardonPhilia (amitié) — Nature de l'amourCulturalisme — Nature et cultureFidéisme — Foi et raisonThéisme — Existence de DieuLe primat du sentiment — Statut des émotionsPessimisme anthropologique — Vision de l'hommeScepticismeEmpirismeVie examinéeVivre au présentRelativismePhilia (amitié)FidéismePessimisme anthropologique26SUR 80 AXES33% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. « Que sais-je ? » : non pour suspendre tout jugement, mais pour vivre humblement avec des croyances qu'on sait faillibles.

    Scepticisme85%Rapport à la certitudevoir la position →
  2. Je suis moi-même la matière de mon livre : c'est en se peignant qu'on atteint l'humaine condition, car chacun en porte la forme entière.

    Vie examinée93%Intérioritévoir la position →
  3. « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage » : nos certitudes morales sont l'effet de la coutume, non de la raison.

    Relativisme70%Statut des normes (métaéthique)voir la position →
  4. Apprendre non plus à mourir mais à vivre : « jouir loyalement de son être », car nous gâchons le présent à courir devant ou derrière nous.

    Vivre au présent80%Orientation temporellevoir la position →
  5. « Les lois se maintiennent non parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont lois » : mieux vaut un ordre éprouvé qu'un mieux incertain.

    Conservatisme85%Tradition et transformationvoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître3/3 positionnés
Majeur
+0.7
Faillibilisme
Justification

La devise « Que sais-je ? » n'est pas une thèse mais une question tenue ouverte. Dans l', Montaigne reprend tout l'arsenal des grecs, diversité des opinions, faiblesse des sens, dépendance de la raison à la coutume, pour rabattre l'orgueil d'une raison qui prétend tout fonder. Mais son ne s'arrête pas à : il refuse l' systématique comme un nouveau dogme, garde l'usage des croyances pour vivre et conduit le doute non vers l' impassible mais vers la modestie, l'enquête sur soi et la . C'est un doute habité, faillibiliste avant la lettre, qui en fait l'aiguillon dont fera, contre lui, son point de départ.

Que sais-je ?Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond »

Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond »

0.0
La vérité qui donne prise
Justification

Nul n'a scruté plus honnêtement ses propres faiblesses, mais cette lucidité s'arrête où finit la prise : des questions insolubles, il conclut qu'il fait bon y reposer une tête bien faite. Savoir sur soi ce qui aide à vivre, laisser dormir ce qui ne fait que tourmenter : l'essai perpétuel de soi cohabite avec une incuriosité assumée.

Ô que c'est un doux et mol chevet, et sain, que l'ignorance et l'incuriosité, à reposer une tête bien faite !Essais, III, 13 (De l'expérience)

Essais, III, 13 (De l'expérience)

1 de plus
inférable
−0.5
Criticisme
Justification

Montaigne se défie des raisonnements abstraits, qui peuvent prouver une chose et son contraire, et leur préfère l'enseignement de l'expérience : le dernier essai, « De l'expérience », fait du commerce patient avec les choses et avec soi la seule sagesse accessible. Il ne construit pas de système empiriste, mais sa pente est nette, savoir, c'est avoir vécu, observé, éprouvé, plutôt qu'avoir déduit. La raison reste « un pot à deux anses, qu'on peut saisir à gauche et à dextre », trop souple pour fonder à elle seule un savoir.

Essais, III, 13, « De l'expérience » et II, 12

Rapport à soiQui je suis, comment vivre7/7 positionnés
Majeur
−0.8
Justification

Là où la philosophie cherchait des vérités universelles, Montaigne prend un objet inédit : lui-même. L' sceptique, en suspendant les grandes certitudes, dégage paradoxalement le seul terrain qui reste à explorer, l'expérience intérieure d'un homme particulier. Se peindre, non pour s'admirer mais pour atteindre la condition humaine à travers un cas singulier, devient une méthode : « chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition ». C'est la vie examinée déplacée de la socratique vers l'observation patiente de soi.

