Les questions

Rapport au monde· Nature et vivantdifficulté

Tout et parties

Le tout s'explique-t-il entièrement par ses parties, ou possède-t-il des propriétés irréductibles ?

Comprendre, est-ce toujours décomposer en éléments plus simples, ou certaines réalités, le vivant, l'esprit, ont-elles des propriétés qui disparaissent dès qu'on les démonte ? Si tout se ramène aux parties, la physique pourra un jour tout expliquer ; sinon, biologie et psychologie étudient quelque chose de réel que les sciences du plus petit manquent. Se positionner, c'est dire jusqu'où va le pouvoir d'expliquer par le bas.

RéductionnismeÉmergentisme
Les pôles, et qui les tient

Réductionnisme

3

Tout phénomène complexe s'explique, en dernière analyse, par ses constituants élémentaires et leurs interactions : il n'y a que des atomes et du vide. Expliquer, c'est décomposer jusqu'aux éléments les plus simples.

Explorer cette position →
Figures associées: Démocrite
Qui se tient ici
Lucrèceexplicite

Les qualités sensibles ne sont pas premières : la couleur, la chaleur, la saveur, et jusqu'à la vie et la sensation, naissent de l'arrangement, du mouvement et des chocs d'atomes qui, eux, n'ont ni couleur ni chaleur. Le tout n'ajoute donc rien à ses composants : il n'est que des atomes diversement disposés, et c'est la configuration qui explique la variété du monde. Cette explication ascendante, où le supérieur se ramène intégralement à la rencontre du plus petit, est un qui prolonge la ligne de .

De la nature des choses, II, 730-864 (les atomes sont sans couleur ; la couleur naît de leur arrangement) · De la nature des choses, II, 865-990 (le sensible naît de l'insensible)

Descartesexplicite

Le corps vivant, y compris le corps humain, s'explique intégralement comme une machine : circulation, digestion, mouvement des membres se ramènent aux seules lois de la figure et du mouvement, sans qu'aucun principe vital surajouté soit requis. La vie est réduite à la mécanique, l'âme restant d'un autre ordre.

Discours de la méthode, V · Traité de l'homme

Voir plus (1)
Épicurismeinférable

Puisque tout, y compris l'âme et la pensée, n'est qu'agrégat d'atomes et de vide, l'épicurisme tend vers le réductionnisme : les propriétés des composés s'expliquent par la forme, la taille et le mouvement de leurs constituants. Lucrèce reconnaît toutefois aux assemblages des qualités secondes, ce qui tempère le réductionnisme sans l'abandonner, d'où une position marquée mais non extrême.

Lucrèce, De la nature des choses, livre III (l'âme atomique) · Épicure, Lettre à Hérodote, 68-71

Émergentisme

5

Le tout est plus que la somme de ses parties : de l'organisation surgissent des propriétés nouvelles, comme la vie ou la pensée, qu'aucune analyse des composants isolés ne peut prédire. La complexité exige une pensée des relations et des niveaux.

Explorer cette position →
Figures associées: Aristote · Morin
Qui se tient ici
Voir les positions implicites (5)
Aristoteinférable

L'âme est définie comme la forme d'un corps organisé, son acte premier, et non comme une substance séparable ni comme un simple agrégat de matière. Le vivant et ses fonctions ne se réduisent donc pas à leurs composants : une lecture émergentiste de l' s'impose.

De l'âme (De Anima), II, 1 (412a-b)

Charles Sanders Peirceinférable

Le , principe de continuité, commande chez Peirce de refuser les coupures nettes et de tenir le continu pour premier : entre matière et esprit, entre les niveaux du réel, il y a des transitions, non des sauts. La nature évolue en formant des habitudes qui font émerger des ordres nouveaux, irréductibles à la mécanique de leurs éléments. Contre le réductionnisme atomiste, c'est une métaphysique de l'émergence et de la croissance, où le tout est plus que la somme de parties d'ailleurs jamais vraiment séparées.

La loi de l'esprit (1892)

Le romantismeinférable

Le tout précède et déborde ses parties : un organisme, un poème, un peuple ne sont pas la somme d'éléments juxtaposés mais une unité vivante dont chaque membre tient son sens. Contre l'analyse qui décompose et le mécanisme qui réduit, le romantisme pense par totalités organiques, où le supérieur ne s'explique jamais par l'inférieur.

Schelling, Idées pour une philosophie de la nature · Coleridge, Biographia Literaria

Aristotélismeinférable

L'âme est définie comme la , ou l'acte premier du corps vivant organisé : le vivant n'est pas réductible à ses parties matérielles, car c'est sa forme qui l'unifie et le rend ce qu'il est. Le tout est ainsi antérieur en nature à ses parties, ce qui rapproche l'aristotélisme d'un émergentisme avant la lettre.

Aristote, De l'âme, II, 1 · Aristote, Les parties des animaux, I, 1

Leibnizinférable

Pour Leibniz, on ne peut expliquer la perception par la mécanique : si l'on entrait dans une machine pensante agrandie comme un moulin, on n'y trouverait que des pièces qui se poussent, jamais de quoi rendre compte d'une perception. La vie de l'âme n'est donc pas réductible aux mouvements des corps ; elle relève d'un ordre propre (les causes finales) accordé au mécanique, ce qui penche du côté émergentiste.

Monadologie, §17 (l'argument du moulin)

Vousvous n'avez pas encore pris position sur cet axe.Situez-vous8 figures · 3 courants cartographiés
Problèmes

Voir la carte des problèmes dans l'Atlas →

Aller plus loin

Problèmes liés élargir vers d'autres axes

  • Descriptif Expérience de pensée
    L'ordre du monde a-t-il un auteur ?

    L'ordre, la complexité et le réglage si précis du monde réclament-ils un auteur, ou peuvent-ils naître de processus aveugles comme la sélection naturelle ?

    l'ordre du mondeExistence de Dieu
  • Descriptif
    Peu importe le support ?

    Si l'organisation exacte de votre cerveau était reproduite par tout un peuple s'échangeant des messages, cet attroupement penserait-il vraiment, ou certaines matières seules donnent-elles un esprit ?

    le support de la penséeUne machine peut-elle penser

Tous les problèmes →

Citations
Supposant qu'il y eût une machine dont la structure fît penser... on n'y trouverait que des pièces qui se poussent les unes les autres, et jamais de quoi expliquer une perception.
Leibniz · Monadologie, §17

Voir dans les citations