Rapport aux autres· Morale
Universalisme
Axe: Statut des normes (métaéthique) — Les normes morales valent-elles pour tous, partout et toujours ?
Il existe des normes morales objectives, valables pour tous les êtres raisonnables, indépendamment des cultures et des époques. La raison peut les découvrir : ce qui est juste ne dépend ni de nos préférences ni de nos coutumes.
Courants 5
Platonismeexplicite
Contre le relativisme des sophistes, pour qui l'homme est la mesure de toutes choses, le platonisme fonde les valeurs sur des réalités objectives : les du Juste, du Bien et du Beau existent en soi et valent universellement, indépendamment des conventions et des opinions. La morale a un fondement métaphysique réel.
Platon, Théétète, 152a, réfutation de Protagoras · Platon, République, 504d-509c, la Forme du Bien
Stoïcismeexplicite
La morale stoïcienne est universaliste : il existe une loi naturelle, expression du unique, qui vaut pour tous les êtres rationnels en tout lieu. Le bien et le mal ne dépendent ni des conventions ni des cités : vivre selon la nature, c'est vivre selon cette raison commune à l'humanité entière.
Cicéron, De la République, livre III · Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, IV, 4
Les Lumièresexplicite
Si la raison est une et partout la même, alors les principes du juste valent universellement, et non par décret divin ou coutume locale. La morale se sécularise : elle ne dépend plus d'une révélation mais se fonde sur la raison ou sur des sentiments communs à tous les hommes, ce qui permet de juger les mœurs établies au lieu de s'y soumettre. en donnera la forme la plus rigoureuse, une loi morale valable pour tout être raisonnable. Le courant porte cependant sa limite en lui : l'attention de à la diversité des lois selon les climats et les peuples ouvre la voie au relativisme qui contestera bientôt cet universalisme.
Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs · Montesquieu, De l'esprit des lois, livre I
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Cynismeinférable
En opposant la nature au nomos, le cynisme suppose un critère du bien indépendant des conventions et valable pour tous : ce qui est conforme à la nature est bon partout, ce qui n'est que coutume locale n'oblige pas. Le sage juge les moeurs au nom d'une norme naturelle universelle plutôt qu'au gré des cités.
Diogène Laërce, Vies, VI, 70-71
Rationalismeinférable
Corollaire du réalisme métaphysique : les vérités, y compris pratiques, sont objectives et accessibles à la raison, non relatives à la culture ou à l'individu. Spinoza déduit le vrai bien de la nature de la substance, more geometrico, comme une vérité nécessaire et universelle, et Leibniz fonde la justice sur des vérités éternelles inscrites dans l'entendement divin. La raison, partout la même, donne accès à un ordre normatif universel.
Spinoza, Éthique, IV, préface et propositions 18-37 · Leibniz, Méditation sur la notion commune de la justice
Philosophes 15
Platonexplicite
Contre le relativisme de Protagoras, pour qui « l'homme est la mesure de toutes choses », Platon fonde les valeurs sur des Formes objectives, le Juste en soi et le Bien en soi, qui ne dépendent ni des conventions ni des opinions. Le bien et le juste sont universels et réels, connaissables par la raison.
Théétète, 152a, 170a-172b · République, VI, 504e-509b
Thomas d'Aquinexplicite
Les normes morales ne sont pour Thomas ni des conventions variables ni des décrets arbitraires de Dieu : elles ont un fondement objectif dans la , participation de la créature raisonnable à la par laquelle Dieu ordonne toutes choses à leur fin. Tout homme y a accès par sa raison, à partir du premier précepte « faire le bien et éviter le mal », d'où se déduisent les inclinations fondamentales (conserver sa vie, vivre en société, connaître la vérité). La morale est donc universelle et connaissable de tous, croyants ou non, ce qui range Thomas du côté de l'universalisme réaliste ; une mince réserve tient à ce que les préceptes seconds admettent des déterminations variables selon les circonstances.
Somme théologique, Ia-IIae, q. 91 et q. 94
Épictèteexplicite
La morale repose sur la nature : le même habite tous les hommes, et vivre selon la nature, c'est-à-dire selon la raison, est une norme universelle et non conventionnelle. C'est un universalisme réaliste, fondé sur la loi divine du monde.
