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Rapport aux autres· Moralenoyaudifficulté

La source de la morale

D'où la morale tire-t-elle son autorité ?

Chacun sent que certaines choses ne se font pas, mais d'où cette exigence tire-t-elle sa force ? Si le bien est fondé en Dieu, une société qui perd la foi risque de perdre aussi la morale, et la formule prêtée à Dostoïevski menace : si Dieu n'existe pas, tout est permis. Si la morale tient à la raison, au sentiment ou à un accord hérité, elle survit à la sécularisation, mais il reste à expliquer pourquoi elle oblige encore celui qui ne veut plus jouer le jeu. Se positionner, c'est dire ce qui soutient réellement nos devoirs, et ce qui en resterait le jour où ce soutien vacille.

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Les pôles, et qui les tient

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Le bien tient son autorité de Dieu : c'est parce qu'un Dieu bon veut, ordonne ou incarne le bien que nos devoirs obligent absolument. La raison peut lire la loi morale, mais elle ne la fonde pas ; sans ce garant, il ne resterait que des préférences et des calculs, sans rien qui interdise vraiment.

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Figures associées: Thomas d'Aquin · Dostoïevski
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L'obligation morale vaut pour tout être raisonnable : une exigence que la raison découvre ou qu'elle se donne, comme une vérité qui ne dépend d'aucun décret. Croyant ou non, quiconque raisonne se heurte aux mêmes devoirs ; c'est l'universalité de la raison, non une volonté supérieure, qui fait la force de la morale.

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Figures associées: Kant · Leibniz
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Kantexplicite

La morale ne se fonde ni sur la volonté de Dieu ni sur le sentiment, mais sur l'autonomie de la raison pratique, qui se donne à elle-même sa loi. Tout fondement autre que l'autolégislation de la raison, qu'il s'agisse du bonheur, de la perfection ou d'un commandement divin, rendrait la morale hétéronome : on obéirait pour autre chose que le devoir. Dieu n'est postulé que pour rendre possible, dans le souverain bien, l'union de la vertu et d'un bonheur proportionné, jamais pour fonder l'obligation.

Fondements de la métaphysique des mœurs, II (autonomie et hétéronomie) · Critique de la raison pratique, Dialectique

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Jonasinférable

distingue deux côtés de l'éthique : un côté objectif, le fondement de l'obligation, qu'il cherche dans l'être même et non dans la volonté de Dieu, dont il refuse de faire dépendre une éthique destinée à tous ; et un côté subjectif, le sentiment de responsabilité, qui motive la volonté sans fonder l'obligation. Le rapprochement avec la loi de la raison tient à la découverte rationnelle d'une exigence universelle ; mais le fondement est ontologique, non une loi formelle que la raison se donnerait, et c'est contre qu'il fait naître le sentiment de l'objet, du bien qui réclame d'être.

Le Principe responsabilité, ch. II, IV

Hegelinférable

La question n'est plus ici ce qui rend une action bonne, mais d'où la morale tire son autorité. Contre le commandement d'un Dieu transcendant comme contre la loi purement formelle de la raison, et sans se réduire au sentiment, Hegel enracine l'obligation dans la raison devenue concrète : l'esprit objectivé dans les mœurs et les institutions d'une communauté, les Sitten dont la tire son nom. L'autorité du bien est ainsi immanente et historique, mais rationnelle, non une convention arbitraire et révisable.

Principes de la philosophie du droit, §142-156 (les mœurs, la Sittlichkeit)

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La morale s'enracine dans une sensibilité naturelle : sympathie, pitié, répugnance à voir souffrir. La raison éclaire, compare et corrige, mais elle ne crée pas l'obligation ; , et une nature humaine partagée explique que les morales, par-delà leurs variations, se ressemblent tant.

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Figures associées: Hume · Rousseau
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Humeinférable

« La morale est plus proprement sentie que jugée » : la raison, qui compare des idées ou établit des faits, ne peut à elle seule produire les distinctions morales. Celles-ci reposent sur des sentiments d'approbation et de désapprobation, que la sympathie élargit et que l'adoption d'un point de vue général corrige de leur partialité ; la raison éclaire les faits, les relations et les conséquences pertinents, sans produire à elle seule l'approbation ou la désapprobation. Les règles de justice et de propriété naissent bien d'une convention d'intérêt mutuel, sans contrat ni promesse originaires, mais cette origine ne remplace pas le fondement sentimental de leur approbation morale.

Traité de la nature humaine, III, I, 1-2 ; III, II, 2 ; III, III, 1 · Enquête sur les principes de la morale, appendice I

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La morale repose sur : une tradition de jugements partagés sur ce qui se fait et ne se fait pas. Ni loi d'une raison pure, ni simple élan du cœur, cette convention tient parce que nous la reconduisons ensemble ; son autorité est réelle, mais immanente, située, et donc révisable.

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Figures associées: Xunzi · Nietzsche
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Problèmes

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  • Descriptif Question
    Le dilemme d'Euthyphron

    Le bien est-il bien parce que Dieu le veut, ou Dieu le veut-il parce qu'il est bien ? Une branche rend la morale arbitraire, l'autre semble la rendre indépendante de Dieu ; les théologiens cherchent depuis une voie entre les deux.

    le rapport de Dieu au bien
  • Descriptif Question
    Sans Dieu, tout est permis ?

    Si aucun garant transcendant ne soutient nos devoirs, gardent-ils leur force d'obliger, ou deviennent-ils des choix qu'on peut toujours défaire ? Les sociétés sécularisées mettent la formule à l'épreuve chaque jour.

    la morale sans garant
Aller plus loin

Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe

  • Descriptif
    La toute-puissance et le bien

    Si Dieu est tout-puissant, le bien dépend-il de sa volonté au point qu'il aurait pu commander autre chose ? Descartes l'ose pour les vérités éternelles, Ockham pour certains préceptes de la loi morale, et l'arbitraire menace.

    la volonté de Dieu
  • Descriptif
    Un sentiment peut-il obliger ?

    Constater que la nature nous a faits compatissants décrit un fait ; en conclure que nous devons l'être franchit le pas de l'être au devoir. Si la morale n'est qu'un sentiment, que répondre à celui qui ne le ressent pas ?

    l'autorité d'un sentiment
  • Descriptif
    La force de la coutume

    Une règle qui ne tient qu'à notre accord peut-elle obliger celui qui s'en retire ? La coutume oblige tant qu'on la partage, mais le réformateur qui la conteste semble en appeler à autre chose qu'elle.

    la coutume
  • Descriptif
    Expliquer la morale, est-ce la détruire ?

    Si l'on peut raconter comment nos valeurs ont été fabriquées (histoire, évolution, ressentiment), leur prétention à l'absolu s'effondre-t-elle, ou l'origine d'une norme ne dit-elle rien de sa validité ?

    l'histoire de la morale

Problèmes liés élargir vers d'autres axes

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