Les questions

Rapport à soi· Identité et libertédifficulté

Nature du moi

Qu'est-ce qui fait que je reste moi-même à travers le temps ?

Qu'est-ce qui fait de moi la même personne que l'enfant des vieilles photos, ou que celui que je serai dans trente ans ? Si rien de stable ne subsiste, la promesse, le remords, la fierté d'un moi passé perdent leur appui ; si un noyau demeure, aucun changement ne me refait vraiment. Se positionner, c'est dire ce qu'on retient au juste quand on dit « moi ».

100
100
100
100
90
10
80
20
70
10
20
60
10
10
20
100
25
75
15
45
40
100
100
10
90
10
90
45
55
Les pôles, et qui les tient

Substantialisme

12

Le moi est une substance : une chose pensante, distincte du corps, qui demeure identique sous le flux des pensées et des expériences. Ce noyau permanent est ce que chacun désigne quand il dit « je ».

Explorer cette position →
Figures associées: Descartes
Qui se tient ici
Platonexplicite

Si l'âme connaît l'intelligible éternel et immuable, c'est qu'elle lui est apparentée : ce qui saisit le simple doit être simple aussi. De cette parenté Platon conclut que le moi véritable n'est pas le composé corporel mais l'âme, substance immatérielle qui préexiste à la naissance et survit à la mort. L'Alcibiade radicalise le partage : l'homme n'est ni son corps ni le composé des deux, il « est » son âme, le corps n'étant qu'un instrument dont elle se sert. Cette identification de la personne à une séparable, contre l'idée d'un soi tributaire de l'incarnation, fonde toute la psychologie et l'eschatologie platoniciennes.

Phédon, 78b-80b · Alcibiade, 129e-130c

Plotinexplicite

Le moi n'est pas le composé corporel mais l'âme, substance immatérielle et immortelle, et plus profondément encore l'intellect en nous. Plotin pousse l'intériorité jusqu'à une thèse singulière : la partie la plus haute de l'âme ne descend jamais tout entière dans le corps, mais demeure en permanence dans l'intelligible. Notre vrai moi est ce sommet inaltéré dont nous avons d'ordinaire perdu conscience, absorbés que nous sommes par la vie sensible. Se connaître, c'est s'éveiller à cette identité supérieure, plus réelle que la personne empirique.

Ennéades, IV, 8, 8 (l'âme non descendue) · Ennéades, I, 1 (Qu'est-ce que l'animal et qu'est-ce que l'homme)

Śaṅkaraexplicite

Le soi véritable, l', n'est ni le corps, ni le mental, ni la suite changeante des états psychiques : il est la conscience pure, témoin permanent et toujours présent que présuppose toute expérience. On ne peut le nier sans le confirmer, car celui qui nierait serait encore lui. Śaṅkara prend ainsi le contre-pied exact de la thèse du faisceau : là où l'on ne trouverait qu'un flux d'impressions sans support, comme le soutiendra ou, avant lui, le (anātman) bouddhiste, il maintient un sujet irréductible. Mais ce noyau permanent n'est pas une âme individuelle parmi d'autres : il est identique en tous et identique au , ce qui radicalise le substantialisme tout en le dépersonnalisant.

Upadeśasāhasrī, II (partie en prose), sur « tu es cela » · Commentaire sur la Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad

Vedānta (Advaita)explicite

L'argument décisif est celui du témoin : tout ce que je peux nier ou objectiver, le corps, les sensations, les pensées qui défilent, je le saisis comme « cela », distinct du « je » qui l'observe ; ce sujet-témoin ne peut donc jamais être réduit à l'objet qu'il éclaire, et la conscience qui rendrait possible son propre néant devrait, pour le constater, subsister. Ce Soi-conscience, condition de toute expérience, est non composé, et ce qui n'est pas composé ne peut se défaire : il est éternel, et son identité au est l'enseignement même des « grandes paroles » des Upaniṣad. C'est ici que l'Advaita se sépare frontalement du bouddhisme : là où l' ne voit derrière le flux des agrégats qu'une série impermanente sans sujet, l'Advaita rétorque qu'aucun flux ne saurait apparaître comme flux sans une conscience stable qui le traverse et l'atteste.

Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad ; Chāndogya Upaniṣad, VI, 8 (tat tvam asi) · Śaṅkara, Commentaire des Brahma-Sūtra (Brahma-Sūtra-Bhāṣya)

Descartesexplicite

Le moi est une substance, une chose qui pense, dont l'existence est saisie immédiatement dans le cogito et dont l'identité ne dépend ni du corps ni de la mémoire. C'est un substantialisme du sujet, qui assure aussi l'immortalité de l'âme.

Méditations métaphysiques, II · Discours de la méthode, IV

Leibnizexplicite

Le moi est une monade, substance simple et indivisible dont la notion individuelle enveloppe une fois pour toutes tout ce qui lui arrivera. L'identité personnelle est ainsi garantie par la permanence de cette substance, un substantialisme marqué. Leibniz accorde toutefois une place à la mémoire et à la continuité de la conscience (l'aperception), ce qui ajoute une nuance de continuité psychologique.

Monadologie, §1-3 et §14 (la monade, substance simple ; perception et aperception) · Discours de métaphysique, §8-9 (la notion individuelle de chaque substance)

Voir plus (6)
Thomas d'Aquinexplicite

Contre le dualisme qui fait de l'âme un pilote logé dans le corps, Thomas tient l'âme pour la forme du corps au sens aristotélicien : l'homme n'est pas une âme se servant d'un corps mais une unité substantielle, un seul être dont l'âme est le principe formel. Le moi est donc une substance, mais une substance hylémorphique, et non un pur esprit. La difficulté propre au christianisme, l'immortalité personnelle, est résolue en faisant de l'âme humaine une forme certes unie au corps mais subsistante, capable d'opérations (l'intellection) qui ne dépendent pas d'un organe, et donc de survivre à la mort en attendant la résurrection.

Somme théologique, Ia, q. 75-76

Platonismeexplicite

Le moi platonicien est une substance (une réalité subsistant par soi, support permanent de l'identité) : l'âme est une réalité simple, immatérielle et immortelle, distincte du corps et apparentée aux . C'est elle qui constitue l'identité véritable de la personne, le corps n'étant qu'un vêtement provisoire dont elle se sépare à la mort.

Platon, Phédon, 78b-80b, la simplicité de l'âme · Platon, République, 611b-612a

George Berkeleyexplicite

Si les corps sont passifs, faits d'idées inertes, ce qui perçoit et veut doit être d'une tout autre nature : une substance active, simple et indivisible, que Berkeley appelle esprit ou âme. Le moi n'est donc pas une idée parmi les idées, mais ce qui les a et agit sur elles, connu non par perception mais par une que nous avons de notre propre activité. C'est là un point de rupture nette avec , qui ne trouvera dans l'introspection qu'un de perceptions sans sujet : pour Berkeley, ôter le sujet percevant serait ôter ce sans quoi aucune idée n'existerait. Le moi-substance est sauvé là même où la matière-substance est niée.

Principes de la connaissance humaine, §§2, 27 et 139-142 · Trois dialogues entre Hylas et Philonous, III

Rationalismeinférable

Le moi est pensé comme une substance ou une chose simple, non comme un faisceau d'impressions : Descartes définit le sujet comme chose pensante (res cogitans), substance dont toute l'essence est de penser, et Leibniz fait de l'âme une monade, substance simple indivisible. La position substantialiste est la plus nette chez ces deux auteurs.

Descartes, Méditations métaphysiques, II · Leibniz, Monadologie, §§ 1-7

Marc Aurèleinférable

Marc Aurèle identifie le vrai moi non au corps ni au souffle, mais au , l'intelligence qui juge et gouverne. Cette âme rationnelle, parcelle du divin, fait surtout de lui un substantialiste du moi ; mais son insistance sur le flux perpétuel, où le corps est un fleuve et la mémoire une fumée, y mêle une note d'impermanence proche de la conception en faisceau.

