Chacun ses coutumes ?
Sur l'axe: Statut des normes (métaéthique) · les coutumes des autres peuples
Des peuples s'horrifient mutuellement de leurs usages, chacun tenant le sien pour évident. Ce désaccord profond prouve-t-il qu'aucune morale n'est vraie, ou peut-on encore juger que certaines valent mieux que d'autres ?
Ce problème est mis en évidence par l'expérience de pensée Chacun ses coutumes ? :
Hérodote raconte que le roi Darius interrogea des Grecs, qui brûlaient le corps de leurs morts : à quel prix accepteraient-ils de le manger plutôt ? Horrifiés, ils répondirent qu'aucune somme ne les y déciderait. Puis il posa la question inverse à des Callatiens, qui, eux, mangeaient leurs morts : à quel prix accepteraient-ils de les brûler ? Ils poussèrent les mêmes cris d'horreur. Chacun tenait sa propre coutume pour évidente, et celle de l'autre pour une monstruosité.
Hérodote, Histoires (-430)
Que faut-il conclure d'un tel désaccord entre les peuples ?
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Justification
Dans « Des cannibales », Montaigne retourne le regard de l'Européen sur lui-même : nous tenons pour barbare ce qui s'écarte de nos usages, sans voir que les nôtres seraient tout aussi étranges vus d'ailleurs. « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ». La diversité des mœurs à travers le monde montre que nos certitudes morales doivent moins à la raison qu'à la , « autre monde, autres lois ». Ce relativisme reste pourtant prudent : il sert à désarmer le fanatisme et la cruauté, non à tout permettre, car la cruauté des conquérants, elle, est jugée pire que celle des « sauvages ».
Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage.Essais, I, 31, « Des cannibales »
Essais, I, 31, « Des cannibales » et II, 12
Justification
La loi morale vaut universellement pour tout être raisonnable, indépendamment des cultures et des inclinations : c'est l'universalisme le plus assumé de la tradition. Un léger poids constructiviste se justifie par l'autonomie : la loi n'est pas découverte dans le monde, la raison se la donne à elle-même.
Fondements de la métaphysique des mœurs, section II · Critique de la raison pratique