Rapport aux autres· Moralenoyaudifficulté
Statut des normes (métaéthique)
Les normes morales valent-elles pour tous, partout et toujours ?
Si la morale vaut partout, on peut condamner l'esclavage ou la torture où qu'ils se pratiquent, au risque d'imposer nos normes comme mesure de toutes ; si elle dépend des cultures, on respecte les différences, mais on perd tout droit de dénoncer la cruauté ailleurs. Se positionner, c'est dire si « c'est leur culture » clôt toute discussion morale.
Universalisme
20Il existe des normes morales objectives, valables pour tous les êtres raisonnables, indépendamment des cultures et des époques. La raison peut les découvrir : ce qui est juste ne dépend ni de nos préférences ni de nos coutumes.
Explorer cette position →Platonexplicite
Contre le relativisme de Protagoras, pour qui « l'homme est la mesure de toutes choses », Platon fonde les valeurs sur des Formes objectives, le Juste en soi et le Bien en soi, qui ne dépendent ni des conventions ni des opinions. Le bien et le juste sont universels et réels, connaissables par la raison.
Théétète, 152a, 170a-172b · République, VI, 504e-509b
Thomas d'Aquinexplicite
Les normes morales ne sont pour Thomas ni des conventions variables ni des décrets arbitraires de Dieu : elles ont un fondement objectif dans la , participation de la créature raisonnable à la par laquelle Dieu ordonne toutes choses à leur fin. Tout homme y a accès par sa raison, à partir du premier précepte « faire le bien et éviter le mal », d'où se déduisent les inclinations fondamentales (conserver sa vie, vivre en société, connaître la vérité). La morale est donc universelle et connaissable de tous, croyants ou non, ce qui range Thomas du côté de l'universalisme réaliste ; une mince réserve tient à ce que les préceptes seconds admettent des déterminations variables selon les circonstances.
Somme théologique, Ia-IIae, q. 91 et q. 94
Épictèteexplicite
La morale repose sur la nature : le même habite tous les hommes, et vivre selon la nature, c'est-à-dire selon la raison, est une norme universelle et non conventionnelle. C'est un universalisme réaliste, fondé sur la loi divine du monde.
Entretiens, I, 11 · Entretiens, II, 16
Kantexplicite
La loi morale vaut universellement pour tout être raisonnable, indépendamment des cultures et des inclinations : c'est l'universalisme le plus assumé de la tradition. Un léger poids constructiviste se justifie par l'autonomie : la loi n'est pas découverte dans le monde, la raison se la donne à elle-même.
Fondements de la métaphysique des mœurs, section II · Critique de la raison pratique
Marc Aurèleexplicite
Une même loi de traverse tous les êtres rationnels : le bien et le mal ne tiennent ni aux cités ni aux conventions mais à la nature commune. Un cosmos, une loi, une raison partagée, répète-t-il, fondent un universalisme moral réaliste.
Pensées pour moi-même, IV, 4 · Pensées pour moi-même, VII, 9 · Pensées pour moi-même, X, 6
Platonismeexplicite
Contre le relativisme des sophistes, pour qui l'homme est la mesure de toutes choses, le platonisme fonde les valeurs sur des réalités objectives : les du Juste, du Bien et du Beau existent en soi et valent universellement, indépendamment des conventions et des opinions. La morale a un fondement métaphysique réel.
Platon, Théétète, 152a, réfutation de Protagoras · Platon, République, 504d-509c, la Forme du Bien
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Les Lumièresexplicite
Si la raison est une et partout la même, alors les principes du juste valent universellement, et non par décret divin ou coutume locale. La morale se sécularise : elle ne dépend plus d'une révélation mais se fonde sur la raison ou sur des sentiments communs à tous les hommes, ce qui permet de juger les mœurs établies au lieu de s'y soumettre. en donnera la forme la plus rigoureuse, une loi morale valable pour tout être raisonnable. Le courant porte cependant sa limite en lui : l'attention de à la diversité des lois selon les climats et les peuples ouvre la voie au relativisme qui contestera bientôt cet universalisme.
Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs · Montesquieu, De l'esprit des lois, livre I
Benthaminférable
Le vaut pour tous les hommes et tous les temps : le critère du plaisir et de la douleur est un fait de nature universel, et le calcul s'applique de la même façon partout. Bentham ne relativise pas la morale aux cultures ni n'en fait une simple convention ; c'est un universalisme naturaliste, fondé sur la sensibilité commune à tous les êtres.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I-IV (le principe et sa mesure, valables universellement)
Plotininférable
Les normes ne sont ni conventionnelles ni construites mais fondées dans l'ordre objectif de l'être : le bien est l' lui-même, principe et fin de tout, et la valeur d'une chose tient à son degré de proximité avec lui. La hiérarchie des vertus reflète cette échelle réelle de l'être, d'où un universalisme réaliste enraciné dans la métaphysique.
Ennéades, I, 2 (Des vertus) · Ennéades, VI, 9
Stoïcismeexplicite
La morale stoïcienne est universaliste : il existe une loi naturelle, expression du unique, qui vaut pour tous les êtres rationnels en tout lieu. Le bien et le mal ne dépendent ni des conventions ni des cités : vivre selon la nature, c'est vivre selon cette raison commune à l'humanité entière.
Cicéron, De la République, livre III · Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, IV, 4
Husserlinférable
La grande bataille de Husserl est dirigée contre le relativisme : faire dépendre la validité du vrai d'une espèce, d'une culture ou d'une constitution psychique, c'est se contredire soi-même, car cette thèse se voudrait elle-même universellement vraie. Ce qu'il établit pour la logique, il l'étend en droit à toute norme : il y a des validités idéales, indépendantes des faits qui les pensent. Son combat porte sur le statut des normes intellectuelles plus que sur les valeurs morales, qu'il a peu thématisées ; mais l'esprit en est nettement universaliste, hostile à tout réduire à des conventions variables.
Recherches logiques, I, §32-39 (réfutation du relativisme)
Millinférable
Le principe d'utilité vaut comme critère universel du bien, le même pour tous les hommes et tous les temps : Mill ne relativise pas la morale aux cultures. Le bien y est un fait objectif, le bonheur, mesurable par ses effets, ce qui le range du côté d'un naturaliste plutôt que du relativisme.
L'Utilitarisme, ch. 2 et 4 (le principe du plus grand bonheur comme critère universel)
Cynismeinférable
En opposant la nature au nomos, le cynisme suppose un critère du bien indépendant des conventions et valable pour tous : ce qui est conforme à la nature est bon partout, ce qui n'est que coutume locale n'oblige pas. Le sage juge les moeurs au nom d'une norme naturelle universelle plutôt qu'au gré des cités.
Diogène Laërce, Vies, VI, 70-71
Diogène de Sinopeinférable
En opposant la nature au , Diogène suppose un critère du bien indépendant des conventions et valable pour tous : ce qui est conforme à la nature est bon partout, ce qui n'est que coutume locale n'oblige pas. Il juge donc les moeurs au nom d'une norme naturelle universelle, et c'est ce qui autorise le cosmopolitisme. Mais l'arme est à double tranchant : la même critique du nourrit un relativisme de fait, puisque Diogène souligne avec délectation combien les pudeurs et les interdits varient d'un peuple à l'autre, preuve qu'aucun ne tient de la nature. La part relativiste reste secondaire, mise au service d'un naturalisme normatif.
Diogène Laërce, Vies, VI, 70-73
Rationalismeinférable
Corollaire du réalisme métaphysique : les vérités, y compris pratiques, sont objectives et accessibles à la raison, non relatives à la culture ou à l'individu. Spinoza déduit le vrai bien de la nature de la substance, more geometrico, comme une vérité nécessaire et universelle, et Leibniz fonde la justice sur des vérités éternelles inscrites dans l'entendement divin. La raison, partout la même, donne accès à un ordre normatif universel.
Spinoza, Éthique, IV, préface et propositions 18-37 · Leibniz, Méditation sur la notion commune de la justice
Socrateinférable
La demande d'une définition unique du juste ou du courage présuppose que la vertu a une nature, la même pour tous, et non une simple convention variable. Socrate s'oppose ainsi aux sophistes et à leur relativisme, résumé par le mot de Protagoras, l'homme est la mesure de toute chose : si chacun mesure le vrai et le bien à sa guise, l'examen perdrait son objet. Le juste se découvre par la raison, il ne se décrète pas.
