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Rapport aux autres· Morale

Constructivisme

Axe: Statut des normes (métaéthique)Les normes morales valent-elles pour tous, partout et toujours ?

Les normes morales ne sont ni découvertes dans la nature des choses ni simplement relatives : elles sont construites par des procédures rationnelles équitables, comme la délibération sous un voile d'ignorance ou la discussion entre égaux. Leur validité tient à la légitimité du processus qui les engendre.

Qui défend cette position

Courants 3

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Pragmatismeinférable

Les valeurs morales ne sont pour les pragmatistes ni des essences éternelles à découvrir ni de pures conventions arbitraires : elles s'élaborent et se justifient dans l'enquête, à l'épreuve de leurs conséquences sur l'expérience partagée. Dewey traite les jugements de valeur comme des hypothèses révisables, soumises au même test pratique que les énoncés de fait. Le bien se construit dans la délibération sociale.

Dewey, Reconstruction en philosophie (1920) · Dewey, La Théorie de la valuation (1939)

Existentialismeinférable

Si Dieu n'existe pas, aucune table de valeurs n'est inscrite dans un ciel intelligible : les valeurs sont créées par les choix humains. soutient cependant qu'en se choisissant, chacun choisit l'homme, ce qui rapproche la position d'un constructivisme plus que d'un pur relativisme.

L'existentialisme est un humanisme · Simone de Beauvoir, Pour une morale de l'ambiguïté

Utilitarismeinférable

Le a une portée universelle, il vaut pour tous les êtres sensibles et en tout lieu, mais son fondement n'est pas une loi morale : le bien est construit à partir d'un fait naturel, le plaisir et la peine. L'utilitarisme conjugue ainsi un universalisme de la règle et un ancrage naturaliste, à mi-chemin du réalisme moral et d'un constructivisme du bien à partir du bien-être.

Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation · Sidgwick, Les Méthodes de l'éthique

Philosophes 4

Sartreexplicite

Sans valeurs inscrites dans un ciel intelligible, l'homme les crée par ses choix ; mais Sartre refuse d'en conclure au pur arbitraire. Choisir, c'est tenir pour bon ce que l'on choisit, et donc le proposer comme image de l'homme : en se choisissant, il choisit tous les hommes. La création des valeurs engage ainsi une responsabilité quasi universelle, sans recourir, comme , à une loi de la raison.

L'existentialisme est un humanisme (choisir, c'est choisir pour tous)

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Beauvoirinférable

Les valeurs ne sont ni inscrites dans un ciel intelligible ni purement relatives : elles sont instituées par des libertés qui se reconnaissent mutuellement et s'engagent. Beauvoir part toujours de situations singulières et historiques, mais la liberté qu'elle érige en exigence vaut pour tous : un constructivisme situé, qui universalise sans relativisme ni réalisme moral.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), la fondation des valeurs par la liberté

Marxinférable

La morale fait partie de la superstructure idéologique : le droit, la justice et la morale d'une époque expriment les rapports de production et varient avec eux, si bien qu'il n'y a pas de norme morale éternelle planant au-dessus de l'histoire. Cette historicisation des valeurs, qui les rapporte aux conditions matérielles plutôt qu'à un fondement universel, relève surtout d'un historique, avec une part de relativisme de classe.

Manifeste du Parti communiste, ch. 2 (les idées morales comme produits des rapports de production) · L'Idéologie allemande, I (morale, religion et métaphysique comme idéologie)

Humeinférable

Hume relève un saut illicite dans les traités de morale : les auteurs passent sans crier gare de propositions liées par est à des propositions liées par doit, alors qu'un devoir-être nouveau ne peut se déduire d'aucun ensemble de prémisses purement descriptives (la guillotine de Hume). Aucune relation de faits, donc aucun acte de la seule raison, ne fonde une obligation : la valeur n'est pas une qualité des choses mais tient au sentiment d'approbation que le spectateur éprouve. La morale perd ainsi son fondement réaliste, contre le réalisme moral rationaliste qui croyait lire le bien dans l'être. Mais ce sentiment, commun à tous les hommes et réglé par l'utilité partagée, confère aux jugements une stabilité quasi universelle : la position tient du constructivisme, avec une part de relativisme, sans verser dans l'arbitraire.

Traité de la nature humaine, III, I, 1 (le passage de l'être au devoir-être) · Enquête sur les principes de la morale, sect. IX et appendice I

Problèmes
  • Descriptif Expérience de pensée
    Chacun ses coutumes ?

    Des peuples s'horrifient mutuellement de leurs usages, chacun tenant le sien pour évident. Ce désaccord profond prouve-t-il qu'aucune morale n'est vraie, ou peut-on encore juger que certaines valent mieux que d'autres ?

    les coutumes des autres peuples
  • Descriptif
    Trouvée, imposée, ou construite ?

    Une norme est-elle inscrite dans la nature des choses, n'est-elle que la loi du plus fort déguisée en justice, ou la fabriquons-nous par une procédure équitable ? Et une règle seulement construite peut-elle encore obliger ?

    la règle morale