L'effet que ça fait
Sur l'axe: L'énigme de la conscience · le point de vue d'un être
Il y a un effet que cela fait d'être moi, et rien de tel, sans doute, pour une pierre. Mais ce « quelque chose » est-il une réalité de plus dans le monde, que la description physique laisse échapper, ou seulement une limite de nous, qui ne pouvons occuper le point de vue d'un autre ?
Ce problème est mis en évidence par l'expérience de pensée Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ? :
La chauve-souris perçoit le monde par écholocation : elle émet des cris et lit dans leurs échos la forme, la distance et le mouvement des choses. Un biologiste peut décrire ce système entièrement, jusqu'au dernier neurone. Mais il resterait à savoir ce que c'est, pour la chauve-souris, que de percevoir ainsi. Et nous ne pouvons l'imaginer qu'en nous imaginant nous-mêmes en chauve-souris, ce qui n'est pas la même chose : ce serait l'effet que cela ferait à un humain de se conduire comme elle, non l'effet que cela fait à elle d'être elle.
Thomas Nagel, « Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ? » (1974)
Une science achevée du cerveau de la chauve-souris nous dirait-elle ce que c'est que d'en être une ?
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Justification
Nagel tient qu'un organisme est conscient s'il y a un effet que cela fait d'être cet organisme, et que ce caractère subjectif est lié à un point de vue : c'est ce que met en scène son , en 1974. Toute réduction procède en s'éloignant du point de vue pour gagner en objectivité ; appliquée à l'expérience, la démarche supprime justement ce qu'il fallait expliquer. Il en tire un refus du , mais non un : il soutient que nous n'avons pas les concepts nécessaires, et qu'il ne voit pas comment le physicalisme pourrait être vrai, sans le déclarer faux pour autant. Son essai de 1979 examine, sans y souscrire fermement, l'hypothèse d'une nature intrinsèque commune au mental et au physique, plus proche d'un monisme neutre que d'un dualisme des propriétés assumé ; son livre de 2012 avance une autre conjecture, celle d'une tendance orientée inscrite dans la nature, qu'il donne lui-même pour spéculative.
Je veux savoir ce que cela fait, pour une chauve-souris, d'être une chauve-souris.« Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ? », The Philosophical Review, vol. 83, n° 4 (1974), p. 439
« Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ? » (1974) · « Panpsychism » (1979) · Mind and Cosmos (2012)
Justification
Chalmers sépare les problèmes faciles de la conscience, qui relèvent des mécanismes et que la science résoudra, du problème difficile : pourquoi ces mécanismes s'accompagnent-ils d'un vécu ? Aucune explication fonctionnelle n'y répond, car décrire ce que fait un système laisse entier l'effet que cela fait de l'être. Il en conclut que les ne sont pas réductibles aux processus physiques mais leur sont liés par des lois de la nature, et qualifie sa position de dualisme naturaliste : la conscience est une donnée fondamentale du monde, comme la masse ou la charge, non une substance séparée. Il explore par ailleurs, sans s'y ranger, une autre voie pour la même intuition : loger l'expérience dans la nature intrinsèque du physique, dont la physique ne décrit que la structure. Cette option, voisine du monisme russellien et du panpsychisme, reste chez lui une piste sérieuse, non la thèse qu'il défend.
« Facing Up to the Problem of Consciousness » (1995) · The Conscious Mind (1996)