Entretiens, I, 11 · Entretiens, II, 16
Kantexplicite
La loi morale vaut universellement pour tout être raisonnable, indépendamment des cultures et des inclinations : c'est l'universalisme le plus assumé de la tradition. Un léger poids constructiviste se justifie par l'autonomie : la loi n'est pas découverte dans le monde, la raison se la donne à elle-même.
Fondements de la métaphysique des mœurs, section II · Critique de la raison pratique
Marc Aurèleexplicite
Une même loi de traverse tous les êtres rationnels : le bien et le mal ne tiennent ni aux cités ni aux conventions mais à la nature commune. Un cosmos, une loi, une raison partagée, répète-t-il, fondent un universalisme moral réaliste.
Pensées pour moi-même, IV, 4 · Pensées pour moi-même, VII, 9 · Pensées pour moi-même, X, 6
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Benthaminférable
Le vaut pour tous les hommes et tous les temps : le critère du plaisir et de la douleur est un fait de nature universel, et le calcul s'applique de la même façon partout. Bentham ne relativise pas la morale aux cultures ni n'en fait une simple convention ; c'est un universalisme naturaliste, fondé sur la sensibilité commune à tous les êtres.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I-IV (le principe et sa mesure, valables universellement)
Plotininférable
Les normes ne sont ni conventionnelles ni construites mais fondées dans l'ordre objectif de l'être : le bien est l' lui-même, principe et fin de tout, et la valeur d'une chose tient à son degré de proximité avec lui. La hiérarchie des vertus reflète cette échelle réelle de l'être, d'où un universalisme réaliste enraciné dans la métaphysique.
Ennéades, I, 2 (Des vertus) · Ennéades, VI, 9
Husserlinférable
La grande bataille de Husserl est dirigée contre le relativisme : faire dépendre la validité du vrai d'une espèce, d'une culture ou d'une constitution psychique, c'est se contredire soi-même, car cette thèse se voudrait elle-même universellement vraie. Ce qu'il établit pour la logique, il l'étend en droit à toute norme : il y a des validités idéales, indépendantes des faits qui les pensent. Son combat porte sur le statut des normes intellectuelles plus que sur les valeurs morales, qu'il a peu thématisées ; mais l'esprit en est nettement universaliste, hostile à tout réduire à des conventions variables.
Recherches logiques, I, §32-39 (réfutation du relativisme)
Millinférable
Le principe d'utilité vaut comme critère universel du bien, le même pour tous les hommes et tous les temps : Mill ne relativise pas la morale aux cultures. Le bien y est un fait objectif, le bonheur, mesurable par ses effets, ce qui le range du côté d'un naturaliste plutôt que du relativisme.
L'Utilitarisme, ch. 2 et 4 (le principe du plus grand bonheur comme critère universel)
Diogène de Sinopeinférable
En opposant la nature au , Diogène suppose un critère du bien indépendant des conventions et valable pour tous : ce qui est conforme à la nature est bon partout, ce qui n'est que coutume locale n'oblige pas. Il juge donc les moeurs au nom d'une norme naturelle universelle, et c'est ce qui autorise le cosmopolitisme. Mais l'arme est à double tranchant : la même critique du nourrit un relativisme de fait, puisque Diogène souligne avec délectation combien les pudeurs et les interdits varient d'un peuple à l'autre, preuve qu'aucun ne tient de la nature. La part relativiste reste secondaire, mise au service d'un naturalisme normatif.
Diogène Laërce, Vies, VI, 70-73
Socrateinférable
La demande d'une définition unique du juste ou du courage présuppose que la vertu a une nature, la même pour tous, et non une simple convention variable. Socrate s'oppose ainsi aux sophistes et à leur relativisme, résumé par le mot de Protagoras, l'homme est la mesure de toute chose : si chacun mesure le vrai et le bien à sa guise, l'examen perdrait son objet. Le juste se découvre par la raison, il ne se décrète pas.
