Rapport aux autres· Pouvoir et justicedifficulté
Nature des droits
D'où viennent les droits ?
Quand on parle de « droits de l'homme », s'agit-il de réalités inscrites dans notre nature, de règles que les sociétés instituent, ou d'outils justifiés par leurs bienfaits ? Ce que l'on peut revendiquer, et ce qu'aucune loi ne devrait pouvoir retirer, en dépend.
Droits naturels
5Les droits sont inhérents à la personne, antérieurs à l'État et au droit positif : on les découvre, on ne les octroie pas. Une loi qui les viole est injuste, fût-elle parfaitement légale.
Explorer cette position →Lockeexplicite
L'état de nature n'est pas une licence : il est régi par une loi naturelle que la raison découvre. Comme tous les hommes sont l'ouvrage d'un même Créateur, envoyés au monde par son ordre et pour son service, nul n'a le droit de détruire autrui ni de le réduire à sa merci. De cette égalité originelle Locke déduit, non un simple devoir de ne pas nuire, mais des droits subjectifs corrélatifs, à la vie, à la liberté et aux biens, que chacun porte avant tout gouvernement. Le pouvoir n'est dès lors légitime que pour les garantir ; les violer le rend tyrannique. Ces « droits inaliénables » passeront presque mot pour mot dans la Déclaration d'indépendance américaine.
Second Traité du gouvernement civil, II-V
Kantexplicite
Le droit se déduit a priori de la raison, non de l'utilité ni du seul droit positif : tout homme possède, en vertu de son humanité, un droit inné à la liberté, fondé sur la dignité de la personne comme fin en soi. Une version rationnelle des droits naturels.
Métaphysique des mœurs, Doctrine du droit
Les Lumièresexplicite
Avant toute société et toute loi positive, l'homme possède en propre, du seul fait de sa nature raisonnable, des droits que nul pouvoir n'a conférés et que nul ne peut légitimement abolir : à la vie, à la liberté, à la propriété de sa personne. en fait la mesure de tout gouvernement, institué seulement pour les garantir. Ces droits sont universels parce qu'ils découlent d'une humanité commune, non des privilèges d'un ordre ou d'une naissance : c'est l'arme contre l'absolutisme et la société d'ordres, que la Déclaration de 1789 gravera dans le droit, « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». , de l'intérieur du siècle, objectera pourtant qu'un droit sans loi positive n'est qu'un « non-sens sur échasses ».
Locke, Deux traités du gouvernement, II · Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789)
Voir plus (2)
Thomas d'Aquininférable
La doctrine thomiste de la est l'ancêtre médiéval des droits naturels : il existe un juste qui ne dépend pas de la volonté du législateur mais de la nature ordonnée par Dieu, et la loi humaine ne fait que déterminer ou appliquer cette norme antérieure. Le droit positif tire sa validité de sa conformité au droit naturel ; il n'est pas tenu pour une pure création du souverain, ce qui range Thomas du côté des droits naturels contre le positivisme juridique à venir.
Somme théologique, Ia-IIae, q. 95, a. 2
Libéralismeinférable
Toutes ses variantes s'accordent qu'il existe des droits qui limitent le pouvoir et qu'aucune majorité ne peut abolir à sa guise ; elles divergent sur leur fondement, ce qui étale le courant sur plusieurs voies : antérieurs à l'État chez , garanties justifiées par leur chez , termes d'une coopération équitable par la délibération chez . Le refus commun est celui du positivisme pur, pour qui il n'est de droit que ce que l'autorité décrète.
Locke, Deux traités du gouvernement · Rawls, Théorie de la justice (1971)
Positivisme juridique
1Il n'y a de droits que ceux qu'une autorité établit effectivement. Parler de droits naturels avant toute loi, c'est, selon le mot de Bentham, « un non-sens sur échasses » : un droit sans institution pour le garantir n'est qu'un vœu.
Explorer cette position →Benthamexplicite
Un droit, pour Bentham, n'est rien d'autre que le bénéfice d'une obligation que la loi impose à autrui et garantit par une sanction : pas de loi positive, pas d'obligation, donc pas de droit. Les droits naturels antérieurs à toute loi sont alors une contradiction dans les termes, un voeu déguisé en fait juridique, et même un danger, car invoquer un droit imprescriptible contre la loi ouvre la porte à l'anarchie. Le rejet n'est pas nihiliste mais utilitariste : il y a bien des droits, mais c'est l'utilité, et non la nature, qui doit guider le législateur lorsqu'il les crée.
Anarchical Fallacies ; Introduction aux principes de morale et de législation
Droits et utilité
2Les droits ne sont ni inscrits dans la nature ni de purs décrets : ce sont des protections solides que l'on reconnaît parce que les garantir sert le bien-être de tous. Leur force vient de leur utilité durable, non d'une origine surnaturelle.
Explorer cette position →Millexplicite
Mill rejette les droits naturels antérieurs à toute société et fonde les droits sur l'utilité : avoir un droit, c'est avoir quelque chose que la société doit nous garantir parce que son maintien sert le bien-être général, l'utilité prise au sens le plus large, fondée sur les intérêts permanents de l'homme.
L'Utilitarisme, ch. V ; De la liberté
Utilitarismeexplicite
Si le seul critère du juste est l'utilité, aucun droit ne saurait précéder la loi ni la limiter au nom de la nature : parler de droits antérieurs à toute institution, c'est, pour , un non-sens, et de droits imprescriptibles un non-sens sur échasses. Le courant ne supprime pas les droits, il les refonde : ce sont des protections que la société garantit précisément parce que leur respect stable maximise le bien-être général. Cette dérivation à partir des conséquences l'oppose frontalement aux théories du droit naturel et à la , qui tiennent certains droits pour des contraintes premières, indépendantes de tout calcul de résultats.
Bentham, Anarchical Fallacies ; Mill, L'Utilitarisme, V
Constructivisme politique
0Les droits ne sont ni naturels, ni de purs décrets, ni de simples calculs d'utilité : ce sont les termes d'une coopération équitable, construits par la délibération entre personnes libres et égales, et servant de critères de légitimité politique.
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