Je suis moi-même la matière de mon livre.Essais, « Au lecteur »

Essais, « Au lecteur » et III, 2, « Du repentir »

Majeur
80
10
10
Justification

Notre malheur, observe Montaigne, vient de ne jamais habiter le présent : nous errons au-devant ou au-derrière de nous, à craindre l'avenir et regretter le passé, si bien que nous oublions de vivre l'heure qui est là. La sagesse renverse l'effort : non pas se projeter ni accumuler, mais « jouir loyalement de son être », savourer pleinement ce qui se présente, comme mais sans système. Le dernier mot des n'est plus « apprendre à mourir » mais apprendre à vivre, c'est-à-dire revenir au présent que la peur de la mort nous dérobe.

Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes toujours au-delà.Essais, I, 3, « Nos affections s'emportent au-delà de nous »

Essais, I, 20, « Que philosopher c'est apprendre à mourir » et III, 13, « De l'expérience »

Majeur
+0.6
Tempérance
Justification

Contre l'ascétisme chrétien qui oppose l'âme au corps, Montaigne réhabilite les plaisirs naturels et refuse de « se désassocier du corps qu'on a reçu. Il n'y a pas deux sagesses, l'une pour l'esprit, l'autre méprisant la chair : « c'est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être ». Manger, dormir, faire l'amour ne sont pas des concessions à la nature mais des occasions de présence, à condition d'y être tout entier. La mesure tempère cette célébration, car l'excès gâte la jouissance même ; mais le ton, joyeux et terrestre, le range franchement du côté de la nature, là où saluera un esprit libre.

Essais, III, 13, « De l'expérience »

Majeur
80
15
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0
Justification

Le jeune Montaigne, suivant et , tient que « philosopher c'est apprendre à mourir » : préméditer sans cesse la mort pour la désarmer. Le Montaigne mûr renverse ce stoïcisme volontariste : à trop penser la mort, on s'empoisonne la vie. Mieux vaut s'en remettre à la nature, qui « vous apprendra suffisamment » à mourir le moment venu, comme les paysans le font sans philosophie. La mort cesse d'être une épreuve à préparer pour devenir un terme naturel à accueillir sans le craindre, dans une sérénité de coloration épicurienne plus que d'espérance d'au-delà.

Essais, I, 20, « Que philosopher c'est apprendre à mourir » et III, 12, « De la physionomie »

3 de plus
inférableMajeur
0
15
45
40
Justification

Montaigne ne trouve en lui aucune substance fixe. Le moi est « le branle », un flux d'humeurs, d'opinions et d'états contradictoires d'un instant à l'autre, plus proche d'un faisceau changeant que d'une âme stable. Ce qui le tient pourtant ensemble n'est pas une essence mais, semble-t-il, l'écriture continuée des , qui ressaisit ce passage dans un autoportrait jamais clos : d'où une part narrative qui tempère le pur fagotage des parties. Le moi, chez lui, n'est pas donné, il se compose à mesure qu'on le raconte.

Je ne peins pas l'être. Je peins le passage.Essais, III, 2, « Du repentir »

Essais, III, 2, « Du repentir » et II, 1, « De l'inconstance de nos actions »

inférable
+0.3
Indifférence stoïcienne
Justification

La douleur est bien réelle et Montaigne, qui souffrit de la gravelle, ne la pare d'aucune vertu rédemptrice : il refuse l'héroïsme du mépris stoïcien comme l'idée chrétienne d'une souffrance méritoire. Mais l'opinion ajoute beaucoup au mal, et la douleur supportée avec souplesse, sans la grossir par l'imagination, peut être un apprentissage de soi. C'est moins une fécondité de la souffrance qu'une économie : ni l'exalter, ni s'en croire écrasé.

Essais, I, 14, « Que le goût des biens et des maux dépend de l'opinion » et III, 13

inférable
35
65
0
0
Justification

Montaigne ne cherche pas le sens de la vie dans un ordre cosmique ni dans un au-delà, mais dans la qualité de l'existence présente bien vécue. Sans nier une nature à suivre, il fait de la vie un art personnel, une composition de soi au jour le jour plutôt qu'un destin reçu. Le sens n'est pas donné d'en haut, il se fabrique dans la manière d'habiter sa propre vie.