Platon, Théétète, 152a et 161c-e (la formule de Protagoras, critiquée) · Platon, Gorgias, 482e-484c (nature et convention)
Confuciusinférable
La et le ren 仁 (l'humanité) valent comme normes objectives, ancrées dans l'ordre du Ciel (tian) et la sagesse des Anciens : le bien n'est pas affaire de convention arbitraire. Mais cette objectivité s'incarne dans des li 禮 (des rites) historiquement situés, hérités d'une tradition, ce qui laisse une part au caractère institué de la norme.
Entretiens, IV, 8 (entendre la Voie au matin, mourir le soir sans regret) · Entretiens, VII, 23 (le Ciel a engendré la vertu qui est en moi)
Camusinférable
La pose une limite quasi universelle, un « non » que tout homme oppose à l'humiliation et au meurtre, ce qui rapproche Camus d'un universalisme de fait. Mais cette valeur n'est pas déduite d'une nature ou d'un absolu : elle surgit de l'expérience partagée de la révolte, d'où une part de construction.
L'Homme révolté (1951)
Laoziinférable
Les distinctions du beau et du laid, du bien et du mal, sont pour Laozi des découpages corrélatifs que l'esprit projette : « tous savent que le beau est beau, et voilà le laid ». On pourrait y lire un relativisme. Mais ces oppositions sont relatives à un fond qui ne l'est pas, le Dao et le cours de la nature, qui fournit une norme : suivre le naturel. La norme est donc réelle et universelle, même si elle dissout les codes humains particuliers.
Dao De Jing, ch. 2 · Dao De Jing, ch. 25 et 51
Rousseauinférable
La conscience, « juge infaillible du bien et du mal », parle en tout homme : ses verdicts ne dépendent pas des coutumes locales mais d'un sentiment commun à l'espèce. Rousseau maintient ainsi un universalisme moral, même s'il reconnaît, en législateur de la Pologne ou de la Corse, que les institutions doivent s'ajuster au génie particulier de chaque peuple.
Rousseau, Émile, Profession de foi du vicaire savoyard · Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne
L'exercice de la définition : « qu'est-ce que… ? »ExerciceAttestée · Socrate
n'amassait pas les exemples mais cherchait la définition unique : qu'est-ce que le courage, la justice, l'amitié, par-delà les cas particuliers ? L'exercice reprend ce geste : éprouver une définition contre des contre-exemples jusqu'à la resserrer. On atteint rarement la formule parfaite, mais on découvre qu'un mot qu'on croyait évident est plus difficile et plus riche qu'on ne pensait, et l'on juge ensuite avec plus de finesse.
- Choisissez un mot de valeur que vous employez souvent sans le définir : le courage, la justice, le respect, la réussite, l'amitié.
- Écrivez votre définition en une phrase : « X, c'est… ».
- Cherchez un cas que votre définition inclut à tort (elle est trop large), puis un cas qu'elle exclut à tort (elle est trop étroite).
- Corrigez la définition pour absorber ces deux cas, puis refaites l'épreuve sur la nouvelle version.
- Arrêtez-vous quand vous ne trouvez plus de contre-exemple facile, ou quand vous butez : notez ce que l'obstacle vous a appris sur le mot.
Le but n'est pas de gagner une définition parfaite, ni de piéger l'autre si vous le faites à deux, mais d'y voir plus clair. L'aporie, ce moment où l'on reconnaît qu'on ne savait pas vraiment définir ce mot, est un résultat, non un échec.
- Descriptif Expérience de penséeChacun ses coutumes ?
Des peuples s'horrifient mutuellement de leurs usages, chacun tenant le sien pour évident. Ce désaccord profond prouve-t-il qu'aucune morale n'est vraie, ou peut-on encore juger que certaines valent mieux que d'autres ?
les coutumes des autres peuples - DescriptifY a-t-il des vérités morales ?
Quand je dis « c'est mal », est-ce que je décris quelque chose de réel, une propriété des actes, ou seulement mes préférences ? Rien dans les faits ne contient un « il faut » : d'où viendrait alors la vérité d'un jugement moral ?
un fait moral - DescriptifTrouvée, imposée, ou construite ?
Une norme est-elle inscrite dans la nature des choses, n'est-elle que la loi du plus fort déguisée en justice, ou la fabriquons-nous par une procédure équitable ? Et une règle seulement construite peut-elle encore obliger ?
la règle morale