Quelque chose survit-il ?
Sur l'axe: La mort · l'âme
L'âme, ou quelque chose de nous, échappe-t-il à la dissolution du corps, ou la conscience s'éteint-elle avec lui : et si une part survivait, serait-ce encore vraiment nous ?
Justification
Le ne pose pas la survie, il l'argumente, par quatre preuves enchaînées : la génération des contraires, l' qui suppose une connaissance antérieure à la naissance, l'affinité de l'âme avec l'intelligible simple et indestructible, enfin l'argument de l'essence, l'âme portant en elle la vie ne pouvant admettre son contraire. Le raisonnement s'appuie sur le de l'âme et du corps : ce qui est simple ne se décompose pas, donc ne périt pas. La mort cesse alors d'être un anéantissement pour devenir le passage de l'âme vers l'intelligible, et la philosophie elle-même, comme détachement du corps, en est l'apprentissage anticipé.
Ceux qui s'attachent droitement à la philosophie s'exercent à mourir.Phédon, 67e
Phédon, 64a, 102a-107b · République, X, 614a-621d (mythe d'Er)
Justification
Le présente un Démiurge, dieu artisan et bon, qui ordonne le monde en regardant les Idées comme des modèles ; les affirment l'existence des dieux et la providence contre l'athéisme. Ce théisme rationnel et impersonnel, sans création ex nihilo ni dieu unique au sens monothéiste, retient d'un score extrême.
Timée, 28a-30c · Lois, X, 885b-907d
Justification
Si l'âme connaît l'intelligible éternel et immuable, c'est qu'elle lui est apparentée : ce qui saisit le simple doit être simple aussi. De cette parenté Platon conclut que le moi véritable n'est pas le composé corporel mais l'âme, substance immatérielle qui préexiste à la naissance et survit à la mort. L'Alcibiade radicalise le partage : l'homme n'est ni son corps ni le composé des deux, il « est » son âme, le corps n'étant qu'un instrument dont elle se sert. Cette identification de la personne à une séparable, contre l'idée d'un soi tributaire de l'incarnation, fonde toute la psychologie et l'eschatologie platoniciennes.
Phédon, 78b-80b · Alcibiade, 129e-130c
Justification
Puisque l'âme est corporelle et naît, croît et vieillit avec le corps, elle se dissout avec lui : tout sentir cesse alors, et un sujet qui n'est plus ne peut éprouver aucun mal. La mort n'est donc rien pour nous, conclusion qu'Épicure tenait déjà ; mais Lucrèce y consacre tout le livre III et en fait une longue consolation, multipliant les preuves de la mortalité de l'âme et l'argument de la symétrie : nous ne nous affligeons pas du néant d'avant notre naissance, pourquoi craindre celui d'après notre mort, qui lui ressemble en tout ? Vouloir survivre est se contredire, car le mort n'aura plus de manque ni de regret. La consolation s'élargit à une réplique à la nature elle-même, qui reproche aux vivants leur ingratitude et leur soif de durer.
La mort n'est donc rien pour nous et ne nous touche en rien, puisque la nature de l'âme est tenue pour mortelle.De la nature des choses, III, 830-831
De la nature des choses, III, 417-829 (l'âme mortelle ; la mort n'est rien pour nous) · De la nature des choses, III, 830-1094 (l'argument de la symétrie ; la diatribe de la Nature)
Justification
Lucrèce ne nie pas l'existence des dieux : faits d'atomes subtils, ils mènent une vie immortelle et parfaitement paisible dans les , sans nul souci du nôtre. Mais il en tire une conséquence radicale : un être bienheureux n'a ni colère ni faveur, donc nulle ne gouverne le monde, nul dieu ne le fit ni ne récompense ou châtie. La preuve en est le spectacle même de la nature, trop pleine de défauts pour être l'ouvrage d'une puissance divine. Cette position n'est donc pas un athéisme, dont on l'accusa, mais une théologie sans : les dieux ne créent ni ne gouvernent rien, et la pointe en est polémique : tant la religion put conseiller de crimes, c'est elle, non l'impiété, qui est le véritable mal à combattre.
Tant la religion put conseiller de crimes.De la nature des choses, I, 101
De la nature des choses, I, 62-101 (la religion source de crimes, le sacrifice d'Iphigénie) · De la nature des choses, V, 146-234 (les dieux des intermondes ; le monde trop défectueux pour être divin)
Justification
L'âme (animus, le siège de la pensée) et le souffle vital (anima, répandu dans tout le corps) ne sont pas une substance simple ni immortelle, mais un composé d'atomes très petits et très mobiles, mêlés à la chair. Né avec le corps, ce faisceau se défait quand l'assemblage se rompt : le moi n'a aucune identité par-delà sa composition matérielle, et il ne saurait y avoir de transmigration. Lucrèce ajoute un argument propre : quand bien même nos atomes se rassembleraient à nouveau après des âges, ce ne serait pas nous, car le fil de la mémoire serait rompu. C'est une théorie du faisceau.
De la nature des choses, III, 94-322 (animus et anima, la nature de l'âme) · De la nature des choses, III, 843-861 (si nos atomes se rassemblaient, ce ne serait plus nous)
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