Pensées pour moi-même, II, 2 · Pensées pour moi-même, III, 5 · Pensées pour moi-même, V, 11

Kantinférable

Le « je pense » de l'aperception transcendantale accompagne toutes mes représentations comme unité formelle du sujet, mais Kant refuse, contre les paralogismes, d'en inférer une substance-âme connue : le moi nouménal est postulé sans être un objet de savoir. La pondération mêle donc un substantialisme régulateur à la continuité de la conscience unifiée, le pôle faisceau étant exclu.

Critique de la raison pure, déduction transcendantale (B131-B135) · Critique de la raison pure, Paralogismes de la raison pure

Continuité psychologique

1

Ce qui fait l'identité personnelle, ce n'est pas une substance mais l'enchaînement continu des états mentaux : mémoire, caractère, intentions. Je suis la même personne qu'hier parce que mes souvenirs et mes traits psychologiques s'y relient sans rupture.

Explorer cette position →
Figures associées: Locke · Parfit
Qui se tient ici
Lockeexplicite

Locke détache l'identité personnelle de la substance, qu'elle soit matérielle ou spirituelle : ce qui fait de moi la même personne dans le temps, c'est la continuité de la conscience, et notamment la mémoire qui rattache mes actions passées à mon présent. La personne est ainsi un terme forensique, lié à l'imputation : une avant la lettre.

Essai sur l'entendement humain, II, ch. 27 (« De l'identité et de la diversité »)

Narrativisme

4

Le moi se construit comme un récit : nous devenons qui nous sommes en racontant et en réinterprétant notre histoire. L'identité n'est ni donnée ni illusoire, elle est l'œuvre toujours reprise d'une vie mise en intrigue.

Explorer cette position →
Figures associées: Ricœur
Qui se tient ici
Voir les positions implicites (4)
Existentialismeinférable

Le moi n'est pas une substance fixe cachée derrière l'existence : il est une tâche, quelque chose qui se fait au fil des choix et qui n'a d'unité que celle, narrative, du projet qui le ressaisit. Pour , le soi est un rapport qui se rapporte à lui-même et qu'il faut conquérir ; pour , le pour-soi n'a pas d'essence donnée. D'où une conception du soi comme construit, proche du narrativisme.

Kierkegaard, La Maladie à la mort · L'Être et le Néant

Sartreinférable

Toute conscience est conscience de quelque chose : elle n'est donc aucune substance, aucun moi-chose logé en elle, mais une présence à soi séparée d'elle-même par un néant. C'est cet écart, et non un ego (contre et ), qui fait que le pour-soi n'est jamais ce qu'il est et est ce qu'il n'est pas : condition de sa liberté et de sa temporalité.

L'Être et le Néant, 1re partie, ch. 1 (le pour-soi n'est pas ce qu'il est) · L'Être et le Néant, 2e partie (l'ego transcendant ; cf. La Transcendance de l'Ego)

Beauvoirinférable

Le soi n'est pas une substance ni une essence fixe : il est ce qu'il se fait à travers ses choix et son histoire. Dans Le Deuxième Sexe comme dans ses Mémoires, le sujet apparaît comme un devenir constitué par un récit de vie, une suite de projets repris et réinterprétés, sans noyau donné une fois pour toutes, d'où une nette dominante narrativiste.

Le Deuxième Sexe (1949), le devenir-femme · Mémoires d'une jeune fille rangée (1958)

Michel de Montaigneinférable

Montaigne ne trouve en lui aucune substance fixe. Le moi est « le branle », un flux d'humeurs, d'opinions et d'états contradictoires d'un instant à l'autre, plus proche d'un faisceau changeant que d'une âme stable. Ce qui le tient pourtant ensemble n'est pas une essence mais, semble-t-il, l'écriture continuée des , qui ressaisit ce passage dans un autoportrait jamais clos : d'où une part narrative qui tempère le pur fagotage des parties. Le moi, chez lui, n'est pas donné, il se compose à mesure qu'on le raconte.

Essais, III, 2, « Du repentir » et II, 1, « De l'inconstance de nos actions »

Faisceau

11

Il n'y a pas de moi permanent : seulement un faisceau de perceptions, de pensées et de sensations qui se succèdent. Le « je » est une fiction commode, et s'en déprendre peut être une libération.

