Les Lumières
Aie le courage de te servir de ton propre entendement : par la raison et les , l'humanité peut s'émanciper de la tutelle des autorités, de la superstition et de l'arbitraire.
1685 – 1804
Vaste mouvement intellectuel européen du XVIIIe siècle, le « siècle des Lumières », qui prolonge la révolution scientifique de Newton et l'empirisme de pour faire de la raison critique l'instrument d'une émancipation générale. Porté en France par les philosophes, , , , et dont l'Encyclopédie dresse l'inventaire des savoirs, relayé en Écosse par et , en Allemagne par l' que résume d'une devise, « Sapere aude », il se diffuse par les salons, les journaux et la République des Lettres. Tournées contre « le trône et l'autel », ses idées de tolérance, de droits naturels et de gouvernement par consentement irriguent les révolutions américaine et française et les déclarations des droits. Combattu dès l'origine par et le courant contre-révolutionnaire, puis par le , son héritage rationaliste sera aussi interrogé au XXe siècle, de la « dialectique de la raison » aux critiques de l'idée de progrès.
Aucune autorité, tradition, coutume ou révélation n'échappe à l'examen : tout doit comparaître devant le tribunal de la raison et y justifier ses titres.
L'humanité progresse : par les lumières et de bonnes institutions, elle s'arrache à l'ignorance et à la servitude, et ce progrès n'a pas de terme assignable.
Tout homme possède, du seul fait de sa nature raisonnable, des droits universels et inaliénables qu'aucun pouvoir ne confère et que nul ne peut légitimement abolir.
La seule source légitime du pouvoir est le consentement des gouvernés, non la force, la tradition ni le droit divin des rois.
L'homme n'est pas corrompu par nature mais perfectible : ses vices tiennent à l'ignorance et à de mauvaises institutions, et l'éducation peut le refaire.
Justification
Le modèle est la physique de Newton : une poignée de lois mathématiques rend raison de tout le système du monde, sans qualités occultes ni fin providentielle. Les Lumières érigent cette réussite en méthode universelle, ce que la raison expérimentale a fait pour les cieux, elle peut le faire pour la morale, la politique et la religion. Aucune autorité, tradition, coutume ou révélation, n'est soustraite à l'examen ; tout doit comparaître devant le tribunal de la raison. Ce n'est pas encore le scientisme de , qui fera de la science positive la seule connaissance, mais la science y devient le paradigme du savoir légitime et le levier de l'émancipation.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement : telle est la devise des Lumières.Réponse à la question : Qu'est-ce que les Lumières ?
Kant, Qu'est-ce que les Lumières ? · d'Alembert, Discours préliminaire de l'Encyclopédie
Justification
Le mouvement se définit par un pari : la diffusion des lumières affranchit, l'obscurité asservit. Oser savoir, arracher les préjugés, publier l'Encyclopédie, c'est tenir que nul progrès moral ou politique ne s'achète au prix d'une ignorance entretenue, et que les tutelles vivent des ténèbres qu'elles cultivent.
Kant, Qu'est-ce que les Lumières ? (1784) · L'Encyclopédie (1751-1772)
Justification
Hostiles aux systèmes a priori et aux hypothèses gratuites, les Lumières font de l'observation et de l'expérience la source de toute physique : on remonte des faits aux lois par , à la manière de dont l'Encyclopédie se réclame. radicalise pourtant ce programme en montrant que l'induction elle-même ne se fonde pas en raison, mais sur l'habitude. Parallèlement, le calcul des probabilités de Laplace et de ouvre une voie quantitative à l'incertitude.
Bacon, Novum Organum · Condorcet, Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions
Justification
Le geste inaugural est critique : contre le des métaphysiques scolaires et des vérités révélées, il s'agit de mesurer la raison à ses propres limites. Mais cette défiance n'est pas le destructeur de : tempère son doute en un scepticisme mitigé, praticable, et en fait une critique qui borne la connaissance pour mieux la fonder. La certitude vise désormais ce qui résiste à l'examen, non ce qui s'impose par autorité, une position .
Kant, Critique de la raison pure (préface) · Hume, Enquête sur l'entendement humain, sect. XII
Justification
L'épistémologie dominante des philosophes est celle de : l'esprit est d'abord une , et toutes nos idées viennent de l'expérience. en tire un sensualisme intégral où les opérations mêmes de l'esprit se ramènent à des sensations transformées. Cet empirisme nourrit la critique des idées innées, armes supposées des préjugés et de l'autorité. Le courant n'est pas unanime pour autant : un versant rationaliste hérité de persiste, et dépassera l'alternative en montrant que l'expérience elle-même suppose des formes a priori de l'entendement.
