Y a-t-il des vérités morales ?
Sur l'axe: Statut des normes (métaéthique) · un fait moral
Quand je dis « c'est mal », est-ce que je décris quelque chose de réel, une propriété des actes, ou seulement mes préférences ? Rien dans les faits ne contient un « il faut » : d'où viendrait alors la vérité d'un jugement moral ?
Justification
Contre le relativisme de Protagoras, pour qui « l'homme est la mesure de toutes choses », Platon fonde les valeurs sur des Formes objectives, le Juste en soi et le Bien en soi, qui ne dépendent ni des conventions ni des opinions. Le bien et le juste sont universels et réels, connaissables par la raison.
Théétète, 152a, 170a-172b · République, VI, 504e-509b
Justification
L'éthique platonicienne est une éthique des vertus : le bien de l'homme tient à l'état de son âme, et la justice est définie comme l'harmonie de ses trois parties, chacune accomplissant sa fonction propre sous la conduite de la raison. La vie bonne n'est pas affaire de règles ni de calcul des conséquences, mais d'un caractère ordonné et vertueux.
République, IV, 441c-444e · Gorgias, 506c-508c
Justification
La vérité est l'adéquation de l'âme à ce qui est réellement, les Idées : le discours vrai « dit les choses comme elles sont », tandis que le faux les dit autrement qu'elles ne sont. Cette conception, proche d'une correspondance à l'être intelligible, comporte une part de cohérence, la connaissance vraie formant un système dialectique relié au principe du Bien.
Sophiste, 262e-263d · Cratyle, 385b-c
Justification
Hume relève un saut illicite dans les traités de morale : les auteurs passent sans crier gare de propositions liées par est à des propositions liées par doit, alors qu'un devoir-être nouveau ne peut se déduire d'aucun ensemble de prémisses purement descriptives (la guillotine de Hume). Aucune relation de faits, donc aucun acte de la seule raison, ne fonde une obligation : la valeur n'est pas une qualité des choses mais tient au sentiment d'approbation que le spectateur éprouve. La morale perd ainsi son fondement réaliste, contre le réalisme moral rationaliste qui croyait lire le bien dans l'être. Mais ce sentiment, commun à tous les hommes et réglé par l'utilité partagée, confère aux jugements une stabilité quasi universelle : la position tient du constructivisme, avec une part de relativisme, sans verser dans l'arbitraire.
Traité de la nature humaine, III, I, 1 (le passage de l'être au devoir-être) · Enquête sur les principes de la morale, sect. IX et appendice I
Justification
La distinction du bien et du mal naît d'un sentiment d'approbation ou de désapprobation, non d'une déduction de la raison : la morale se sent plus qu'elle ne se juge. Ce sentiment s'enracine dans la sympathie, capacité à partager les affects d'autrui, qui nous fait approuver les qualités utiles et agréables à soi et aux autres. D'où une éthique du care et du sentiment, avec une composante de vertu (qualités de caractère) et un souci conséquentialiste de l'utilité.
La morale est plus proprement sentie que jugée.Traité de la nature humaine, III, I, 2
Enquête sur les principes de la morale, sect. I et IX (le sentiment moral, l'utilité) · Traité de la nature humaine, III, partie I, sect. 1-2 (la morale n'est pas tirée de la raison)
Justification
Hume distingue deux objets de l'investigation : les relations d'idées (mathématiques, certaines et démontrables) et les faits (matters of fact), dont la vérité tient à leur conformité à ce que l'expérience révèle du réel. La vérité de fait est donc affaire de correspondance avec l'expérience, tandis que la vérité des relations d'idées relève de la cohérence interne, d'où des poids partagés.
Enquête sur l'entendement humain, sect. IV, partie I (relations d'idées et faits)
Repères: Platon · Hume · Mackie
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