Explorer cette position →
Figures associées: Hume · le bouddhisme
Qui se tient ici
Humeexplicite

Le même critère vaut pour le moi : s'il existait, il faudrait l'impression qui le donne. Or l'introspection ne livre jamais un sujet permanent, seulement une perception particulière, chaleur, lumière, plaisir ou douleur, qui aussitôt fait place à une autre. Hume en infère qu'il n'y a pas de substance pensante sous les perceptions : le moi n'est qu'un faisceau de perceptions (bundle of perceptions) en flux perpétuel. L' que nous lui prêtons est une fiction de l'imagination, qui prend pour identité réelle la ressemblance et la continuité de ses contenus. La thèse vise et toute âme-substance ; c'est l'archétype de la théorie du faisceau.

Traité de la nature humaine, I, partie IV, sect. 6 (de l'identité personnelle)

Nāgārjunaexplicite

L'analyse bouddhique classique dissolvait la personne en agrégats (corps, sensations, perceptions, formations, conscience), mais traitait ces agrégats comme les éléments ultimes du réel. Nāgārjuna objecte que la critique s'est arrêtée trop tôt : appliqué à la relation du feu et du combustible, son examen montre que le sujet et ses constituants ne sont ni identiques ni séparés, donc dépourvus de . Le vaut alors aussi des agrégats eux-mêmes, à leur tour : le moi est un pur faisceau de processus dépendants, sans aucun terme ultime qui le porterait, théorie du faisceau poussée à son terme.

Mūlamadhyamakakārikā (Stances du milieu par excellence), ch. XVIII (l'examen du soi et des phénomènes) · Mūlamadhyamakakārikā, ch. X (l'examen du feu et du combustible)

Le Bouddhaexplicite

L'argument procède par recension exhaustive : Gautama passe en revue les cinq agrégats qui composent une personne (forme, sensation, perception, formations, conscience) et montre qu'aucun ne satisfait aux critères d'un soi. Chacun est , donc source de mal-être, et surtout échappe à notre commandement, « qu'il soit ainsi et non autrement » ; or ce qui ne peut ni durer ni être maîtrisé ne saurait être tenu pour « mon soi ». Aucun cinquième terme ne subsistant derrière ces agrégats, il n'y a pas de moi-substance, seulement un faisceau de processus conditionnés : c'est le , qui récuse frontalement l' des Upaniṣad, le Soi permanent identifié au que la tradition brahmanique tenait pour notre identité véritable.

Anattalakkhaṇa Sutta, Saṃyutta Nikāya 22.59 (le discours sur la caractéristique du non-soi) · Dhammapada, XX, 279 (tous les phénomènes sont sans-soi)

Bouddhismeexplicite

Cherchez le moi parmi les cinq agrégats (forme, sensation, perception, formations, conscience) et vous ne trouvez que leur flux changeant : aucun d'eux n'est stable, ni vôtre, ni un sujet qui les porterait. De cette analyse le bouddhisme tire le contre l' des Upaniṣad, ce Soi permanent identifié au : là où le postule un sujet immuable sous le devenir, le Bouddha tient que postuler un tel substrat est précisément la méprise (avidyā) qui nourrit l'attachement. Le sujet n'est qu'un faisceau de processus impermanents, ce qui fait du bouddhisme la grande figure historique de la théorie du faisceau.

Anattalakkhaṇa Sutta (le discours sur la caractéristique du non-soi) · Nāgārjuna, Mūlamadhyamakakārikā (Stances du milieu)

Empirismeexplicite

Appliquer au moi la règle de l'école, ne rien admettre dont l'expérience ne livre l'idée, suffit à dissoudre l'âme-substance cartésienne : l'introspection ne donne jamais la substance pensante, seulement des états successifs. Locke en tire que l' tient non à une substance mais à la continuité de la mémoire et de la conscience, déliant la personne de l'âme métaphysique ; Hume, ne trouvant en lui qu'un faisceau de perceptions en perpétuel flux, nie tout moi substantiel. Contre la res cogitans de , posée comme première certitude, le sujet devient un fait à reconstruire, non un point de départ assuré.

