Voir l'axe · L'énigme de la conscience

Argument

L'argument de la nature intrinsèque

La physique ne dit jamais ce que la matière est, seulement ce qu'elle fait : il y a une place laissée vide au cœur de la matière, et le vécu est la seule chose que nous connaissions du dedans.

Soutient

Strawson · « Realistic Monism: Why Physicalism Entails Panpsychism » · 2006

  1. La physique décrit la matière uniquement par sa structure, c'est-à-dire par des relations et des effets : une masse est ce qui résiste à l'accélération, une charge ce qui attire et repousse. Chaque terme renvoie à un autre, jamais à ce que la chose est en elle-même.
  2. Or des relations ne tiennent pas toutes seules : il faut bien que quelque chose les entretienne, une nature intrinsèque que la physique laisse en blanc, non par oubli mais par méthode, puisqu'elle mesure des comportements.
  3. Or il est une chose au monde que nous ne connaissons pas par ses relations : notre propre vécu, qui nous est donné directement, et qui se trouve être ce que fait un morceau de matière, notre cerveau. C'est le seul endroit où nous tenions une donnée qui ne soit pas relationnelle.
  4. Faire au contraire surgir le vécu d'une matière qui n'en contiendrait aucune trace demanderait une sans précédent : ailleurs, ce qui émerge se déduit des propriétés des parties, tandis qu'ici il faudrait tirer un dedans d'un pur dehors.

Donc Donc la nature intrinsèque de la matière est, au moins en partie, expérientielle : la conscience n'apparaît pas dans l'univers, elle s'y compose, et la nôtre en est la forme la plus élaborée.

À quel point ce raisonnement vous convainc-t-il ?

Pas du tout
Tout à fait
Approfondissements
Ce que la physique laisse en blanc
  1. Ouvrez un manuel de physique : vous y trouverez des équations qui relient des grandeurs à d'autres grandeurs. Chacune se définit par son rôle dans ces équations, jamais par ce qu'elle est indépendamment d'elles.
  2. , comme l'astrophysicien Eddington, en tirait déjà cette conséquence : la physique nous donne la structure du monde matériel, non son étoffe. Elle est comme une carte parfaite dont on ignorerait le territoire.
  3. Cette lacune n'est pas un défaut de la physique, c'est sa force : elle mesure des comportements, et n'a besoin de rien d'autre. Mais elle laisse la question ouverte, et refuser d'y répondre n'est pas y avoir répondu.

Donc La place est donc vacante, et la question de ce qui l'occupe est légitime, quelle que soit la réponse qu'on lui donne.

À quel point ce raisonnement vous convainc-t-il ?

Pas du tout
Tout à fait
L'émergence radicale
  1. On répond volontiers que la conscience du cerveau comme la liquidité émerge des molécules d'eau. Mais la liquidité se déduit : connaissant la forme des molécules et leurs liaisons, on comprend pourquoi l'ensemble coule.
  2. Rien de tel pour le vécu : aucune complexité de structure, aussi vertigineuse soit-elle, ne permet de déduire qu'il y a quelqu'un pour qui cela fait quelque chose. On peut toujours ajouter des relations à des relations, on n'en fera pas sortir un point de vue.
  3. Une émergence forte, qu'aucune connaissance des parties ne permettrait de prévoir, n'est plus une explication : c'est un miracle enregistré sous un nom savant.

Donc Il faut donc que le vécu soit déjà là, sous une forme élémentaire, dans ce dont nous sommes faits.

À quel point ce raisonnement vous convainc-t-il ?

Pas du tout
Tout à fait