Platon, Théétète, 152a et 161c-e (la formule de Protagoras, critiquée) · Platon, Gorgias, 482e-484c (nature et convention)
Confuciusinférable
La et le ren 仁 (l'humanité) valent comme normes objectives, ancrées dans l'ordre du Ciel (tian) et la sagesse des Anciens : le bien n'est pas affaire de convention arbitraire. Mais cette objectivité s'incarne dans des li 禮 (des rites) historiquement situés, hérités d'une tradition, ce qui laisse une part au caractère institué de la norme.
Entretiens, IV, 8 (entendre la Voie au matin, mourir le soir sans regret) · Entretiens, VII, 23 (le Ciel a engendré la vertu qui est en moi)
Camusinférable
La pose une limite quasi universelle, un « non » que tout homme oppose à l'humiliation et au meurtre, ce qui rapproche Camus d'un universalisme de fait. Mais cette valeur n'est pas déduite d'une nature ou d'un absolu : elle surgit de l'expérience partagée de la révolte, d'où une part de construction.
L'Homme révolté (1951)
Laoziinférable
Les distinctions du beau et du laid, du bien et du mal, sont pour Laozi des découpages corrélatifs que l'esprit projette : « tous savent que le beau est beau, et voilà le laid ». On pourrait y lire un relativisme. Mais ces oppositions sont relatives à un fond qui ne l'est pas, le Dao et le cours de la nature, qui fournit une norme : suivre le naturel. La norme est donc réelle et universelle, même si elle dissout les codes humains particuliers.
Dao De Jing, ch. 2 · Dao De Jing, ch. 25 et 51
Rousseauinférable
La conscience, « juge infaillible du bien et du mal », parle en tout homme : ses verdicts ne dépendent pas des coutumes locales mais d'un sentiment commun à l'espèce. Rousseau maintient ainsi un universalisme moral, même s'il reconnaît, en législateur de la Pologne ou de la Corse, que les institutions doivent s'ajuster au génie particulier de chaque peuple.
Rousseau, Émile, Profession de foi du vicaire savoyard · Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne
Relativisme
9Les normes morales varient selon les cultures, les époques et les perspectives : aucune ne peut prétendre à une validité absolue. Ce que nous appelons « le bien » est l'expression d'une coutume, d'une histoire ou d'une forme de vie particulière.
Explorer cette position →Zhuangziexplicite
Le beau et le laid, le permis et le défendu, le grand et le petit ne sont pas inscrits dans les choses : ce sont des découpages corrélatifs, relatifs à l'échelle et à l'usage de qui juge. Un loriot trouve délicieux ce qui dégoûte l'homme, une belle femme fait fuir les poissons : où est le goût « correct » ? Zhuangzi généralise cette relativité des normes contre la prétention à fixer le juste et le rituel. À la différence de , qui dissout les distinctions humaines pour les remplacer par l'unique norme du , Zhuangzi ne reconstruit pas de norme positive : il invite à « égaliser » les points de vue et à se mouvoir librement entre eux, ce qui le rapproche, sans recourir à ce vocabulaire moderne, d'un relativisme des normes.
Zhuangzi, ch. 2 (Discours sur l'égalité des choses)
Nietzscheexplicite
Plutôt que de demander si les valeurs morales sont vraies, Nietzsche demande ce qu'elles valent et d'où elles viennent : c'est la méthode . Elle découvre que le couple est né du des faibles, renversant le « bon / mauvais » aristocratique. Les morales ne sont donc pas des faits mais les symptômes de types de vie, à évaluer et, au besoin, à transmuer.
Généalogie de la morale · Par-delà bien et mal, §108
Michel de Montaigneexplicite
Dans « Des cannibales », Montaigne retourne le regard de l'Européen sur lui-même : nous tenons pour barbare ce qui s'écarte de nos usages, sans voir que les nôtres seraient tout aussi étranges vus d'ailleurs. « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ». La diversité des mœurs à travers le monde montre que nos certitudes morales doivent moins à la raison qu'à la , « autre monde, autres lois ». Ce relativisme reste pourtant prudent : il sert à désarmer le fanatisme et la cruauté, non à tout permettre, car la cruauté des conquérants, elle, est jugée pire que celle des « sauvages ».
