Courants

Le romantisme

Défendre ce que le calcul n'épuise pas : l'expérience intérieure, l'imagination créatrice et une nature vivante, contre un monde réduit au mécanisme.

1795 – 1850

HerderSchellingNovalisSchillerColeridge

Mouvement artistique, littéraire et philosophique né en Allemagne et en Angleterre au tournant du XIXe siècle, le romantisme est la grande réaction contre les . À la raison universelle, au mécanisme et au culte du progrès, il oppose les droits du sentiment, de l' et du , le mystère d'une nature vivante et le comme de chaque individu. Annoncé par la sensibilité de et par le Sturm und Drang, porté par , , et en Allemagne, et en Angleterre, il refuse de réduire le réel à ce que la raison calcule. Forme culturelle des « anti-Lumières », il a nourri aussi bien les nationalismes que les avant-gardes, et reste la source de notre idée moderne de l'art comme création et expression.

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Rapport au vraiRapport à soiRapport aux autresRapport au mondePluralisme épistémique — Place de la scienceIllusions vitales — Valeur de la véritéVie examinée — IntérioritéAffirmation — Rapport au désirFécondité-rédemption — Sens de la souffranceTéléologie-providence — Le sens de la vieÉthique des vertus — Critère du justeRelativisme — Statut des normes (métaéthique) (Position structurante)Communauté organique — Origine du lien socialCommunautarisme-patriotisme — AppartenancePartialisme — PartialitéÉros-manque — Nature de l'amourÉquité-phronèsis — Lettre ou esprit de la règleThéisme — Existence de DieuLe primat du sentiment — Statut des émotions (Position structurante)Création — Nature de l'art (Position structurante)Vitalisme — Explication de la nature (Position structurante)Esthétisme — Le beau dans la vieTechno-critique — Rapport à la techniqueMembre parmi d'autres — Place de l'homme dans la natureVérité — Finalité de l'artÉmergentisme — Tout et partiesBeau subjectif — Le beauCulturalisme — Nature et cultureImmanence — Où réside le sacréOptimisme anthropologique — Vision de l'hommeIdéalisme — Nature du réelPluralisme épistémiqueIllusions vitalesVie examinéeAffirmationRelativismeCommunautarisme-patriotismeLe primat du sentimentCréation27SUR 80 AXES34% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. La vérité de l'homme se dit dans le sentiment, l'enthousiasme et la passion, non dans la raison froide qui prétend les juger.

    Le primat du sentiment90%Statut des émotionsvoir la position →
  2. L'art n'imite pas la nature, il la crée : l'œuvre jaillit du génie, qui ne reçoit pas ses règles du dehors mais se les donne.

    Création93%Nature de l'artvoir la position →
  3. La nature n'est pas une machine mais un organisme vivant, animé d'une âme et de forces que le mécanisme ne saurait épuiser.

    Vitalisme70%Explication de la naturevoir la position →
  4. Il n'y a pas une raison universelle mais le génie propre de chaque peuple : chaque culture porte en elle sa mesure.

    Relativisme60%Statut des normes (métaéthique)voir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître2/2 positionnés
2 de plus
inférable
+0.6
Rationalisme critique
Justification

La science n'a pas le monopole du vrai : à tout ramener à la mesure et au calcul, elle manque le vivant, le singulier et le sens, que la poésie, le mythe et l'intuition saisissent mieux qu'elle. Le romantisme conteste la prétention des à ériger le savoir scientifique en modèle de toute connaissance, et réhabilite des voies d'accès au réel que la raison calculante avait disqualifiées.

Novalis, Les Disciples à Saïs · Schelling, Idées pour une philosophie de la nature

inférable
+0.2
La vérité qui donne prise
Justification

Contre l'analyse qui dissèque et désenchante, le romantisme tient l'imagination, le mythe et le sentiment pour des organes de vie plus profonds que la raison démonstrative. Ce que l'entendement réduit parfois à l'illusion, poésie, symbole, nuit, y devient un accès au réel que la clarté manque : le désenchantement du monde n'est pas un progrès mais une perte.

Novalis, Fragments · Schiller, Lettres sur l'éducation esthétique (1795)

Rapport à soiQui je suis, comment vivre4/4 positionnés
4 de plus
inférable
−0.7
Justification

Le réel le plus haut ne s'atteint pas au-dehors, dans l'action ou le fait, mais au-dedans : rêve, souvenir, nuit, profondeurs obscures du moi deviennent la vraie patrie. Le chemin du romantique vers l'infini passe par la descente en soi plutôt que par la prise sur le monde.

