Rapport au monde· Esprit et consciencedifficulté
L'énigme de la conscience
Une science du cerveau peut-elle expliquer entièrement l'expérience vécue ?
La douleur, le rouge que je vois, le goût du café : les sciences cognitives décrivent de mieux en mieux les mécanismes cérébraux qui les accompagnent, mais expliquent-elles ce que cela fait de les vivre ? Se positionner, c'est dire si le vécu est un mécanisme comme les autres, une illusion de l'introspection, ou le signe que l'esprit excède ce que les neurosciences pourront jamais saisir.
Physicalisme réducteur
1La conscience n'est rien d'autre que l'activité du cerveau : les états mentaux sont des états physiques, que la science identifiera un jour. Il n'y a pas de mystère résiduel, seulement une complexité encore mal connue.
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L'âme est corporelle : un assemblage d'atomes très fins qui se dissout à la mort comme le reste. La pensée et la sensation sont des processus matériels, sans rien d'immortel ni d'immatériel.
Épicure, Lettre à Hérodote ; Lucrèce, De la nature, III
Dualisme des substances
2Le cerveau n'expliquera jamais entièrement l'expérience, car la conscience n'est pas son produit : elle est une réalité d'une autre nature, l'âme, qui pourrait en principe exister à part. C'est la vision spontanée de beaucoup, et celle de nombreuses religions.
Explorer cette position →Descartesexplicite
L'argument repose sur un principe : ce que je conçois clairement et distinctement comme pouvant exister à part existe réellement à part, Dieu pouvant le créer ainsi. Or je puis concevoir mon esprit, pure chose pensante (res cogitans), sans rien lui attribuer de corporel, et le corps, pure étendue (res extensa), sans pensée. Mon essence est donc de penser, et l'esprit est réellement distinct du corps, une substance d'une autre nature que le cerveau. Ce dualisme des substances rompt avec l'âme aristotélicienne, forme d'un corps, et libère du même coup la matière pour une physique purement mécaniste ; mais il lègue le problème, que Descartes peinera à résoudre, de leur union et de leur interaction.
Méditations métaphysiques, VI
Platonismeexplicite
Ce qui pense ne peut être de même nature que ce qui est pensé du dehors : l'âme connaît les Idées immatérielles, elle se meut elle-même et survit aux états du corps, autant de traits qu'aucune disposition de la matière ne saurait produire. La conscience relève donc d'un autre ordre que le sensible, antérieur et indépendant de lui, et non d'un agencement corporel qui l'engendrerait. Le platonisme refuse ainsi par avance toute réduction de l'esprit à la matière, là où les stoïciens feront de l'âme un souffle corporel.
Platon, Phédon ; Phèdre
Dualisme des propriétés
0Le cerveau est physique, mais il possède des propriétés irréductibles : l'effet que cela fait de voir du rouge ou de souffrir. Ce vécu qualitatif ne se laisse pas réduire aux neurones, et c'est là le « problème difficile » de la conscience.
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Panpsychisme
2L'expérience n'a pas surgi par miracle dans un univers mort : une forme d'intériorité est une propriété fondamentale de la matière, présente partout à des degrés divers, dont notre conscience serait la forme la plus élaborée.
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Spinozainférable
La pensée et l'étendue sont deux attributs d'une seule substance : l'esprit est l'idée du corps, ni réductible à lui ni séparable de lui. « Tous les individus sont animés à des degrés divers » : une position proche du monisme à double aspect et du panpsychisme.
Éthique, II, prop. 7 et 13 (scolie)
Schopenhauerinférable
Double thèse : l'intellect est une fonction du cerveau, phénomène second, tardif et fatigable, ce qui a des accents matérialistes ; mais le fond de toute chose, du minéral à l'homme, est vouloir. C'est moins un panpsychisme au sens strict qu'une doctrine de l'objectivation universelle de la Volonté : ce n'est pas l'esprit qui est partout, mais l'aveugle vouloir.
De la volonté dans la nature
Illusionnisme
0Le vécu qualitatif que nous croyons saisir par introspection est une illusion que le cerveau se fait sur lui-même. Il n'y a pas de qualia à expliquer : seulement des mécanismes qui nous font croire qu'il y en a.
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ce qui est vécuPlace de la science