Locke, Essai sur l'entendement humain, livre II · Condillac, Traité des sensations
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Justification
La confiance newtonienne porte une thèse réaliste : les lois de la nature ne sont pas des conventions commodes mais la structure réelle d'un monde ordonné, que la raison déchiffre sans la construire. Connaître, c'est lever le voile des préjugés et des apparences pour atteindre les choses telles qu'elles sont ; l'erreur tient à l'ignorance et à l'imposture, non à une relativité constitutive du savoir. Cet objectivisme fonde l'autorité que les Lumières reconnaissent à la science contre les opinions et les traditions.
d'Alembert, Discours préliminaire de l'Encyclopédie · Voltaire, Éléments de la philosophie de Newton
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Justification
Les Lumières font de la réduction de la souffrance un objet du progrès : contre la torture judiciaire (Beccaria), le fanatisme et ses cruautés (Voltaire), les maladies que la science doit reculer, elles refusent qu'on sanctifie la douleur ou qu'on s'y résigne. La souffrance évitable est un mal que la raison et la réforme ont charge de combattre.
Beccaria, Des délits et des peines · Voltaire, Traité sur la tolérance
Justification
Les Lumières déplacent le sens de la providence et de la tradition vers l'homme lui-même : c'est par l'usage public de la raison, le progrès des connaissances et l'autonomie que l'humanité fait sa propre histoire et améliore sa condition. Même chez les déistes, le Dieu lointain ne destine plus : le sens se construit ici-bas, par l'émancipation des tutelles.
Kant, Qu'est-ce que les Lumières ? · Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain
Justification
Le projet d'une science de l'homme suppose une nature humaine universelle et stable : sous la diversité des mœurs, partout les mêmes facultés, les mêmes passions, la même raison. C'est cette identité de fond qui rend possibles des droits valables pour tous et une morale qui ne soit pas le simple reflet des coutumes locales. L'essentialisme reste pourtant modéré : la nature humaine est une, mais ses facultés sont en germe et se développent par l'éducation, de sorte que l'homme est moins une essence figée qu'une capacité à se former.
Hume, Enquête sur l'entendement humain, sect. VIII · Diderot, article « Homme » de l'Encyclopédie
Justification
De l'accumulation des connaissances et de la diffusion des lumières, le courant tire une thèse neuve : l'humanité avance, et cette marche peut être consciente et voulue. Les institutions et les lois ne sont pas sacrées du seul fait d'être anciennes ; elles doivent prouver leur utilité présente, faute de quoi la réforme est légitime. pousse l'idée jusqu'à une loi de l'histoire, l'esprit humain progressant par étapes vers la vérité, la liberté et le bonheur. Contre ce credo, dressera la sagesse accumulée de la tradition : c'est l'acte de naissance du clivage entre progressisme et conservatisme.
La perfectibilité de l'homme est réellement indéfinie ; et le progrès de cette perfectibilité n'a d'autre terme que la durée du globe où la nature nous a jetés.Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain (1795)
Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain · Turgot, Discours sur les progrès successifs de l'esprit humain
Justification
L'histoire cesse d'être une suite de règnes ou un déclin depuis un âge d'or pour devenir le développement orienté de la raison. la périodise en dix époques marchant vers l'émancipation ; y lit le déploiement, à travers même « l'insociable sociabilité » des hommes, d'un dessein de la nature vers une société cosmopolitique. Le sens n'est pas donné par une providence extérieure mais immanent au mouvement des sociétés, lisible par qui sait l'interpréter. Cette philosophie de l'histoire sera héritée par et .
Kant, Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique · Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain
Justification
Avant toute société et toute loi positive, l'homme possède en propre, du seul fait de sa nature raisonnable, des droits que nul pouvoir n'a conférés et que nul ne peut légitimement abolir : à la vie, à la liberté, à la propriété de sa personne. en fait la mesure de tout gouvernement, institué seulement pour les garantir. Ces droits sont universels parce qu'ils découlent d'une humanité commune, non des privilèges d'un ordre ou d'une naissance : c'est l'arme contre l'absolutisme et la société d'ordres, que la Déclaration de 1789 gravera dans le droit, « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». , de l'intérieur du siècle, objectera pourtant qu'un droit sans loi positive n'est qu'un « non-sens sur échasses ».
Étant tous égaux et indépendants, nul ne doit nuire à un autre dans sa vie, sa santé, sa liberté ou ses biens.Second traité du gouvernement, §6
Locke, Deux traités du gouvernement, II · Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789)
Justification
Si la raison est une et partout la même, alors les principes du juste valent universellement, et non par décret divin ou coutume locale. La morale se sécularise : elle ne dépend plus d'une révélation mais se fonde sur la raison ou sur des sentiments communs à tous les hommes, ce qui permet de juger les mœurs établies au lieu de s'y soumettre. en donnera la forme la plus rigoureuse, une loi morale valable pour tout être raisonnable. Le courant porte cependant sa limite en lui : l'attention de à la diversité des lois selon les climats et les peuples ouvre la voie au relativisme qui contestera bientôt cet universalisme.
Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs · Montesquieu, De l'esprit des lois, livre I
Justification
La société politique n'est pas un ordre naturel ou voulu de Dieu, mais une institution humaine née de l'accord des individus : sa seule source de légitimité est le consentement des gouvernés, non la force ni la tradition ni le droit divin des rois. en fait un pacte révocable, que le peuple peut dénoncer si le pouvoir trahit sa fin ; en cherche la forme où, s'associant à tous, chacun « n'obéisse pourtant qu'à lui-même » et reste libre. Contre cette fiction fondatrice, opposera la communauté organique, héritée et non contractée : mais c'est le contractualisme qui fournit à l'âge des révolutions sa grammaire de la légitimité.
L'homme est né libre, et partout il est dans les fers.Du contrat social (1762), I, 1
Rousseau, Du contrat social · Locke, Deux traités du gouvernement, II
Justification
Contre l'absolutisme de droit divin, les Lumières ne prônent pas l'absence de pouvoir mais sa limitation par le droit. en donne le ressort : pour que « le pouvoir arrête le pouvoir », il faut séparer et équilibrer le législatif, l'exécutif et le judiciaire. La liberté n'est pas l'affranchissement de toute autorité mais la sûreté que procurent de bonnes lois. Le siècle reste pourtant traversé d'une tension : de à , plusieurs philosophes attendent aussi les réformes d'un despote éclairé, sans toujours la garantie constitutionnelle.
Montesquieu, De l'esprit des lois, livre XI · Voltaire, Lettres philosophiques
Justification
Citoyen du monde avant que de sa cité, l'homme des Lumières revendique une appartenance qui déborde les frontières et les confessions. La raison et l'humanité étant communes, les particularismes nationaux et religieux pèsent moins que ce qui unit le genre humain. en tire un projet de droit cosmopolitique et de « paix perpétuelle » entre les nations ; la République des Lettres en offre déjà la figure vécue, communauté savante sans patrie. Ce cosmopolitisme nourrit la critique de la guerre, de l'esclavage et du fanatisme.
Kant, Vers la paix perpétuelle · Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. « Patrie »
Justification
fait basculer la pénalité du registre de l'expiation à celui de l'utilité sociale : la peine ne doit pas venger le crime ni satisfaire une justice rétributive, mais le prévenir. De là découlent ses réformes, l'abolition de la torture et de la peine de mort, la proportion des peines aux délits, la certitude plutôt que la cruauté du châtiment, la prévention par l'éducation et de bonnes lois. La punition se mesure à ses effets sur le corps social, non au mal moral commis : programme réformateur que reprendra l'utilitarisme.
Beccaria, Des délits et des peines (1764)
Justification
La liberté politique du siècle se décline en plusieurs voix. Pour le versant libéral issu de , elle est d'abord négative : une sphère de sûreté et de propriété où l'individu n'est pas entravé. Pour , elle est non-domination, « le droit de faire tout ce que les lois permettent », garanti contre l'arbitraire par la . en propose la version positive, l'autonomie d'un peuple qui se donne ses propres lois. Ces accents distincts, parfois rivaux, partagent le refus de la sujétion arbitraire.
Montesquieu, De l'esprit des lois, XI, 3-6 · Rousseau, Du contrat social, livre I
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Justification
La société se pense à partir de l'individu, et non l'inverse : c'est l'individu, sujet de droits et de raison, qui est premier, et les institutions n'existent que pour servir ses fins. Cet individualisme, prolongé par l'économie naissante de , sous-tend la critique des corps, des ordres et des corporations qui enserrent la personne. fait ici exception en subordonnant l'individu à la , signe que le courant n'est pas monolithique.
Locke, Deux traités du gouvernement · Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations
Justification
Contre le dogme du péché originel, qui fait de l'homme une créature corrompue à racheter, les Lumières parient sur sa : ses vices tiennent moins à sa nature qu'à de mauvaises institutions et à l'ignorance. Si l'esprit est une , alors l'éducation peut presque tout, soutient : changez les lois, les lumières et les mœurs, et vous changez les hommes. radicalise le pari, l'homme étant naturellement bon et perverti par la société, tandis que , plus sombre, en garde la mesure. De là un optimisme tempéré, fondé non sur ce que l'homme est, mais sur ce qu'il peut devenir.
Helvétius, De l'esprit · Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité · Locke, Quelques pensées sur l'éducation
Justification
L'Encyclopédie accomplit un geste inédit : faire entrer les arts mécaniques, les métiers et les machines dans le savoir, à égale dignité avec les sciences. La technique n'y est pas une simple commodité mais un vecteur d'émancipation, qui arrache l'homme à la misère et au besoin et étend son empire sur la nature. Héritières du programme de , les Lumières lient le progrès des arts au progrès des lumières : maîtriser la nature et instruire les hommes vont de pair.
