Un sentiment peut-il obliger ?
Sur l'axe: La source de la morale · l'autorité d'un sentiment
Constater que la nature nous a faits compatissants décrit un fait ; en conclure que nous devons l'être franchit le pas de l'être au devoir. Si la morale n'est qu'un sentiment, que répondre à celui qui ne le ressent pas ?
Justification
Hume relève un saut illicite dans les traités de morale : les auteurs passent sans crier gare de propositions liées par est à des propositions liées par doit, alors qu'un devoir-être nouveau ne peut se déduire d'aucun ensemble de prémisses purement descriptives (la guillotine de Hume). Aucune relation de faits, donc aucun acte de la seule raison, ne fonde une obligation : la valeur n'est pas une qualité des choses mais tient au sentiment d'approbation que le spectateur éprouve. La morale perd ainsi son fondement réaliste, contre le réalisme moral rationaliste qui croyait lire le bien dans l'être. Mais ce sentiment, commun à tous les hommes et réglé par l'utilité partagée, confère aux jugements une stabilité quasi universelle : la position tient du constructivisme, avec une part de relativisme, sans verser dans l'arbitraire.
Traité de la nature humaine, III, I, 1 (le passage de l'être au devoir-être) · Enquête sur les principes de la morale, sect. IX et appendice I
Justification
La loi morale vaut universellement pour tout être raisonnable, indépendamment des cultures et des inclinations : c'est l'universalisme le plus assumé de la tradition. Un léger poids constructiviste se justifie par l'autonomie : la loi n'est pas découverte dans le monde, la raison se la donne à elle-même.
Fondements de la métaphysique des mœurs, section II · Critique de la raison pratique
mène à: Statut des normes (métaéthique) (Y a-t-il des vérités morales ?)