Le chemin mystérieux va vers l'intérieur. C'est en nous, ou nulle part, qu'est l'éternité avec ses mondes, le passé et l'avenir.Pollen

Novalis, Pollen · Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire

inférable
70
20
10
Justification

Loin de tempérer ou d'éteindre le désir comme le voulaient stoïciens et épicuriens, le romantisme l'exalte comme la vie même de l'âme : c'est l'aspiration infinie, la , ce désir sans objet assignable qui porte vers le lointain, l'absent, l'inaccessible. L'insatisfaction n'est pas un mal à guérir mais le signe de notre vocation à l'infini.

Novalis, Henri d'Ofterdingen · Schiller, Nostalgie (Sehnsucht)

inférable
−0.6
Indifférence stoïcienne
Justification

La douleur n'est pas un accident à supprimer mais une épreuve qui approfondit et révèle : c'est dans la mélancolie, le deuil et le mal du siècle que l'âme romantique touche à sa vérité et que naît l'œuvre. Le héros souffrant, de Werther à René, fait de sa blessure le signe d'une sensibilité supérieure et de la nuit le lieu d'une révélation.

Goethe, Les Souffrances du jeune Werther · Chateaubriand, René

inférable
60
30
10
0
Justification

Le monde n'est ni un mécanisme indifférent ni un chaos absurde : il est traversé d'un sens, d'un esprit qui s'y déploie et auquel l'homme est appelé à répondre. Le sentiment romantique de l'infini et la nostalgie d'une unité perdue supposent que l'existence a une direction et une profondeur, fût-elle voilée : le sens n'est pas à inventer de toutes pièces mais à pressentir et à retrouver dans la nature, l'art et l'histoire.

Novalis, Les Disciples à Saïs · Schelling, Idées pour une philosophie de la nature

Rapport aux autresCe que nous nous devons7/7 positionnés
Majeur
15
60
25
Justification

Contre l'universalisme abstrait des Lumières, qui mesure tous les peuples à une même raison, affirme que chaque culture porte en elle son , ses valeurs et son sens, incommensurables. Il n'y a pas un modèle unique de civilisation mais une diversité de formes de vie, chacune légitime en son temps et son lieu. Ce relativisme historique et culturel mine l'idée d'un progrès linéaire vers une norme universelle.

Herder, Une autre philosophie de l'histoire · Herder, Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité

Majeur
−0.6
Justification

On n'est pas homme en général mais d'abord d'une langue, d'un sol et d'un peuple, et c'est cet enracinement, non l'abstraction cosmopolite des , qui donne à une vie sa profondeur. réveille le génie propre de chaque nation dans ses chants, ses contes et sa langue ; de là naîtra, pour le meilleur et pour le pire, l'idée moderne de nation comme communauté de destin.

Herder, Voix des peuples dans leurs chants · Herder, Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité

5 de plus
inférable
5
10
55
30
Justification

Le romantisme oppose à la règle kantienne et au calcul utilitaire une morale du cœur : la valeur naît du sentiment, de la sympathie et de la beauté de l'âme, non d'un principe abstrait. Être bon, c'est être vrai à soi-même et accordé aux autres par l'empathie, une éthique de la vertu sensible et du soin où l'authenticité du sentiment fait foi.

Rousseau, Émile (la conscience) · Schiller, Lettres sur l'éducation esthétique

inférable
+0.5
Justification

La nation n'est pas un agrégat d'individus liés par un contrat, mais une communauté organique, tissée d'une langue, d'une histoire et de traditions partagées. Contre la fiction contractualiste des Lumières, le romantisme retrouve, parfois aux côtés de , l'idée d'un peuple comme totalité vivante, antérieure à ses membres et qu'on n'institue pas à volonté.

Herder, Traité sur l'origine de la langue

inférable
+0.5
Cercles concentriques
Justification

Aimer l'humanité en général est une abstraction froide : c'est au proche, au familier, à ce qui est nôtre, que va d'abord le cœur, et cette partialité du sentiment vaut mieux que l'impartialité calculée des . Le romantisme préfère la chaleur des liens particuliers, la patrie, la famille, l'amitié, à la bienveillance universelle et désincarnée du cosmopolite.

Burke, Réflexions sur la Révolution de France · Herder, Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité

inférable
65
25
10
0
Justification

L'amour romantique est tout entier aspiration et manque : il désire dans l'aimé l'infini lui-même, et c'est de cette distance jamais comblée qu'il tire son intensité. Loin de la possession tranquille, il est élan vers un absolu entrevu, nostalgie d'une union qui se dérobe, et c'est pourquoi il confine si volontiers à la nuit et à l'inaccessible.