Essais, I, 31, « Des cannibales » et II, 12
Le romantismeexplicite
Contre l'universalisme abstrait des Lumières, qui mesure tous les peuples à une même raison, affirme que chaque culture porte en elle son , ses valeurs et son sens, incommensurables. Il n'y a pas un modèle unique de civilisation mais une diversité de formes de vie, chacune légitime en son temps et son lieu. Ce relativisme historique et culturel mine l'idée d'un progrès linéaire vers une norme universelle.
Herder, Une autre philosophie de l'histoire · Herder, Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité
Calliclèsexplicite
Calliclès démasque la justice reçue comme une invention : les faibles, étant le grand nombre, ont forgé les lois et les mots de « juste » et d'« injuste » pour brider les forts et se garantir l'égalité. Cette justice n'est que (nomos), variable et intéressée ; la seule norme réelle est celle de la nature (physis), où le meilleur commande et détient davantage. Sa position mêle ainsi un relativisme corrosif envers la morale établie et l'affirmation d'un droit naturel du plus fort qu'il tient, lui, pour un fait.
Platon, Gorgias, 482e-484c (la distinction nature/loi) · Platon, Gorgias, 483b-d (les faibles font les lois)
Voir plus (4)
Sextus Empiricusinférable
Aux livres éthiques, Sextus oppose la diversité inépuisable des lois, des coutumes et des croyances des peuples pour montrer que rien n'est bon ni mauvais « par nature » : si quelque chose l'était, tous le tiendraient pour tel. Faute de critère, il sur l'existence de normes universelles, et règle sa conduite sur la « loi et la coutume » de son pays, sans les tenir pour vraies. De ce relativisme par suspension on tire un universalisme nul et un constructivisme mince, car suivre la convention n'est pas la fonder : c'est s'y conformer en l'absence de toute vérité morale établie.
Esquisses pyrrhoniennes, III, 168-238 (les choses bonnes et mauvaises) · Esquisses pyrrhoniennes, I, 145-163 (le dixième trope, des coutumes)
Pyrrhoninférable
Le verdict d'indétermination s'applique aussi aux valeurs : rien n'est juste ni injuste, beau ni laid « par nature », mais seulement par convention et coutume. assure que pour Pyrrhon « rien n'est beau ni laid, juste ni injuste » en soi. Faute de critère permettant de trancher, le sage sur l'existence de normes universelles et se règle, par défaut, sur les usages reçus, sans les tenir pour vrais. De là un universalisme nul et une mince part constructiviste, car suivre la coutume n'est pas la fonder : c'est s'y conformer en l'absence de toute vérité morale établie.
Aristoclès (d'après Timon), cité par Eusèbe, Préparation évangélique, XIV, 18 · Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 61 et 101
Taoïsmeinférable
Le perspectivisme de Zhuangzi débouche sur un relativisme : ce qui est beau, juste ou utile pour l'un ne l'est pas pour l'autre, et nul point de vue ne surplombe les autres. L'homme dort dans l'humidité et tombe malade, mais non l'anguille ; qui des deux connaît le bon habitat ? Les distinctions morales tranchées perdent leur prétention à l'universalité.
Zhuangzi, ch. 2 (De l'égalité des choses)
Empirismeinférable
En ancrant la morale dans le sentiment et l'expérience plutôt que dans une raison universelle, l'école relativise les fondements moraux. C'est Hume en particulier qui fait dériver les vertus de leur utilité et de leur agrément ressentis et tient la justice pour une vertu artificielle, née de la convention plutôt que d'une nature donnée. La pondération mêle un fond de constantes humaines à une large part de relativité et de construction sociale.
Hume, Enquête sur les principes de la morale, sections III et V · Hume, Traité de la nature humaine, III, 2 (de la justice comme vertu artificielle)
Constructivisme
7Les normes morales ne sont ni découvertes dans la nature des choses ni simplement relatives : elles sont construites par des procédures rationnelles équitables, comme la délibération sous un voile d'ignorance ou la discussion entre égaux. Leur validité tient à la légitimité du processus qui les engendre.