Notre grand et glorieux chef-d'œuvre, c'est vivre à propos.Essais, III, 13, « De l'expérience »

Essais, III, 13, « De l'expérience »

Rapport aux autresCe que nous nous devons11/11 positionnés
Majeur
15
70
15
Justification

Dans « Des cannibales », Montaigne retourne le regard de l'Européen sur lui-même : nous tenons pour barbare ce qui s'écarte de nos usages, sans voir que les nôtres seraient tout aussi étranges vus d'ailleurs. « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ». La diversité des mœurs à travers le monde montre que nos certitudes morales doivent moins à la raison qu'à la , « autre monde, autres lois ». Ce relativisme reste pourtant prudent : il sert à désarmer le fanatisme et la cruauté, non à tout permettre, car la cruauté des conquérants, elle, est jugée pire que celle des « sauvages ».

Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage.Essais, I, 31, « Des cannibales »

Essais, I, 31, « Des cannibales » et II, 12

Majeur
−0.7
Justification

Si nos lois ne tiennent pas à la raison mais à la , le réformateur qui veut les refaire au nom du vrai risque, en ébranlant l'édifice, plus de maux qu'il n'en guérit, comme le montrent les guerres de Religion. Montaigne en tire un conservatisme paradoxal : il faut obéir aux lois « parce qu'elles sont lois », non parce qu'elles sont justes, car leur autorité tient à leur ancienneté, non à leur fondement. Ce n'est pas amour de l'ordre établi mais défiance envers les nouveautés, dont le coût certain l'emporte sur le gain incertain. Un sceptique en politique est volontiers conservateur, faute de certitude pour justifier le risque du changement.

Les lois se maintiennent en crédit, non parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont lois.Essais, III, 13, « De l'expérience »

Essais, III, 13, « De l'expérience » et I, 23, « De la coutume »

Majeur
0
5
0
95
Justification

Reprenant la d' mais la portant à l'incandescence, Montaigne réserve, dans le chapitre « De l'amitié » de ses , le nom d'amitié à un lien unique, librement choisi, qui passe avant l'amour-passion : l'ardeur amoureuse n'est qu'un feu volage et changeant, tandis que l'amitié parfaite est une chaleur constante où deux âmes se mêlent et se confondent l'une en l'autre. Il la dit sans autre fondement qu'elle-même, irréductible à l'utilité, au plaisir ou au devoir de parenté ; chacun s'y donne sans réserve, part de don qui excède le simple échange de bons offices. De sa communion avec La Boétie, il ne sait donner d'autre raison que l'évidence réciproque des deux êtres.

Parce que c'était lui, parce que c'était moi.Essais, I, 28 (« De l'amitié »)

Essais, I, 28 (« De l'amitié »)

30
55
15
0
Justification

Contre l'orgueil qui place l'homme au sommet de la création, Montaigne rapproche les bêtes de nous : « quand je me joue à ma chatte, qui sait si elle ne se passe de moi plus que je ne fais d'elle ? ». Elles ont leur intelligence, leurs affections, une communication. De ce voisinage il tire un devoir : nous devons « justice » aux hommes, mais « grâce et bénignité » aux autres créatures, et la cruauté envers les bêtes lui fait horreur. La considération morale déborde ainsi l'humanité vers tout ce qui peut souffrir, sans aller jusqu'à une égalité de tous les vivants.

Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond » et II, 11, « De la cruauté »

−0.6
Justification

Le mensonge est pour Montaigne le vice qu'il déteste le plus : « nous ne sommes hommes et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole », et qui ment trahit le lien social en son cœur. Toute l'entreprise des est d'ailleurs un pari de franchise, se montrer « tout entier et tout nu », sans fard. Cette exigence de véracité reste pourtant celle d'un sage tolérant, non d'un rigorisme inflexible : elle vise la bonne foi plus que l'aveu de toute vérité en toute circonstance.