Novalis, Hymnes à la nuit · Hölderlin, Hypérion

inférable
+0.5
Justification

Aucune règle abstraite ne peut enfermer la vie : le génie ne reçoit pas sa loi du dehors mais se la donne, et le cas singulier, l'exception, l'élan du cœur valent mieux que la lettre uniforme. Contre le légalisme moral des et la froideur de la maxime universelle, le romantisme se fie à l'esprit vivant, à la situation et à l'intuition sensible plutôt qu'au commandement formel.

Schiller, Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme · F. Schlegel, Fragments de l'Athenaeum

Rapport au mondeCe qu'il y a14/14 positionnés
Majeur
+0.8
Éduquer ses émotions
Justification

Au primat des Lumières pour la raison froide, le romantisme oppose la vérité du sentiment : c'est par le cœur, l'enthousiasme et la passion, non par le calcul, que l'homme accède au plus profond de lui-même et du monde. en avait donné le mot d'ordre en réhabilitant la sensibilité contre les raisonneurs ; le Sturm und Drang puis les romantiques en font le ressort de l'art et de la connaissance. L'émotion n'est plus une faiblesse à maîtriser mais une faculté qui révèle.

Rousseau, La Nouvelle Héloïse · Schiller, Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme

Majeur
+0.8
Justification

L'art cesse d'imiter la nature pour la créer : l'œuvre jaillit du , cette puissance originale qui ne reçoit pas ses règles du dehors mais se les donne. Contre la classique et les canons hérités de l'âge des Lumières, le romantisme fait de l' une faculté créatrice, et de l'artiste une sorte de second créateur. L'originalité devient la valeur suprême, et l'œuvre, l'expression d'une intériorité unique.

Coleridge, Biographia Literaria · Novalis, Fragments

Majeur
10
20
70
Justification

À l'univers-machine des Lumières, le romantisme oppose une nature vivante : un organisme animé, traversé de forces et d'une âme, non un système de rouages sans intériorité. La de pense la nature comme un sujet en devenir, où l'esprit s'éveille peu à peu à lui-même. Le mécanisme est récusé non par retour au finalisme théologique, mais au nom d'une vie qui précède et déborde ses parties.

Schelling, Idées pour une philosophie de la nature · Goethe, La Métamorphose des plantes

Majeur
+0.7
Instrumentalisme
Justification

Au moment où la machine et l'usine arrachent l'homme à la terre et au métier, le romantisme est le premier à nommer la perte : la puissance industrielle se paie d'un désenchantement du monde, où la nature vivante devient matière inerte et l'homme un rouage. pleure déjà une nature « dédivinisée » par le calcul, maudit les « sombres usines sataniques ». Cette protestation inaugure la grande lignée de la critique de la technique, jusqu'à et Ellul.

Schiller, Les Dieux de la Grèce · Blake, Milton (préface)

Majeur
5
30
65
Justification

L'homme n'est pas le maître et possesseur d'une nature-objet, mais une voix dans le grand tout vivant : il s'y enracine et y communie, et c'est dans le sentiment de cette appartenance, non dans la domination, qu'il se découvre. Contre le projet baconien et cartésien de soumettre la nature, le promeneur romantique y cherche un miroir de l'âme et la présence de l'infini ; y voit un même esprit qui dort dans la pierre et s'éveille en nous.

Wordsworth, Tintern Abbey · Schelling, Idées pour une philosophie de la nature

Majeur
10
60
30
Justification

Si l'art crée au lieu d'imiter, c'est qu'il atteint ce que ni le concept ni la science ne peuvent dire : l'absolu, l'infini, l'unité perdue de l'esprit et de la nature. L'œuvre n'est ni ornement ni divertissement mais organe de vérité, la plus haute, là où la philosophie discursive échoue. couronne l'art comme l'achèvement du système, veut « romantiser » le monde pour lui rendre son mystère.

Schelling, Système de l'idéalisme transcendantal · Novalis, Pollen

8 de plus
inférableMajeur
−0.6
Justification

Le romantisme fait de l'art et du beau le lieu le plus haut de l'existence, parfois au-dessus de la morale et de l'utilité que privilégiaient les Lumières. Vivre poétiquement, faire de sa vie une œuvre, toucher à l'absolu par la beauté : l'esthétique devient une manière d'être, voire une voie de salut, et non un simple ornement.