Explorer cette position →Sartreexplicite
Sans valeurs inscrites dans un ciel intelligible, l'homme les crée par ses choix ; mais Sartre refuse d'en conclure au pur arbitraire. Choisir, c'est tenir pour bon ce que l'on choisit, et donc le proposer comme image de l'homme : en se choisissant, il choisit tous les hommes. La création des valeurs engage ainsi une responsabilité quasi universelle, sans recourir, comme , à une loi de la raison.
L'existentialisme est un humanisme (choisir, c'est choisir pour tous)
Voir plus (6)
Beauvoirinférable
Les valeurs ne sont ni inscrites dans un ciel intelligible ni purement relatives : elles sont instituées par des libertés qui se reconnaissent mutuellement et s'engagent. Beauvoir part toujours de situations singulières et historiques, mais la liberté qu'elle érige en exigence vaut pour tous : un constructivisme situé, qui universalise sans relativisme ni réalisme moral.
Pour une morale de l'ambiguïté (1947), la fondation des valeurs par la liberté
Pragmatismeinférable
Les valeurs morales ne sont pour les pragmatistes ni des essences éternelles à découvrir ni de pures conventions arbitraires : elles s'élaborent et se justifient dans l'enquête, à l'épreuve de leurs conséquences sur l'expérience partagée. Dewey traite les jugements de valeur comme des hypothèses révisables, soumises au même test pratique que les énoncés de fait. Le bien se construit dans la délibération sociale.
Dewey, Reconstruction en philosophie (1920) · Dewey, La Théorie de la valuation (1939)
Marxinférable
La morale fait partie de la superstructure idéologique : le droit, la justice et la morale d'une époque expriment les rapports de production et varient avec eux, si bien qu'il n'y a pas de norme morale éternelle planant au-dessus de l'histoire. Cette historicisation des valeurs, qui les rapporte aux conditions matérielles plutôt qu'à un fondement universel, relève surtout d'un historique, avec une part de relativisme de classe.
Manifeste du Parti communiste, ch. 2 (les idées morales comme produits des rapports de production) · L'Idéologie allemande, I (morale, religion et métaphysique comme idéologie)
Existentialismeinférable
Si Dieu n'existe pas, aucune table de valeurs n'est inscrite dans un ciel intelligible : les valeurs sont créées par les choix humains. soutient cependant qu'en se choisissant, chacun choisit l'homme, ce qui rapproche la position d'un constructivisme plus que d'un pur relativisme.
L'existentialisme est un humanisme · Simone de Beauvoir, Pour une morale de l'ambiguïté
Utilitarismeinférable
Le a une portée universelle, il vaut pour tous les êtres sensibles et en tout lieu, mais son fondement n'est pas une loi morale : le bien est construit à partir d'un fait naturel, le plaisir et la peine. L'utilitarisme conjugue ainsi un universalisme de la règle et un ancrage naturaliste, à mi-chemin du réalisme moral et d'un constructivisme du bien à partir du bien-être.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation · Sidgwick, Les Méthodes de l'éthique
Humeinférable
Hume relève un saut illicite dans les traités de morale : les auteurs passent sans crier gare de propositions liées par est à des propositions liées par doit, alors qu'un devoir-être nouveau ne peut se déduire d'aucun ensemble de prémisses purement descriptives (la guillotine de Hume). Aucune relation de faits, donc aucun acte de la seule raison, ne fonde une obligation : la valeur n'est pas une qualité des choses mais tient au sentiment d'approbation que le spectateur éprouve. La morale perd ainsi son fondement réaliste, contre le réalisme moral rationaliste qui croyait lire le bien dans l'être. Mais ce sentiment, commun à tous les hommes et réglé par l'utilité partagée, confère aux jugements une stabilité quasi universelle : la position tient du constructivisme, avec une part de relativisme, sans verser dans l'arbitraire.
Traité de la nature humaine, III, I, 1 (le passage de l'être au devoir-être) · Enquête sur les principes de la morale, sect. IX et appendice I
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- Descriptif Expérience de penséeChacun ses coutumes ?