Essais, I, 9, « Des menteurs » et II, 18, « Du démentir »

6 de plus
inférable
−0.6
Justification

Montaigne se méfie des vertus tendues et héroïques, qui font violence à la nature et tournent souvent à l'hypocrisie ou à la cruauté du juste. Il préfère une bonté ordinaire, accommodante, qui « se laisse couler » avec la pente commune des hommes. La plus haute exigence morale, à ses yeux, n'est pas de se surpasser mais de bien se connaître et de tenir sa juste mesure : une morale du « vivre à propos » plutôt que des grands devoirs.

Essais, III, 13, « De l'expérience » et II, 11

inférable
+0.7
Justification

Le même qui le détourne des réformes le détourne des utopies : prétendre redessiner la société selon un plan rationnel, c'est encore croire que la raison peut fonder l'ordre civil, ce que Montaigne tient pour une illusion dangereuse. Il préfère la stabilité d'un ordre imparfait mais éprouvé aux promesses d'un meilleur régime, et juge la politique au coût humain réel des bouleversements plutôt qu'à l'idéal qu'ils invoquent. Un réalisme désabusé, nourri par le spectacle des guerres civiles.

Essais, III, 9, « De la vanité » et I, 23

inférable
20
70
10
Justification

Ce que nous prenons pour notre identité, nos goûts, nos croyances, nos jugements moraux, est très largement le dépôt de la du lieu et du temps où nous sommes nés : « nous n'avons d'autre mire de la vérité que l'exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes ». L'éducation et le pli des habitudes nous font tels, au point qu'on prend pour loi de nature ce qui n'est qu'usage local. Cette lucidité sur la fabrication sociale de nos évidences le range du côté de la construction, sans qu'il en fasse une théorie systématique.

Essais, I, 23, « De la coutume » et II, 12

inférable
+0.4
Justification

Découvrant par les récits du Nouveau Monde que d'autres peuples vivent autrement et aussi bien, Montaigne desserre l'attachement exclusif à sa propre cité : il se sent citoyen du monde et tient tous les hommes pour ses compatriotes. Mais ce cosmopolitisme reste celui d'un homme enraciné, fidèle à ses lois, ses amitiés et son pays par autant que par choix. Une ouverture sans déracinement, plus curieuse de l'étranger qu'aspirant à l'universel.

Essais, III, 9, « De la vanité » et I, 31

inférable
−0.1
Justification

L'amitié exceptionnelle avec La Boétie, où « parce que c'était lui, parce que c'était moi » les deux âmes se confondent, montre un Montaigne capable du don de soi le plus entier. Mais sa sagesse ordinaire prêche de « se ménager », de garder une « arrière-boutique » à soi et de ne pas se prêter aux autres au point de s'y perdre. Ni égoïsme, ni dévouement sans réserve : une juste distance, qui se donne pleinement là où le lien est rare et se reprend partout ailleurs.

Essais, I, 28, « De l'amitié » et III, 10

inférable
−0.3
Justification

Ce qui révulse le plus Montaigne, c'est la cruauté, « l'extrême de tous les vices ». De cette horreur naît une clémence : la vengeance et le châtiment féroce le rebutent, et il loue la douceur, la magnanimité qui désarme l'ennemi plutôt que de l'écraser. Sans théoriser un pardon inconditionnel, sa pente le porte à excuser plutôt qu'à punir, à comprendre la faiblesse humaine commune plutôt qu'à exiger réparation.

Essais, II, 11, « De la cruauté » et I, 1, « Par divers moyens on arrive à pareille fin »

Rapport au mondeCe qu'il y a5/6 positionnés
Majeur
70
5
5
20
Justification

Le ressort de l' est d'un paradoxal : en ruinant les prétentions de la raison à prouver quoi que ce soit de Dieu, Montaigne ne détruit pas la foi mais lui ôte ses faux appuis. Une raison incapable d'atteindre la moindre certitude ne saurait fonder la religion, qui ne peut donc tenir que de la grâce et de l'autorité, non de la démonstration. Loin d'opposer foi et raison dans un conflit, il les sépare en les hiérarchisant, la faiblesse même de la raison servant d'argument à la soumission croyante.

