Rapport au monde· Esprit et conscience
Dualisme des propriétés
Axe: L'énigme de la conscience — L'expérience vécue est-elle quelque chose de plus que la structure et le fonctionnement du cerveau ?
Le cerveau est physique, mais il possède des propriétés irréductibles : l'effet que cela fait de voir du rouge ou de souffrir. Le vécu est ici un fait supplémentaire du monde, relié au cerveau par une loi de la nature plutôt qu'identique à lui ; c'est ce qui sépare cette position du physicalisme, qui n'admet rien au-delà du fonctionnement cérébral. Et c'est là le « » de la conscience.
Philosophes 2
Chalmersexplicite
Chalmers sépare les problèmes faciles de la conscience, qui relèvent des mécanismes et que la science résoudra, du : pourquoi ces mécanismes s'accompagnent-ils d'un vécu ? Aucune explication fonctionnelle n'y répond, car décrire ce que fait un système laisse entier l'effet que cela fait de l'être. Il en conclut que les ne sont pas réductibles aux processus physiques mais leur sont liés par des lois de la nature, et qualifie sa position de dualisme naturaliste : la conscience est une donnée fondamentale du monde, comme la masse ou la charge, non une substance séparée. Il explore par ailleurs, sans s'y ranger, une autre voie pour la même intuition : loger l'expérience dans la nature intrinsèque du physique, dont la physique ne décrit que la structure. Cette option, voisine du monisme russellien et du , reste chez lui une piste sérieuse, non la thèse qu'il défend.
« Facing Up to the Problem of Consciousness » (1995) · The Conscious Mind (1996) · « Panpsychism and Panprotopsychism » (2015)
Afficher les positions inférées (1)
Nagelinférable
Nagel tient qu'un organisme est conscient s'il y a un effet que cela fait d'être cet organisme, et que ce caractère subjectif est lié à un point de vue : c'est ce que met en scène son , en 1974. Toute réduction procède en s'éloignant du point de vue pour gagner en objectivité ; appliquée à l'expérience, la démarche supprime justement ce qu'il fallait expliquer. Il en tire un refus du , mais non un : il soutient que nous n'avons pas les concepts nécessaires, et qu'il ne voit pas comment le physicalisme pourrait être vrai, sans le déclarer faux pour autant. Son essai de 1979 examine, sans y souscrire fermement, l'hypothèse d'une nature intrinsèque commune au mental et au physique, plus proche d'un monisme neutre que d'un dualisme des propriétés assumé ; son livre de 2012 avance une autre conjecture, celle d'une tendance orientée inscrite dans la nature, qu'il donne lui-même pour spéculative.
« Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ? » (1974) · « Panpsychism » (1979) · Mind and Cosmos (2012)
Argument
- Expliquer, en science, c'est montrer par quel mécanisme une fonction s'accomplit : comment l'organisme discrimine les couleurs, mémorise, contrôle son comportement, rend compte de ses propres états. Ces , comme on les nomme par contraste, sont difficiles, mais on sait à quoi ressemblerait leur solution.
- Supposons-les toutes résolues, jusqu'au dernier circuit. Une question demeure, parfaitement intelligible, et c'est le : pourquoi tout ce travail s'accompagne-t-il d'un vécu ? On peut décrire un système qui discrimine, mémorise et rapporte sans avoir encore dit ce que cela lui fait.
- Quand une question reste ouverte alors que l'explication a dit tout ce qu'elle pouvait dire, c'est que son objet n'était pas ce que cette explication décrivait : la structure et la fonction ne contiennent pas le vécu.
- Pourtant le vécu varie strictement avec l'état du cerveau, et personne ne songe à le nier : cette dépendance est un fait aussi solide que l'écart.
Donc Donc le vécu est un fait supplémentaire du monde, irréductible mais lié au cerveau par une loi de la nature : un sans miracle, où rien n'est ajouté à la matière que ce qu'elle produit régulièrement.
Voir la pageObjectionAttaque le raisonnement
- L'argument passe de « je conçois un double sans vécu » à « un tel double est possible », puis à « le vécu n'est pas physique ». Tout se joue dans le premier passage.
- Or on pouvait concevoir, sans se contredire, de l'eau qui ne fût pas H₂O : cela restait pourtant impossible, l'eau étant H₂O partout où il y a de l'eau. Ce que nous concevons dépend de ce que nous savons, non de ce qui est.
- Si le vécu est un état cérébral, concevoir un cerveau sans vécu revient à concevoir une chose sans elle-même : la cohérence apparente de la description tient à ce que nous en avons deux concepts distincts, saisissant cet état de deux façons, du dehors par la mesure et du dedans par le fait de le vivre, sans savoir encore que c'est le même.
