D'où la morale tire-t-elle son autorité ?
Sur l'axe: Critère du juste · la morale
Qu'est-ce qui rend un critère moral obligatoire pour nous : la raison, la nature, un sentiment partagé, la société, ou Dieu ? Et si rien ne le fonde, la morale a-t-elle encore prise ?
Justification
La distinction du bien et du mal naît d'un sentiment d'approbation ou de désapprobation, non d'une déduction de la raison : la morale se sent plus qu'elle ne se juge. Ce sentiment s'enracine dans la sympathie, capacité à partager les affects d'autrui, qui nous fait approuver les qualités utiles et agréables à soi et aux autres. D'où une éthique du care et du sentiment, avec une composante de vertu (qualités de caractère) et un souci conséquentialiste de l'utilité.
La morale est plus proprement sentie que jugée.Traité de la nature humaine, III, I, 2
Enquête sur les principes de la morale, sect. I et IX (le sentiment moral, l'utilité) · Traité de la nature humaine, III, partie I, sect. 1-2 (la morale n'est pas tirée de la raison)
Justification
Hume relève un saut illicite dans les traités de morale : les auteurs passent sans crier gare de propositions liées par est à des propositions liées par doit, alors qu'un devoir-être nouveau ne peut se déduire d'aucun ensemble de prémisses purement descriptives (la guillotine de Hume). Aucune relation de faits, donc aucun acte de la seule raison, ne fonde une obligation : la valeur n'est pas une qualité des choses mais tient au sentiment d'approbation que le spectateur éprouve. La morale perd ainsi son fondement réaliste, contre le réalisme moral rationaliste qui croyait lire le bien dans l'être. Mais ce sentiment, commun à tous les hommes et réglé par l'utilité partagée, confère aux jugements une stabilité quasi universelle : la position tient du constructivisme, avec une part de relativisme, sans verser dans l'arbitraire.
Traité de la nature humaine, III, I, 1 (le passage de l'être au devoir-être) · Enquête sur les principes de la morale, sect. IX et appendice I
Justification
Dans les Dialogues sur la religion naturelle, Hume démonte l'argument du dessein : l'ordre du monde n'autorise aucune inférence sûre vers un créateur infini, sage et bon, surtout face au mal. Sans professer un athéisme ferme (il maintient une vague cause ou des causes de l'ordre), il vide le théisme de tout contenu déterminé : la position penche nettement du côté de l'agnosticisme et de l'athéisme.
Dialogues sur la religion naturelle (notamment parties V, VIII et XI) · Histoire naturelle de la religion
Justification
Rien n'est bon sans restriction qu'une volonté bonne : ni les talents ni le bonheur, qui peuvent servir le mal. Si la valeur morale ne tient ni à l'objet voulu ni aux conséquences, elle ne peut tenir qu'à la forme de la maxime, sa capacité à valoir comme loi pour tous. De là se déduit le : agir seulement d'après une maxime que je puisse vouloir universelle. C'est un déontologisme qui refuse, contre l', de mesurer le devoir au résultat ; la réintroduit les vertus, mais dérivées du devoir, d'où un faible poids résiduel sur ce pôle.
Agis uniquement d'après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle.Fondements de la métaphysique des mœurs, section II
Fondements de la métaphysique des mœurs, sections I et II · Métaphysique des mœurs, Doctrine de la vertu
Justification
La loi morale vaut universellement pour tout être raisonnable, indépendamment des cultures et des inclinations : c'est l'universalisme le plus assumé de la tradition. Un léger poids constructiviste se justifie par l'autonomie : la loi n'est pas découverte dans le monde, la raison se la donne à elle-même.
Fondements de la métaphysique des mœurs, section II · Critique de la raison pratique
Justification
Puisque toute connaissance est bornée aux phénomènes, Dieu, qui n'en est pas un, échappe à la preuve : Kant démonte une à une les preuves de l'existence de Dieu (ontologique, cosmologique, physico-théologique), la première ratant le passage du concept à l'existence. Mais ce qui est interdit au savoir est requis par la morale : sans Dieu ni immortalité, l'accord de la vertu et du bonheur (le souverain bien) resterait impensable. Dieu revient donc comme postulat de la raison pratique, objet d'une foi rationnelle et non d'un savoir, ce qui justifie un théisme modéré plutôt qu'affirmé.
Critique de la raison pure, « Idéal transcendantal » · Critique de la raison pratique, Dialectique
mène à: La source de la morale · Statut des normes (métaéthique) (Y a-t-il des vérités morales ?) · Existence de Dieu