Les questions

Rapport au monde· Nature et vivantdifficulté

L'être et le devenir

Le réel est-il, au fond, ce qui demeure ou ce qui devient ?

Tout ce que nous voyons naît, change et périt ; et pourtant nous cherchons partout ce qui demeure : des lois stables, des choses identiques, . Le fond du réel est-il un être immuable dont le changement n'est que la surface, ou un flux dont les choses stables ne sont que des ralentissements provisoires ? De la réponse dépend jusqu'à la manière de comprendre le monde : par des formes fixes ou par des processus.

Permanence del'êtreDevenir etfluxHylémorphisme(Aristote)
Les pôles, et qui les tient

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Ce qui est réellement ne peut ni naître ni périr : le changement, qui fait qu'une chose est puis n'est plus, contredit l'être même. Le devenir sensible est apparence, opinion des mortels ou monde des ombres ; la pensée n'atteint le vrai qu'en s'élevant à ce qui demeure, l'Être immuable ou .

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Figures associées: Parménide · Platon
Qui se tient ici
Platonexplicite

Le sensible, en perpétuel devenir, ne peut être objet de science : on n'y rencontre rien de stable à connaître. Ce qui est réellement, ce sont les Formes intelligibles, immuables et éternelles, dont les choses changeantes ne sont que des participations. Platon accorde pourtant au devenir sa consistance propre : le monde sensible n'est pas rien, il est une image mobile de l'éternité.

Timée, 27d-28a · République, VI-VII · Cratyle, 439c-440

milieu nommé1

Le changement n'est ni une illusion ni la dissolution de toute chose : c'est le passage de la puissance à l'acte au sein d'une substance qui persiste. La forme demeure tandis que la matière se transforme : la graine devient arbre sans cesser d'être ce vivant-là. L'être et le devenir ne s'excluent pas ; le devenir est la manière dont les êtres se réalisent. Aristote est l'emblème de cette voie médiane, mais toute pensée de la substance qui persiste à travers le changement l'habite.

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Aristoteexplicite

Contre Parménide, qui rendait le changement impensable (l'être ne saurait venir du non-être), Aristote distingue la puissance et l'acte : le devenir n'est pas surgissement du néant mais actualisation de ce qui était en puissance, dans un substrat qui persiste. La substance dure à travers le changement de ses accidents, la forme se réalise dans la matière : l'être et le devenir cessent d'être des rivaux, le devenir est la voie par laquelle les êtres accomplissent leur forme.

Physique, I, 8 · Métaphysique, Θ

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On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve : le réel est processus, écoulement, création continue, et la stabilité n'est qu'un rythme lent ou une vue de l'esprit. Les choses ne sont pas des substances qui durent mais des événements qui se font ; saisir le monde, c'est épouser son mouvement au lieu de le figer en concepts.

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Figures associées: Héraclite · Bergson · Whitehead
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Hegelexplicite

Rien de fixe n'est premier : l'être pur, entièrement indéterminé, est indiscernable du néant, et leur vérité est le devenir. Toute détermination naît d'une négation, et toute figure porte en elle la contradiction qui la pousse au-delà d'elle-même, pour être (aufgehoben) dans une figure plus riche. Contre l'être immobile de , la vérité est procès. La triade « thèse, antithèse, synthèse » n'est d'ailleurs pas de lui.

Science de la logique, Doctrine de l'être (l'être, le néant, le devenir) · Encyclopédie des sciences philosophiques, §§86-88

Bouddhismeexplicite

L'impermanence (anicca) est la première des trois marques de l'existence : tout phénomène conditionné naît, se transforme et cesse, sans qu'aucune substance ne subsiste sous le flux, ni dans les choses ni en nous (anattā, le non-soi). Tenir les choses pour stables est précisément l'illusion qui engendre l'attachement et la souffrance ; la sagesse consiste à voir le surgir et le cesser.

Dhammapada, 277-279 (les trois marques) · Samyutta Nikāya, 56, 11

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Russellexplicite

Le monde de Russell est fait d'événements et non de choses qui durent : la substance, ce sujet permanent supposé porter des propriétés changeantes, est à ses yeux une erreur héritée de la grammaire, dont l'analyse se passe en définissant un objet comme une . Ce n'est pourtant pas une philosophie du flux : il a consacré à une critique célèbre où il soutient que faire de la durée vécue l'accès privilégié au réel confond une intuition avec un argument. L'enjeu est de savoir ce que l'abandon de la substance oblige à admettre : pour Russell des événements et des lois, pas un devenir créateur.

L'Analyse de l'esprit (1921) · L'Analyse de la matière (1927) · « La philosophie de Bergson » (1912)

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Citations
Qu'est-ce qui est toujours, sans jamais devenir, et qu'est-ce qui devient toujours, sans être jamais ?
Platon · Timée, 27d

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Tout ce qui est sujet à l'apparition est sujet à la cessation.
Samyutta Nikāya · SN 56.11, Dhammacakkappavattana Sutta

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