- L'argument suppose donc, sans le montrer, que ce qui s'imagine sans contradiction puisse exister : sa conclusion est déjà logée dans sa prémisse.
Donc Le zombie ne prouve rien tant que ce pas n'est pas justifié : l'écart pourrait n'être que dans nos concepts, entre deux façons de saisir un seul et même état.
Voir la pageObjectionAttaque la position
- Cette position accepte la du monde physique, qui se suffit à lui-même : aucun neurone n'attend le vécu pour se déclencher, et c'est ce qui lui permet de se dire naturaliste.
- Il suit que le vécu est un simple , qui ne fait rien : mes cris, mes gestes et jusqu'à mes paroles sur ma douleur s'expliquent sans lui, par la seule machinerie nerveuse.
- Or je parle de mon vécu, je m'en étonne, j'écris des livres sur le . Ces comportements ont donc, selon la position elle-même, des causes entièrement physiques.
- Ma conviction qu'il y a un vécu ne vient donc pas du vécu : elle serait exactement la même s'il n'y en avait aucun, puisque le zombie, physiquement identique, affirme lui aussi avoir un ressenti et s'en émerveille.
Donc Ou bien le vécu agit, et il faut renoncer à la clôture du monde physique ; ou bien il n'agit pas, et le témoignage sur lequel repose toute la position se coupe de ce dont il témoigne.
Voir la page- Descriptif Expérience de penséeL'effet que ça fait
Il y a un effet que cela fait d'être moi, et rien de tel, sans doute, pour une pierre. Mais ce « quelque chose » est-il une réalité de plus dans le monde, que la description physique laisse échapper, ou seulement une limite de nous, qui ne pouvons occuper le point de vue d'un autre ?
le point de vue d'un être - Descriptif Expérience de penséeLa chambre de Mary
Une scientifique sait tout ce que la physique peut dire de la couleur, sans jamais en avoir vu : le jour où elle voit du rouge, apprend-elle quelque chose ? Si oui, le vécu serait un fait de plus, que le savoir objectif ne contenait pas ; sinon, il faut dire ce qu'elle gagne sans rien apprendre.
une expérience vécue - DescriptifLe zombie philosophique
Imaginez un double physiquement identique à vous, qui agit et parle comme vous, mais sans rien ressentir : rien à l'intérieur. Si un tel double est seulement concevable, la matière ne suffit pas à fixer le vécu ; mais ce qu'on peut imaginer prouve-t-il quoi que ce soit sur ce qui est possible ?
un double sans vécu - DescriptifLe nœud de l'esprit et du corps
Ma décision lève mon bras, un verre de vin embrouille ma pensée. Mais si l'esprit n'est pas matériel, comment agit-il sur les muscles ; et si l'ordre physique se suffit à lui-même, le vécu change-t-il quoi que ce soit à ce qui arrive ?
l'action réciproque de l'esprit et du corps - DescriptifD'autres consciences que la mienne
Je ne perçois jamais l'expérience d'autrui, seulement des corps qui se comportent : comment savoir qu'il y a quelqu'un derrière ? La seule conscience dont j'aie un témoignage direct est la mienne.
l'accès à l'expérience d'autrui - DescriptifOù commence la conscience ?
Un chien souffre-t-il comme moi ? Et un poisson, une huître, un embryon, une plante, un thermostat ? Entre ce qui vit quelque chose et ce qui ne vit rien, y a-t-il un seuil net, une pente continue, ou la question est-elle mal posée ? Qui refuse de généraliser le vécu à toute la matière doit un critère, et le quantifier est une manière de payer cette dette.
la distribution de la conscience dans la nature - DescriptifCe que la physique laisse en blanc
La physique décrit la matière par ce qu'elle fait : une masse résiste, une charge attire. Chaque terme renvoie à un autre et jamais à ce que la chose est en elle-même. Cette place vide attend-elle une réponse, ou la question de l'étoffe du monde est-elle un faux besoin ?
l'étoffe du monde matériel - DescriptifCe qui tient l'expérience ensemble
À chaque instant je vois, j'entends et je pense à la fois, mais tout cela m'arrive comme une seule expérience. Qu'est-ce qui la tient ensemble ? Quand on sectionne le pont entre les deux hémisphères, un même cerveau semble abriter deux flux d'expérience qui s'ignorent.
l'unité du champ de conscience - DescriptifÉmerger, est-ce expliquer ?
La réponse la plus courante aujourd'hui : la conscience « émerge » du cerveau comme la vie a émergé de la chimie. Mais nommer une émergence, est-ce expliquer comment du vécu peut naître de ce qui n'en a pas ?
le passage des neurones au vécu