Voir l'axe · L'énigme de la conscience

Argument

L'argument de l'introspection trompeuse

Rien ne garantit que l'introspection dise vrai sur elle-même ; et une fois expliqué pourquoi le vécu nous paraît ineffable, il ne reste rien à expliquer.

Soutient

Frankish · « Illusionism as a Theory of Consciousness » · 2016

  1. Tout ce que nous savons des , ces propriétés privées, immédiates et ineffables, vient d'une seule source, l'introspection : la manière dont le cerveau se présente à lui-même ses propres états. Aucune observation extérieure ne les atteste.
  2. Or ce mécanisme est un mécanisme comme un autre, et nous savons qu'il se trompe : la richesse du champ visuel est en grande partie reconstruite, nous confabulons après coup les motifs de nos choix, nous ne détectons pas d'énormes changements sous nos yeux. Ce n'est pas un miroir, c'est un résumé taillé pour agir vite.
  3. Un mécanisme qui simplifie et qui se trompe ailleurs peut se tromper aussi sur ce qu'il est lui-même : rien n'oblige à traiter ses verdicts comme des données infaillibles, sinon leur force de conviction, qui est précisément ce qu'il faudrait expliquer.
  4. Reste alors une question, celle-là traitable : pourquoi le cerveau se représente-t-il ses états comme dotés de propriétés ineffables ? Y répondre rendrait compte de tout ce qu'il y a à expliquer, nos rapports, nos étonnements, nos débats mêmes, sans laisser de résidu.

Donc Donc les qualia n'ont pas à être expliqués mais dissous : ce qui existe, c'est un cerveau qui se représente comme ayant un vécu ineffable ; ce qu'il faut expliquer, c'est cette représentation, non son objet supposé.

À quel point ce raisonnement vous convainc-t-il ?

Pas du tout
Tout à fait
Approfondissements
Ce que l'introspection manque
  1. Nous croyons voir une scène nette et colorée d'un bord à l'autre du regard ; en réalité la précision et la couleur ne tiennent qu'au centre, et le reste est complété. L'impression de richesse ne correspond à rien dans le détail de ce qui est traité.
  2. Sollicités d'expliquer un choix, nous produisons sans hésiter une raison, y compris lorsque l'expérimentateur sait que ce n'est pas celle qui a agi. La sincérité du rapport n'est pas la garantie de sa vérité.
  3. Si l'introspection se trompe sur ce que nous voyons et sur ce qui nous fait agir, pourquoi serait-elle infaillible sur la nature même de ce qu'elle rapporte ?

Donc L'accès privilégié à soi n'est pas un accès transparent : c'est un rapport, produit par un dispositif que l'on peut étudier et prendre en défaut.

À quel point ce raisonnement vous convainc-t-il ?

Pas du tout
Tout à fait
Le méta-problème
  1. Nos discours sur la conscience sont des comportements : ils ont des causes physiques, et il doit donc exister une explication physique de ce que nous disons du . C'est ce que a nommé le méta-problème, et la plupart des dualistes l'accordent, même s'ils réservent au vécu une part dans nos jugements.
  2. Cette explication, une fois trouvée, dira pourquoi il nous semble qu'il y a un vécu ineffable, pourquoi cela nous paraît indubitable et pourquoi nous jugeons que rien de physique ne peut en rendre compte.
  3. Deux attitudes deviennent alors possibles : ajouter au monde un vécu dont cette explication n'a nul besoin, ou reconnaître qu'elle épuise le phénomène. La seconde ne dit pas que rien n'est vécu : elle dit que ce qui est vécu n'a pas les propriétés que nous lui prêtons.

Donc Une fois le méta-problème résolu, ajouter le vécu ineffable n'explique plus rien de plus : la parcimonie penche du côté de l'illusion.

À quel point ce raisonnement vous convainc-t-il ?

Pas du tout
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