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Rapport aux autres· Morale

Relativisme

Axe: Statut des normes (métaéthique)Les normes morales valent-elles pour tous, partout et toujours ?

Les normes morales varient selon les cultures, les époques et les perspectives : aucune ne peut prétendre à une validité absolue. Ce que nous appelons « le bien » est l'expression d'une coutume, d'une histoire ou d'une forme de vie particulière.

Qui défend cette position

Courants 3

Le romantismeexplicite

Contre l'universalisme abstrait des Lumières, qui mesure tous les peuples à une même raison, affirme que chaque culture porte en elle son , ses valeurs et son sens, incommensurables. Il n'y a pas un modèle unique de civilisation mais une diversité de formes de vie, chacune légitime en son temps et son lieu. Ce relativisme historique et culturel mine l'idée d'un progrès linéaire vers une norme universelle.

Herder, Une autre philosophie de l'histoire · Herder, Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité

Afficher les positions inférées (2)
Taoïsmeinférable

Le perspectivisme de Zhuangzi débouche sur un relativisme : ce qui est beau, juste ou utile pour l'un ne l'est pas pour l'autre, et nul point de vue ne surplombe les autres. L'homme dort dans l'humidité et tombe malade, mais non l'anguille ; qui des deux connaît le bon habitat ? Les distinctions morales tranchées perdent leur prétention à l'universalité.

Zhuangzi, ch. 2 (De l'égalité des choses)

Empirismeinférable

En ancrant la morale dans le sentiment et l'expérience plutôt que dans une raison universelle, l'école relativise les fondements moraux. C'est Hume en particulier qui fait dériver les vertus de leur utilité et de leur agrément ressentis et tient la justice pour une vertu artificielle, née de la convention plutôt que d'une nature donnée. La pondération mêle un fond de constantes humaines à une large part de relativité et de construction sociale.

Hume, Enquête sur les principes de la morale, sections III et V · Hume, Traité de la nature humaine, III, 2 (de la justice comme vertu artificielle)

Philosophes 5

Zhuangziexplicite

Le beau et le laid, le permis et le défendu, le grand et le petit ne sont pas inscrits dans les choses : ce sont des découpages corrélatifs, relatifs à l'échelle et à l'usage de qui juge. Un loriot trouve délicieux ce qui dégoûte l'homme, une belle femme fait fuir les poissons : où est le goût « correct » ? Zhuangzi généralise cette relativité des normes contre la prétention à fixer le juste et le rituel. À la différence de , qui dissout les distinctions humaines pour les remplacer par l'unique norme du , Zhuangzi ne reconstruit pas de norme positive : il invite à « égaliser » les points de vue et à se mouvoir librement entre eux, ce qui le rapproche, sans recourir à ce vocabulaire moderne, d'un relativisme des normes.

Zhuangzi, ch. 2 (Discours sur l'égalité des choses)

Nietzscheexplicite

Plutôt que de demander si les valeurs morales sont vraies, Nietzsche demande ce qu'elles valent et d'où elles viennent : c'est la méthode . Elle découvre que le couple est né du des faibles, renversant le « bon / mauvais » aristocratique. Les morales ne sont donc pas des faits mais les symptômes de types de vie, à évaluer et, au besoin, à transmuer.

Généalogie de la morale · Par-delà bien et mal, §108

Michel de Montaigneexplicite

Dans « Des cannibales », Montaigne retourne le regard de l'Européen sur lui-même : nous tenons pour barbare ce qui s'écarte de nos usages, sans voir que les nôtres seraient tout aussi étranges vus d'ailleurs. « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ». La diversité des mœurs à travers le monde montre que nos certitudes morales doivent moins à la raison qu'à la , « autre monde, autres lois ». Ce relativisme reste pourtant prudent : il sert à désarmer le fanatisme et la cruauté, non à tout permettre, car la cruauté des conquérants, elle, est jugée pire que celle des « sauvages ».

Essais, I, 31, « Des cannibales » et II, 12

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Sextus Empiricusinférable

Aux livres éthiques, Sextus oppose la diversité inépuisable des lois, des coutumes et des croyances des peuples pour montrer que rien n'est bon ni mauvais « par nature » : si quelque chose l'était, tous le tiendraient pour tel. Faute de critère, il sur l'existence de normes universelles, et règle sa conduite sur la « loi et la coutume » de son pays, sans les tenir pour vraies. De ce relativisme par suspension on tire un universalisme nul et un constructivisme mince, car suivre la convention n'est pas la fonder : c'est s'y conformer en l'absence de toute vérité morale établie.

