Le monde, ou nos représentations ?
Sur l'axe: Rapport à la certitude · le monde extérieur
À supposer même que nos perceptions soient cohérentes, atteignent-elles les choses telles qu'elles sont, ou seulement nos représentations, sans moyen de comparer les deux ?
Justification
Berkeley tient le scepticisme pour le mal à guérir, et l'immatérialisme pour son remède. Le doute moderne, dit-il, naît tout entier de la matière : dès qu'on suppose des choses réelles cachées derrière nos idées, on ne peut plus jamais savoir si nos idées leur ressemblent, d'où le voile des perceptions où s'engouffre le sceptique. Supprimez cette matière inconnaissable, et l'écart disparaît : les choses ne sont plus que ce que nous percevons, immédiatement et avec certitude. Loin du dogmatisme rationaliste de , qui fonde la certitude sur la raison, Berkeley la replace dans la perception sensible elle-même, sûre parce qu'elle n'a plus rien au-dehors à manquer.
Trois dialogues entre Hylas et Philonous, Préface et III · Principes de la connaissance humaine, §§86-88
Justification
Berkeley part d'une remarque empiriste simple : tout ce dont j'ai l'idée, je l'ai par les sens, donc comme une perception. Or supposer derrière mes perceptions une matière qui existerait sans être perçue, c'est supposer l'idée d'une chose dont, par définition, je ne puis avoir aucune idée : contradiction. Il retourne ainsi l'empirisme de contre la matière même : ce que nous appelons les corps n'est qu'une collection réglée d'idées sensibles, et exister, pour elles, c'est être perçues. Reste ce qui perçoit, l'esprit, seule substance véritable. Loin de nier le monde, il prétend le sauver du scepticisme en supprimant le voile d'une matière inconnaissable interposée entre nous et lui.
Leur être est d'être perçus ; il n'est pas possible qu'ils aient une existence hors des esprits qui les perçoivent.Principes de la connaissance humaine, §3
Principes de la connaissance humaine, §§3-7 · Trois dialogues entre Hylas et Philonous, I
Justification
Réveillé de son sommeil dogmatique par , Kant refuse les deux voies opposées : la métaphysique qui prétend connaître l'inconditionné, Dieu, l'âme, le monde comme totalité, se perd dans les antinomies, où la raison se contredit elle-même ; mais le humien, qui dissout la nécessité dans l'habitude, est tout aussi intenable. La voie critique tranche : il existe bien une certitude apodictique, celle des jugements synthétiques a priori, mais elle ne vaut que des phénomènes, les objets tels qu'ils nous apparaissent sous les formes du sujet, non des choses en soi. Certitude nécessaire et universelle, donc, mais payée d'une borne infranchissable.
Je l'avoue franchement, c'est l'objection de David Hume qui, voici bien des années, interrompit mon sommeil dogmatique.Prolégomènes, Préface
Critique de la raison pure, Préfaces et Dialectique transcendantale · Prolégomènes à toute métaphysique future
Justification
Si l'esprit se réglait sur les objets, on ne saurait jamais rien d'eux a priori ; renversons l'hypothèse, comme Copernic plaça l'observateur au centre, et faisons que les objets se règlent sur notre connaissance. Alors l'espace, le temps et les catégories ne sont pas des traits des choses mais les formes du sujet sous lesquelles seules un objet peut nous apparaître. La conséquence est l'idéalisme transcendantal : nous ne connaissons que des phénomènes, jamais la . Cette borne sauve la science (les lois valent nécessairement pour tout phénomène) sans verser dans l'idéalisme de , car la chose en soi demeure ; le dualisme phénomène / noumène ainsi maintenu interdit le pôle pleinement idéaliste.
Critique de la raison pure, Esthétique transcendantale · Prolégomènes à toute métaphysique future, §13
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