Diderot et d'Alembert, Encyclopédie, art. « Art » · Bacon, Novum Organum
Justification
Dans le sillage de et de , le courant tient la nature pour un champ à connaître afin de la maîtriser et de la mettre au service de l'homme : savoir, c'est pouvoir, et le progrès des sciences vaut par les maux qu'il soulage. Cet anthropocentrisme conquérant n'est pourtant pas sans contrepoint : conteste déjà l'idée que les arts et la domestication du monde nous aient rendus meilleurs, amorçant une critique qui ne mûrira que plus tard.
Bacon, Novum Organum, livre I · Buffon, Histoire naturelle
Justification
L'univers newtonien se prête à une lecture mécaniste : un système de corps en mouvement réglé par des lois, sans fins ni âmes. en tire la conséquence extrême avec « l'homme-machine », et le matérialisme de ramène tout à la matière et au mouvement. Le siècle n'est pas mécaniste sans reste : et les naturalistes prêtent à la matière une sensibilité et une activité propres, esquisse d'un vitalisme, tandis qu'un finalisme déiste persiste, qui lit dans l'ordre du monde la marque d'un grand horloger.
La Mettrie, L'Homme-machine (1747) · d'Holbach, Système de la nature · Diderot, Le Rêve de d'Alembert
Justification
Sur la religion, le courant fait front commun là même où il diverge sur Dieu : la raison, non la révélation ni l'Église, est juge en dernière instance. Beaucoup tiennent la religion révélée pour incompatible avec elle, mêlée de superstition et de fanatisme : c'est l'« Infâme » que veut « écraser ». D'autres lui substituent une religion naturelle, ou , accordée à la raison : un Dieu horloger sans miracles ni clergé. De ce primat découle l'exigence majeure de , et la séparation du civil et du religieux : montre que nul ne peut être contraint de croire, et que le salut ne regarde pas l'État.
Voltaire, Traité sur la tolérance · Locke, Lettre sur la tolérance
L'épreuve de tolérance : comprendre une opinion avant de la rejeterRègleInspirée de Les Lumières
Désapprouver une opinion et défendre le droit de l'exprimer, ce n'est pas se contredire.
Contre le fanatisme, les ont fait de la une vertu : montre que nul ne peut être contraint de croire, en fait un combat. La pratique transpose cette exigence dans nos désaccords : devant une opinion qui vous heurte, suspendez le rejet le temps de la comprendre dans sa version la plus forte. Comprendre n'est pas approuver ; mais on ne réfute bien que ce qu'on a d'abord saisi, et l'on défend mieux le droit de l'autre à parler quand on a entendu ce qu'il dit.
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Penser par soi-même : passer l'opinion reçue au crible de la raisonRèglePlace de la science
Sapere aude : aie le courage de te servir de ton propre entendement.
« Sapere aude », ose savoir : pour , les sont la sortie de l'homme hors de l'état de minorité, cette paresse qui nous fait préférer le guide tout fait à notre propre jugement. La pratique consiste à ne pas accepter une affirmation sur la seule autorité de la tradition, du nombre ou d'un expert, mais à demander les raisons et les preuves qui la soutiennent. Submergés d'informations et d'avis péremptoires, nous en avons plus besoin que jamais : penser par soi-même n'est pas tout savoir, c'est refuser de déléguer son jugement.
Quand quand on vous présente une affirmation comme allant de soi, au nom de la tradition, de l'autorité ou de ce que « tout le monde sait »
- Repérez l'autorité invoquée : qui ou quoi vous demande d'y croire, et à quel titre ? La coutume, un chiffre, un nom prestigieux, l'évidence supposée ?
- Mettez l'autorité de côté un instant et demandez : quelles raisons, quelles preuves soutiendraient cette affirmation si personne ne la garantissait ?
- Cherchez ce qui pourrait la démentir, et si vous sauriez le reconnaître. Une affirmation qu'aucun fait ne pourrait contredire en dit long.
- Concluez à hauteur de vos raisons : adhésion, doute ou suspension. Vous pouvez suivre un expert, mais sachez alors que c'est un choix, et lequel.
Incarné par fit du Selbstdenken, penser par soi-même, la maxime même des Lumières et la première règle d'un entendement sans tutelle.
⚠ Penser par soi-même n'est pas tout rejeter par esprit de contradiction, ni croire qu'une opinion en vaut une autre. Se servir de sa raison, c'est aussi reconnaître une preuve solide et un savoir mieux établi que le sien : l'autonomie du jugement n'est pas le caprice.