Esquisses pyrrhoniennes, III, 168-238 (les choses bonnes et mauvaises) · Esquisses pyrrhoniennes, I, 145-163 (le dixième trope, des coutumes)

Pyrrhoninférable

Le verdict d'indétermination s'applique aussi aux valeurs : rien n'est juste ni injuste, beau ni laid « par nature », mais seulement par convention et coutume. assure que pour Pyrrhon « rien n'est beau ni laid, juste ni injuste » en soi. Faute de critère permettant de trancher, le sage sur l'existence de normes universelles et se règle, par défaut, sur les usages reçus, sans les tenir pour vrais. De là un universalisme nul et une mince part constructiviste, car suivre la coutume n'est pas la fonder : c'est s'y conformer en l'absence de toute vérité morale établie.

Aristoclès (d'après Timon), cité par Eusèbe, Préparation évangélique, XIV, 18 · Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 61 et 101

Personnages 1

Calliclèsexplicite

Calliclès démasque la justice reçue comme une invention : les faibles, étant le grand nombre, ont forgé les lois et les mots de « juste » et d'« injuste » pour brider les forts et se garantir l'égalité. Cette justice n'est que (nomos), variable et intéressée ; la seule norme réelle est celle de la nature (physis), où le meilleur commande et détient davantage. Sa position mêle ainsi un relativisme corrosif envers la morale établie et l'affirmation d'un droit naturel du plus fort qu'il tient, lui, pour un fait.

Platon, Gorgias, 482e-484c (la distinction nature/loi) · Platon, Gorgias, 483b-d (les faibles font les lois)

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeRelativisme — Statut des normes (métaéthique)=RelativismeStatut des normes(métaéthique)
Descriptif
Athéisme — Existence de Dieu=AthéismeExistence de Dieu
Descriptif
Culturalisme — Nature et culture=CulturalismeNature et culture
Descriptif
Matérialisme — Nature du réel=MatérialismeNature du réel
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Existence de Dieu

Si nul Dieu ne garantit l'ordre moral, certains en concluent qu'aucune norme ne vaut absolument : « si Dieu n'existe pas, tout est permis ». La « mort de Dieu » que proclame Nietzsche ébranle ainsi la prétention des valeurs à l'universalité. Le lien reste contesté : nombre d'athées défendent au contraire une morale rationnelle et universelle.

Nature et culture

Si l'homme est façonné de part en part par sa culture plutôt que par une nature commune, ses normes morales varient avec les sociétés qui les produisent. Le culturalisme soutient ainsi le relativisme, pour lequel le bien et le mal n'ont de sens qu'au sein d'un cadre culturel donné.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Pratiques
Égaliser les points de vueRègleAttestée · Zhuangzi

Ce qui est « ceci » pour l'un est « cela » pour l'autre : avant de trancher, faites parler l'autre bord.

Inspiré du « De l'égalité des choses » (Qiwulun) de Zhuangzi : nos jugements de vrai et de faux dépendent du point de vue d'où on les prononce, et chaque camp tient le sien pour évident. La règle consiste, en pleine dispute, à formuler soi-même la chose depuis la position adverse, puis depuis un point de vue plus large, pour desserrer la fixation sur son seul angle. Aujourd'hui, elle aide à sortir des oppositions stériles et à juger avec plus de souplesse.

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Le regard étrangerRègleAttestée · Montaigne

Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage.

Réfléchissant aux « sauvages » du Nouveau Monde, remarque que « chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage » (Des cannibales). Avant de laisser votre réflexe de dégoût passer pour un verdict moral, retournez le regard : demandez-vous de quoi auraient l'air vos propres vu par cet autre œil. Il s'agit de distinguer un vrai mal d'une simple étrangeté, pour que « ce n'est pas ainsi qu'on fait » cesse de valoir « c'est mal ».

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Problèmes
  • Descriptif Expérience de pensée
    Chacun ses coutumes ?

    Des peuples s'horrifient mutuellement de leurs usages, chacun tenant le sien pour évident. Ce désaccord profond prouve-t-il qu'aucune morale n'est vraie, ou peut-on encore juger que certaines valent mieux que d'autres ?

    les coutumes des autres peuples
  • Descriptif
    Y a-t-il des vérités morales ?

    Quand je dis « c'est mal », est-ce que je décris quelque chose de réel, une propriété des actes, ou seulement mes préférences ? Rien dans les faits ne contient un « il faut » : d'où viendrait alors la vérité d'un jugement moral ?

    un fait moral
  • Descriptif
    Tolérer, jusqu'où ?

    Si toutes les morales se valent, au nom de quoi condamner l'esclavage ou la cruauté ailleurs ? Et « il faut respecter les autres cultures » n'est-il pas lui-même une règle qu'on prétend valable pour tous ?

    la critique d'une autre culture
  • Descriptif
    Trouvée, imposée, ou construite ?

    Une norme est-elle inscrite dans la nature des choses, n'est-elle que la loi du plus fort déguisée en justice, ou la fabriquons-nous par une procédure équitable ? Et une règle seulement construite peut-elle encore obliger ?

    la règle morale