Locke, Essai sur l'entendement humain, II, 27 (de l'identité et de la diversité) · Hume, Traité de la nature humaine, I, 4, 6 (de l'identité personnelle)

Voir plus (6)
Épicureinférable

L'âme n'est pas une substance simple et immortelle mais un agrégat d'atomes très fins répartis dans le corps : elle se forme avec lui et se disperse à la mort, comme l'atomisme l'exige. Le moi se réduit ainsi à une composition matérielle transitoire, ce qui correspond à une théorie du faisceau plutôt qu'à un sujet substantiel.

Lettre à Hérodote, 63-68 (la nature corporelle de l'âme) · Lucrèce, De la nature des choses, III, 417-829 (l'âme matérielle et mortelle)

Lucrèceexplicite

L'âme (animus, le siège de la pensée) et le souffle vital (anima, répandu dans tout le corps) ne sont pas une substance simple ni immortelle, mais un composé d'atomes très petits et très mobiles, mêlés à la chair. Né avec le corps, ce faisceau se défait quand l'assemblage se rompt : le moi n'a aucune identité par-delà sa composition matérielle, et il ne saurait y avoir de transmigration. Lucrèce ajoute un argument propre : quand bien même nos atomes se rassembleraient à nouveau après des âges, ce ne serait pas nous, car le fil de la mémoire serait rompu. C'est une théorie du faisceau.

De la nature des choses, III, 94-322 (animus et anima, la nature de l'âme) · De la nature des choses, III, 843-861 (si nos atomes se rassemblaient, ce ne serait plus nous)

Zhuangziinférable

Le rêve du papillon défait l'assurance d'un moi stable : au réveil, Zhuangzi ne sait plus s'il est l'homme qui a rêvé le papillon ou le papillon qui rêve l'homme. Le « moi » n'est pas une substance qui demeure sous le changement, mais un nœud provisoire dans le flux des transformations, une frontière qu'il faut « oublier » (wuwo) pour se fondre dans le cours des choses. Cette dissolution du moi substantiel, proche du faisceau d'états sans support, fait écho à l' bouddhiste avant même le contact entre les deux traditions.

Zhuangzi, ch. 2 (le rêve du papillon) · Zhuangzi, ch. 6 (l'oubli assis)

Nietzscheinférable

Pour Nietzsche le « moi » unifié est une fiction : le sujet n'est qu'une multiplicité de pulsions en lutte, une société d'instincts dont l'unité apparente résulte d'un commandement provisoire. Cette dissolution de l'ego substantiel rapproche fortement sa psychologie d'une théorie du faisceau, déduite de ses analyses plutôt que professée sous ce nom.

Par-delà bien et mal, §12 et §19 · Fragments posthumes, 1885, 40[42]

Schopenhauerinférable

L'individualité ne tient qu'au , l'espace et le temps qui morcellent l'unique vouloir en une multitude d'êtres séparés ; l'âme-substance est une fiction. Ce qui en nous est indestructible n'est donc pas la personne, vouée à se défaire, mais le vouloir impersonnel qui la traversait.

Le Monde comme volonté et comme représentation, t. II, chap. 41

Charles Sanders Peirceinférable

De son refus de l'intuition Peirce tire une conséquence radicale sur le moi : il n'y a pas de conscience de soi immédiate, le moi est une inférence tardive, que l'enfant construit pour rendre compte de ses erreurs et de l'ignorance que les autres lui révèlent. Surtout, puisque toute pensée est signe, l'homme lui-même est un signe : ce que je suis se déploie dans le tissu sémiotique de mes pensées renvoyant à d'autres pensées, sans noyau substantiel sous le flux. On est loin de la chose pensante de ; la position penche vers le faisceau, mais un faisceau réinterprété en termes de signes plutôt que de pures perceptions.

