Rapport à soi· Identité et liberté
Substantialisme
Axe: Nature du moi — Qu'est-ce qui fait que je reste moi-même à travers le temps ?
Le moi est une substance : une chose pensante, distincte du corps, qui demeure identique sous le flux des pensées et des expériences. Ce noyau permanent est ce que chacun désigne quand il dit « je ».
Courants 3
Vedānta (Advaita)explicite
L'argument décisif est celui du témoin : tout ce que je peux nier ou objectiver, le corps, les sensations, les pensées qui défilent, je le saisis comme « cela », distinct du « je » qui l'observe ; ce sujet-témoin ne peut donc jamais être réduit à l'objet qu'il éclaire, et la conscience qui rendrait possible son propre néant devrait, pour le constater, subsister. Ce Soi-conscience, condition de toute expérience, est non composé, et ce qui n'est pas composé ne peut se défaire : il est éternel, et son identité au est l'enseignement même des « grandes paroles » des Upaniṣad. C'est ici que l'Advaita se sépare frontalement du bouddhisme : là où l' ne voit derrière le flux des agrégats qu'une série impermanente sans sujet, l'Advaita rétorque qu'aucun flux ne saurait apparaître comme flux sans une conscience stable qui le traverse et l'atteste.
Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad ; Chāndogya Upaniṣad, VI, 8 (tat tvam asi) · Śaṅkara, Commentaire des Brahma-Sūtra (Brahma-Sūtra-Bhāṣya)
Platonismeexplicite
Le moi platonicien est une substance (une réalité subsistant par soi, support permanent de l'identité) : l'âme est une réalité simple, immatérielle et immortelle, distincte du corps et apparentée aux . C'est elle qui constitue l'identité véritable de la personne, le corps n'étant qu'un vêtement provisoire dont elle se sépare à la mort.
Platon, Phédon, 78b-80b, la simplicité de l'âme · Platon, République, 611b-612a
Afficher les positions inférées (1)
Rationalismeinférable
Le moi est pensé comme une substance ou une chose simple, non comme un faisceau d'impressions : Descartes définit le sujet comme chose pensante (res cogitans), substance dont toute l'essence est de penser, et Leibniz fait de l'âme une monade, substance simple indivisible. La position substantialiste est la plus nette chez ces deux auteurs.
Descartes, Méditations métaphysiques, II · Leibniz, Monadologie, §§ 1-7
Philosophes 9
Platonexplicite
Si l'âme connaît l'intelligible éternel et immuable, c'est qu'elle lui est apparentée : ce qui saisit le simple doit être simple aussi. De cette parenté Platon conclut que le moi véritable n'est pas le composé corporel mais l'âme, substance immatérielle qui préexiste à la naissance et survit à la mort. L'Alcibiade radicalise le partage : l'homme n'est ni son corps ni le composé des deux, il « est » son âme, le corps n'étant qu'un instrument dont elle se sert. Cette identification de la personne à une séparable, contre l'idée d'un soi tributaire de l'incarnation, fonde toute la psychologie et l'eschatologie platoniciennes.
Phédon, 78b-80b · Alcibiade, 129e-130c
Plotinexplicite
Le moi n'est pas le composé corporel mais l'âme, substance immatérielle et immortelle, et plus profondément encore l'intellect en nous. Plotin pousse l'intériorité jusqu'à une thèse singulière : la partie la plus haute de l'âme ne descend jamais tout entière dans le corps, mais demeure en permanence dans l'intelligible. Notre vrai moi est ce sommet inaltéré dont nous avons d'ordinaire perdu conscience, absorbés que nous sommes par la vie sensible. Se connaître, c'est s'éveiller à cette identité supérieure, plus réelle que la personne empirique.
Ennéades, IV, 8, 8 (l'âme non descendue) · Ennéades, I, 1 (Qu'est-ce que l'animal et qu'est-ce que l'homme)
Śaṅkaraexplicite
Le soi véritable, l', n'est ni le corps, ni le mental, ni la suite changeante des états psychiques : il est la conscience pure, témoin permanent et toujours présent que présuppose toute expérience. On ne peut le nier sans le confirmer, car celui qui nierait serait encore lui. Śaṅkara prend ainsi le contre-pied exact de la thèse du faisceau : là où l'on ne trouverait qu'un flux d'impressions sans support, comme le soutiendra ou, avant lui, le (anātman) bouddhiste, il maintient un sujet irréductible. Mais ce noyau permanent n'est pas une âme individuelle parmi d'autres : il est identique en tous et identique au , ce qui radicalise le substantialisme tout en le dépersonnalisant.
Upadeśasāhasrī, II (partie en prose), sur « tu es cela » · Commentaire sur la Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad
Descartesexplicite
Le moi est une substance, une chose qui pense, dont l'existence est saisie immédiatement dans le cogito et dont l'identité ne dépend ni du corps ni de la mémoire. C'est un substantialisme du sujet, qui assure aussi l'immortalité de l'âme.
Méditations métaphysiques, II · Discours de la méthode, IV
George Berkeleyexplicite
Si les corps sont passifs, faits d'idées inertes, ce qui perçoit et veut doit être d'une tout autre nature : une substance active, simple et indivisible, que Berkeley appelle esprit ou âme. Le moi n'est donc pas une idée parmi les idées, mais ce qui les a et agit sur elles, connu non par perception mais par une que nous avons de notre propre activité. C'est là un point de rupture nette avec , qui ne trouvera dans l'introspection qu'un de perceptions sans sujet : pour Berkeley, ôter le sujet percevant serait ôter ce sans quoi aucune idée n'existerait. Le moi-substance est sauvé là même où la matière-substance est niée.