Des peuples s'horrifient mutuellement de leurs usages, chacun tenant le sien pour évident. Ce désaccord profond prouve-t-il qu'aucune morale n'est vraie, ou peut-on encore juger que certaines valent mieux que d'autres ?
les coutumes des autres peuples
Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe
- DescriptifY a-t-il des vérités morales ?
Quand je dis « c'est mal », est-ce que je décris quelque chose de réel, une propriété des actes, ou seulement mes préférences ? Rien dans les faits ne contient un « il faut » : d'où viendrait alors la vérité d'un jugement moral ?
un fait moral - DescriptifTolérer, jusqu'où ?
Si toutes les morales se valent, au nom de quoi condamner l'esclavage ou la cruauté ailleurs ? Et « il faut respecter les autres cultures » n'est-il pas lui-même une règle qu'on prétend valable pour tous ?
la critique d'une autre culture - DescriptifTrouvée, imposée, ou construite ?
Une norme est-elle inscrite dans la nature des choses, n'est-elle que la loi du plus fort déguisée en justice, ou la fabriquons-nous par une procédure équitable ? Et une règle seulement construite peut-elle encore obliger ?
la règle morale
Problèmes liés élargir vers d'autres axes
- DescriptifLes droits : naturels ou institués ?
Les droits de l'homme sont-ils découverts, inscrits dans notre nature avant toute loi, ou institués par des conventions qu'on pourrait défaire ?
les droits - PrescriptifMoraleQuelle morale ?
Savoir si une morale peut être objective ne dit pas encore laquelle : le juste se mesure-t-il aux conséquences, au devoir, aux vertus, ou au soin porté aux proches ?
le critère du juste - DescriptifPour qui les normes valent-elles ?
Des normes universelles, mais universelles pour qui ? La question du statut des règles rejoint celle des êtres qu'elles obligent et protègent : où s'arrête le cercle de ceux qui comptent ?
le cercle des êtres qui comptent - DescriptifD'où la morale tire-t-elle son autorité ?
Qu'est-ce qui rend un critère moral obligatoire pour nous : la raison, la nature, un sentiment partagé, la société, ou Dieu ? Et si rien ne le fonde, la morale a-t-elle encore prise ?
la moraleCritère du juste - DescriptifFaut-il suivre la nature ?
La nature est-elle un ordre sage qu'il faut imiter et respecter, ou une puissance aveugle qui broie et affame sans égard pour le bien ? Dire d'une chose qu'elle est naturelle nous apprend-il quoi que ce soit sur sa valeur ?
l'ordre naturelPlace de l'homme dans la nature - PrescriptifMoraleLe critère du statut moral
Qu'est-ce qui donne à un être une valeur morale : la raison, comme le pensait Kant, ou la simple capacité de souffrir, comme le demandait Bentham ? Selon le seuil retenu, le cercle des êtres qui comptent s'ouvre ou se referme.
un être vivantCercle moral - DescriptifUn sentiment peut-il obliger ?
Constater que la nature nous a faits compatissants décrit un fait ; en conclure que nous devons l'être franchit le pas de l'être au devoir. Si la morale n'est qu'un sentiment, que répondre à celui qui ne le ressent pas ?
l'autorité d'un sentimentLa source de la morale - DescriptifLe reste, après la science
La science dit le comment, jamais le pourquoi ni ce qui vaut : elle pourrait répondre à toutes ses questions possibles sans avoir même effleuré ce qui donne son sens à une vie. Reste-t-il des vérités, sur le sens ou sur le bien, hors de sa portée ?
les questions de la viePlace de la science
Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage.Michel de Montaigne · Essais, I, 31, « Des cannibales »
Il n'y a pas de phénomènes moraux, seulement une interprétation morale des phénomènes.Nietzsche · Par-delà bien et mal, §108
La nature démontre qu'il est juste que celui qui vaut mieux ait plus que celui qui vaut moins, et le plus fort que le plus faible.Platon · Gorgias, 483d
Quand nous disons que l'homme se choisit, nous entendons que chacun d'entre nous se choisit, mais par là nous voulons dire aussi qu'en se choisissant il choisit tous les hommes.Sartre · L'existentialisme est un humanisme