Schiller, Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme · Novalis, Hymnes à la nuit

inférable
−0.5
Agnosticisme (Huxley)
Justification

Le romantisme ne nie pas le divin, il le déplace : contre le Dieu lointain et le mécanisme des Lumières, il le retrouve immanent dans la nature vivante, l'infini et le sentiment. De la renaissance de Spinoza à la Naturphilosophie de Schelling et à la nature divinisée de Wordsworth, le sacré imprègne le monde plus qu'il ne le surplombe : un panthéisme diffus plus qu'un théisme orthodoxe ou un athéisme.

Schelling, Idées pour une philosophie de la nature · Wordsworth, Le Prélude

inférable
+0.7
Justification

Le tout précède et déborde ses parties : un organisme, un poème, un peuple ne sont pas la somme d'éléments juxtaposés mais une unité vivante dont chaque membre tient son sens. Contre l'analyse qui décompose et le mécanisme qui réduit, le romantisme pense par totalités organiques, où le supérieur ne s'explique jamais par l'inférieur.

Schelling, Idées pour une philosophie de la nature · Coleridge, Biographia Literaria

inférable
+0.5
Universalité subjective (Kant)
Justification

Le beau n'obéit plus à des proportions objectives ni aux canons hérités de l'Antiquité : il naît de l'expression d'une intériorité et se mesure à l'émotion qu'il suscite. Surtout, le romantisme déplace le centre de l'esthétique vers le , cette grandeur de l'illimité, de l'informe et de l'effrayant, qui excède la mesure et ouvre sur l'infini.

Burke, Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau · Schiller, Du sublime

inférable
+0.5
Justification

Ce qui fait l'homme n'est pas une nature universelle et fixe mais sa langue, ses traditions, l'esprit du peuple qui l'a formé : montre que penser, sentir et juger sont d'abord des manières héritées. L'humanité n'existe qu'au pluriel de ses cultures, et l'on ne comprend un homme qu'en remontant au génie de son temps et de son lieu.

Herder, Traité sur l'origine de la langue · Herder, Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité

inférable
−0.3
Justification

Le sacré n'est pas dans un arrière-monde séparé mais répandu dans la nature et au fond de l'âme : tout est vivant, tout est divin, et c'est l'infini qui transparaît dans le fini. Cette re-divinisation panthéiste, héritée de , voisine pourtant avec une de l'au-delà, une nostalgie d'un absolu jamais rejoint, qui tire le romantisme vers la transcendance autant qu'elle l'en éloigne.

Novalis, Hymnes à la nuit · Schleiermacher, Discours sur la religion

inférable
−0.5
Plasticité morale
Justification

Héritier de , le romantisme tient l'homme pour naturellement bon et la spontanéité du cœur pour plus sûre que les artifices de la civilisation : l'enfant, le peuple et le poète sont plus près de la vérité que l'homme policé. Cette confiance se double pourtant d'une fascination pour les abîmes de l'âme, le démoniaque et le mal, qui en tempère l'optimisme.

Rousseau, Émile, ou De l'éducation · Schiller, Poésie naïve et sentimentale

inférable
15
65
20
Justification

Pour le romantisme philosophique allemand, l'esprit est premier et la nature en est la manifestation visible : loin d'être une matière morte, le monde est l'œuvre et le miroir d'une activité spirituelle qui se cherche en se déployant. pose l'identité de l'esprit et de la nature dans l'absolu, et fait de l'imagination la puissance qui constitue le réel autant qu'elle le découvre.

Schelling, Système de l'idéalisme transcendantal · Novalis, Fragments

Pratiquesvivre la croyance, que faire
Le journal de l'âme : écrire sa vie intérieureHabitudeIntériorité · Statut des émotions

Ce n'est pas la journée qu'on note, c'est l'âme qu'on écoute.

Le romantisme a fait de l'exploration de soi, par le journal, la confession ou la lettre, une voie d'accès à la vérité de l'être. En tenir un aujourd'hui, c'est se donner un lieu où déposer sans témoin ses émotions, ses rêves et ses contradictions, pour mieux s'y connaître. Non pour consigner des faits, mais pour écouter ce que le cœur sait avant la raison.

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Se tenir devant plus grand que soi : l'épreuve du sublimeHabitudeLe beau · Rapport au désir

Devant l'immense, le souci rapetisse et l'âme respire.

Les romantiques cherchaient la haute montagne, la mer, l'orage ou le ciel nocturne pour éprouver le : ce mélange de vertige et d'exaltation devant ce qui nous dépasse. S'exposer volontairement à plus vaste que soi déloge un instant le moi de ses soucis et rouvre le sens de l'infini, que la vie affairée recouvre. Un contrepoint salutaire à un monde où tout est à notre échelle et sous contrôle.

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