C'est la foi seule qui embrasse vivement et certainement les hauts mystères de notre religion.Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond »

Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond »

5 de plus
inférable
+0.2
Justification

Montaigne tient deux fils sans les trancher. D'un côté il y a bien une nature, commune à tous les hommes et même partagée avec les bêtes, à laquelle il faut « se laisser aller » comme à une bonne conductrice. De l'autre, ce qui passe pour naturel est le plus souvent l'effet de l'habitude : la , « seconde nature » et « violente et traîtresse maîtresse d'école », façonne nos jugements jusqu'à se faire prendre pour la nature même. D'où une position centrale, qui penche légèrement vers le poids du culturel dans ce que nous croyons inné.

Essais, I, 23, « De la coutume » et III, 13

inférable
−0.4
Agnosticisme (Huxley)
Justification

Catholique sincère et soumis à l'Église, Montaigne ne met jamais en doute l'existence de Dieu et meurt dans la foi de ses pères. Mais ce théisme déclaré s'accompagne d'un aveu d'impuissance de la raison : nous ne pouvons rien savoir de Dieu, ni le prouver, ni le concevoir, et ce que nous en disons relève de l'usage et de la révélation, non de la connaissance. D'où un théisme tenu par la foi et la plus que par la preuve, ce qui retient d'un score extrême du côté de l'affirmation.

Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond »

inférable
+0.3
Éduquer ses émotions
Justification

Montaigne admire la constance stoïcienne sans s'y croire tenu : prétendre extirper les passions est, chez l'homme ordinaire, une comédie qui sied mal à notre nature. Mieux vaut connaître ses émotions, les accompagner et les modérer que les nier, et il se peint volontiers colère, craintif ou troublé, sans honte. Une régulation souple plutôt qu'une maîtrise, qui fait place aux affects comme à des compagnes de la condition humaine.

Essais, II, 11, « De la cruauté » et III, 10, « De ménager sa volonté »

inférable
+0.5
Plasticité morale
Justification

Montaigne rabaisse la prétention de l'homme à se croire le chef-d'œuvre de la création, « la plus calamiteuse et fragile de toutes les créatures », vaniteuse, inconstante, plus souvent menée par la et la fantaisie que par la raison qu'elle s'attribue. Mais ce procès de l'orgueil n'est pas un pessimisme noir : l'homme reste capable de bonté, de mesure et de joie pourvu qu'il accepte sa condition et cesse de se vouloir ange. C'est moins un verdict sur sa méchanceté qu'un constat de sa plasticité et de sa faiblesse.

Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond »

hors champ

Question anachronique : rien dans les Essais ne permet de situer Montaigne sur la pensée des machines sans extrapolation hasardeuse.

Pratiquesvivre la croyance, que faire
Essayer son propre jugementHabitudeIntériorité

Je ne peins pas l'être, je peins le passage.

a fait de l', littéralement une « tentative », une « épreuve », une véritable pratique philosophique : une façon de mettre son propre jugement à l'épreuve sur la page, plutôt que de se rabattre sur des conclusions empruntées. Prenez une question qui vous touche vraiment et écrivez en la traversant, en vous regardant penser, en vous autorisant à changer d'avis chemin faisant. Aujourd'hui, c'est un remède contre les opinions qu'on ne tient que parce qu'on nous les a transmises : cela fait de l'examen de soi une habitude concrète et reprenable.

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Le regard étrangerRègleStatut des normes (métaéthique)

Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage.

Réfléchissant aux « sauvages » du Nouveau Monde, remarque que « chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage » (Des cannibales). Avant de laisser votre réflexe de dégoût passer pour un verdict moral, retournez le regard : demandez-vous de quoi auraient l'air vos propres vu par cet autre œil. Il s'agit de distinguer un vrai mal d'une simple étrangeté, pour que « ce n'est pas ainsi qu'on fait » cesse de valoir « c'est mal ».

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