Principes de la connaissance humaine, §§2, 27 et 139-142 · Trois dialogues entre Hylas et Philonous, III
Leibnizexplicite
Le moi est une monade, substance simple et indivisible dont la notion individuelle enveloppe une fois pour toutes tout ce qui lui arrivera. L'identité personnelle est ainsi garantie par la permanence de cette substance, un substantialisme marqué. Leibniz accorde toutefois une place à la mémoire et à la continuité de la conscience (l'aperception), ce qui ajoute une nuance de continuité psychologique.
Monadologie, §1-3 et §14 (la monade, substance simple ; perception et aperception) · Discours de métaphysique, §8-9 (la notion individuelle de chaque substance)
Thomas d'Aquinexplicite
Contre le dualisme qui fait de l'âme un pilote logé dans le corps, Thomas tient l'âme pour la forme du corps au sens aristotélicien : l'homme n'est pas une âme se servant d'un corps mais une unité substantielle, un seul être dont l'âme est le principe formel. Le moi est donc une substance, mais une substance hylémorphique, et non un pur esprit. La difficulté propre au christianisme, l'immortalité personnelle, est résolue en faisant de l'âme humaine une forme certes unie au corps mais subsistante, capable d'opérations (l'intellection) qui ne dépendent pas d'un organe, et donc de survivre à la mort en attendant la résurrection.
Somme théologique, Ia, q. 75-76
Afficher les positions inférées (2)
Marc Aurèleinférable
Marc Aurèle identifie le vrai moi non au corps ni au souffle, mais au , l'intelligence qui juge et gouverne. Cette âme rationnelle, parcelle du divin, fait surtout de lui un substantialiste du moi ; mais son insistance sur le flux perpétuel, où le corps est un fleuve et la mémoire une fumée, y mêle une note d'impermanence proche de la conception en faisceau.
Pensées pour moi-même, II, 2 · Pensées pour moi-même, III, 5 · Pensées pour moi-même, V, 11
Kantinférable
Le « je pense » de l'aperception transcendantale accompagne toutes mes représentations comme unité formelle du sujet, mais Kant refuse, contre les paralogismes, d'en inférer une substance-âme connue : le moi nouménal est postulé sans être un objet de savoir. La pondération mêle donc un substantialisme régulateur à la continuité de la conscience unifiée, le pôle faisceau étant exclu.
Critique de la raison pure, déduction transcendantale (B131-B135) · Critique de la raison pure, Paralogismes de la raison pure
L'enquête sur soi : qui suis-je ? (ātma-vicāra)ExerciceAttestée · Śaṅkara
Au cœur de l', cette enquête retourne doucement l'attention : des objets perçus, du corps et des pensées vers la conscience qui les éclaire. En remarquant que tout ce que je peux observer n'est pas moi qui l'observe, on desserre l'identification au corps et au mental. Selon cette tradition, ce qui demeure ainsi est l', le soi-témoin. Aujourd'hui, elle aide à prendre du recul sur le tourbillon des pensées et des émotions, en se reposant sur la présence stable qui en est témoin.
Débloquer les pratiques
Le déroulé pas à pas fait partie de l'accès Premium : une contribution modeste qui soutient et encourage le développement de Philoscopia. Tout le contenu encyclopédique reste gratuit et open source, ceci ouvre seulement les pratiques à mettre en œuvre.
Découvrir l'accès PremiumDéjà débloqué sur un autre appareil ? Connectez-vous pour le restaurer.
Neti neti : ni ceci, ni celaExerciceAttestée · Śaṅkara
Reprise par , cette discrimination écarte une à une les choses que je peux observer : « je suis conscient de ce corps, de cette émotion, de cette pensée, donc je ne suis pas seulement cela ». En distinguant le témoin de ce dont il est témoin, on cesse de se confondre avec ce qui passe. Aujourd'hui, elle aide à ne plus s'identifier d'emblée à une humeur, un rôle ou une image de soi, et à se reconnaître comme l' qui les observe.
Débloquer les pratiques
Le déroulé pas à pas fait partie de l'accès Premium : une contribution modeste qui soutient et encourage le développement de Philoscopia. Tout le contenu encyclopédique reste gratuit et open source, ceci ouvre seulement les pratiques à mettre en œuvre.
Découvrir l'accès PremiumDéjà débloqué sur un autre appareil ? Connectez-vous pour le restaurer.
- Descriptif Expérience de penséeLe téléporteur
Si l'on vous scanne ici, qu'on détruit votre corps et qu'on reconstruit sur Mars une copie exacte avec tous vos souvenirs, est-ce vous qui arrivez, ou êtes-vous mort, remplacé par un double qui se croit vous ?
une personne - DescriptifUn moi ou plusieurs ?
Suis-je un sujet unifié qui dit « je », ou un assemblage de voix et de forces parfois en conflit, dont une part m'échappe et agit sans que je le sache ?
l'unité du moi - DescriptifLe moi se fait-il seul ?
Devient-on soi par la seule introspection, comme un sujet qui se suffit, ou à travers le regard et la reconnaissance d'autrui, sans qui le « je » ne se formerait pas ?
le moi et autrui - DescriptifLe moi ou le corps ?
Suis-je une chose pensante qui se distingue de son corps, ou suis-je ce corps même, de sorte que mon identité tiendrait d'abord à lui ?
le moi et le corps