Quelques conséquences de quatre incapacités (1868)

Vousvous n'avez pas encore pris position sur cet axe.Situez-vous28 figures · 6 courants cartographiés
Problèmes

Voir la carte des problèmes dans l'Atlas →

  • Descriptif Expérience de pensée
    Le téléporteur

    Si l'on vous scanne ici, qu'on détruit votre corps et qu'on reconstruit sur Mars une copie exacte avec tous vos souvenirs, est-ce vous qui arrivez, ou êtes-vous mort, remplacé par un double qui se croit vous ?

    une personne
Aller plus loin

Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe

  • Descriptif
    Un moi ou plusieurs ?

    Suis-je un sujet unifié qui dit « je », ou un assemblage de voix et de forces parfois en conflit, dont une part m'échappe et agit sans que je le sache ?

    l'unité du moi
  • Descriptif
    Se déprendre du moi

    Le « je » est-il une fiction commode, qu'on prend à tort pour une chose ? Et s'en libérer serait-il une perte, ou au contraire une délivrance ?

    le moi
  • Descriptif
    Le moi se fait-il seul ?

    Devient-on soi par la seule introspection, comme un sujet qui se suffit, ou à travers le regard et la reconnaissance d'autrui, sans qui le « je » ne se formerait pas ?

    le moi et autrui

Problèmes liés élargir vers d'autres axes

  • Descriptif
    Le moi ou le corps ?

    Suis-je une chose pensante qui se distingue de son corps, ou suis-je ce corps même, de sorte que mon identité tiendrait d'abord à lui ?

    le moi et le corps
  • Descriptif
    Un moi donné ou à faire ?

    Ai-je une nature qui me précède et que j'aurais à découvrir, ou est-ce que je deviens ce que je choisis d'être, sans modèle fixé d'avance ?

    le moi
  • Descriptif Question
    Serait-ce encore moi ?

    Une âme sans mémoire, un corps re-créé, un flux qui renaît sous une autre forme : à quelles conditions le survivant serait-il moi, et non un autre qui me ressemble ou me continue ?

    le survivantAprès la mort
  • Descriptif
    Renaître sans âme ?

    Si aucun soi substantiel ne voyage de vie en vie, qu'est-ce qui renaît, et en quel sens mes actes présents concernent-ils celui qui en héritera le fruit ? La flamme qui en allume une autre est-elle la même ou une autre ?

    ce qui renaîtAprès la mort
  • Descriptif
    Quelque chose survit-il ?

    L'âme, ou quelque chose de nous, échappe-t-il à la dissolution du corps, ou la conscience s'éteint-elle avec lui : et si une part survivait, serait-ce encore vraiment nous ?

    l'âmeLa mort
  • Descriptif
    Un sujet qui s'initie lui-même

    Y a-t-il en nous un pouvoir capable d'amorcer une action sans être lui-même entièrement causé, ou tout pouvoir d'agir n'est-il qu'un maillon dans la chaîne des causes ?

    la volontéLiberté de la volonté

Tous les problèmes →

Citations
Je ne peins pas l'être. Je peins le passage.
Michel de Montaigne · Essais, III, 2, « Du repentir »

Voir dans les citations

L'identité personnelle s'étend aussi loin que la conscience peut remonter sur une action ou une pensée passée.
Locke · Essai sur l'entendement humain, II, ch. 27, §9

Voir dans les citations

La conscience est un être pour lequel il est dans son être question de son être en tant que cet être implique un être autre que lui : elle n'est jamais ce qu'elle est et est ce qu'elle n'est pas.
Sartre · L'Être et le Néant, Introduction

Voir dans les citations

La forme est non-soi, la sensation est non-soi, la perception est non-soi, les formations sont non-soi, la conscience est non-soi.
Le Bouddha · Anattalakkhaṇa Sutta (Saṃyutta Nikāya 22.59)

Voir dans les citations

Le mot ou le signe que l'homme emploie est l'homme lui-même.
Charles Sanders Peirce · Quelques conséquences de quatre incapacités (1868)

Voir dans les citations

Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle moi-même, je tombe toujours sur telle ou telle perception particulière... je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception.
Hume · Traité de la nature humaine, I, IV, 6

Voir dans les citations